De retour à Londres après leur aventure grecque, le capitaine Blake, chef du MI5 et le commander William Steele, chef du MI6 passent tout d'abord du temps dans leurs bureaux respectifs pour superviser les conclusions de leurs équipes et rédiger les leurs, et, en fin de journée, se retrouvent au siège de l'Intelligence Service pour faire leur rapport à leur supérieur direct, le colonel Dorian Cartwright, directeur de l'I.S.
Ayant reçu les félicitations de son chef, le capitaine est de bonne humeur lorsque son collègue, après avoir pris lui-même congé du directeur, l'interpelle dans le couloir.
« Attendez-voir, Francis, auriez-vous quelques instants ? Je sais que vous avez hâte de profiter de votre congé, mais je pense que ce que j'ai à vous communiquer va vous intéresser... venez donc avec moi jusqu'à mon bureau. »
Intrigué par le peu de détails, le capitaine suit sans hésiter son collègue, se demandant bien quelle information secrète le chef des renseignements extérieurs peut bien vouloir partager avec lui. Quelque chose de suffisamment secret pour ne pas être abordé même dans les couloirs du siège de l'Intelligence Service, et pourtant de suffisamment peu critique pour n'avoir pas été mentionné dans le bureau du colonel Cartwright.
Passant devant son secrétariat, le commander indique qu'il ne souhaite être dérangé sous aucun prétexte en dehors d'une urgence, confirmant ainsi à Blake l'importance de l'information dont son collègue et ami souhaitait lui faire part.
Et une fois dans le bureau et la porte refermée derrière eux...
« Je vous sers un verre, Francis ? » propose Steele en se dirigeant vers la bouteille présente sur un guéridon et en versant son contenu dans un premier verre, et voyant que le capitaine refuse d'un signe de la main. « Non ? Moi, par contre si vous permettez, je vais en avoir besoin.»
« Allons William, que de mystères ! Que pouvez-vous donc bien avoir à me raconter ? » Blake sort sa pipe et se met à l'aise dans le fauteuil qui lui est habituel.
« Figurez-vous, mon cher, que ces derniers jours ont été un peu mouvementés pour moi, alors, même si je sais que je retarde le début de votre lune de miel, vous me le pardonnerez en dédommagement des soucis que vous avez pu me causer. »
Blake est tellement surpris et choqué qu'il en laisse tomber sa pipe.
« Oh, ne me regardez pas comme ça, Francis ! Mon métier est de rassembler des informations, mais aussi de les vérifier : lorsque j'entends un bruit de couloir, j'enquête ! »
Et tandis que le capitaine ramasse sa pipe, ne sachant trop quelle contenance se donner...
« Qu'est ce qui vous a pris aussi ? » Continue Steele. « Au beau milieu de l'ambassade britannique, entourés d'hommes du MI6 ? La fenêtre ouverte en plus... Si c'est ce que vous appelez de la discrétion, je me fais du soucis pour vos services et pour notre pays. »
Blake rougit à l'insulte de son professionnalisme, mais William Steele n'a pas entièrement tort.
« William... »
« Quoi qu'il en soit, je voulais vous prévenir que j'ai passé les derniers jours à contrôler cette information et ses éventuelles ramifications. Votre dossier a été mis à jour, bien sûr... »
Blake pâlit. Suite aux divers problèmes que les services ont eu avec des agents homosexuels par le passé, ceux-ci font l'objet de méfiance, d'une surveillance accrue, voire...
« … mais le colonel Cartwright et moi sommes tombés d'accord. » Poursuit le commander Steele sans s'interrompre au trouble de son collègue. « La mention est la suivante : ''n'est pas un danger pour la sécurité nationale. RAS.'' Rien à signaler. Après tout, toute cette affaire n'a jamais eu lieu.»
Blake s'autorise un soupir de soulagement et Steele prend une bonne rasade de sa boisson.
« Mon Dieu, Francis, je vous connais depuis que nous avons fait notre formation côte à côte, mais je n'aurais jamais soupçonné que vous... » Steele finit son verre d'un trait et se ressert. « Dès fois, dans mon métier, il y a certaines choses que je préférerais ne pas savoir. »
Blake sait qu'il a une grande dette envers William Steele, qui vient probablement de sauver sa carrière. « William, je ne sais comment... »
Mais Steele coupe net les remerciements de Blake. « Ne me remerciez pas Blake. Comme le dit votre dossier, ni vous ni le professeur Mortimer n'êtes susceptibles de passer à l'ennemi. Vous surveiller particulièrement serait une perte inutile de temps et de moyens. Je voulais seulement vous faire savoir que vous avez des amis, Francis. Nos services vous doivent beaucoup et vous avez des appuis. »
« Merci William. »
Le capitaine est sincère. C'est alors qu'il se rend compte que son chef, du bureau duquel il vient de sortir, est au courant. Il n'avait pourtant rien laissé paraître !
« Et Cartwright ? » Demande-t-il alors, un brin inquiet tout de même.
« Je pense qu'il est sincère lorsqu'il vous félicite et vous souhaite de bonnes vacances, mais qu'il préfère en savoir le moins possible. » Répond Steele en sirotant son deuxième verre. « Où partez-vous en lune de miel ? »
« Je croyais que c'était votre travail de tout savoir ? » rétorque Blake, un peu vexé.
« Renseignements extérieurs, mon vieux, extérieurs. » sourit Steele en finissant son verre. « La Grèce est sous ma juridiction, la Grande-Bretagne est la vôtre. » Puis il fait un signe complice à son ami. « Je sais que vous partez pour le Lake District. Je pense juste qu'il vaut mieux faire semblant d'apprendre les choses de la manière normale de temps en temps. Allons, je ne vous retarde pas plus. »
Blake et Steele se lèvent alors et le capitaine serre la main du commander.
« Quoi qu'il en soit, je pense que je vous dois une fière chandelle, William ! A nouveau, merci! »
« De rien, Francis, vraiment de rien. » Et Steele le raccompagne jusqu'à la porte de son bureau. « Passez de bonnes vacances, Francis. Et tâchez d'être un peu plus discrets ! »
Silencieusement, Francis Blake salue son homologue du MI6. Que voulez-vous répondre à cela ?
Après être sorti du bâtiment, le capitaine soupire. Il est désormais à la merci d'interminables plaisanteries sur sa vie privée de la part de son homologue du MI6, et il sent que cette histoire va le hanter très très longtemps.
