Chapitre 10, et un important caméo s'invite sur la place. Parce que j'ai acheté l'édition illustrée et qu'elle est juste magnifique.

Merci énormément à tous pour vos reviews, merci à Rox et à Juliette à qui je n'ai pas pu répondre personnellement mais dont les commentaires m'ont fait chaud au coeur, et merci à Tirelipimpon pour la correction!


Weep for yourself, my man
You'll never be what is in your heart
Weep little lion man
You're not as brave as you were at the start

Pleure sur ton sort, jeune homme
Tu ne seras jamais le contenu de ton coeur
Pleure petit homme lion
Tu n'es pas si brave que tu l'étais au début

(Little Lion Man – Mumfords & Sons)

Né en 1897, Norbert Dragonneau resterait, jusqu'à la fin de ses jours et longtemps au-delà, le Magizoologiste le plus célèbre qui fut. Havelock Sweeting avait peut-être été le premier individu nommé à avoir approché une licorne, Gondoline Oliphant resterait tristement célèbre pour avoir été écrasée par les Trolls qui la fascinaient tellement, mais jamais aucun sorcier avant Dragonneau n'avait éprouvé autant d'affection que lui pour les créatures et les monstres les plus divers.

La plupart des jeunes sorciers avaient grandi en feuilletant avec admiration l'Anthologie des Monstres de l'auteur. Regulus lui-même avait un jour confié à Severus qu'il avait, dans son enfance, entretenue une collection admirable de cartes de dragons, inspirée par les écrits de Dragonneau. À Poudlard, ensuite, Les Animaux Fantastiques et où les trouver avait été griffonné, feuilleté, oublié quelque part par chaque étudiant. Comme tout auteur de manuels scolaires, Dragonneau avait été affublé de moustaches et de petites cornes sur sa photo de couverture, et les pages sur les crabes des roches ou les gnomes des jardins avaient été raturées et couvertes de notes en prévision des examens à venir.

Severus n'avait jamais été un grand adepte de soins aux créatures magiques. Dans la classe du professeur Brulopôt, il n'avait eu aucune affinité avec les salamandres ou les crabes de feu qu'ils avaient manipulés; et s'il pouvait pardonner, il était beaucoup plus difficile d'oublier son face à face avec la personnalité assassine et monstrueuse de Remus Lupin. Et puis, il était de la catégorie des carnivores hypocrites: il n'aimait pas particulièrement tenir entre ses mains les Jobarbilles dont il utiliserait plus tard les plumes en cours de potions.

Pourtant, il fallait le dire: Norbert Dragonneau était peut-être leur meilleur espoir à obtenir l'une des substances les plus dangereuses du monde magique.

-Le premier Basilic fut le produit des expérimentations de Herpo l'Infâme, un mage noir grec et Fourchelangue... Je n'arrive pas à croire que ce Herpo soit la base de tous nos problèmes. Il a inventé l'Horcruxe et le Basilic.

-Il devait être un type très agréable à côtoyer, approuva Severus.

-Les écailles d'un Basilic sont d'un vert particulièrement vif et sa longueur peut atteindre ou dépasser 15 mètres pour un poids allant jusqu'à 30 ou 40 tonnes. Ses crocs sont exceptionnellement venimeux, mais son mode d'attaque le plus redoutable est sans aucun doute le regard de ses larges yeux jaunes, capable de tuer instantanément tout être vivant qui le regarderait directement. Mais alors, comment sait-on qu'ils sont jaunes, ses yeux?

-Attention, Sirius.

Severus jeta un regard amusé au Gryffondor, alors que celui-ci, obéissant instinctivement à son frère, se penchait juste à temps pour éviter un gros pigeon. Il émit une série d'insultes alors que le gros rat volant, guère perturbé, essayait de picorer ses fish'n'chips.

-Londres, dit-il dans un grognement agacé en chassant le volatile vexé.

-Si tu as fini de lire tout haut, rends-moi le livre, veux-tu? Demanda Regulus en levant les yeux au ciel.

-Combien de tonnes, ça disait?

Severus jeta à son père un regard en coin, grimaçant de le trouver plus pâle qu'à l'accoutumée. Tobias avait été remarquable durant l'aventure dans la grotte, et Severus ne s'était pas attendu à le voir s'en remettre si promptement -à moins qu'il n'ait simplement appris à fonctionner dans un état de choc continu. Trop occupé à empêcher la grotte de devenir leur tombeau, il n'avait pas vu Tobias forcer Sirius à boire le poison, mais, de loin, les cris étouffés du Gryffondor avaient suffi à lui saigner le cœur. Ils n'avaient pas eu le temps de planifier ou de douter. Il n'y avait eu que la terreur, la certitude d'échouer, et puis le soulagement terrible en voyant les deux hommes revenir dans la barque, l'un soutenant la forme détruite de l'autre.

Et puis, il y avait eu les Inferi. Il n'était passé que deux nuits depuis, mais Severus se demandait s'il pourrait jamais fermer les yeux pour aller dormir sans revoir derrière ses paupières les cadavres désarticulés se hissant hors de l'eau.

Tobias, lui, n'avait pas connu l'existence de la moitié des horreurs de la cave avant de les affronter de ses jurons et de son fusil de chasse. À bien y réfléchir, il était extraordinaire qu'il ne se soit pas effondré en hurlant depuis le moment où les Mangemorts avaient débarqué chez lui.

Il était résilient, son père, songea-t-il avec une affection mêlée de tristesse.

-Nous ne rencontrerons pas de Basilic en chair et en os, promit-il en essayant d'être rassurant. Il n'y en a pas eu en Grande-Bretagne depuis au moins trois ou quatre siècles.

-Et votre mage noir qui aime les serpents?

-Le Seigneur des Ténèbres est Fourchelangue, admit-il. Mais je suis sûr que même lui n'aurait pas pu cacher un serpent de quinze mètres sous notre nez.

Le silence qui suivit cette remarque la lui fit promptement regretter, et il décida de cesser d'être rassurant.

Ils avaient transplané dans le sous-bois d'un parc public, dans une partie Moldue de Londres, au tout début de la matinée. Sous le couvert des arbres, ils avaient fourgué leurs capes dans leurs sacs, enfilant des vêtements aussi discrets que possible. Ils s'étaient séparés, alors, pour une petite heure durant laquelle Severus avait principalement aidé Tobias à acheter des vêtements neufs, les leurs étant trop petits pour lui.

Sirius et Regulus les avaient rejoints, prononçant leurs mots de passe et affirmant qu'ils avaient trouvé ce dont ils avaient besoin: une adresse, griffonnée sur un bout de parchemin. De là, ils étaient allés s'acheter un déjeuner plus consistant que ceux des derniers jours, et avaient choisi de prendre le métro jusqu'à leur destination pour ne pas utiliser plus de magie que nécessaire et éviter de se faire repérer.

Aucun Mangemort n'avait surgi des ténèbres pour les jeter sur les rails. C'était le plus proche d'une victoire qu'ils pouvaient obtenir dans les circonstances.

-Nous y sommes, fit Regulus, plissant les yeux.

Ils levèrent les yeux sur la demeure qu'il regardait, et Severus eut la même réaction que son partenaire, cherchant l'erreur dans le numéro. C'était une petite maisonnette délabrée, de ces demeures qui avaient été un jour la propriété de familles aisées, avant d'être divisées en appartements et laissées à se dégrader lentement.

-Tu es sûr? Demanda Sirius. J'imaginais quelque chose d'un peu plus... Grandiose.

-D'après le bureau de poste, c'est le 3307-E. Troisième étage, diagnostiqua Severus.

-Tu es sûr de toi, gamin?

-Norbert Dragonneau est connu pour avoir eu plusieurs amis Moldus, répondit Severus, invitant Tobias à monter les marches derrière Regulus. Il a causé pas mal de problèmes en laissant des non-sorciers voir des dragons, d'ailleurs.

-Bien sûr que les dragons existent, marmonna Tobias à mi-voix.

Les escaliers tremblaient un peu sous leurs pas, mais ils atteignirent sans encombre le troisième palier. L'immeuble semblait au calme. Severus avait perdu le compte, mais il supposait qu'ils étaient sans doute en milieu de semaine. Des plans de tomate d'allure tout à fait normale poussaient à leur aise devant la porte de l'appartement E.

-Eh bien, allons-y, dit Sirius, prenant une grande inspiration avant de frapper à la porte.

Le silence le plus complet leur répondit, et Severus eut le temps de redouter que Dragonneau ne soit pas à la maison, que leur information soit fausse, que les Mangemorts les aient devancés, et que tant d'autres problèmes potentiels se soient incrustés dans leur chemin -avant qu'enfin, au bout d'une dizaine de secondes, la porte ne s'ouvre.

Derrière se tenait un homme courbé en robe de chambre. Ses cheveux étaient en désordre, son expression confuse, et il tenait entre ses mains un gros mug de chocolat chaud fumant, donnant l'impression générale d'avoir été dérangé en plein petit-déjeuner et de n'en être pas ravi. Il les regarda en fronçant les sourcils, et Severus se demanda ce qu'il dut penser de découvrir trois adolescents mal grandis et un homme aussi confus que lui sur le pas de sa porte.

-Monsieur Dragonneau? Demanda Sirius. Norbert Dragonneau?

-Oui? Demanda l'homme, en fermant déjà à demi sa porte.

Severus dut se retenir de bloquer le mouvement; ils ne le convaincraient pas ainsi de les aider. Sirius, heureusement, était plus assuré que lui, parlant rapidement sans rien perdre du charme naturel qui était le sien.

-Je me nomme Remus Lupin, Monsieur Dragonneau. Je suis récemment employé au Département des Créatures Fantastiques du Ministère de la Magie, et je suis un immense fan de votre travail. Je me demandais si vous pourriez me consacrer une minute-

-Qui vous a donné mon adresse personnelle? L'interrompit Dragonneau, faisant aller son regard des uns aux autres.

-Je m'excuse de vous déranger, Monsieur, insista Sirius. Je vous promets que je ne serais pas ici sans votre permission si la situation ne demandait pas...

-J'ai dit cent fois au Ministère de me contacter par courrier. Cent fois, monsieur Lupin. Croyez-vous que nous voulions être dérangés tous les matins par des bureaucrates qui ne savent pas attacher leurs lacets?

-Je comprends, mais je vous supplie de m'écouter. Je n'en aurai que pour un instant, Monsieur. C'est une situation d'importance capitale.

Dragonneau le regardait avec une manifeste impatience, et Severus crut vraiment, l'espace d'un instant, qu'il leur fermerait la porte au nez sans hésiter davantage. Mais, par le regard de chiot de Sirius ou par un fond de trop bonne volonté, le Magizoologiste finit par lever les yeux au ciel et ouvrir plus grand la porte.

-Si vous êtes ici pour me parler d'une bête invasion de fées ou d'un nouveau décret sur les Trolls, je lâcherai les Fléreurs, je vous préviens. Et enlevez vos chaussures.

L'intérieur de l'appartement était confortable, un peu sombre et démodé. Il semblait plus grand que ne l'avait laissé deviné l'extérieur, s'ouvrant sur un salon rempli de larges fauteuils. Un téléviseur jouait un programme pour enfant Moldu, devant lequel un bambin caressait distraitement un gros Boursoufle. À la cuisine, dont les murs étaient recouverts de papier peint et de boiseries acajou, une femme en pyjama qui avait été en train de faire les mots croisés de la Gazette du Sorcier jeta aux intrus un regard plus résigné qu'irrité.

-Norbert...

-Ces messieurs me promettent de n'en avoir que pour une minute, Tina. Venez, mon bureau est ici.

Le bureau était un morceau de pièce isolé du reste de l'appartement par une simple cloison de bois. Sur celle-ci étaient encadrés divers articles de journaux plus ou moins anciens, certains si vieux que les images n'y bougeaient même pas. Ils furent invités à se faufiler entre une immense bibliothèque, un gros pot de fougères dans lesquels dormait un animal que Severus ne sut identifier comme un hérisson ou un Noueux, et un coffre de bois recouvert de papiers oubliés et de livres empilés de manière précaire. Le bureau de Dragonneau ne valait guère beaucoup mieux, sa surface jonchée de piles de lettres ouvertes, de notes manuscrites et-

-Non, non non non! Pas sur le bureau! Non!

Avec la même expression que sa femme avait eue en découvrant des nuisibles pendus à sa sonnette, impliquant encore une certaine habitude de la contrariété, Norbert chassa une masse noire et velue de la taille d'un petit chat de sa surface de travail. Le Niffleur sauta au sol en chouinant, échappant la moitié des trombones qu'il avait caché dans sa poche et se précipitant pour les ramasser. En le regardant faire, Dragonneau ramassa une pile de brindilles sur son bureau et la jeta dans la cheminée, où une poignée de salamandres s'agitèrent soudain hors des braises.

-Il y a de la vie, chez vous, remarqua Sirius d'une petite voix.

-Alors, de quoi s'agit-il? Asseyez... Euh, un de vous peut s'asseoir.

Il n'y avait en effet qu'une chaise libre de l'autre côté du bureau; Sirius la prit par défaut, et Dragonneau parut pour la première fois réaliser qu'ils étaient venus à quatre pour lui poser une question. Il fronça les sourcils dans leur direction, mais Sirius eut la présence d'esprit de reprendre rapidement, avant qu'il ne puisse poser des questions:

-Monsieur Dragonneau, vous savez comme nous combien la guerre a laissé la population sorcière effrayée. Il ne passe pas une semaine sans que quelqu'un affirme avoir vu Vous-Savez-Qui au coin de la rue ou des Détraqueurs en liberté dans les villages. Les animaux fantastiques qui ont été utilisés par les mages noires font plus peur que jamais...

-Je sais. Et je ne dirai pas ce que je pense sur la manière dont le Ministère a combattu des animaux innocents.

-Oui, enfin, reprit Sirius, un peu tendu. Nous voulions votre opinion professionnelle suite à plusieurs rapports qui clament avoir aperçu... Enfin, j'hésite à le dire...

-Quoi?

-Monsieur Dragonneau, on raconte qu'un Basilic vivant aurait été aperçu ici-même en Angleterre.

Dragonneau ne l'avait manifestement écouté qu'avec un intérêt réduit jusque là. Il avait hâte qu'ils repartent d'où ils étaient venus, cela était évident, et qu'ils le laissent en paix avec sa femme, ce garçon qui devait être son petit-fils, et sa ménagerie domestique. Mais au nom du roi des serpents, le Magizoologiste se redressa d'un coup, son chocolat menaçant de déborder de sa tasse.

-Un Basilic? Quels sont les faits?

Severus relâcha une respiration qu'il n'avait pas été conscient de retenir, soulagé de voir Dragonneau prendre la situation au sérieux. Le professionnalisme du sorcier était peut-être la seule chose qui tenait en place leur scénario hautement bancal.

-Nous avons peu d'informations, dit-il, prenant sa part du jeu avec toute l'assurance qu'il pouvait. C'est pour cela que nous venons vous voir. Monsieur Dragonneau, je vous présente mon père, Tobias Evans. Il est Moldu, mais il a vu le serpent de ses yeux.

-C'est pas un genre de bête qui existe au naturel, ça, j'vous dit. Ça devrait pas exister.

Quand Regulus avait proposé d'utiliser Tobias comme acteur, Severus avait cru pour un bref instant qu'il avait retrouvé son sens de l'humour oublié. Mais, en vérité, il y avait dans ce plan quelque chose de brillant: un Moldu ne pourrait qu'être suffisamment ignorant du monde sorcier pour justifier toutes les maladresses de leur scénario.

Et puis, même si Severus avait peiné à imaginer son père, alors assis au bord du feu et agité de tremblements occasionnels, jouer la comédie, il supposait qu'il y avait un fond de vérité conséquent dans le dégoût de Tobias pour les créatures fantastiques.

-À quoi ressemblait l'animal? Demanda Dragonneau, son attention désormais entièrement sur eux.

-Vert vif, répondit rapidement -peut-être trop- Tobias. Et gros, mais gros! Il me serait arrivé là, je crois, et puis bien bien long.

-Où l'avez-vous vu?

-Oh, euh-

-Près de la rivière, intervint rapidement Severus.

-C'est une grosse rivière?

-Ben -pas tellement.

-Et que faisait le serpent? Cela pourrait-il être un monstre de mer égaré?

-Euh...

-Monsieur Dragonneau, interrompit rapidement Sirius, avant que les graves lacunes de leur histoire ne puissent apparaître au grand jour, je vous ai promis de ne pas vous déranger longtemps. Nous sommes sur le dossier de l'animal, mais en attendant de le revoir, nous ne pourrons être sûrs de rien. Cependant-

-Cependant, mon père a vu le serpent tuer un poulet et le dévorer, expliqua Severus. Nous avons récupéré une partie des ossements recrachés, et nous voulions les examiner pour y trouver des traces de venin, afin de confirmer notre théorie.

-Seulement, nous n'avons pas de venin sous la main pour établir un comparatif.

Dragonneau les regardait de nouveau en fronçant les sourcils, semblant ne pas comprendre qu'ils ne veuillent pas répondre à davantage de ses questions concernant la présence potentielle d'un serpent géant.

-Du venin? Du venin de Basilic?

-Nous nous demandions si, par hasard, vous sauriez où nous pourrions nous en procurer, déclara Regulus, desserrant les dents pour la première fois.

-Mais est-ce que le serpent tuait d'un regard? Ce me semble...

-Je vous promet que nous ne vous dérangerions pas avec des questions si évidentes, intervint encore Severus, nerveux. Mais nous savons aussi avec quelle énergie vous avez combattu la vente de substances interdites, autrefois, et nous nous demandions si vous connaîtriez peut-être une adresse.

-Pourquoi ne pas vous être adressés au département des saisies et des perquisitions?

-C'est-à-dire...

-Et il me semblait que la régulation des créatures avait gardé un plein tonneau de venin de Basilic après la saisie des stocks de Rolf Fletcher?

-O-oh?

-Attendez une minute, fit Dragonneau en se levant, les sourcils froncés. J'aimerais voir vos badges du Ministère, s'il vous plaît.

Ils se figèrent tous les trois. Severus sentit la panique remonter dans sa gorge en devinant Regulus qui tirait discrètement de sa poche sa baguette magique alors que Sirius lâchait un rire nerveux.

-Allons, Monsieur Dragonneau -je vous ai dit que je suis Remus Lupin. Je crois que mon compagnon s'exprime mal. Nous voulions savoir-

-Vos badges, messieurs, je vous prie, insista Dragonneau, un peu plus fort, en sortant sa propre baguette de sa robe de chambre. Croyez-vous être les premiers contrebandiers à essayer-

-Monsieur! Mais arrêtez avec vos conneries, là, je vous parle d'un putain de SERPENT GÉANT! Vous ne croyez pas que c'est prioritaire, hein?!

Severus sursauta abruptement de l'éclat inattendu de Tobias, le regardant avec stupéfaction alors qu'il haussait le ton et agitait les mains pour figurer l'aspect géant du serpent. Dragonneau paraissait aussi pris de court que lui, oubliant pour un bref instant ses menaces. Profitant de ce délai, il vit Regulus agiter sa baguette presque imperceptiblement. Quand il la remit en poche, le Magizoologiste paraissait encore plus perdu qu'avant, tenant d'une main sa baguette et de l'autre son chocolat.

-Je, euh... Je suis navré, dit-il après un moment. Un -serpent géant, vous dites?

Tobias jeta à Severus un regard en coin, et celui-ci leva muettement un pouce en l'air, discrètement.

-Oui, monsieur Dragonneau, dit Sirius, se jetant promptement sur l'opportunité donnée. Un serpent de mer égaré. Nous vous remercions énormément pour vos conseils.

-Il n'y a pas de quoi, affirma le sorcier, les sourcils encore légèrement froncés. Vous -vous en prendrez soin, n'est-ce pas? Le ramener à son habitat naturel...

-Nous en prendrons grand soin, assura Sirius en se levant pour une poignée de main. Merci encore, monsieur.

Par réflexe, Dragonneau rangea sa baguette magique afin de serrer la main de Sirius, hochant machinalement la tête et retrouvant un bout de sourire. En les raccompagnant à la porte, il paraissait de meilleure humeur que lorsqu'il les avait accueillis.

-C'était quoi, ça? Demanda Tobias aussitôt qu'ils furent au-dehors de l'appartement.

-Un sortilège de confusion, répondit Severus. C'est sans aucun danger pour lui.

-Vous ne croyez pas que c'est prioritaire? Répétait Sirius, et un rire nerveux et aigu passa ses lèvres alors qu'il descendait les escaliers à reculons. Oh, Tobias, bravo. Je croyais qu'on était déjà foutus.

-Je dois dire que la distraction était parfaite, dit Regulus, qui semblait lui-même surpris de l'admettre.

Severus hocha la tête en signe d'approbation, peinant toujours à y croire. Tobias, d'abord visiblement sous le choc, ou peut-être encore effrayé par le sortilège de confusion, se détendit avant qu'ils n'aient atteint le bas des escaliers, et parvint même à hocher la tête avec un sourire raide.

-Je sais pas, ça semblait une bonne idée, dit-il finalement. Il ne se souviendra de rien, alors?

-Il devrait oublier la majeure partie de la rencontre, oui, confirma Severus en lui offrant un sourire incertain. C'était bien joué, Papa.

Fier, heureux, soulagé; il se sentait tout cela à la fois, et c'était sans doute pour cela qu'il osa employer le titre idiot, dépassé. Il le regretta instantanément, se sentant plus qu'idiot. Ils n'étaient pas une équipe, ils n'étaient pas une famille, n'est-ce pas? Mais Tobias se contenta de hocher la tête, et posa une main maladroite sur son dos.

-Merci, gamin.

-Le Ministère, alors? Demanda Sirius, peut-être pour couper la tension avant qu'elle ne s'installe, peut-être par hasard. Severus en était reconnaissant quoi qu'il en soit.

-Le département de régulation des créatures magiques, confirma Regulus, leur faisant signe de se remettre en marche après un ultime coup d'œil à l'immeuble paisible. C'est mieux que de devoir affronter un Basilic vivant, mais je ne vois pas comment nous nous infiltrerons là-bas.

-Vous avez un gouvernement? Demanda Tobias.

-Ils ne servent pas à grand chose, à part nous mettre des bâtons dans les roues.

-Ça paraît familier, ça.

-Sirius, fit Regulus, soudain. Remus Lupin, le vrai.

-Quoi?

-Tu crois qu'il se laisserait convaincre de nous aider?

Sirius s'arrêta tout net; Severus en avait déjà fait de même, son cœur tombant quelque part dans son ventre, une sensation de froid et de choc qui n'avait rien à voir avec la nervosité ressentie dans l'appartement de Dragonneau. Une femme avec un landau contourna leur groupe figé sur le trottoir en leur jetant un regard de reproche, mais Regulus attendait calmement la réponse de son frère.

-Je -je n'ai pas parlé à Remus depuis des mois, bredouilla Sirius après quelques secondes de stupeur. Je ne sais même pas s'il sait... Pour Peter.

-Je ne comprends pas, dit Tobias, d'une voix qui signifiait qu'il commençait à se lasser d'être laissé en dehors des faits, plus encore après sa brève victoire.

-Sirius est officiellement accusé d'être un Mangemort et d'avoir trahi ses amis... Nos amis, lui répondit Severus, la voix rauque. Peter Pettigrew est le véritable coupable.

-Et Remus était notre ami à tous les deux, déclara Sirius avec raideur. Il croit Peter mort, et moi un traître.

-Mais il est employé du Ministère de la Magie, dit Regulus. Il pourrait être notre meilleure chance de nous y infiltrer.

-Il était employé au Ministère de la Magie en septembre, corrigea Sirius. Il n'était pas haut-placé, et c'était il y a trois mois. Il change de boulot souvent. Pour tout ce que nous en savons, même s'il veut nous aider, il ne pourra rien pour nous. Et nous l'aurons mis inutilement en danger.

-Lupin sait se défendre, s'entendit dire Severus. Je ne connais personne d'autre qui travaille au Ministère, à part des Mangemorts.

Sirius serra visiblement les dents. Il était évident qu'il n'avait aucune envie de mêler son ami -le seul de ses amis encore vivant- à leur quête suicidaire. Mais les Horcruxes étaient lourds à porter, et la perspective d'avoir enfin un moyen de les détruire ne pouvait pas être ignorée si facilement...

-S'il ne travaille plus au Ministère, nous ne le contacterons pas, décréta le Gryffondor après quelques instants de délibération désespérée. Nous assommerons un fonctionnaire et nous volerons son identité. Entendu?

-Entendu, accepta Regulus.

-Entendu, dit Severus, essayant de ravaler sa nausée sans la laisser paraître.

-Pourquoi est-ce que ce gars change de boulot souvent? Demanda Tobias alors qu'ils se remettaient en marche. C'est un autre criminel?

-Plus ou moins, dit Regulus.

-Non, dit Sirius.

-Les loups-garous, dit Severus, la gorge nouée, sont mal vus en société.


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