Chapitre 10 : Tristes nouvelles.
Je me suis rendue compte que j'ai fait une bêtise concernant le fils de Molière. Il est né cette année-ci en 1664 et pas l'année d'avant. Mea culpa, ça ne change rien à la suite mais ce petit détail me chiffonnait !
Tartuffe avait remporté un beau succès à la Cour mais, comme il fallait s'y attendre, les esprits chagrins ne tardèrent pas à s'abattre sur son auteur comme une volée de corbeaux. Des voix s'élevèrent, des pamphlets furent publiés, dénonçant l'impiété inacceptable de la pièce qui osait tourner les hommes d'Église en dérision. Molière en riait de bon cœur car il était habitué à ces attaques mais il ne s'attendait pas au coup imprévu qui lui serait bientôt donné par la personne qu'il pensait être son soutien le plus sûr.
Un mois après la représentation de la pièce, une réunion eut lieu chez le marquis de Laval. Il y avait là de nombreux dévots mais aussi des gens de tout poil dont le but commun était de trouver le moyen de contrecarrer Molière parce que sa réussite leur faisait de l'ombre comme les représentants des deux théâtres qui, jusque-là, se partageaient le public parisien : l'Hôtel de Bourgogne et l'Hôtel du Marais. Sugizo était présent, qui voyait d'un très mauvais œil la faveur sans cesse grandissante de la troupe de Molière, ce « bouffon en rubans verts »1 qui allait finir par remettre en question le privilège de l'Hôtel de Bourgogne auprès du roi. Il était venu là pour se renseigner, rencontrer des alliés et voir ce qui allait se proposer.
Ce fut ce soir-là, qu'une solution énergique fut décidée : Molière tenait tout son succès du roi, c'était sur lui qu'il fallait faire pression. Or le roi de France n'avait de comptes à rendre à personne sauf à Dieu. C'était donc par là, son seul point sensible, qu'il fallait le prendre et Sugizo n'hésita pas à se lever pour s'adresser à l'assemblée :
- Si vous le permettez, je connais bien l'archevêque de Paris qui a l'oreille du roi et surtout de la Reine Mère. Si je lui raconte cette pièce scandaleuse et lui demande son concours pour notre projet, je suis sûr qu'il ne nous le refusera pas. Cela fait longtemps déjà que Molière l'irrite. D'ici-là, nous devons multiplier les pressions et convaincre le maximum de personnes des effets néfastes de cette pièce pour que Molière ne puisse pas la faire jouer en ville.
La solution fut hautement approuvée et Sugizo fut chargé d'aller trouver l'archevêque, monsieur de Péréfixe. Lui parler de la nécessité de barrer la route à Molière, c'était prêcher un convaincu aussi l'ecclésiastique se joignit-il sans hésitation à la cabale. Il joua de son influence, de son éloquence auprès du roi pendant que les pamphlets devenaient de plus en plus violents. On menaça d'excommunication tous ceux qui iraient voir la pièce. Il y eut tant et tant de remue-ménage qu'au mois de mai, hide, qui venait rendre visite à Molière, le trouva assis dans sa salle à manger, la tête dans ses mains et l'air totalement anéanti.
- Monsieur ? J'ai entendu d'étranges rumeurs est-ce que… ?
- C'est fini hide…le roi m'a désavoué, le roi m'a trahit.
Le jeune homme prit une chaise et s'assit près de son mentor dont il saisit l'une des mains. Dessous, le visage du dramaturge était marqué par le chagrin.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-il avec inquiétude.
Molière laissa tomber d'une voix blanche :
- Le roi a fait interdire la pièce.
- Quoi, Tartuffe ?
- Oui.
- Mais pourquoi ?! Il riait aux éclats l'autre jour à Versailles !
Molière se redressa, au prix d'une profonde respiration et expliqua :
- Il m'a fait mander ce matin en audience privée. Il m'a dit qu'on l'avait menacé d'excommunication s'il continuait de soutenir cette pièce.
- Que lui importe ?
- hide, c'est la seule et unique menace qui puisse lui faire peur. Il est le maître tout-puissant du royaume mais au-dessus de lui, il y en a un autre. Même s'il paraît moins porté sur la religion que son père, il est tout de même croyant et la perspective de l'Enfer l'a fait reculer. De plus, il doit des égards à l'archevêque, à la reine-mère qui s'est mêlée aux débats. On lui a fait miroiter de grands trouble et des fâcheries du plus mauvais effet s'il ne cédait pas. Il fallait qu'il le fasse...il a fait interdire la pièce sous prétexte qu'elle était immorale et risquait de corrompre les esprits.
Les yeux de hide lancèrent des éclairs de fureur :
- La religion !! cracha-t-il. Puissent tous ces buveurs d'eau bénite aller au diable ! Ils ne savent même pas interpréter une pièce correctement ! Vous n'avez fait aucune insulte à ceux qui sont vraiment croyants, vous n'attaquiez que les hypocrites. Mais comme dit le proverbe, il n'y a que la vérité qui blesse ! Ceux qui se vexent font presque un aveu !
- Je sais mon garçon mais je n'y puis rien, dit tristement Molière en posant une main sur son épaule. Le roi m'a pourtant dit qu'il ne trouvait rien à redire à ma pièce mais qu'il fallait céder pour des raisons politiques. Je suis…je suis plus bouleversé que je ne saurais le dire. Que suis-je sans le soutien du roi ? Cette victoire de mes ennemis pourrait être suivie de beaucoup d'autres.
- N'arrêtez pas d'écrire surtout ! Et tentez de convaincre le roi de changer sa décision ! Tartuffe est un chef d'œuvre, vous en étiez si fier ! Il ne peut pas tomber ainsi dans l'oubli !
- Oui…dire que je l'avais écrit pour lui, dit Molière d'un ton amer. Je croyais que c'était ce qu'il voulait et qu'il me soutiendrait. Mais que dis-je ? Mes ennemis ont usé de l'arme la plus forte, le roi n'avait pas le choix.
Là-dessus, Armande arriva et entoura les épaules de son mari avait sollicitude. Elle dit avec un regard de connivence à hide :
- Tu vas écrire une nouvelle pièce, meilleure encore que celle-ci en essayant d'éviter les sujets sensibles pour que personne ne puisse soulever suffisamment d'arguments contre toi.
- C'est tout ce qu'il me reste à faire. Mais donnez-moi le temps de retrouver l'envie d'écrire…
Molière faisait peine à voir mais puisqu'il ne pouvait pas compter sur Tartuffe pour faire rentrer de nouvelles recette dans son théâtre, il lui fallut trouver un autre moyen de le conserver en activité.
Il s'était lié d'amitié avec un tout jeune auteur, Jean Racine, auquel il avait proposé de mettre en scène sa première pièce La Thébaïde. Ce fut un exercice périlleux pour la troupe, plus habituée au jeu vivant des comédies qu'aux alexandrins ronflants de la tragédie. hide surtout fut particulièrement ennuyé de devoir s'y mettre. Jamais encore il n'avait joué de tragédie. Il n'aimait pas déclamer ces vers qui l'ennuyaient à mourir, ni cette sombre histoire de guerre fratricide. Il détestait la tragédie pour la bonne et simple raison qu'elle était l'apanage de l'Hôtel de Bourgogne dont faisaient partie beaucoup de leurs ennemis.
Malheureusement, Molière avait toujours eu comme désir profond de devenir tragédien. hide avait toujours trouvé cela stupéfiant. Son mentor semblait ravi de pouvoir enfin toucher sérieusement à ce genre qu'il avait toujours envié et s'exerçait à dire les vers avec emphase. Malgré toute l'admiration qu'il avait pour lui, hide était bien obligé de reconnaître qu'il n'était pas très doué ! Et que son visage et ses gestes trop expressifs n'allaient pas avec son rôle.
Les répétitions furent donc un calvaire pour le jeune comédien. Pour la première fois de sa vie, il se levait le matin en bougonnant, faute de motivation pour aller travailler. Que n'aurait-il pas donné pour une bonne farce bien dynamique à jouer ? Il avait du mal à le reconnaître vraiment mais depuis que Molière s'était lancé dans la haute comédie, il avait de moins en moins l'occasion de laisser s'exprimer tous les talents qu'il avait dans la comedia. Cette nouvelle toquade pour une tragédie l'inquiétait car il ne voulait pas avoir à en jouer régulièrement.
Racine avait un an de moins que lui et lui faisait l'effet d'un jeune présomptueux dont l'ambition n'était pas à la hauteur du talent. hide, qui n'avait aucun moyen de deviner ce qu'il allait devenir par la suite, ne pouvait que le juger d'après cette pièce médiocre. Racine était à ses yeux un écrivaillon barbant comme la pluie et de plus, assez désagréable dans sa façon de diriger la troupe en répétition. Rien n'était bon pour lui et il était toujours de mauvaise humeur. Certes, il avait des raisons puisque la troupe n'était pas douée pour ce genre de pièce.
- Pourquoi n'a-t-il pas donné sa pièce aux autres théâtres ? râla hide à Armande au sortir d'une répétition.
- Parce que personne n'en aurait voulu probablement, répondit Armande avec pertinence. Il faut savoir démarrer au plus bas quand on est un jeune auteur et nous étions un théâtre beaucoup plus accessible que celui de l'Hôtel de Bourgogne. Ajoute à cela que Molière a eu la générosité de le prendre sous son aile.
Une générosité qui n'arrangeait pas hide. Il se trouvait mauvais comme un cochon lorsqu'il s'écoutait jouer ce que ne manqua pas de lui reprocher Racine :
- Polynice n'a pas à avoir ces gesticulations de pantin ! Vous jouez un prince pas un valet alors essayez d'avoir un peu plus de noblesse dans l'attitude !
Le jeu qu'on lui demandait était trop statique au goût de hide qui se sentait des fourmis dans le corps. Déjà de mauvaise humeur depuis plusieurs jours, le reproche de Racine le fit exploser et il lâcha ce qu'il se retenait de dire depuis plusieurs jours :
- Je fais de la comédie moi monsieur ! Portez donc votre pièce à ces faces morbides de l'Hôtel de Bourgogne et ils se feront une joie d'imprimer à votre pièce toute la morgue qu'elle mérite !
- hide !! tonna Molière qui se trouvait debout, à côté de Racine dans le parterre, ne parle pas sur ce ton et fais ce qu'on te dit ! La représentation est dans deux jours, tu ne vas pas tout gâcher maintenant. Mets-y un peu plus de bonne volonté !
hide faillit quitter la scène dans un mouvement de colère mais il se souvint tout d'un coup de ce qu'il devait à Molière. Laisser tomber la pièce à deux jours de la représentation, c'était le mettre dans un grand embarras et il ne put aller jusque-là. C'est pourquoi, il s'obligea à continuer mais dans son cœur, l'amertume était grande. Il en venait presque à espérer que la pièce soit un échec complet pour qu'il n'ait pas à la jouer plusieurs fois.
Molière voulut mettre les choses au clair avec lui le soir-même et le retint au théâtre après le départ de la troupe :
- Je peux savoir ce qui te prend ces derniers temps ? Tu grognes sans arrêt et tu n'as jamais aussi mal joué.
- Vous me mettez moi, qui ait une formation de comedia, dans une tragédie et vous vous attendiez à quoi ? répliqua vivement hide avant de se rendre compte qu'il y allait un peu fort et qu'il n'avait pas envie de se fâcher avec Molière. Il poursuivit sur un ton plus calme :
- Monsieur…je ne suis pas à l'aise dans ce rôle. Je déteste la tragédie, ce n'est pas pour faire cela que j'ai voulu devenir comédien. J'ai passé tellement de temps à la railler que j'ai l'impression d'être forcé de rentrer dans la peau de tout ces gens qui vous insultent. Et…la bouffonnerie me manque. Je sais que ce n'est pas noble, qu'on n'y dit pas de beaux vers, qu'on n'y trouve pas de hauts personnages et de grands sentiments mais peu m'importe, c'est cela mon univers et ce pour quoi je suis fait. Après tout, ne suis-je pas sorti de la boue du peuple ? Les larmoiements m'ennuient, je les laisse à ces messieurs de la haute et je préfère le sarcasme et le rire vivant.
- Tu te rabaisses un peu trop mon garçon car faire rire les gens est une mission aussi noble que de les émouvoir et plus difficile aussi, répondit Molière qui ne semblait pas fâché, et je te rappelle que je suis aussi issu « de la boue du peuple » comme tu le dis. Je comprends ton sentiment et je me rappelle de tes cabrioles chez les Italiens lorsque je t'ai trouvé. Tu explosais de vie et de joie et ta langue bien pendue les faisaient rire aux éclats. Je ne peux pas faire autrement que de te demander te prendre sur toi pour cette pièce mais je te promets, que j'écrirai par la suite une nouvelle farce dans laquelle tu auras un rôle à ta mesure.
Le dramaturge esquissa un sourire :
- Tu sais quoi ? Moi non plus, je ne suis pas doué pour la tragédie ! Personne n'ose me le dire en face dans la troupe mais je ne suis pas assez prétentieux pour ne pas m'en rendre compte. Pauvre Racine !, dit-il en riant. Je fais ce que je peux et j'espère arriver à limiter les dégâts. Tu sais, avant que tu arrives, lors de notre première représentation chez Monsieur, nous avions joué une tragédie qui a ennuyé tout le monde. Nous avons essayé de nous rattraper avec Le Docteur amoureux et cette fois, tout le monde a rit !
- Oui je suis au courant de l'histoire, répondit hide en souriant. Alors je ferai de mon mieux monsieur pour ne pas gâcher la pièce.
Tous deux firent si bien que l'échec annoncé ne se produisit finalement pas et la pièce remporta un succès moyen de vingt représentations. On salua la performance d'Armande en Jocaste et il faut avouer qu'elle n'avait eu aucun mal à se glisser dans un rôle sérieux.
Cependant, Molière gardait toujours en travers de la gorge l'interdiction de Tartuffe. Ses détracteurs, au lieu de se calmer, trouvèrent là matière à renchérir toujours plus sur la justesse de cette décision. Il y avait là une excellente occasion de flatter le roi tout en insultant Molière à bon compte. De l'autre côté, le dramaturge, sa troupe et tous ses amis avaient l'habitude de se réunir souvent chez Boileau dans la bonne humeur. hide adorait ces soirées pleine de gaieté où il avait la chance de côtoyer certaines des personnes les plus spirituelles qu'il connaissait. Il ne parlait pas beaucoup lui-même car il était intimidé par les talents littéraires qui se trouvaient là mais il écoutait de toutes ses oreilles les vers légers et drôles qui s'y lisaient, les poèmes et les disputes bon enfant sur des points de littérature qu'il ne comprenait pas toujours.
« L'affaire Tartuffe » occupait l'essentiel de la conversation à cette époque et un soir, ce fut La Fontaine qui lut un placet qui venait tout juste d'être publié. Il avait été écrit par un certain Pierre Roullé et offrait ce qu'il pouvait y avoir de plus boursouflé en matière de flatterie envers le roi. Le portait de Molière qu'il contenait était cruel mais l'auteur des Fables avait préféré le ridiculiser. Debout sur sa chaise, sous les yeux de tous les convives hilares qui mangeaient et buvaient en abondance, il annonça d'une voix exagérément emphatique :
- Le roi glorieux au monde, ou Louis XIV le plus glorieux de tous les rois du monde !!
- Qu'est-ce que cela ? demande hide.
- C'est le titre.
Et chacun de rire aux éclats. La lecture du placet fut ponctuée de commentaires moqueurs, parfois un peu forcés comme si chacun craignait que Molière soit de nouveau blessé par cette violente attaque :
- Un homme, ou plutôt un démon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fût jamais dans les siècles passés, avait eu assez d'impiété et d'abomination pour faire sortir de son esprit diabolique une pièce toute prête à être rendue publique, en la faisant exécuter sur le théâtre, à la dérision de toute l'Eglise et au mépris du de ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise ordonnée du Sauveur pour la sanctification des âmes, à dessein d'en faire rendre l'usage ridicule, contemptible odieux. […] Mais Sa Majesté, après lui avoir fait un sévère reproche (…) lui a ordonné sous peine de perdre la vie d'en supprimer et déchirer, étouffer et brûler tout ce qui en était fait et de ne plus rien faire à l'avenir de si indigne et infamant [...]
- Le roi n'a jamais présenté les choses sous cet angle, commenta tranquillement Boileau. Vous avez trouvé là quelque chose de très drôle mon bon La Fontaine et j'ai bien envie d'en faire une réponse qui fera sentir son ridicule à ce petit monsieur.
- Ne vous donnez pas cette peine, répondit La Fontaine en sautant de sa chaise. Une réponse venue de vous le flatterait trop. La meilleure façon de faire taire ces gens-là serait que notre Molière continue son œuvre comme si rien ne pouvait l'atteindre. N'est-ce pas mon ami ?
hide se tourna vers le fond de la salle, étonné de n'avoir pas entendu la voix de son mentor depuis longtemps. Le dramaturge, plume à la main, était profondément absorbé dans la rédaction d'une lettre :
- Que faites-vous monsieur ? demanda hide depuis sa place. C'est une réponse ?
Molière sursauta comme brusquement tiré de ses pensées :
- Mmmmh ? Oh non, j'ai une bien meilleure idée que de répondre à ce cuistre. Je suis en train d'écrire au roi pour lui demander de reconsidérer sa décision. Cela me rend malade de voir que les imbéciles sont en train de gagner la partie.
- Vous croyez que le roi pourrait vraiment changer d'avis ? demanda hide d'un ton peu convaincu.
- Il y a bien peu de chances mais il n'y a rien à perdre, lui répondit Boileau avant de se lever. Je vous laisse un moment mes amis, profitez de ma maison comme si c'était la vôtre.
- Où allez-vous ? demanda La Fontaine. Je trouvais cela étrange que vous soyez habillé tout en noir.
- Aussi est-ce à une veillée funèbre que je me rends.
- Oh…un parent ?
- Non, un homme que j'appréciais beaucoup, le chevalier de Noirmoutiers.
La Fontaine fit un léger signe de dénégation pour signifier qu'il ne le connaissait pas. hide ouvrit de grands yeux choqués :
- Le…
- Vous le connaissiez ?
- Non…enfin pas très bien mais il m'a aidé dans un moment critique. Comment est-il mort ?
- Il souffrait de la tuberculose depuis longtemps. Le pauvre homme, soupira Boileau en mettant son manteau, il ne s'est jamais fait d'illusions sur son sort et il attendait le jour où il pourrait enfin cesser de souffrir. C'était quelqu'un d'honnête et de pur en dépit des gens qu'il fréquentait, que Dieu ait son âme.
Il sortit et hide échangea un regard désolé avec Molière. Autour d'eux, la soirée reprit tout aussi gaiment qu'avant puisque personne ne connaissait celui qui venait de mourir. Mais hide fut incapable de retrouver son entrain. Assis en silence dans un coin de la pièce, il pensa longuement à cet homme fragile et bon qui lui avait sauvé la vie et, de son côté, Molière faisait exactement la même chose.
Dans la petite chambre pleine de bougies, le silence était complet. Les mains croisées sur la poitrine, le visage pâle et paisible encadré d'un flot de cheveux bruns, Pata reposait. A son chevet, il n'y avait qu'une silhouette noire à la figure de cire qui ne semblait pas plus vivante que lui.
Yoshiki avait fermé la porte à clef alors qu'il savait qu'il y avait dehors beaucoup de gens qui attendaient pour la veillée. Immobile et appuyé sur le lit, il fixait le corps de Pata d'un regard morne. Il l'avait vu la veille au soir et il ne lui avait pas semblé plus mal en point que d'habitude. Il était mort au matin, tout seul, emporté par une ultime crise de toux.
Le regard de Yoshiki se fit peu à peu sombre et brillant au fur et à mesure qu'il sentait s'enfuir de lui ses derniers lambeaux de sensibilité. Un rire métallique, parfaitement choquant pour la situation s'échappa de ses lèvres. Il se redressa et se pencha sur le mort :
- Comme tu dois être heureux d'être débarrassé de moi…
Il lui donna un baiser brusque et plein d'amertume. Puis il s'écarta du lit et marcha vers la porte qu'il ouvrit à la volée en faisant sursauter le prêtre et les amis du mort qui étaient là. Sans leur accorder un regard, il fendit la foule et disparut dans les couloirs.
1 Molière était connu à l'époque pour être souvent habillé de vert. C'était la couleur des bouffons d'après ce que j'ai pu lire.
