Bonjour tout le monde, me voici avec le dixième chapitre de cette fiction ! Avec cette première semaine de vacances écoulée, j'ai pu bien avancer mes quelques projets soigneusement au chaud, mais le travail qu'impose le lycée m'appelle et je suis désespérée d'avance.

Enfin, je vous souhaite une bonne lecture ! (Vive Shinji !)


Pour mon pays et lui

Chapitre 10 - Vivre pour les morts, mourir pour les vivants


Son mal de tête eut raison de lui et le poussa à ouvrir les yeux, preuve qu'il était encore bien vivant et le mettant d'office d'extrêmement mauvais poil. Tout autour de lui le laissait croire qu'il était dans une pièce des plus banales, une commode avec une armoire et une cuisine en face de lui, lui-même étant allongé sur ce lit plutôt confortable il devait le reconnaître. Ppoiyo essaya de se relever pour quitter cet endroit mais il fut bien vite retenu par la propre faiblesse de son corps, au moindre geste ses muscles lui faisaient ressentir une effroyable douleur et alors il se tordait en deux entre les couvertures. De ses yeux sanglants, Ppoiyo distingua de multiples bandages improvisés recouvrant son corps et tenant à peine. Quelqu'un l'avait soigné mais qui ? Ils étaient en territoire ennemi après tout et ce n'était pas le genre de l'adversaire de les soigner ou en tout cas les garder en vie.

Lentement, allongé sur le dos, Ppoiyo perdit sa main dans ses cheveux bicolore et soupira longuement. Son cerveau lui montrait les deniers événements ; la mort de Taito, celui qui avait tué quelques années auparavant sa sœur jumelle Ppoine. Il avait réussi sa vengeance et était parvenu à tirer dans la tête de ce lâche alors que celui-ci avait pris un otage. Ce garçon aux cheveux turquoise, un ennemi sur qui pourtant il n'avait pas tiré et qu'il avait même libéré de l'emprise de son collègue pathétique. Pourquoi ne lui avait-il pas tiré dessus à ce moment-là au lieu de prendre le temps de bien viser et abattre que Taito ? De toute façon, ce garçon aux cheveux turquoise était un ennemi qui essaierait à son tour de le tuer, leur destinée était faite de cette façon et pourtant… oui, il n'avait pas tiré.

« C'est un gamin ! »

Ah oui… il avait entendu la voix de Ron à ce moment-là, juste avant de tirer sur Taito. La lueur dans les yeux de ce garçon lui avait rappelé celle qu'avait eu ce gosse que Ron l'avait empêché d'abattre, une expression effrayée, qui ne désire pas mourir. Ce genre de regard, Ron l'avait parfois lorsqu'il s'en prenait à lui après ses mauvaises blagues et qu'il le menaçait de mort.

« Merci de m'avoir épargné ! »

La voix soudaine fit écarquiller les yeux un peu plus tôt clos de Ppoiyo qui par réflexe essaya de se redresser pour se tourner vers l'inconnu mais se tordit une nouvelle fois en deux à cause de la vive douleur ressentie. Il ne put voir le propriétaire de cette voix plutôt aigue que quand celui-ci s'assit au bord du lit, ayant ramené la chaise se trouvant à quelques mètres, les mains remplies de nouveaux bandages. Les sourcils froncés, ne sachant quoi dire, Ppoiyo ne put qu'examiner le visage de ce garçon.

« Je vais devoir enlever vos bandages pour mettre ceux propres, tendez votre bras droit s'il vous plaît. » Lui demanda calmement Mikuo souriant.

Seulement, Ppoiyo n'exécuta aucun mouvement et le dévisagea même du regard. Pourquoi le soignait-il ? N'étaient-ils pas ennemi ? Et pourquoi l'avait-il sauvé ? Il ne lui avait rien demandé, pas réclamé sa pitié, d'aucune façon. Il voulait mourir !

« Si vous ne coopérez pas, je ne pourrais pas vous soigner et vous allez mourir. » Prévint Mikuo toujours aussi calme.

De façon audible, le turquoise put entendre son patient pester contre sa personne et bien vite ses yeux d'un rouge massacrant le fusillèrent du regard, lui faisant froid dans le dos.

« Pourquoi tu m'as sauvé ?! Je ne t'ai rien demandé à ce que je sache ! Rien ! Alors pourquoi ? Je désirais mourir ! J'aurai rejoint Ppoine ! »

Ppoiyo l'incendia encore d'insultes, toujours plus blessantes les unes que les autres, le maudissant de tous les noms et le menaçant même de mort. Les mèches bleutées et blanches gigotaient à chaque fois que leur propriétaire lançait un nouveau flot d'injures, la tête penchée vers l'avant et la voix essoufflée pour avoir sorti tant de choses à la fois sans reprendre sa respiration. Mikuo voyait les mains de son patient se contracter et tirer sur les couvertures couvrant ses jambes, remarquant aussi les vacillements dans sa voix et surtout voyait les soubresauts dont était victime cet homme.

« Je voulais la rejoindre ! » S'étrangla Ppoiyo en se recroquevillant, tenant fermement les couvertures entre ses mains alors que ses larmes mouillaient les draps.

Au fond de lui, Ppoiyo se maudissait lui-même pour craquer devant un ennemi, voire même juste une personne. Même en apprenant la mort de Ppoine il n'avait pas réussi à pleurer, ne croyant pas les informations, se voilant la face et se disant que sa sœur jumelle allait arriver comme une fleur dans leur appartement pendant ses semaines de vacances. Il ne s'était pas écroulé, n'avait versé aucune larme et pourtant maintenant devant ce garçon qu'il ne connaissait pas, un ennemi, il ne pouvait plus tenir.

« Votre sœur… » Mikuo marqua un temps d'arrêt pour voir la réaction de ce soldat qui avait cessé de parler pour essayer de calmer ses sanglots, face à son lourd silence le turquoise décida alors de reprendre. « Au moins votre sœur, vous savez où elle se trouve. »

Ppoiyo pivota son visage, sa joue droite rencontrant les couvertures et observa le visage penché vers l'avant de ce garçon qui parlait avec une voix éteinte. Ses yeux avaient perdu toute vitalité et ses mains serraient avec force son pantalon sombre. Que voulait-il dire par là ?

« En sachant que votre sœur est morte, il vous suffit juste de l'accepter pour tourner la page et pouvoir redevenir heureux sans elle. Mais si on vous la retirée, que vous savez qu'elle est vivante mais que vous ne pouvez pas l'atteindre, qu'elle souffre jour après jour, vous ne pouvez pas tourner la page ! Vous ne pouvez pas ignorer sa souffrance, savoir qu'elle compte sur vous et pose tous ses espoirs sur votre personne ! C'est impossible de lui tourner le dos et penser à des choses plus roses ! Je ne peux pas tourner la page ! »

Sa voix prenant de plus en plus d'intensité, hurlant presque, Mikuo reprit son souffle alors qu'il décontracta ses poings pour faire pendre ses mains le long de la chaise, ses phalanges reprenant des couleurs. Ses cordes vocales lui faisaient mal, il n'avait pas l'habitude d'élever la voix.

« Alors, vivez pour elle. Soyez heureux pour elle. Je pense qu'elle aurait souhaité ça pour vous. »

Ces mots à peine chuchotés, son regard plongé dans celui choqué de Ppoiyo, Mikuo étira un sourire qui se voulait réconfortant.

Le silence qui s'en suivit plongea les deux garçons dans un calme presque étonnant en vue de leurs deux positions. Ppoiyo ne put bientôt plus retirer son attention des bandages propres qui surplombaient les cuisses de ce drôle de personnage se trouvant en face de lui. Une question lui échappa donc, croyant l'avoir juste pensé, mais l'ayant plutôt dit à voix haute :

« Qui es-tu ? »

Mikuo sursauta un instant alors qu'il cherchait l'un des bouts des morceaux de tissus sur ses jambes pour tenter à nouveau de soigner ce bleuté. Son regard océan se porta alors dans celui sérieux de son interlocuteur et Mikuo ne put s'empêcher de ricaner légèrement.

« Quelqu'un de votre équipe m'a déjà posé cette question, haha. Mais ça n'a pas d'importance de qui je suis, ça ne changera pas notre destin n'est-ce pas ? »

Le sourire de Mikuo appuya sur son sous-entendu. Oui il avait raison, qu'il sache son nom ou non ne changerait rien au fait qu'à un moment ils devront s'affronter et qu'un des deux seulement en ressortira vivant. Cependant, Ppoiyo ne put s'empêcher de penser que ce garçon était vraiment étrange.

« Tendez votre bras droit maintenant s'il vous plaît. »

Cette fois-ci, Ppoiyo obéit et fit ce qu'on lui demandait. Les paroles de Mikuo l'avaient atteint et les souvenirs remontant à l'époque où Ppoine était vivante les lui avaient confirmés. Jamais sa sœur n'aurait souhaité l'emmener avec lui dans l'outre monde.

oOoOo

« Aimez-vous le jeu, Luki ? »

La question subite laissa sceptique le principale concerné, l'endroit où l'avait emmené Merlot était aussi surprenant que ses paroles. La pièce ne semblait être autre que la chambre du bleuté, plutôt spacieuse mais très peu décorée. Luki voyait trôner au milieu de la table un jeu de cartes soigneusement rangées sans qu'aucune ne dépasse du paquet, il vit ainsi un rapport avec la question posée.

Luki releva ses yeux limpides pour observer le visage de Merlot qui s'était entretemps retourné, lui faisant maintenant face et aucun sourire étiré sur ses lèvres, pas même un rictus. Cet homme était extrêmement dangereux, Akaito les avait mis au parfum. Il était aussi celui qui avait tué Karasu sans pitié, ayant dissocié les bras et les jambes de son torse. Un homme qui avait une conscience ne tuerait jamais une personne de la sorte. De plus, de ce qu'il voyait ou plutôt ce qu'il ne voyait pas traîner dans cette chambre, Merlot semblait être quelqu'un de très soigneux voire même maniaque. Luki savait qu'il devait rester vigilent et étudier soigneusement les moindres gestes, les moindres paroles, de cet homme comme l'environnement qui les entouraient. Ici, il n'avait pas l'avantage, il ne connaissait pas les lieux. Merlot était le maître dans cette pièce.

« La drague est un jeu auquel j'aime jouer, répondit-il enfin après quelques minutes de silence.

— Séduire avec des mots pour mieux arriver à ses buts, oui je comprends. C'est un jeu bien plaisant en effet ! »

Le sourire qui s'étira sur les lèvres de Merlot intrigua un instant Luki qui suivit du regard le bleuté se dirigeant en ce moment même vers son réfrigérateur se trouvant derrière la table en bois. Merlot lui montra son dos en toute connaissance de chose, sachant pertinemment qu'il pourrait se servir de cette occasion pour tenter une attaque et le clouer au sol, mais Luki ne fit rien de cela. L'occasion était trop grosse et ce serait être un débutant, voire juste un suicidaire. Merlot n'était pas un homme dangereux pour rien, se maintenir à une distance raisonnable à lui était plus que conseillé même si Luki n'était pas dans le genre froussard ou autre, il était juste prudent.

« Voulez-vous boire quelque chose ? Ce sera mieux pour discuter, lui expliqua Merlot toujours accroupi devant son réfrigérateur ouvert et ayant pivoté son visage pour le voir.

— J'aimerai bien boire un coup voyez-vous, mais je suis sur mon temps de travail donc ça ne va pas être possible…

— Oh, oui je comprends. Les gens sérieux ne divergent pas, n'est-ce pas ? »

Merlot se redressa donc, refermant la porte de son réfrigérateur avant de faire face à Luki qui était resté à l'entrée, la table en bois pouvant contenir deux personnes face à face les séparant en plus d'une vingtaine de mètres. Luki remarqua que Merlot avait remis les mains dans ses poches, l'une d'elle ou peut-être même très bien les deux devaient contenir une arme. En vue des blessures de Karasu, Merlot devait combattre avec une arme blanche plutôt conséquente pour pouvoir découper des os.

« Alors comment voulez-vous faire ? Commencer le combat et nous entretuer en silence ou discuter un peu avec moi pour que nous fassions un peu mieux connaissance ? Lui proposa-t-il conciliant.

— Un ami m'a dit que vous aimiez torturer psychologiquement vos adversaires avant de leur administrer le coup de grâce, je ne sais pas si c'est une bonne idée que je discute avec vous, répondit Luki tout en souriant en coin alors qu'il prenait ses couteaux dans les mains.

— C'est exact, mais à l'inverse de votre collègue vous êtes futé. Vous savez aussi bien que moi manier les mots, trouver leur sens caché, vous en servir pour obtenir ce que vous souhaitez, la manipulation est un jeu auquel j'aime jouer. »

Luki ne put retenir un éclat de rire, Merlot venait de le prendre au mot en changeant juste le nom de son jeu de prédilection. Ce n'était pas un coup de hasard, pas venant de la part de cet homme qui en ce moment même le regardait avec autant d'amusement dans les yeux que lui qui venait de rire à l'instant. C'est vrai, Akaito avait raison, il allait bien s'entendre avec lui.

Face aux armes qui le pointaient, Merlot décida de faire de même et sortit sa machette qui laissa un instant Luki à la limite de l'admiration en vue de la longueur de la lame qui devait bien fait vingtaine de centimètres et que Merlot cachait dans son manteau s'arrêtant autour de sa taille. Comment cela était possible ? Enfin, Luki ne s'attarda pas bien longtemps à la question pour remarquer les deux côtés tranchants de l'arme blanche complètement noire, l'un était lisse alors que de l'autre côté se trouvait des pointes aiguisées. Luki ne vit aucune trace de sang sur la lame, preuve que Merlot avait dû la nettoyer avant de le rencontrer. Le rosé revint ensuite sur ses pauvres petits poignards qui faisaient bien pâle figure face à cette arme que tenait le bleuté dans sa main droite, la pointe de l'arme dirigée vers le sol en attente de sa réponse pour commencer le combat.

« A moins que vous ayez besoin de l'autorisation de votre cher ami Akaito pour me combattre. » Souffla d'une voix amusée Merlot.

Tout d'abord étonné, Luki en resta sans voix et avait plutôt agrandi ses yeux sous l'effet de surprise. Mais bien vite, un sourire moqueur s'étira sur ses lèvres.

« Je vois. Karasu s'est fait battre de cette façon ? Vous dites des choses déplaisantes pour nous humilier et remettre en doute nos capacités, c'est malin. Mais j'ai pris l'habitude d'entendre des choses déplaisantes dans ma vie, celles-ci ne m'atteignent plus. »

Facilement, Luki se souvint de toutes ces moqueries qu'il avait un jour entendu car il tenait compagnie à Akaito qui n'était pas très bien vu par l'agence. Tout le monde le méprisait et l'insultait quand celui-ci passait à côté d'eux, se décalant alors à l'extrémité du couloir pour ne pas qu'il les touche. Akaito aurait pu être la Peste réincarnée en être humain ça n'aurait pas fait de grandes différences dans la façon dont ils le traitaient. En se liant d'amitié avec Akaito, Luki s'était vu pris pour cible par les insultes, on lui faisait subir le même traitement que son collègue qui faisait juste un bon travail.

Seulement, on était très mal vu quand la réputation de la famille était dirigée vers le crime ; le nom Shion étant avant tout connu à cause des personnes comme Taito, des terroristes sans pitié ou encore Kikaito qui incarnait l'un des plus dangereux chef de mafia japonaise et faisait passer illégalement des armes ainsi que des médicaments pour se renflouer les poches. Tout le monde avait peur qu'un jour Akaito tourne dans la face cachée de son nom, celle où on raisonne par le crime, où on tut pour un regard jeté de travers sur leur personne.

« Vous êtes intéressant, Luki. »

Le compliment lancé par un terroriste dangereux fit ricaner Luki qui se mit aussitôt en posture offensif, ses mains se contractant autour des manches de ses poignards dont la pointe de la lame désignait Merlot en face de lui. Face à son attitude, Merlot pencha un peu son visage pour que les mèches de ses cheveux puissent masquer en partie son large sourire qui s'étirait sur ses lèvres. Ce combat allait être exaltant !

Les deux hommes s'élancèrent vers l'autre, Luki bloquant la machette par un de ses poignards alors que l'autre tenta de frapper Merlot qui arqua son corps sur le côté pour éviter le coup. En insistant un peu plus sur l'entrechoquement de sa machette et de l'arme adverse, Merlot réussit à faire reculer Luki qui le fusillait du regard par ses yeux d'un vert flamboyant.

Le deuxième round s'engagea bien vite, Luki ayant changé de technique et bloquant la machette du bleuté avec ses deux poignards pour avoir plus de force et donc de résistance et utiliser ses pieds pour tenter d'envoyer un coup contre le corps adverse. Neru n'était pas la seule à savoir se battre autrement qu'avec son katana, ce n'était pas non plus la seule qui puisse détenir une telle souplesse. Luki savait se battre aussi au corps à corps. Cela posa ainsi deux problèmes à Merlot qui lui n'était pas du genre à combattre avec les poings. Toutefois, pour battre Luki, trancher ses bras serait sûrement suffisant pour en venir à bout. Le criminel aux yeux singuliers dirigea ses coups vers les épaules du rosé, comptant sur la solidité de son arme blanche ainsi que sur son côté aux dents aiguisées pour broyer les os de ce corps ennemi.

oOoOo

Dans la chambre de Mikuo, ce dernier avait fini de remplacer les bandages improvisés par des plus résistants et qui surtout retiendront le sang qui s'écoulait des blessures parfois profondes de Ppoiyo. En ce moment même, le bleuté refermait sa veste et remettait sur lui son gilet pare-balles. Il ne pouvait pas plus perdre son temps ici et devait retourner sur le champ de bataille, ne prenant même pas le temps de remercier Mikuo pour son geste. De toute façon, il ne voyait pas pourquoi il le ferait puisqu'il ne lui avait rien demandé déjà. Ppoiyo inspecta alors toutes les poches de sa tenue, découvrant ainsi que ce turquoise ne lui avait rien pris.

« Ça ne sert à rien que je vous demande de partir à vous aussi, n'est-ce pas ? Vous allez repartir combattre, soupira Mikuo alors qu'il voyait son deuxième passant prendre la même route qu'Akaito quelques heures plus tôt.

— Ma mission est d'arrêter Tsubame Utanomiyatsuko, je ne vois pas pourquoi je partirai sans l'avoir réalisé, lui répondit froidement Ppoiyo en se tournant légèrement dans sa direction pour l'avoir dans son champ de vision.

— Car j'ai besoin de lui. » Reprit honnêtement Mikuo d'une voix lourde.

Ppoiyo fronça des sourcils, se demandant bien pourquoi ce gamin avait besoin d'une personne telle que Tsubame. Il n'y prêta pourtant aucune attention, se tournant à nouveau pour se remettre en route, épargnant pour le moment Mikuo car après tout sans ce dernier il serait déjà mort. Néanmoins, qu'il ne se trouve pas une deuxième fois sur son chemin puisqu'il n'aura aucune pitié pour lui. C'était son travail de mettre hors d'état de nuire les personnes néfastes pour son pays.

« Tu devrais partir d'ici et dire tes problèmes aux autorités, ce serait plus judicieux et sain pour toi. »

Le conseil émit par Ppoiyo avant qu'il ne disparaisse complètement de l'environnement de Mikuo laissa le plus jeune les yeux écarquillés et le souffle coupé. Après un temps de vide où Mikuo ne put penser à rien d'autres que les mots de Ppoiyo, un fin sourire moqueur s'étira sur ses lèvres alors qu'il prenait en main son front.

« Comme si je n'avais pas déjà essayé… »

Son soupir remplit sa chambre redevenue calme. Un peu de sang séché se trouvait sur son lit, preuve du passage de Ppoiyo dans cette pièce. Mikuo décida alors de changer les draps avant de retourner vagabonder dans les couloirs de l'immeuble où les coups de feu des fusillades s'étaient calmés, Rook devait sûrement être mort ou alors il y a moins de monde à tuer tout simplement.

Quelque part, Mikuo se surprit à se demander si ce rouquin était toujours en vie. Le jeune homme se mordit la lèvre en priant pour que ce soldat ne tombe pas en face de Shinji ou encore de Merlot. Il ne voulait pas retrouver son cadavre quelque part dans ces couloirs.

Pendant ce temps, Ppoiyo courrait à vive allure dans les couloirs et à son passage à côté d'une porte métallique défoncée, trônant au sol à quelques mètres de lui à un étage. Il reconnut la chevelure sanguine d'Akaito qui combattait grâce à la force de ses poings quelques soldats aussi démunis que son chef d'armes à feu ou encore blanche. Le bleuté hésita un instant à se mélanger à la bagarre, mais en vue de la position de dominant d'Akaito, loin d'être en difficulté, Ppoiyo décida alors de monter encore d'un étage. D'ailleurs quelque part, qu'Akaito soit en position de force avec ces cinq criminels l'arrangeait car son corps n'aurait certainement pas pu recevoir des coups, trop faible pour ça. Ppoiyo ne pouvait compter que sur ses balles et il savait le reste de ses munitions plutôt mince.

Ce fut alors à ce moment que ses oreilles perçurent un cri déchirant, le faisant frissonner jusqu'au fin fond de son âme, arrêtant même sa course dans les escaliers pour voir au-dessus de lui la porte métallique toujours dans l'embrasure de la porte. Les cris venaient de là, toujours de plus en plus fort. Ppoiyo avait peur de reconnaître la voix derrière ces hurlements de douleur, le bouquant derrière la porte étant nettement audible en plus de ce rire sinistre qui le fit reculer d'un pas.

« Aucune balle ne peut l'atteindre, il les évite toutes avec une facilité effrayante. Ce type est un Démon. »

Shinji se trouvait derrière cette porte, Ppoiyo ne voyait que cet être abominable pour rire de la sorte et surtout ne pas entendre des coups de feu. Ce terroriste combattait avec ses mains, Akaito les avait prévenus. Leur chef leur avait même dit de prendre la fuite s'ils ne se sentaient pas capable de l'affronter, pour survivre. Mais dans ce cas, pourquoi Ron s'y trouvait ? Lui qui avait l'habitude de se planquer quelque part à la moindre frayeur. Pourquoi cet idiot était-il entre les mains de Shinji en ce moment même ? Sans vraiment s'en rendre compte, Ppoiyo recula à nouveau d'un pas alors qu'un nouvel éclat de rire de la part de Shinji vint arriver jusqu'à ses oreilles.

« Eh, eh, eh ! Si Ppoiyo y va, j'y vais aussi ! »

L'attitude d'idiot fini de Ron lui revint en mémoire, en plus de son sourire heureux qui n'avait aucun sens ou aucune véritable raison pour être étalé sur son visage éblouissant de gaieté. C'est vrai, Ppoiyo s'en rappelait. Ce n'était pas la première fois que Ron demandait à être participant pour une mission qui normalement n'était assignée qu'à lui et d'autres personnes, le brun le collait toujours et protégeait souvent ses arrières sans qu'il ne lui ait demandé. Pourquoi faisait-il ça d'ailleurs ? Lui qui était si froussard…

« De plus, ce n'est pas un caprice. Si je ne viens pas, qui viendra en aide aux femmes et aux enfants ? »

Les cris poussés par cet idiot en ce moment même firent se contracter Ppoiyo, le menton penché vers son torse et les poings serrés à leur maximum. Pourquoi hésitait-il à y aller ? N'étais-ce pas lui qui voulait essayer de viser Shinji avec ses armes pour voir si ce dernier était si redoutable que laissait croire les rumeurs ? Prendre peur à cause d'un simple rire était pathétique. Ppoiyo se sentait pitoyable. Ron était en train de souffrir le martyre, devait sûrement lutter pour rester en vie dans l'espoir de voir accourir à lui un collègue, et lui restait en sécurité dans la cage escalier à l'entendre crier toute sa souffrance.

Ppoiyo pesta contre lui-même alors qu'il prenait entre ses mains son revolver qui était sa seule arme à avoir encore des munitions. Dans son état, il ne pourrait pas combattre Shinji au corps à corps et tenir plus d'une minute avant de s'écrouler face contre sol et attendre que la Mort le prenne avec Ron. Il devait donc faire vite, récupérer Ron et prendre la fuite loin de ce Démon. Pour ça, il n'avait pas le choix. Blesser Shinji avec des balles était la seule opportunité qui s'offrait à lui. L'échec n'était pas permis.

Doucement, Ppoiyo poussa la porte métallique qui émit un fort grincement qui fit pester intérieurement le bleuté maintenant repéré. Ses yeux rouges pourtant connus pour être imperturbable s'écarquillèrent violemment quand il vit le corps allongé de Ron avec les pieds de Shinji qui ne cessait de le frapper brutalement contre son ventre. Ppoiyo sentit même son cœur ralentir sa cadence face à cette scène horrible, des flaques de sang conduisait aux deux hommes, ce sang qui devait provenir de Ron qui même en sachant qu'une tierce personne était arrivée à cet étage, n'avait pas la force de se retourner pour voir qui cela pouvait bien être.

Le rire de Shinji cessa, se retournant pour voir le nouvel arrivant et étira un large sourire quand il ne reconnut pas cette aura qui englobait Ppoiyo. Il ne pouvait s'agir que d'un nouveau casse-croûte !

« Ah ! »

Le dernier cri poussé par Ron alors que le pied de Shinji s'abattait avec force contre son estomac, le faisant s'arquer vers le plafond, fit frissonner Ppoiyo dont l'emprise sur son revolver se renforça. Bien vite, Shinji s'avança pour diminuer la distance qui les séparait, Ppoiyo étant resté à côté de la porte métallique grande ouverte. Voir ce dangereux criminel réputé s'approcher de lui fit ressentir chez Ppoiyo différentes sensations plus dérangeantes les unes que les autres ; le large sourire de cet homme faisait se retourner ses entrailles et lui donnait l'envie de vomir, ses pas rapides mais toutefois lourds le faisaient frissonner et redouter la suite des événements. Shinji le faisait suffoquer. Sa prestance le dévorait. Ppoiyo comprenait pourquoi leur patron Eiichi avait pris la fuite face à cet homme, l'aura qu'il dégageait était démoniaque.

Pourtant pris d'un élan de courage, ou plutôt d'une force désespérée qui le faisait s'accrocher à sa vie coûte que coûte, Ppoiyo brandit son revolver sur Shinji et essaya de viser entre ses deux yeux bandés. Pourtant, comme sa réputation l'honorait, lorsque la balle sortit du canon de l'arme à feu, d'un jeu de jambes Shinji pivota sur le côté et évita le coup de feu avec une agilité surprenante, ne perdant aucunement son sourire sur ses lèvres et continuant surtout d'avancer vers cet homme qui semblait bien désespéré pour espérer l'abattre avec des balles.

Rapidement, perdant tout son sang-froid et sentant la Mort lui mordre l'échine, Ppoiyo vida son chargeur dans le vide puisque Shinji évita toutes ses balles sans exception. Aucune d'elles ne l'effleura même. Ce n'était pas possible, pas naturel, inimaginable ! Comment faisait ce type pour éviter ces balles ? Personne n'avait réussi ! Taito s'entortillait juste comme une anguille, mais c'était plus de la chance qu'autre chose. Surtout qu'à ce moment Ppoiyo ne prenait même pas le temps de bien viser, aveuglé par sa vengeance. Là, en ce moment même, Shinji évitait les projectiles mortels avec une telle agilité, en connaissance de cause, que c'en était effrayant. C'était démoniaque.

« Bouh ! » Souffla Shinji maintenant tout proche de lui, les mains dans les poches et un sourire dévoilant ses dents parfaitement blanches.

Ppoiyo sursauta, les yeux écarquillés et la respiration laborieuse. Ses yeux sanglants passèrent au-dessus de l'épaule de Shinji en face de lui, apercevant alors le corps toujours allongé de Ron qui n'avait pas bougé d'un pouce depuis tout à l'heure. Il avait perdu. Il avait été incapable de lui venir en aide. Il était pitoyable.

Sans plus attendre, les poings contractés, Shinji vint le frapper violemment et lui fit monter le sang à la bouche qu'il ne tarda à cracher. Les coups défilèrent aussitôt, sans qu'il ne puisse se défendre, tombant genoux contre le sol alors que Shinji redoublait d'intensité. C'en était fini de lui. Le rire noir et cinglant de cet homme résonnant maintenant dans tout l'étage.

Finalement, il allait rejoindre sa sœur jumelle dans l'outre monde. A cette idée, Ppoiyo n'en sourit pourtant pas cette fois-là. Il aurait souhaité sortir de cet immeuble vivant et repartir sur de nouvelles bases, pour essayer d'être heureux comme lui avait conseillé ce garçon aux cheveux turquoise. Mais en fait, cela lui était impossible. La vie était trop cruelle.