C'est dimanche, il fait tellement beau que c'en est presque étrange après les semaines de vent, de pluie, de neige, de verglas qui m'ont plus donné envie de rester chez moi et écrire toute la journée que d'aller travailler. Je me suis donc posée, avec mon cappuccino, une bonne série et mon chat, et j'ai écrit jusqu'à ce que ce chapitre daigne me laisser poser le point final.
Les choses évoluent assez lentement, aussi, si vous vous demandez combien de chapitres le composeront, je n'en sais strictement rien. J'écris sans plan la plupart du temps, alors je me laisse guider par mes personnages qui bien souvent font de moi ce qu'ils veulent. Par contre, je peux vous annoncer d'ores et déjà que oui, Harry et Draco seront bien ensemble, soyez-en sûr.e.s. Toutefois, j'aimerais pouvoir publier le prochain chapitre de Easy as Pie avant le chapitre 11 de Master of None. Croisez les doigts avec moi pour qu'il me vienne rapidement...
J'en profite pour vous remercier encore pour vos gentils mots. J'écris pour moi, et j'écrirai toujours pour moi avant toute chose, mais savoir que vous prenez du plaisir à me lire est un bonheur de chaque jour, de chaque mot que je pose sur mon clavier, de chaque idée qui germe dans mon esprit. J'ai toujours rêvé d'être une auteure, peut-être d'écrire des choses qui plairaient, et vous me donnez l'impression que ce rêve n'est pas si fou.
Je dis beaucoup trop de bêtises aujourd'hui, mettons cela sur les vapeurs du vernis qui sèche sur mes ongles.
Je vous propose toutefois un petit jeu pour la prochaine fois : comment pensez-vous que s'est passée la première soirée en tête à tête entre Alicia et Scorpius ? Proposez moi vos anecdotes, et qui sait, il se peut que j'en choisisse une ou deux pour le prochain chapitre...
Shelby.
Jeudi 28 Octobre.
Draco repose son verre de vin. S'il portait un autre nom que Malfoy, cela se ferait dans un soupire, mais les Malfoy ne soupirent pas. C'est bien trop ordinaire.
Face à lui, sa mère est silencieuse. Elle a reposé ses couverts de chaque côté de son assiette, avec un manque d'intérêt prodigieux pour la sauce sur la fourchette, qui imbibe à présent la nappe taillée dans une étoffe précieuse quelconque qu'on jettera aux ordures sans un regard en arrière. Narcissa a passé le repas entier à lui jeter des piques, à lui rappeler que cela fait plusieurs jours qu'elle n'a pas vu Scorpius, qu'elle ne l'a même pas eu au téléphone.
Lucius, a gardé le silence, se contentant de lever parfois les yeux au ciel.
— Mère, faire garder Scorpius par une baby-sitter n'est pas une déclaration de guerre contre toi.
— Ah ? Et qu'est-ce donc, je te prie ? Une déclaration d'amour ? Une preuve de ta confiance et de ta reconnaissance pour moi ?
— Une tentative de le sortir de sa zone de confort.
— Sa mère n'aurait…
— Sa mère est morte ! gronde Draco avec un regard noir pour sa mère. Sa mère est morte, elle n'a donc plus son mot à dire. Cesse de constamment me court-circuiter avec ce que sa mère aurait dit.
Narcissa n'est pas une femme ordinaire, aussi ne reste-t-elle pas bouche bée, mais son regard trahi tout de même sa surprise.
— C'était ta femme…
— Un mariage de convenance, tu le sais très bien, puisque tu l'as initié, avec Père, lui rappelle Draco froidement.
— Et alors ? Notre mariage aussi était un mariage de convenance, et ça ne nous empêche pas de nous aimer.
Draco remplit son verre de vin, et celui de Lucius.
Entendre autant de mauvaise foi de la bouche de sa mère ne devrait pas être surprenant, mais cela reste édifiant.
— Je n'ai jamais voulu épouser Astoria, mère, et tu l'as toujours su.
— C'est vrai, intervient Lucius.
— Ne t'en mêle pas, mon chéri, le tacle Narcissa avant de se tourner vers Draco. Nous avons fait ce qu'il y avait de mieux pour toi, et tu as maintenant un hé…
— Un héritier ? Oui, la famille Malfoy continuera d'exister longtemps encore. Pas d'inquiétude. Mais ça n'a rien à voir avec Alicia.
— Alicia ? demande Lucius.
— La baby-sitter, père.
— Ah. Oui. Alicia.
— Cette fille ne connait pas Scorpius comme moi. Elle ne sait pas ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas, et je ne parle pas que de nourriture…
Draco a pensé à chaque argument, c'est un fait, et celui-ci a longtemps été celui dont il savait que sa mère le sortirait à la première occasion.
— C'est justement pour cela que c'est positif, qu'il soit confronté à quelqu'un qui ne peut pas deviner les choses qu'il ne dit pas…
— Elle n'a jamais connu Astoria !
— Alors quoi ? Il faudrait que je ne fréquente que des gens qui ont leur diplôme en Astoria Greengrass ?
— Astoria Malfoy, s'insurge Narcissa.
— Mère, Astoria est morte Greengrass, pas Malfoy.
Narcissa ouvre la bouche, mimique inédite chez cette femme habituellement maîtresse d'elle-même que c'en est presque choquant. Lucius se resserre un verre de vin et prend véritablement la parole pour la première fois.
— Es-tu en train de nous dire qu'Astoria et toi avez divorcé, Draco ?
Draco a connu Astoria à l'école. Elle avait deux ans de moins que lui, elle était jolie, et appartenait à une des rares familles que ses parents approuvaient. Ils avaient commencé à se fréquenter au lycée, plus par convenances et parce qu'ils y étaient très fermement encouragés, sans toutefois pouvoir dire qu'ils y trouvaient un plaisir particulier. Pourtant, derrière cette vitrine d'apparences sauves et de conventions respectées au pied de la lettre, il y avait entre eux une véritable confiance, une amitié qui leur avait permis de tenir le coup.
La naissance de Scorpius n'avait rien changé à cela. Les relations secrètes de Draco, les hommes qu'Astoria fréquentait de façon éphémère n'avaient en rien entaché leur volonté de sauver les apparences. Astoria avait toujours voulu devenir mère, Draco s'était laissé séduire par l'idée, bien qu'il s'en soit senti incapable à cette époque. S'occuper d'un bébé, alors que lui-même était incapable d'imposer ses choix à ses parents, alors même qu'il s'était jusqu'alors contenté de faire ce que l'on attendait de lui, tout en prenant une puissance professionnelle qui ne changeait rien à l'ascendant de Lucius sur sa vie ? Pourquoi pas, après tout.
Scorpius était né, et les années suivantes avaient été heureuses. Le couple avait continué à prétendre d'être la famille parfaite et respectueuse de la tradition que l'on attendait d'eux, et Draco s'était peu à peu détaché de la volonté de son père. Il avait rejoint un cabinet d'avocats bien plus proche de ses valeurs et de ses ambitions, s'était affranchi de ses anciens associés, et le nom Malfoy avait commencé à prendre un sens qui n'avait plus rien à voir avec Lucius : Draco Malfoy n'était plus seulement le nom du fils de Lucius, c'était celui d'un homme respecté, craint, parfois, qu'on appelait en sachant que s'il coûtait une fortune, chaque penny dépensé était justifié.
Astoria, elle, s'était épanouie dans sa vie professionnelle. De jeune fille que d'aucun considéraient comme écervelée, elle était devenue une femme dont on reconnaissait sans mal qu'elle savait de quoi elle parlait. Elle faisait partie de ces femmes que l'on aime détester. Mariée à un homme respecté, voire craint, que d'aucun considéraient comme un homme influent, Astoria ne s'était jamais contentée d'être la femme de. Elle avait acquis une existence par et pour elle-même qui n'avait fait que laissé un vide plus grand encore après sa mort.
Son cancer est arrivé comme un coup de tonnerre au printemps, surprenant au beau milieu d'une après-midi de soleil, foudroyant. Cela a commencé par une fatigue immense que des heures de sommeil ne suffisaient pas à satisfaire, par des pertes d'appétit que les meilleurs plats des plus grands restaurants ne soignaient pas, mais personne n'a rien fait, parce qu'Astoria a garanti à tout le monde que c'était normal, avec le rythme de vie qui était le sien.
Puis il a fallu se rendre à l'évidence.
C'était au moment où Draco et elle avaient fait un choix qui aurait changé le reste de leurs vies : divorcer.
Leur bonheur était complet, c'est un fait. Ils s'entendaient bien, dormaient ensemble sans jamais ressentir le moindre dégoût ni la moindre gêne, faisaient l'amour parfois, avec cette tendresse qu'on ceux que le désir n'a jamais ne serait-ce que frôlé. La passion, elle, était étouffée, tuée par des années d'acceptation de convenances qui ne leur apportaient rien sinon de la lassitude, un ras le bol que toute la bonne volonté du monde ne suffisait plus à contenir.
L'un comme l'autre voulaient vivre leur vie. Ils rêvaient de liberté, d'indépendance.
Draco avait acheté un appartement, Astoria avait demandé à garder celui qu'ils avaient acheté ensemble à leurs fiançailles, et c'était une situation qui leur convenait tout à fait à tous les deux. Ils s'étaient mis d'accord pour faire les choses le plus proprement possible, pour expliquer à Scorpius, pour préserver leurs parents.
Avouer à Narcissa et Lucius que Draco était gay eut été un coup en trop qu'il n'avait pas voulu leur donner. Nul mot à ajouter quant à la naïveté dans laquelle il pensait ses parents désespérément enveloppés, comme avait pu le lui faire remarquer Narcissa peu après le décès d'Astoria.
Sa leucémie avait été foudroyante, si bien que l'étonnement se lisait encore sur le visage de ses proches quand il avait fallu annoncer son décès à leur deux familles.
Mais Draco n'en avait eu cure, parce qu'il fallait alors répondre aux terreurs nocturnes de Scorpius, à Scorpius qui refusait de s'alimenter, de lui adresser la parole, à Scorpius qui hurlait de douleur, des heures durant, tout en écrasant ses petits poings sur le torse de son père. Il avait fallu emballer ses affaires, les débarrasser d'un appartement que plus personne n'habiterait jamais, dans lequel le petit garçon ne déboulerait jamais en riant et en courant et en chantant. Les projets de ces deux parents nouvellement divorcés ne verraient jamais le jour, et Draco avait dû se rendre à l'évidence : toutes ces années, minuscules dans la vie du petit garçon mais suffisantes pour ressembler maintenant à des montages infranchissables, il n'avait pas été un père pour lui.
Trop occupé qu'il était à courber l'échine.
— Oui. Peu avant son décès.
— Tu avais déjà acheté l'appartement quand elle est décédée, poursuit Lucius.
— Oui.
— Vous n'avez jamais été amoureux, déclare-t-il ensuite.
— Non, c'est vrai.
Il y a dans la voix de Lucius comme la satisfaction de libérer enfin un secret qui pourtant n'est pas le sien, d'avouer qu'il avait tout compris, depuis tout ce temps. Narcissa se tourne vers son mari. Elle est horrifiée, elle est trahie, cette femme dont la fausse naïveté était cette fois bien réelle.
— Tu savais ? demande-t-elle à son mari d'une voix plus aigüe sans doute qu'elle ne l'aurait voulu.
— Oui. J'avais mes suspicions.
— Et tu… Jamais tu n'as…
— Ca n'était pas à moi d'en parler.
Narcissa se tourne cette fois vers son fils.
— Et toi ? Tu me prends mon petit-fils comme si ton père et moi avions une mauvaise influence sur lui, et j'apprends que tu m'as caché que tu avais divorcé de sa mère ? À quel moment es-tu devenu aussi sournois, Draco ? À quel moment t'avons-nous donné l'impression que nous ne saurions pas accepter tes choix ?
— À ma naissance, mère.
Jeudi 28 Octobre, appartement de Draco Malfoy.
Alicia referme la porte derrière elle, dans un léger craquement qui la fait grimacer. Scorpius s'est enfin endormi, et à presque 21 heures, il était temps qu'il se décide enfin à dormir.
La jeune fille n'est pas très expérimentée en baby-sitting.
Elle a bien gardé quelques fois ses cousins, mais c'était il y a longtemps, et elle n'était pas payée pour cela.
Quand elle est arrivée à Poudlard, un établissement impressionnant, avec son cloître sur lequel donnent toutes les classes, Alicia ne s'est pas sentie à sa place. C'est un monde différent du sien, un monde où les parents qui viennent chercher leurs enfants sont aussi beaux que s'ils venaient tout juste de se préparer le matin, où leurs vêtements ne sont pas salis par le travail en usine, où leurs chaussures en cuir sont vernies et n'ont pas souffert des éclaboussures de la boue, y compris les jours de pluie.
L'enseignant de Scorpius est un homme étonnement jeune, même si Alicia soupçonne que Mr Malfoy n'est pas plus vieux que lui. Il est juste infiniment plus sérieux, moins souriant, moins sympathique. Mr Potter est lumineux, il est solaire, là où Mr Malfoy est simplement brillant, comme la lune au milieu du ciel noir.
— Je viens chercher Scorpius Malfoy, dit-elle à l'enseignant, qui lui sourit.
— J'ai été averti par son père, oui.
Mr Potter se tourne vers la cour, et fait signe à Scorpius qui avance d'un pas égal vers les deux adultes. Sa démarche ressemble tellement à celle de son père que l'on pourrait croire qu'il l'imite. Alicia et Scorpius ont fait connaissance la veille, Draco l'a invitée à venir rencontrer son fils. Ils ont échangé quelques instants, mais Scorpius ne s'est pas déridé. C'est un enfant d'un sérieux impressionnant, qui met un peu la jeune fille mal à l'aise. Elle a l'habitude des enfants qui éclatent de rire, qui courent dans tous les sens et fatiguent leur monde avec leurs questions incessantes.
Ils ont fait le chemin ensemble, à pieds, jusqu'à l'appartement dans lequel il vit avec son père. Alicia a hésité un instant lorsqu'est venu le moment de taper le code de sécurité du sas d'entrée de l'immeuble, mais Scorpius lui a donné le code d'une voix monocorde. Ils sont montés ensemble jusqu'à l'appartement, un endroit sublime qui a émerveillé Alicia. Elle ne s'est pourtant pas attardée à observer le moindre recoin : si elle a grandi dans une famille plutôt modeste, la jeune fille a aussi appris à être fière de ses origines et à ne pas envier ceux qui ont eu plus de chance.
— Tu veux manger quelque chose ? a-t-elle demandé à Scorpius après que celui-ci a enlevé son manteau et ses chaussures.
Il était en chaussettes au milieu du salon, un peu mal à l'aise, comme un hôte qui ne saurait pas quoi faire de son invité. Le sentiment état partagé. Seul un haussement d'épaules avait répondu à la question d'Alicia, et elle avait alors compris que la soirée serait longue.
