Chapitre 10
La lumière du jour m'aveugla et il me fallut plusieurs minutes pour m'y habituer. Ma tête me lançait sérieusement, j'avais l'impression qu'un concerto de marteaux-piqueurs avait élu domicile dans mon crâne et ma télé-empathie était une véritable cacophonie.
Nous avançâmes dans une zone pleine de rochers et Aragorn me posa sur l'un deux pour examiner mon bras. Il retira d'un coup sec la flèche qui y était fichée, nettoya la plaie puis la pansa rapidement.
- Vous avez de la chance, me dit-il. Il semble qu'ils n'aient pas empoisonné cette flèche.
Mais je ne répondis rien et je n'avais même pas bronché, quand il avait enlevé la flèche. Je me contentais de fixer d'un regard vide mes compagnons, dont émanait des élans de douleur, chagrin et culpabilité, qui ne faisait qu'amplifier ma propre peine. Certains étaient debout et silencieux, tandis que d'autres s'étaient laissés tomber à terre pour pleurer.
Le Rôdeur me tendit alors un petit linge humide et je nettoyai le sang qu'il y avait sur mon visage.
- Legolas, dit Aragorn, relevez les.
- Accordez leur un moment, par pitié, lui demanda le Gondorien.
- Dès la tombée de la nuit, ces collines grouillent d'orques, lui rétorqua-t-il. Il nous faut atteindre les bois de la Lothlórien. Allons Boromir, Legolas, Gimli, relevons-les.
Le rôdeur me saisit sous les bras et me remit sur pieds. Je tanguai un peu, mais je réussis tout de même à maintenir un équilibre précaire. Nous nous remîmes alors en route, à la traditionnelle vitesse commando qu'Aragorn nous avait habitué depuis qu'on avait quitté Bree.
Nous suivîmes la route qui descendait des portes. Elle était rude et défoncée par endroit et à d'autre, elle n'était plus qu'un pâle sentier serpentant entre buissons et rochers. Nous courûmes sur quelques kilomètres et après un tournant vers l'est, nous arrivâmes dans une prairie bordant un lac, appelé le Lac du Miroir ou Kheled-zâram pour les Nains. Il était long et ovale, ressemblant à un grand fer de lance profondément enfoncé dans la gorge du Nord, mais son extrémité sud se trouvait au-delà des ombres, sous le ciel ensoleillé. Ces eaux étaient sombres, d'un bleu profond et il n'y avait pas une seule ride à la surface.
La route, tournant alors vers le sud, descendait en pente rapide entre les bras du vallon. A une certaine distance en dessous du lac, nous tombâmes sur une source d'eau profonde, d'une clarté de cristal d'où s'écoulait une eau fraîche tombant sur un rebord de pierre, pour courir ensuite, scintillante et gargouillante, dans un lit de roches escarpées. C'était la source du Cours d'Argent. Depuis là, nous pouvions apercevoir au loin les bois dorés de la Lothlórien, notre destination, direction que prenait d'ailleurs le Cours d'Argent.
- Hâtons-nous, s'écria Aragorn en traversant la rivière. Le bois est encore à de nombreux milles.
Je pénétrais dans la rivière à la suite de mes compagnons qui avait forcé l'allure. J'accélérai tant bien que mal la cadence, mais mon pied glissa sur une pierre mouillée couverte d'algues et je tombais les fesses dans l'eau.
- Tout va bien ? me demanda Sam qui m'aida à me relever.
Non, j'en ai marre. Je veux rentrer à la maison.
- J'ai connu mieux, répondis-je.
Nous reprîmes notre course et trois heures plus tard, nous pénétrâmes finalement dans les bois de la Lórien.
- Enfin la Lothlórien, dit Aragorn. Je suis heureux d'entendre à nouveau le vent dans ces arbres. Espérons qu'ici, la vertu des Elfes nous gardera cette nuit du péril qui vient derrière nous.
Quoi ? Oh non, pas encore des elfes, pitié. Tous sauf ça.
Frodon, Sam et moi étions assez loin derrière, ne parvenant plus à suivre le rythme imposé par Aragorn. Sam était blessé à la tête et cela le brûlait comme du feu. Tandis que Frodon avait très mal à l'endroit où le troll avait enfoncé la lance. Legolas se retourna et nous voyant si loin, il parla à Aragorn. Le rôdeur héla le Gondorien et tous les trois nous rejoignirent.
- Sam, Frodon, je suis navré, avec l'empressement j'avais complètement oublié que vous étiez vous aussi blessés, dit le rôdeur. Et nous n'avons rien fait pour vous soulager comme nous l'aurions dû, tous les orques de la Moria fussent-ils à nos trousses. Caitlyn, rajouta-t-il en me regardant, vous avez encore plus mauvaise mine qu'avant.
- Merci, lui dis-je péniblement. Ravie de constater que vous êtes toujours aussi gentil.
- Il y a un endroit pas très loin où nous pourrons nous arrêter et vous soigner, nous dit-il. En attendant, nous allons vous porter.
- Hein ? Non, hors de question, sortis-je. Je ne suis pas impotente. De plus, je préfère encore ramper que de me faire porter.
En effet, j'avais une sainte horreur de me faire porter, car j'avais toujours peur que la personne me laisse tomber. De plus, j'avais quand-même une certaine fierté et je ne voulais pas passer pour une faible, déjà que ma condition de femme pouvait déjà leur faire penser que c'était le cas.
Mes compagnons me fixèrent un moment, mais ne rajoutèrent rien. Aragorn pris Sam et Legolas Frodon. Tandis que Boromir m'aida à avancer en me tenant par le bras et la taille. Après avoir parcouru quelques milles dans la forêt, nous pûmes entendre le chant d'un cours d'eau. Ce torrent descendait rapidement une pente, en direction des montagnes à l'Ouest, et ces eaux allaient rejoindre le Cours d'Argent un peu plus bas.
- C'est la Nimrodel, s'exclama Legolas.
Nous nous dirigeâmes donc en direction des bruits d'éclaboussements d'eau que nous pouvions entendre et nous nous arrêtâmes au bord de la rivière. Merry et Pippin partirent chercher du bois pour faire du feu et chauffer de l'eau, pendant que Boromir et Gimli montaient la garde.
- Je vais me baigner les pieds, dit l'elfe, car on dit que cette eau est bienfaisante aux gens fatigué.
Il s'avança, descendit la rive escarpée et entra dans l'eau.
- Venez, dit-il, la rivière n'est pas profonde.
Plusieurs de mes compagnons le suivirent. J'allais, quant à moi, m'asseoir sur un gros caillou, ne pouvant presque plus tenir debout.
- Venez Caitlyn, ça vous fera du bien, me sortit l'elfe.
Écoute mon pote, si t'as envie de faire trempette, tant mieux pour toi. Mais moi, je n'en ai aucune envie. Surtout que je viens tout juste de finir de sécher.
Je l'ignorai complétement, me penchai en avant et mis ma tête entre mes mains pour essayer de calmer ma nausée. Le rôdeur se rapprocha de moi et me réexamina.
- Comment vous vous sentez ? Vous avez mal quelque part ? me demanda-t-il inquiet.
- J'ai super mal au crâne et j'ai la nausée, lui répondis-je en relevant la tête.
- C'est tout, vous êtes sure ? Car vous êtes vraiment pâle. Si vous m'expliquez plus précisément ce qui s'est passé, je pourrais essayer de trouver quelque chose pour vous soulager.
- J'ai fait une overdose de magie, sortis-je.
- Pardon ? répliqua-t-il sans comprendre.
- J'ai canalisé beaucoup trop de magie en moi et mon corps a eu du mal à le supporter. D'ailleurs, je crois que je n'étais pas loin du point de rupture.
- Et il se serait passé quoi si vous l'aviez atteint ? me demanda-t-il en continuant de m'examiner sous toutes les coutures.
- J'aurais explosé.
Il s'arrêta net et me regarda avec des grands yeux.
- Vous savez la magie ce n'est pas un jeu, ça peut être parfois même assez dangereux, expliquai-je.
- Mais vous ne risquez plus rien là ? demanda-t-il.
- Je ne risque plus d'exploser ça c'est sûr. Mais l'usage et le contrôle de mes pouvoirs est assez chaotique pour le moment et mon corps a subi quelques dommages. Mais, si je peux me reposer et ne pas utiliser la magie, je devrais guérir assez rapidement. Normalement d'ici quelques jours, cela devrait être bon. Mais jusqu'à ce que ce soit le cas, je ne sais pas ce qui peut se passer.
- D'accord. Pour l'instant, on ne peut pas encore s'arrêter longtemps, mais on se reposera dès que ce sera possible. En attendant, je vais vous préparer un remède qui devrait vous soulager. Je reviens vous voir après, rajouta-il, puis il partit examiner les deux hobbits.
Je m'adossai alors à l'arbre qui était juste derrière moi et fermai les yeux pour me reposer un peu. Un petit moment plus tard, je sentis que quelqu'un me passait un linge imbibé d'eau fraîche sur le visage, ce qui me fit beaucoup de bien. J'ouvris alors les yeux et quelle ne fut pas ma surprise quand je vis l'elfe accroupi juste devant moi. Je fis un brusque mouvement de tête pour m'écarter de lui.
- C'est l'eau de la Nimrodel, cela pourrait vous aider, me dit-il d'une voix bienveillante.
- Merci, lui répondis-je en tentant de prendre le petit linge.
- Non, laissez-moi faire, me sortit-il en reculant sa main.
Mais, il joue à quoi ?
- Maître elfe, auriez-vous pris un coup sur la tête ? demandai-je.
- Heu, non. Pourquoi dites-vous cela ? me répondit-il surpris.
- Ben, vous êtes plutôt gentil avec moi tout à coup, alors que techniquement vous me détestez, rétorquai-je, ce qui le fit baisser les yeux.
- Je ne vous déteste pas, finit-il par dire doucement après avoir relevé la tête.
Hein ? Alors là, soit je suis en plein délire, soit j'ai changé de dimension.
Je le regardais complétement hébétée. Toutefois, je ne vis aucun mensonge sur son visage et ne perçus rien de lui qui me prouvait le contraire. La seule émotion que je ressentais venant de lui, était de l'inquiétude.
Je continuais de le fixer pendant un moment d'un œil bovin, mais n'ayant pas la force d'analyser la situation plus en profondeur, je renonçai et finis par laisser tomber ma main. Il prit donc ce geste comme un signe, qu'il pouvait continuer ce qu'il faisait avant. Après m'avoir rafraichit le visage, il me tendit un verre d'eau fraîche qui calma quelque peu ma nausée.
Au bout de dix minutes, le Rôdeur revint avec une mixture de sa fabrication qui avait l'odeur assez piquante de l'athelas, mélangé à de la camomille et d'autres herbes que je ne reconnaissais pas.
- Tenez, buvez ceci, cela vous fera du bien, me dit-il.
Après avoir bu sa décoction, qui me redonna quelques forces et diminua mes douleurs, mes compagnons mangèrent un morceau. Puis, une fois les traces de notre passage effacées, nous reprîmes rapidement notre route au travers de la forêt, afin de mettre le plus de distance entre les orques et nous.
- Ne vous éloignez pas jeunes hobbits, dit Gimli aux Semi-hommes qui étaient derrière. On raconte qu'une grande ensorceleuse vit dans ses bois. Une sorcière elfe, aux terribles pouvoirs, tous ceux qui l'ont regardé, sont tombés sous son charme. Et on ne les a jamais revus.
- Attendez Gimli. Vous venez de dire qu'il y a une sorcière elfe ici, dis-je avec agacement en m'arrêtant.
- Oui. A moins qu'ils aient déserté ce territoire.
- Non mais j'y crois pas. A Fondcombe, j'étais perçue par la majorité les elfes, comme un suppôt de Satan qu'il fallait absolument abattre et cela juste parce que j'étais une sorcière. Et là, vous me dites que l'une des leur en est une aussi. Non mais franchement, c'est l'hôpital qui se fout de la charité, m'exclamai-je avec colère, entraînant l'explosion d'un rocher pas loin de moi, ce qui fit sursauter mes compagnons.
Je respirai un grand coup histoire de me calmer et de retrouver la maitrise de mes pouvoirs.
- Qui est ce Satan ? me demanda Sam d'une petite voix.
- Le plus grand des méchants de mon monde, lui dis-je.
Je repris ma route et après quelques minutes de marche, je perçus de manière erratique, que des gens se rapprochaient de nous.
- Aragorn, murmurai-je en me rapprochant de lui, on est en train de se faire cerner par une dizaine d'elfes pas franchement ravi de nous voir.
Le rôdeur ralentit et se mit à réfléchir à ce que nous allions faire.
- Eh bien, voici un nain qu'elle n'envoutera pas si aisément, dit Gimli en poursuivant ce qu'il disait avant. J'ai l'œil du faucon et les oreilles du renard.
C'est alors qu'une dizaine d'arcs bandés par des elfes vêtus de gris, se dressa devant nous, nous tenant en joue. Je levais alors brusquement les mains comme Aragorn, mais en faisant ça, je projetais sans le vouloir les elfes dans le décor.
Oups.
- Mais pourquoi vous avez fait cela ? me demanda le rôdeur.
- Ce n'était pas volontaire enfin. D'ailleurs, je vous ai dit que j'avais un peu de peine à me maîtriser, sortis-je.
- Oui mais là, ce n'est vraiment pas le meilleur moment pour perdre le contrôle, me rétorqua-t-il en colère.
Il me prit par le bras et me mit derrière lui, tandis que Legolas et Boromir vinrent se mettre de chaque côté. Les elfes revinrent vers nous, vraiment très en colère et nous menacèrent de nouveau de leurs armes. J'essayais donc de me faire toute petite derrière Aragorn, ce qui n'était pas très dur, compte tenu de sa taille.
- Je peux savoir ce que c'était que cela, dit furieusement un elfe qui semblait être le chef de la joyeuse troupe.
- Nous venons ici en paix, dit Aragorn en levant les mains.
Puis, il commença à parler en elfique avec leur chef, discussion à laquelle Legolas se mêla.
- Voici la légendaire courtoisie des Elfes, ils parlent une langue qui nous est inconnue, pesta Gimli au bout d'un moment.
- Nous n'avons pas eu de rapports avec les Nains, depuis les jours sombres, lui répondit le chef avec mépris.
- Et vous savez ce que le Nain répond à cela, lui rétorqua Gimli.
Il commença alors à parler dans sa langue et même si personne ne le comprenait, on pouvait parfaitement saisir que ces propos n'avaient rien de cordiaux.
- Cela non plus n'est pas très courtois, le réprimanda le Rôdeur, qui apparemment avait clairement compris ce qu'il avait dit.
- Les Nains ne sont pas admis ici et pas les bienvenus. Et les sorcières encore moins, rajouta l'elfe en me regardant avec dégout. Ils ne peuvent aller plus avant, dit-il en se retournant vers Aragorn.
- Nooooon, j'aurai jamais pu le deviner. Le suspense était vraiment complet, dis-je à voix basse, ce qui me valut un regard noir de la part de l'elfe et agacé du Rodeur.
Aragorn, Legolas et le chef des elfes, apparemment nommé Haldir, reprirent leur discussion animée en elfique qui dura au moins une demi-heure.
- Bien, fini par dire Haldir, vous allez me suivre.
Nous reprîmes alors notre route avec les elfes, qui pour la plupart avaient gardé leurs flèches encochées à leur arc et regardaient Gimli et moi d'un œil mauvais. Nous marchâmes plusieurs heures dans la forêt, parmi de grands arbres appelés mallornes. D'après Legolas, en automne les feuilles ne tombaient point mais se muaient en or. Et ce n'était pas avant la venue du printemps et l'éclosion de la nouvelle de verdure, qu'elles tombaient et leur branches étaient chargées de fleurs jaunes. La voute était alors toute dorée et les troncs lisses et gris, presque couleur argent.
Nous arpentions un sentier qui longeait la rive ouest du Cours d'Argent, quand nous quittâmes le chemin, passâmes entre quelques arbres et nous nous stoppâmes au bord d'une rivière. Haldir siffla et un elfe apparut de l'autre côté du cours d'eau. Le chef de la garde lança adroitement un rouleau de corde que l'autre attrapa et le noua à un arbre, près de la rive.
- Le Celebrant est toujours fort ici, nous informa-t-il. Son cours est rapide et profond, mais également glacial. Et voici notre façon de le traverser, dit-il en désignant la corde.
Il amarra alors l'autre bout de la corde à un arbre et plusieurs elfes coururent sur la corde avec légèreté comme si c'était une simple route.
- Vous ne faites pas de pont ? demandai-je, ça serait moins casse-gueule.
- Non, car nos ennemis pourrait les emprunter, me dit-il.
- Mais c'est pour cela qu'il existe les ponts basculant ou les ponts-levis, lui retournai-je.
- Les quoi ? me demanda-t-il interrogatif.
- Les ponts qu'on lève et qu'on abaisse suivant notre volonté.
D'accord, ils ne connaissent pas le Tower Bridge (1), mais les châteaux forts et les pont-levis c'est censé être de leur époque, ils devraient connaitre.
- Non, nous ne faisons pas ce genre de construction.
- Je puis suivre ce chemin, dit Legolas. Mais, les autres n'ont pas cette adresse. Doivent-ils traverser à la nage ?
- Non, lui répondit Haldir. Nous avons deux autres cordes que nous allons fixer au-dessus de l'autre et en se tenant bien, les étrangers pourront traverser avec précaution.
Après avoir mis les deux cordes, le capitaine traversa la rivière, suivit par Aragorn.
- Je pense que ce serait mieux si je vous portais de l'autre côté Caitlyn, me dit Legolas en se rapprochant de moi. Car vu votre état, il y a de fortes chances que vous finissiez à l'eau, rajouta-t-il en regardant mes jambes qui tremblaient.
Sur ce point, il n'avait probablement pas tort, j'allais surement finir à l'eau. Le regain d'énergie que m'avait procuré l'infusion s'était estompé depuis fort longtemps et je commençais vraiment à fatiguer. Mais, cela ne voulait pas dire pour autant que j'acceptais de me faire porter.
- Vous pensez très mal, Maître elfe, lui sortis-je.
- Ecoutez, dit-il en soupirant, je sais que nous sommes partis sur de très mauvaises bases vous et moi, mais Gandalf voulait qu'on soit amis. Alors, je ne dis pas qu'on y arrivera du jour au lendemain, mais on pourrait chacun faire un effort. Et nous pourrions commencer par essayer de se faire confiance.
- La véritable confiance se mérite et s'obtient avec le temps (2), rétorquai-je.
- Alors autant commencer maintenant, me dit-il avec un faible sourire en me tendant la main.
Bon, s'il fait un effort pour qu'on s'entende, je peux moi aussi en faire un.
- Ok, grognai-je en capitulant.
L'elfe me souleva et je me cramponnais brusquement à sa tunique.
- Détendez-vous, je ne vais pas vous laisser tomber, me rassura-t-il de sa voix douce.
- Maître elfe, dois-je vous rappeler que vous allez jouer au funambule avec moi dans vos bras et que si vous me lâchez ou si vous tombez, on finira congeler. Donc je pense que je me détendrais, quand j'aurai retrouvé le plancher des vaches, lui sortis-je.
Je fermai les yeux afin de ne pas regarder ce que faisais l'elfe et ainsi, je m'assurai de ne pas bouger. Dans la position où j'étais, je pouvais clairement entendre son cœur battre. Je sentis que Legolas commençait à bouger, mais me concentrai uniquement sur le rythme berçant des battements de son cœur et finis par sombrer dans le sommeil.
Je fus réveillée brutalement par une douleur cuisante à la joue, qui entraîna des élancements à ma tête déjà endolorie. J'ouvris brusquement les yeux et vis que j'étais couchée sur le sol, Aragorn et Legolas penchés au-dessus de moi, et ce dernier avait sa main droite levée. Je crus voir brièvement de la peur sur le visage du rôdeur et du Prince, mais je n'étais absolument pas sure car le coup m'avait fait monté les larmes aux yeux, ce qui faisait que je voyais un peu flou.
J'y crois pas, cet enfoiré vient de me frapper, parce que je me suis endormie sur lui ?! Et il me parle de confiance, non mais je rêve !
- Je vous interdis de lever la main sur moi, crachai-je après lui avoir retourné sa gifle.
Celui-ci me regarda choqué, comme tous ceux qui étaient présent d'ailleurs, probablement dû au fait que je venais de frapper un prince. Aragorn essaya de parler mais Legolas le coupa et lui dit quelque chose en elfique.
Je me relevai brusquement, m'éloignai de lui et attendis nos autres compagnons. Quand toute la communauté fut rassemblée sur la rive orientale du Celebrant, les elfes détachèrent les trois cordes.
- Maintenant, dit Haldir, vous êtes entrés dans le Naith de Lórien ou l'enclave, comme vous diriez car c'est la terre qui s'étend comme un fer de lance entre les bras du Cours d'Argent et de l'Anduin-la-Grande. Nous ne permettons à aucun étranger d'espionner les secrets du Naith. Peu de gens sont mêmes autorisés à y mettre les pieds. Comme convenu, je vais bander ici les yeux du Nain et de la sorcière. Les autres pourront marcher librement.
- Quoi ! m'exclamai-je outrée. Il en est absolument hors de question. Si vous vous imaginiez que je allais accepter un truc pareil, vous vous fourrez le doigt dans l'œil jusqu'au coude, sortis-je à Haldir.
Le mauvais souvenir de mon séjour dans les prisons de Fondcombe me revint à l'esprit et je me jurai de ne plus me laisser avoir.
- Je ne marcherai pas les yeux bandés comme un mendiant ou un prisonnier, rajouta Gimli. Et je ne suis pas un espion. Les miens n'ont jamais eu de rapports avec les serviteurs de l'Ennemi. Et nous n'avons jamais fait de mal aux Elfes. Il n'y a pas plus de probabilité que je vous trahisse que ne le ferai Legolas, ou tout autre de mes compagnons.
- Je n'en doute pas, dit Haldir à l'intention de Gimli. Mais c'est notre loi. Je ne suis pas maître de la loi, et il ne m'est pas possible de ne pas en tenir compte.
Gimli et moi nous nous obstinâmes. Le nain était fermement planté sur ses pieds écartés et il porta sa main au manche de sa hache.
- J'avancerai libre, s'exclama-t-il, ou je retournerai en arrière à la recherche de mon propre pays, où l'on me connait pour être fidèle à ma parole, dussé-je périr dans le désert. Caitlyn, vous êtes la bienvenue si vous désirez vous joindre à moi.
- Merci Gimli, lui répondis-je touchée. Les Nains eux au moins sont gentils, pas comme d'autres.
- Vous ne pouvez retourner en arrière, dit Haldir sévèrement. Étant venu jusqu'ici, vous devez être mené devant le Seigneur et la Dame. Ils vous jugeront et vous retiendrons ou vous laisseront aller, selon ce qu'ils estimeront bon.
Non mais c'est du n'importe quoi, à bas la monarchie !
- Et vous ne pouvez retraversez la rivière, poursuivit-il. Il y a maintenant derrière vous, des sentinelles secrètes qui vous interdiront le passage. Vous seriez abattus avant même de les avoir vues.
- Je ne serai pas aussi sur de cela, si j'étais vous. Car vos sentinelles ne sont absolument pas secrètes, pas pour moi en tout cas, lui sortis-je avec un regard féroce.
Haldir me regarda fixement comme pour évaluer l'ampleur de la menace à peine voilée que je venais de lui sortir. Menace qui était en fait du bluff pur et dur. Gimli tira sa hache de sa ceinture et les elfes pointèrent leurs armes sur nous.
- Non, Gimli, lui dis-je en abaissant son arme, ils n'en valent vraiment pas la peine.
Les elfes baissèrent alors eux aussi leur armes.
- La peste soit des Nains et des sorcières et de leurs nuques roides ! lâcha Legolas.
- Allons, dit Aragorn. Il est dur pour eux d'être discriminé ainsi. Nous voyagerons donc tous les yeux bandés, y compris Legolas.
- Pardon ? dit l'elfe courroucé. Il en est hors de question, je suis un elfe et un affin ici.
- Alors maintenant, on peut dire la peste soit de la nuque roide des Elfes, lui sortis-je avec un petit sourire satisfait.
- Toute la communauté voyagera de la même façon. Allons, bandez nous les yeux, Haldir ! dit le Rôdeur.
- Mais Aragorn..., commençai-je.
- Caitlyn, me dit le rôdeur en se rapprochant de moi, je comprends vos réticences, au vu de ce qui c'est passé à Fondcombe. Mais faites-moi confiance, s'il vous plait. Et je vous garantis que je ne les laisserais pas vous emmener en prison.
- Pffff, dis-je en levant les yeux au ciel. Vraiment légendaire, la courtoisie des elfes, pestai-je à voix basse, ce qui me valut une myriade de regards noirs.
Pour la deuxième fois, on me banda donc les yeux, mais cette fois si, j'avais au moins les mains libres.
- J'exigerai pleine réparation pour toute chute ou tout heurt des pieds, si vous ne nous conduisez pas convenablement, grogna Gimli, quand ils lui bandèrent les yeux.
Ses paroles me firent sourire. Nous nous mîmes alors en marche sur un sol doux, unis et relativement droit. Je pouvais sentir à mes côtés deux elfes assez à cran, qui me guidaient en me tenant chacun très fermement par un bras. Ne pouvant rien voir, j'écoutai alors l'environnement qui m'entourais et perçus le bruissement délicat du vent dans les feuilles d'arbres, le chant de la rivière et le pépiement lointain des oiseaux. Nous marchâmes plusieurs heures, quand finalement, nous nous arrêtâmes et les elfes nous retirèrent notre bandeau.
Je clignais des yeux et tentai de m'habituer de nouveau à la lumière du jour. Et la vue qui se dressait devant moi, me laissa pantoise.
- Caras Galadhon, le cœur du monde elfique sur terre. Royaume du Seigneur Celeborn et de Galadriel, Dame de Lórien, nous dit Haldir devant le paysage qui s'offrait au loin devant nous. Ici, vous êtes sur la colline de Cerin Amroth, rajouta-t-il. Nous allons nous y arrêter un instant et à partir de là, vous pouvez marcher librement.
On se trouvait dans un grand espace découvert. Le soleil, bien qu'il commençait à se coucher, brillait encore sur la colline. A gauche, s'élevait un grand tertre, couvert d'un tapis de gazon. Dessus, comme une double couronne, poussaient deux cercles d'arbres : ceux de l'extérieur avaient une écorce d'un blanc de neige, mais ils ne portaient pas de feuilles. Les arbres de l'intérieur étaient des mallornes de grande taille, encore revêtu d'or pâle.
Au pied des arbres et sur toutes les pentes vertes, l'herbe était parsemée de petites fleurs d'or en formes d'étoiles que je n'avais jamais vues auparavant. Je m'assis sur le sol, en cueillis une, la sentis et l'examinai attentivement.
- C'est une Elanor, me dit Legolas en se posant à côté de moi.
Je me poussai un peu afin de mettre plus de distance entre nous deux et le regardai d'un œil méfiant, car avec lui, je ne savais jamais trop sur quel pied danser. Il me fixa un moment, puis me tendit une gourde.
- Tenez, me dit-il, c'est du miruvor. J'ai réussi à vous en trouver auprès des elfes de la Lórien. Cela vous redonnera quelques forces pour continuer la route.
- Merci, dis-je en prenant délicatement l'outre de ses mains.
Je bus une partie de son contenu et me sentis à nouveau mieux, puis lui rendis la gourde.
- Et celles-ci, qu'est-ce que c'est, demandai-je finalement en désignant des fleurs blanches ou d'un vert très pâle, sur de minces tiges.
- Celles-ci, dit-il en m'en cueillant une et en me la tendant, c'est une niphredil. On ne la trouve presque que ici, en Lórien. Elle serait apparue en l'honneur de la naissance de Luthien. C'est une Elfe et la fille unique du roi Thingol de Doriath et de Melian, une Maia. Elle est la première Elfe à avoir épousé un mortel.
- Ce n'est pas chose courante, je présume.
- En effet. Rare sont les elfes épousant des mortels, car ils se condamnent à une éternité de chagrin, une fois l'être aimé décédé, me répondit-il.
Après trente minutes de pause, nous reprîmes finalement notre route dans les contrées verdoyantes de la Lórien. Pendant le trajet, je pouvais sentir continuellement le regard d'Aragorn sur moi, ce qui était assez perturbant et très bizarre.
- Aragorn, est-ce qu'il y a un souci ? lui demandai-je en me retournant.
- Non, tout va bien. Et vous ? Votre tête va mieux ? me demanda-t-il inquiet.
- Oui, beaucoup mieux merci, répondis-je.
Toutefois, je sentais qu'il me cachait quelque chose, vu la façon dont il me fixait. Peut-être que cela avait un rapport avec ce que Legolas n'avait pas voulu qu'il me dise. Je sondai alors ses pensées pour savoir ce que c'était, mais cela me provoqua quand-même une petite lancée à la tête. Toutefois, je comprenais mieux son comportement et aussi la vraie raison de la gifle que Legolas m'avait mise.
Apparemment, ma magie avait fait plus de dégâts que je ne pensais, et quand je m'étais endormie, j'aurais fait une pause respiratoire assez longue. Et je doutais que ce soit plus que cela, comme ils pouvaient le croire, car une baffe ne m'aurait pas réveillée si j'avais fait un vrai arrêt respiratoire. Cela dit, Legolas aurait quand même pu cogner moins fort.
Je devrais peut-être m'excuser pour l'avoir frappé.
Nous marchâmes encore plusieurs heures et la nuit était déjà bien avancée, quand nous arrivâmes finalement à Caras Galadhon. Nous cheminâmes le long d'une route pavée de pierres blanche et nous traversâmes les grandes portes du royaume. La ville était éclairée par des lanternes d'argents suspendues aux branches des arbres. Nous montâmes plusieurs sentiers et atterrîmes finalement sur une vaste pelouse où une source d'eau claire miroitait au milieu. Au Sud, se dressait le plus grand des mallornes dont le tronc luisait comme du satin gris et où les premières branches étendaient très haut leur immensité, sous d'ombreux nuages de feuilles.
- Eh bien, dis-je en regardant la hauteur des arbres, faut pas avoir des problèmes de vertiges par ici.
- Vous avez le vertige ? me demanda Legolas.
- Non. C'était juste une constatation.
Nous commençâmes alors à gravir le grand escalier en colimaçon, qui montait le long du mallorne.
- Maître elfe, dans votre monde y'a-t-il une loi qui interdise les balustrades et les barrières de sécurité ? demandai-je.
- Non, pourquoi une telle question ?
- Ben dans les Mines, on était cerné par des précipices et il n'y avait aucune barrière pour nous retenir et ici, il n'y a pas de rambardes à vos escaliers, alors qu'ils montent vraiment très haut.
- Mais tout le monde n'est pas aussi maladroit que vous, jeune fille, me dit-il avec un sourire.
- Peut-être, mais les accidents ça arrive et parfois plus vite qu'on ne le pense, rétorquai-je.
Il ne trouva rien de convainquant à me répondre, ce qui fait que le reste de la très longue montée se fit dans un silence religieux. Après une vingtaine de minutes de grimpe plutôt essoufflante, nous arrivâmes finalement sur une surface aussi grande que le pont d'un navire, qu'ils appelaient talan. Dessus était construite une maison assez large pour servir de château.
Nous nous arrêtâmes sur le talan, face aux escaliers qui menaient à la demeure. C'est alors que descendit deux silhouettes qui irradiaient d'une brillante lumière blanche, me faisant plisser les yeux.
Ils pourraient réduire un peu leur luminosité, on croirait avoir des LED en plein dans les yeux.
Apparurent alors clairement deux elfes, aussi grand l'un que l'autre. Ils étaient entièrement vêtus de blanc, les cheveux de la Dame étaient d'or foncé et ceux du Seigneur étaient longs, brillants et de couleur argentée. Les deux n'avaient aucun signe de l'âge, sinon dans l'intensité de leur regard car leur yeux étaient aussi pénétrant que des lances à la lumière des étoiles, et cependant profonds, puits de souvenir enfouis. Ils s'arrêtèrent sur les dernières marches de l'escalier et nous regardèrent.
Je pouvais percevoir de mes compagnons de l'admiration et de l'hébétude.
- L'ennemi sait que vous êtes entrés ici. Tout espoir de passer inaperçu a désormais disparu, dit le Seigneur Celeborn. Neuf sont ici, alors qu'ils étaient dix en quittant Fondcombe. Dites-moi où est Gandalf, car j'aimerai vivement m'entretenir avec lui et je ne puis le voir de loin.
A la mention de Gandalf, des élans de tristesse m'étreignirent.
- Gandalf le Gris n'a pas passé les frontières de ce pays. Il a basculé dans l'ombre, murmura Galadriel.
Je me mis à l'observer. Il y avait beaucoup de magie qui émanait d'elle et apparemment, elle était soit télépathe soit médium. Voir peut-être même les deux. Ce qui expliquait, comment elle pouvait savoir ce genre de chose. De plus, je pouvais la sentir en train de sonder un à un l'esprit de mes amis.
- En effet, il a été pris par l'ombre et la flamme, expliqua Legolas. Un Balrog de Morgoth. Car nous nous rendions sans nécessité, dans les rets de la Moria.
Ces mots entrainèrent une vague de culpabilité chez Gimli.
- Ce n'est pas votre faute mon ami, lui murmurai-je en lui posant une main sur l'épaule.
- Aucun des actes de Gandalf ne fût jamais inutile. Nous ignorons encore quel était son dessein, ajouta Galadriel. Surtout ne laissez pas le vide de Khazad-dûm emplir votre cœur, Gimli fils de Glóin, dit-elle en regardant le nain. Car le danger a totalement envahi le monde et sur toute terre l'amour est désormais mêlé de souffrance, rajouta-t-elle en fixant à présent Boromir.
Je commençais à percevoir du Gondorien de l'angoisse, mélangé à de la tristesse et avec une pointe de peur.
Non, mais elle est sadique pour faire ce genre de chose ou quoi.
Je me plongeais alors dans sa tête à elle et dus mettre de la force pour pouvoir l'expulser de l'esprit de mon ami. D'ailleurs, j'en mis peut-être un peu trop car elle tangua et son mari dut la soutenir.
Mais arrêtez de faire ce genre de chose bon sang, vous ne voyez pas que vous lui faites du mal, lui dis-je en colère.
Elle tourna alors le regard vers moi et tout le monde se mit à nous fixer. Haldir porta une main à sa ceinture pour saisir son épée, mais la Dame l'arrêta d'un geste de la main. Je pouvais la sentir essayer de pénétrer dans mon esprit et fis tout pour l'en empêcher. Mais, cette lutte de pouvoir, trop importante pour mon état actuel, commença à raviver mon mal de tête, qui s'était enfin calmer, et me fit de nouveau saigner du nez. A la vue de mon sang, elle s'arrêta sur le champ.
- Enchanté jeune fille, finit-elle par dire. Vous êtes la première sorcière que je rencontre, c'est un plaisir.
Ah bon ?
- Merci, c'est gentil, sortis-je en me massant les tempes.
- Que va devenir cette communauté, dit finalement Celeborn, car sans Gandalf tout espoir est perdu.
- Votre quête ne tient malheureusement qu'à un fil, dit Galadriel. Ecartez-vous un tant soit peu et ce sera l'échec, entrainant la ruine de tous. Mais l'espoir perdure, tant que la compagnie existe. Ne laissez pas vos cœur se troubler, à présent allez prendre un peu de repos car vous êtes accablés par le labeur et le chagrin. Cette nuit, vous dormirez en paix.
Nous redescendîmes alors par l'escalier, beaucoup plus rapidement que lors de la montée d'ailleurs, et au pied des marches, des elfes nous attendais. Une elfe me dit quelque chose en elfique, puis me fit signe de la suivre mais j'hésitais, car à chaque fois que j'avais bêtement fait confiance à un elfe, j'avais atterri en prison ou finis en robe. Je me tournais alors vers le Rôdeur qui hocha de la tête.
Je suivis alors la demoiselle et nous marchâmes un moment entre les arbres, puis nous descendîmes une petite pente couverte d'un gazon moelleux avant de nous retrouver devant un édifice, battit dans la roche.
Bon, y'a déjà pas de barreaux, donc je ne suis pas devant les prisons.
Nous passâmes la porte principale et nous nous retrouvâmes dans un vestibule, orné de quelques statues et éclairé le soir, par des lanternes d'argents posées sur de petites tables. L'atmosphère dans cet endroit était assez humide mais chaud.
Nous traversâmes le couloir partant vers la droite et entrâmes dans une autre pièce, dont une partie des murs étaient recouvert de fresque et contre lesquels étaient appuyés de petits bancs. Les parois étaient aussi animées de niches et d'absides abritant des statues d'elfines. Une grande arcade se découpait dans un des murs, permettant l'accès à une salle attenante, dans laquelle je pouvais apercevoir un grand bassin fumant.
Je crois que je suis aux bains publics, en tout cas ça y ressemble.
L'elfe me baragouina encore quelque chose dans sa langue, que je ne compris évidemment pas, et me laissa toute seule.
Je me déshabillais donc dans ce qui semblait être le vestiaire et mis mes vêtements dans une des niches. Je pus constater que j'étais couverte de sang, tant le mien que celui des orques. Je vis aussi que mes genoux étaient écorchés et couverts d'hématomes, à cause ma chute dans l'escalier. J'enlevais alors le pansement taché de sang qu'Aragorn m'avait fait au bras. Ce fut d'ailleurs assez douloureux, car il avait en partie adhéré à la plaie. Cependant, elle ne semblait pas infectée.
Je me dirigeai alors dans la salle attenante, pourvue d'un pavement en marbre et de colonnes surmontées d'une voute au décor complexe avec des reliefs. Je me glissai dans le bassin rempli d'eau chaude, alimenté par une fontaine à cascade et soupirai de contentement.
Qu'est-ce que les petites choses simples comme prendre une douche ou un bain, pouvaient nous manquer quand on en était privé.
Je me décrassai alors à fond et me prélassai un moment. Mes muscles se dénouèrent gentiment et la chaleur du bain, mélangé aux effluves floraux des produits, m'embrumèrent le cerveau et je commençais à somnoler.
Je fus alors tirée de mon demi-sommeil par l'elfe, qui me secouait par l'épaule. Elle me tendit une serviette que je saisi, puis sortis du bain pour m'y enrouler. Nous nous dirigeâmes dans le vestiaire et je m'assis sur le banc qu'elle me désignait. Elle prit alors dans une des niches, un petit pot contenant un onguent, qu'elle appliqua généreusement sur mes genoux, puis sur mon bras qu'elle pansa. Elle prit aussi dans la niche, un verre contenant un liquide fumant qu'elle me tendit, puis me laissa une deuxième fois toute seule pour que je puisse m'habiller.
Après avoir bu la décoction, qui était probablement une infusion d'athelas au vu de l'odeur, je me dirigeai là où j'avais laissé mes habits et pus voir qu'elle les avait ramassés et m'avait déposé une robe bleue à la place.
Et mince ! Encore une satanée robe.
Malheureusement, je ne pouvais pas mettre mes vêtements de rechange car je n'avais pas mon sac avec moi. En effet, Gimli avait décidé de me le porter depuis que nous avions quitté la Nimrodel, histoire que j'économise mes forces, comme il disait. Et si je débarquais en serviette de bain à notre camp pour aller chercher mes affaires, mes amis feraient probablement une syncope. J'étais donc condamnée à mettre cette chose, qui était d'ailleurs un peu trop longue.
Une fois prête, l'elfine m'emmena au campement que son peuple nous avaient préparé, au pied des arbres. Mais plus je me rapprochais du camp, plus le chagrin qui étreignait mes amis, s'amplifia. Elle me laissa finalement vers l'arbre où étaient installés mes compagnons. J'arrivai discrètement derrière eux, au moment au Sam était en train de dire quelques mots sur les feux d'artifice de Gandalf. Ne pouvant supporter la peine de huit personnes en plus de la mienne, j'attirais à moi une couverture qu'il y avait sur un lit inoccupé et partis. Je marchai un bon moment jusqu'à que je ne perçoive plus les émotions de mes amis, ni de quiconque d'ailleurs. Je finis donc par m'arrêter dans une zone non éclairée de la ville, où il n'y avait strictement rien appart les arbres, des animaux et des bruits très bizarres.
Je m'assis alors contre un arbre et éclatai en sanglots. Je ne pleurais pas uniquement la mort du magicien, mais aussi la séparation avec ma famille, mes amis et mon monde.
C'est alors que je le sentis arriver. Je pouvais percevoir de plus en plus clairement sa peine et son inquiétude.
Non, je t'en supplie, va-t'en.
1 Célèbre pont basculant de Londres
2 Claudine Guérin de Tencin
