NdT : L'histoire est à MaiTai1327, je ne suis toujours que l'humble traductrice ! Merci à toutes pour vos reviews, voici la suite ^^ J'espère n'avoir pas laissé trop de fautes d'orthographes (parce que je suis vraiment épuisée à l'heure où je poste ça, et que des fautes m'ont sûrement échappé), mais si c'est le cas, je m'en excuse d'avance ;)
Enjoy !
Chapitre 10: L'appel vidéo
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« Vous devrez lui parler, demain. » Crawford se tenait dans l'entrée du salon de Will, et avait à la main son parapluie dégouttant de pluie sur le paillasson.
Will, qui bougeait les bouteilles vides sur la table basse, décala son poids d'une jambe sur une autre, et demanda d'une voix rauque, « À qui ? »
« Lui. »
Les yeux de Will devinrent d'un trouble malsain pendant un instant, et son visage s'apâlit. « Non. »
« Il veut vous parler en ligne, » expliqua Jack comme si c'était une chose naturelle. « Il a contacté le FBI et a demandé un appel vidéo. »
Pendant un seconde, il y eut le silence, puis Will s'affala sur le canapé, en pressant ses deux paumes contre la cicatrice sur son ventre. « Non, » répéta-t-il.
« J'espère que vous comprenez à quel point c'est important. »
« S'il vous plaît, non. »
Jack posa son parapluie contre le linteau de la porte, puis s'avança vers Will. Il donna sa réponse en s'asseyant à côté de Graham sur le canapé, « Il pourrait révéler quelque chose d'utile. »
Tout le corps de Will fut secoué comme s'il s'était pris un coup de poing invisible. « Non, » croassa-t-il à nouveau.
« Je sais que ce n'est pas facile pour vous. »
« S'il vous plaît, ne me faites pas ça. »
Jack resta assis à côté de Will sans plus parler. Le jeune homme enfouissait avec agitation ses doigts dans les boucles moites et emmêlées de ses cheveux, et cachait son visage derrière ses poignets. Crawford s'adossa contre le canapé et regarda un des chiens gratter paresseusement le mur sous la fenêtre de devant.
Ils passèrent quelques minutes dans un silence complet. Finalement, Will releva la tête et laissa échapper une respiration longue et tourmentée.
« Je ne… Je ne suis pas certain de pouvoir faire ça, » dit-il d'une voix basse et rauque.
« Bien sûr que vous le pouvez. »
« Il me faut toute ma force pour rester loin de lui. Je… Je ne peux pas en supporter plus… »
Crawford secoua sa tête avec impatience. « S'il vous plaît, ne me dites pas que parler avec lui abîmerait le bonheur paisible de votre magnifique vie ! »
Will baissa à nouveau la tête, et commença à frotter son front avec des paumes tremblantes. « S'il vous plaît… »
« Ça vous tue… cette inactivité, » rétorqua Jack. « Vous devez faire quelque chose. Vous devez vous battre. La vie que vous avez choisie après sa fuite est en train de vous démolir complètement. »
« Que je me batte… C'est ce qu'il veut. C'est exactement ce qu'il veut, » murmura Will pour lui-même avec des mots instables et flous. « Que je le suive… Que je me batte… Que je ne le lâche pas… Que je me batte… Que je ne le lâche jamais… »
Crawford interrompit durement le fouillis d'ivrogne qu'étaient les phrases de Will, « Il a tué ceux que vous aimiez ! Et alors, si c'est aussi son jeu ? Nous allons le gagner, peu importe le moyen. Et il payera pour tout ce qu'il a fait ! »
Will émit un son guttural et étranglé, et continua à frotter ses tempes. Il ne répondit pas.
Jack resta quelques instants à garder ses yeux sur les chiens qui travaillaient ardemment à arracher une partie de la tapisserie. Finalement, Jack fit un geste brusque en claquant ses mains sur ses genoux, puis se leva du canapé.
« Pouvez-vous promettre que vous ne boirez pas avant la conversation ? » demanda-t-il sévèrement.
Will ne répondit pas.
Jack ajouta, « Et au moins, brossez-vous les cheveux ou… faites quelque chose. Je ne veux pas qu'il croie que vous avez vécu dans la rue pendant des mois.
« Ce n'est pas comme un vrai rendez-vous, » murmura Hannibal en ajustant sa cravate pour la n-ième fois.
« Est-ce que vous en êtes sûr ? » demanda Bedelia. Elle lisait un roman français, mais elle le mit de côté et se tourna pour regarder son ancien collègue, qui se tenait devant le gigantesque miroir de leur salle de bain.
« Oui, » répondit rapidement Hannibal.
« C'est la première fois que vous lui parlerez après que je vous ai confronté à la véritable nature de vos sentiments pour lui. »
Hannibal sortit le bouton de rose de la poche de sa veste, et la remplaça par un mouchoir d'un rouge profond. Pendant un instant, il reposa ses doigts longs et fins sur le tissu avec une satisfaction apaisée, puis il changea d'avis et enleva le mouchoir pour commencer à en chercher un nouveau dans sa valise, tout en répondant, « Ça n'en fait pas un rendez-vous. »
« Qu'est-ce que vous aimeriez lui dire ? »
« J'y réfléchis encore. » Hannibal plia un nouveau mouchoir bordeaux qu'il mit dans la poche de sa veste, et retourna dans la salle de bain pour se regarder dans le miroir. « Je pourrais faire allusion à ses rêves. Je sais qu'il a des cauchemars à cause de ce que je lui ai fait. »
« Je ne pense pas que c'est ce que vous devriez lui dire. C'est juste ce que vous planifiez de dire. »
Le docteur Lecter dut décider qu'il n'aimait pas non plus le mouchoir bordeaux, parce qu'il l'enleva et qu'il le mit de côté. Il enleva aussi sa cravate, et enroula plutôt une écharpe de soi crème autour de son cou. Il ne répondit pas.
« Vous êtes splendide, » commenta Bedelia d'un ton encourageant.
Hannibal pinça ses lèvres de dédain. « Splendide n'est pas assez, » répondit-il brièvement. « Il ne m'a pas vu depuis une demi-année. Je dois être parfait. »
Il se tourna pour chercher une autre écharpe.
« Ce que vous porterez ne fera aucune différence pour lui, j'espère que vous le savez. »
« Je le sais. »
« Alors, pourquoi est-ce que vous avez passé toute la matinée à essayer des vêtements différents pour votre tenue ? »
« Je veux apparaître d'une façon qui brûlera son esprit comme de l'acide, pour qu'il ne soit pas capable de l'oublier le plus longtemps possible. » Hannibal marqua une pause, puis ajouta, avec une amertume soudaine dans la voix, « Parce que c'est ce que je vais ressentir quand je vais le voir. Et je veux qu'il endure la même torture. »
« Si c'est ce que vous visez, vous allez atteindre votre but, sans nul doute. » Ce fut tout ce que répondit Bedelia. Elle retourna à son roman et continua sa lecture.
Hannibal changea cinq fois l'arrangement de sa deuxième écharpe, puis finit par la remettre dans sa valise et essayer à nouveau différentes cravates.
Crawford vit avec satisfaction que Will avait fait ce qu'il lui avait demandé et qu'il avait lavé ses cheveux. Même si la rougeur de ses yeux enflammés, les tremblements incontrôlables de ses mains et la couleur jaunâtre de sa peau étaient encore des signes visibles de sa souffrance intérieure. Et, alors que Jack s'avançait aux côtés du jeune homme et entrait dans le bâtiment en tapotant son épaule d'un air encourageant, il pouvait sentir l'odeur forte et choquante de l'alcool qui s'attardait près de la bouche de Will. Graham n'était pas l'aide sobre et à l'esprit clair que Crawford avait espéré, mais au moins il avait fait quelques efforts vagues pour paraître un peu mieux que la veille. Alors, Jack décida de ne pas le réprimander pour son apparence toujours pitoyable.
« Est-ce que vous comprenez l'importance de cette conversation ? » demanda Crawford en pressant une carte d'accès dans la paume moite de Will. « Allez, on va aller dans un des labos. Les experts ont déjà préparé leurs outils techniques. »
Will le suivit sans répondre.
« Avez-vous entendu ma question ? » Jack se retourna vers le jeune homme.
« Oui. » Les cordes vocales de Will fonctionnaient avec une difficulté grinçante alors que les mots énervés passaient ses lèvres. « Et oui, je comprends à quel point c'est important. »
« Essayez de lui parler, et, surtout, essayez de le faire parler. »
« J'essaierai, » consentit Graham de manière léthargique. « Est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que vous voulez que je dise ? »
« Pas vraiment. Mais c'est vital que vous ayez une réponse de prête pour tout ce qu'il pourra dire, pour que la conversation ne s'interrompe pas. Il devra continuer à parler. Je vais enregistrer tout ce qu'il vous dit, et nous analyserons aussi les images. »
Will acquiesça en silence.
Crawford se demanda si Hannibal ferait mention du site de rencontre en ligne. Il espérait que ce ne serait pas le cas, mais il était prêt à donner une explication à Will, après coup, si le docteur Lecter amenait le sujet de leurs conversations online précédentes. La pire chose qui pouvait arriver, c'était que Crawford doive tout avouer à Will à propos du plan pour attraper Lecter. Mais, quelque part, il avait le sentiment qu'Hannibal utiliserait d'abord la conversation en direct pour poser des questions plus profondes, pas pour parler d'un piège faible dont il s'était moqué dans leur correspondance. Et même si Hannibal mentionnait leur rencontre en ligne, avec un peu de chance, il ne ferait que glisser des implications qu'il serait facile de mal interpréter, surtout vue la lourde influence de l'alcool sous laquelle était Will.
« Qu'est-ce que vous pensez qu'il va vous dire ? » demanda Jack.
Will leva le coin droit de sa bouche dans un sourire faux et tordu. « Sûrement quelque chose de spirituel et de sarcastique, pour essayer de frimer. »
« Et vous avec préparé une phrase ou deux pour répondre à ses remarques ? »
« Je vais trouver quelques mots. Si je n'ai pas de meilleure idée, j'utiliserai quelques clichés et je dirais que c'est un monstre. »
« Très bien. Ça devrait aller. »
Will haussa les épaules, et dit, en un murmure tremblant, « Je l'espère. »
Hannibal posa l'iPad éteint devant lui, sur la table de l'hôtel.
« Est-ce que ma posture est assez froide et indifférente ? » demanda-t-il à Bedelia en alignant l'écran.
« Oui, » lui assura le docteur Du Maurier.
Hannibal formula une nouvelle question, d'un air interrogateur, « Est-ce que ça serait plus bénéfique à mon but si je m'inclinais un peu un arrière, plus loin de la caméra ? »
« Je ne pense pas que ça soit nécessaire. »
« Je ne veux pas paraître trop intéressé. »
« Ce n'est pas le cas. » Bedelia pensait ce qu'elle disait. Si elle n'avait pas passé de longs mois à n'écouter que les luttes constantes d'Hannibal pour surmonter la perte de Will, elle penserait vraiment que le docteur Lecter n'avait pas prêté la moindre attention aux souvenirs de son ami déloyal. Il était aussi calme et froid que s'il avait perdu complètement toute sorte d'intérêt pour Will. D'une façon ou d'une autre, il avait réussi à mettre sur son visage une expression parfaitement détendue, nonchalante et indifférente.
Hannibal brisa à nouveau le silence d'un ton faible, « Je n'ai jamais menti sur mes sentiments. Jamais prétendu de ne pas avoir de sentiments pour lui… ça va être la première fois que je vais essayer de le tromper ainsi. »
« Et pourquoi pensez-vous que ce soit utile de le faire maintenant ? »
« Je ne veux pas paraître vulnérable. Je lui déjà donné la possibilité de voir mon vrai visage, mes faiblesses, mon monde intérieur, et il ne l'a utilisée que pour me contourner. C'est un cadeau que je ne lui ferai plus jamais. »
Bedelia secoua doucement la tête. « Vous avez aussi dit que vous le voulez encore dans votre vie, » remarqua-t-elle. « Laquelle de ces affirmations est la vérité ? Avez-vous fini de gâcher votre confiance pour lui, ou êtes-vous prêt à la lui redonner ? »
Hannibal fit un mouvement raide pour ajuster l'iPad sur la table. « Pourriez-vous arrêter de poser ces questions ? C'est déjà assez difficile pour moi sans que vous ayez besoin de retourner la lame dans la plaie. »
« Je comprends. Mais vous allez devoir vous décider sur ce point avant de lui parler. »
Le docteur Lecter continua à faire des tentatives inutiles pour améliorer l'angle de l'iPad. Il était déjà dans la meilleure des positions. Cependant, il passa un moment à organiser l'appareil et ce qui l'entourait avant de le laisser à sa place initiale. Quand il releva le regard, ses yeux semblaient encore plus sombres qu'avant ; sa voix était d'un froid polaire. « Je ne laisserai plus m'atteindre. »
Bedelia choisit une place d'où elle pourrait voir l'image de Will sur l'écran, mais d'où elle ne serait pas enregistrée.
Elle espérait que la conversation ne se finirait pas horriblement mal. Voir à quel point Hannibal était arrivé à sembler indifférent n'était cependant pas un signe des plus encourageants. Elle s'était attendue à ce que son plan ait atteint une phase où elle verrait les fruits de son dur labeur, mais elle devait accepter que ce n'était pas le cas.
En fait, la situation paraissait purement et simplement décevante. Hannibal avait mis le masque de ses tours habituels, prêt à jouer à un nouveau jeu de manipulation, sans montrer le moindre signe du fait qu'il avait compris en profondeur ce que le docteur Du Maurier lui expliquait depuis à présent des semaines. Il était très probable que Will agisse de même. Il allait ramasser le gant, et les deux hommes allaient se retrouver emprisonnés dans le même combat psychologique qu'avant, inutile et atroce. Ils n'étaient pas assez forts pour changer le schéma.
Bedelia eut un soupir désabusé.
La messagerie laissa échapper un bip, signalant que la ligne était prête pour l'appel vidéo.
Pendant quelques secondes, le rythme de la respiration d'Hannibal s'accéléra légèrement, puis il réussit à retrouver le contrôle et le ralentit à une vitesse presque anormale. Après s'être assuré qu'il avait recréé son aura de désintérêt parfait et de confiance, le docteur Lecter cliqua sur la fenêtre pour commencer l'appel.
Quand Bedelia vit Will Graham à l'autre bout de la ligne, elle ressentit une véritable tristesse. Will paraissait misérable. En mauvaise santé, peu soigné, et dans une douleur profonde.
Une haine sans fin assombrissait ses iris bleus pâles, ses mains étaient crispées, ses deux poings serrés sur la table. Il regardait droit le docteur Lecter droit dans les yeux.
Hannibal se cala dans son fauteuil, et donna au jeune homme un petit sourire malveillant, comme s'il regardait toute la situation comme une sorte de divertissement négligeable. Il fit même un geste détendu pour ajuster le contraste sur l'iPad, comme si des détails techniques superficiels avaient plus d'importance pour lui que Wil.
Avec des doigts contractés, Will fit aussi quelques mouvements gênés pour ajuster compulsivement la caméra de son côté.
Hannibal revint à lui paresseusement, avec son sourire faux empli de satisfaction.
Bedelia supposait que le docteur Lecter préparait son commentaire bien pensé sur les cauchemars de Will, mais dès que la bouche d'Hannibal s'étira légèrement et avant que la première syllabe puisse quitter ses lèvres, l'hostilité non dissimulée dans les yeux de Graham s'éteignit. D'un coup, le masque de froideur inhabituelle de Will s'effrita, ses muscles faciaux commencèrent à tressaillir, et, l'instant d'après, il s'effondrait sur le bureau, en cachant sa tête dans ses bras.
Bedelia vit les paumes du docteur Lecter se tendre immédiatement sur l'iPad. Pendant un instant, le docteur Lecter regarda les épaules de Will, qui étaient maintenant secouées par de puissants tressautements.
Et puis Hannibal raccrocha l'appel vidéo d'un coup abrupt de ses doigts sur le clavier virtuel. Il mit de côté l'appareil électronique sur la table, se leva, et marcha jusqu'à la fenêtre arrière de la chambre d'hôtel.
Il se tint là pendant très longtemps, le dos tourné au docteur Du Maurier, dans un silence complet, immobile.
À suivre…
