10.

Ayant fini sa journée de service, Alérian avait réintégré ses appartements privés, s'était fait servir un repas léger, tout en parcourant les photos que Danéïre lui avait envoyées de leur petite famille et de l'évolution de son ventre de resplendissante femme enceinte.

Il avait ensuite procédé à ses ablutions du soir avant de se glisser sous la couette de son lit, vidant son esprit et l'ouvrant à la fois.

« Je suis prêt, mes amis Dragons. Laissez-moi vous rejoindre ! ? ».

Fermant les yeux, espérant le sommeil, le jeune homme n'en finit cependant pas de tourner et de se retourner dans son lit, anxieux et justement non décontracté, abruti de fatigue mais incapable de s'endormir.


Alérian eut un soupir.

- J'ai enfin trouvé le repos. Je suis revenu vous voir ! Zunia, Wakrist, les bébés !

Mais rugissant bien qu'en plein jeux d'apprentissage de leur nature, les Dragnonnauds n'avaient plus rien d'immenses lézards de compagnie, mais bien de Dragons en devenir, superbes, et timides à la fois.

Alérian sourit et rit, les langues des Dragonnauds lui chatouillant le visage et les côtes.

- Allez vous défouler, les petits, je dois parler à vos parents, je vous prie.

Les cinq jeunes Dragons s'envolèrent en se bataillant en une parfaite fratrie qui s'adorait mutuellement.

Alérian se tourna vers Zunia et Wakrist.

- J'ai fait une découverte. Vous êtes les premiers que je dois en informer ! Vous avez un Sanctuaire, mais il existe une planète où les vôtres vivent encore en paix ! Le saviez-vous ?

Les deux immenses Dragons hurlèrent, s'agitèrent en martelant le sol, projetant du feu, se concertant également.

- Nous ne sommes plus seuls ? Nos bébés ont une chance de… rencontrer d'autres petits ? ! Nous n'allons pas nous éteindre ici ?

- Ma parole, assura Alérian. Mais même si Toshy et Rahog ont déterminé des coordonnées, j'ai peur de ne pas leur faire confiance. Du point de vue où les Dragons ont brouillé toutes les pistes. Il n'y a que le tout jeune Fulgor et vous qui puissiez vraiment comprendre les symboles sur la coquille de l'œuf… J'ai peur, et je ne voudrais pas vous donner de faux espoir…

- Je ne puis y croire, en effet ! Tu as vu cette planète ?

- Je m'y dirige. Ça me semble tellement inespéré et trop merveilleux à la fois. Je ne me prononcerai qu'une fois arrivé. Vous allez bien ?

Du bout de son museau, Zunia caressa délicatement la joue balafré de son ami Humain.

- Je ne veux pas encore songer à un espoir. Je te remercie là pour ce lieu où Wakrist et moi pouvons élever nos petits ! Tu es un ami précieux par-dessus tout, Alie – je ne pense pas que beaucoup d'autres Humains, ou autres espèces, auraient ainsi pris soin de nous !

- Vous êtes mes amis !

Wakrist câlina de son aile gauche sa compagne.

- Tu as tant d'amour dans le cœur. Comme tous ceux des tiens balafrés, passés et à venir. Vous êtes des guerriers, de sang et de fureur, mais vous œuvrez aussi pour protéger tous les peuples !

- Je fais ce que je peux… Je ne comprends pas toujours…

Zunia eut un gloussement, une des griffes de sa patte avant droite effleurant délicatement l'épaule d'Alérian.

- Tu es le Gardien des univers, tout simplement ! Nous te faisons confiance.

- Merci, mais ça me fait peur…

- Si tu t'inquiètes, c'est une bonne chose.

- Je connais ce vieil adage : si on n'a pas peur, c'est pire pour la réussite de l'opération… Mais face à l'Infini, j'ai réalisé, une fois de plus mon impuissance… Je ne sais pas ce qui arrive, mais je ne pense pas arriver à contrer ce truc !

- Une chose à la fois, Alie, pria Wakrist. Là, tu nous donnes un espoir de congénères et de vie pour nos petits. Peut-être que nous pourrons t'aider.

- Non ! Vous avez tous déjà tellement soufferts ! Je ne veux pas…

Zunia enroula sa queue autour de la taille de son ami Humain.

- Nous ferons comme tu décideras.

- Merci…

Zunia agita sa gueule en un mouvement qui ressemblait à un baiser sur le front de son ami.

- Dors en pais, Alie. Quoi qu'il arrive, nous serons toujours là !

Souriant dans son tardif sommeil, Alérian s'apaisa et finit sa nuit sans plus d'agitation.