Titre : Psychanalyse de la vie courante.
Auteur : Damoiselle A.
Correctrice : Dead Apple
Résumé : Bella a vingt huit ans. Galeriste, sa vie personnelle est une succession d'échecs quand sa vie professionnelle est en plein essor. Constatant un problème, elle décide de tout faire pour y remédier… JW/BS AH
NDA : Bonjour à tous !Voici la suite de notre charmante histoire ! Je sais, je publie et on n'est pas en vacances - ouais je suis une folle, je suis en plein partiels mais écrire me détend et j'espère que me lire vous détendra. Merci à Deady pour sa correction toujours aussi merveilleuse *O*.
Bonne lecture ! ^^
« La connaissance de la vie est comme le sable : elle ne salit pas. »
Elsa Triolet
Vendredi 9 octobre 2015 – New York City
Je me représentais ce moment depuis toujours. Cet instant où l'homme avec qui vous venez de passer une soirée formidable vous ramène devant votre porte. Le moment des comédies romantiques guimauves que j'adorais adolescente – et pour lesquelles, il faut bien l'avouer, je conservais un certain goût. J'avais toujours cru que vivre ce moment aurait été gênant au possible. Ce n'était pas le cas.
- Je voudrais que tu montes avec moi, annonçai-je tandis que Jasper ralentissait à la hauteur de mon immeuble.
- Tu as un parking ?
Nous nous sourîmes, complices. Jasper me suivit dans le hall, l'ascenseur. Il resta à distance respectueuse et je ne cherchais par à initier un contact comme sur le bateau. Je sentais que cela le gênait. Il était peut-être temps pour moi de me dévoiler un peu plus.
Je le fis entrer dans l'appartement, heureuse pour la première fois de pouvoir montrer ce lieu comme mien. Aménagé par moi, décoré par moi… Ce lieu c'était moi. Jasper devait le sentir, il me fit un sourire-éblouissant. J'allumai une guirlande de lumières colorées et deux lampes pour avoir une ambiance tamisée avant de le faire asseoir sur le canapé.
- Tu veux boire quelque chose ? M'enquis-je d'une voix atrocement artificielle.
Je me sentais tendue. Je savais que ce que je m'apprêtai à faire était nécessaire. J'avais peur. Très peur.
- Ce que tu as, répondit Jasper comme pour me mettre à l'aise.
Je fis un sourire devant tant d'attention de sa part avant de me mettre à préparer une spécialité de mes années étudiantes : le thé russe.
- Tu aimes la vodka ? Demandai-je depuis la cuisine.
- Oui, me répondit une ombre sur le pas de la porte.
Je sursautai avant de sourire.
- Je te prépare le meilleur thé russe de toute ta vie, dis-je en mettant l'eau à chauffer, et après j'aimerai te montrer mon atelier.
S'il était surpris, son visage n'exprima rien d'autre qu'un certain contentement.
- Tu m'avais dit que tu faisais une expo pour ta galerie.
- J'ai été un peu… forcée à la faire, expliquai-je en me mordillant la lèvre, mais… finalement je crois que c'est bien. Je voulais te montrer ce que je fais depuis un moment… J'ai conscience que lorsqu'on discute, tu te dévoiles un peu plus que moi et… je sais combien ça peut être inconfortable pour toi. Je n'aime pas parler de moi mais je crois qu'en te montrant mes toiles, je pourrais t'expliquer certaines choses.
Je crois que ce fut la plus longue et pénible déclaration que j'ai eu à faire de ma vie. Jasper ne dit rien, se contenta de me sourire et de passer une main électrisante sur mon dos. C'était tout à fait ce dont j'avais besoin et je me détendis. Je pris deux mugs, les remplis et les amenai dans mon atelier rose.
La lumière était toujours allumée. Je ne l'éteignais pas car il pouvait m'arriver de m'y rendre au beau milieu de la nuit. La pièce embaumait la peinture à l'huile et les liants que j'utilisais, ainsi que les solvants de certaines colles. Il n'y avait pas de siège et je proposai à Jasper de s'asseoir par terre -à l'endroit où d'ordinaire je peignais- en lui jurant que les éclaboussures de peinture étaient sèches.
- Tu sais, si je me tache ce n'est pas vraiment grave, j'emporterais un petit bout de ton monde.
Je m'assis en tailleur face à lui. Je savais que je n'aurais pas besoin de lui demander de m'écouter, il était déjà tout ouï et quelque part cela me rassurait. Mon père disait « on n'est pas complètement foutu tant qu'on a une histoire et quelqu'un à qui la raconter ».
- Avant de venir vous voir, Rosalie et toi, pour la première fois, j'ai entamé une thérapie, soufflai-je. Je me sentais mal dans ma vie pour diverses raisons et les hommes en général en faisaient partie. Seul mon boulot me permettait de garder la tête hors de l'eau… Ma psy dit que j'étais en dépression, mais je ne l'ai pas vécu comme cela. Ce n'était pas un trou ou un néant dans ma vie c'était une douleur que je n'arrivais pas à juguler.
Je pris une respiration et regardai mes toiles pour y puiser un peu de courage.
- Et puis j'ai fait quelques changements, continuai-je d'une petite voix. J'ai aménagé l'appartement, acheté une tonne de livres – littéralement – que je suis en train d'engloutir à une vitesse impressionnante. Et j'ai installé cet atelier. C'était comme si je rattrapais tout ce que je n'avais pas vécu pendant ces derniers mois. Alors quand Eléazar, le mécène de la galerie, m'a forcée à faire cette expo, au fond de moi je me suis dit que ce serait génial.
Jasper se tenait devant moi, m'observant avec un regard aussi doux que du miel et un sourire en demi-teinte sur les lèvres.
- J'ai donc choisi le thème qui me faisait le plus parler ces derniers temps : les hommes. Le thème de l'expo, c'est : les hommes de ma vie. Attends, je vais te montrer.
Je me levai et allumai l'un des spots que j'utilisais pour travailler sur mes toiles la nuit. Je présentai un à un mes tableaux. D'abord mon père. Jasper rit en voyant cette silhouette à moustache. Puis Jacob, tout sourire et si flou parmi toutes mes figures… Les toiles m'aidaient à aborder des sujets un peu compliqués avec Jasper. L'histoire de ma famille, de mes amis, de mes amours et enfin des emmerdes qui m'étaient arrivées.
A aucun moment, il ne m'arrêta. Plus le temps passait, plus je sentais que la nuit nous filait entre les doigts. Et pourtant Jasper restait sagement assis devant moi, qui présentais pour la première fois une exposition inaboutie, mêlant mes histoires personnelles et mes envies d'artistes pour chacune de mes réalisations.
Il me fit rire à plusieurs reprises en commentant certaines toiles, notamment celle d'Edward. Ce n'était pas un sujet particulièrement facile. Mais avec lui, ça le devenait.
- Je crois que les psys seraient ravis de voir comment tu représentes toutes ces personnes… Souligna-t-il. Ce qui serait formidable, ce serait de réaliser aussi Les femmes de ta vie. Cela parlerait à tout le monde.
Je fis un énorme sourire à Jasper.
- Tu es l'homme le plus parfait de la terre pour une artiste, dis-je en prenant sa main.
Il rit.
- Parce que je donne des idées idiotes ?
- Parce que tu as écouté tout ce que j'ai dit, énonçai-je gravement. Merci.
Un éclair passa dans ses yeux. Si je n'avais pas su que Jasper me courtisait, j'aurais pu dire un éclair de panique. Il se dégagea doucement et me montra une toile du doigt.
- Et celle-là, tu ne m'en as pas parlé ?
- C'est la tienne, souris-je en le voyant la toucher.
- Je peux voir, s'enquit-il curieux.
- Je t'en prie.
Il sortit la toile blanche que j'avais préparée avec son nom en capitale d'imprimerie. Les lettres étaient tracées avec des points d'interrogations.
- C'est comme ça que tu me vois ? Comme un mystère ?
- Je n'en sais pas encore assez sur toi mais si tu veux, je peux te peindre en femme…
Jasper sourit, sembla accepter ma réponse et rangea maladroitement la toile.
- Merci je passe mon tour.
Un des tableaux entassés glissa et s'écrasa sur le sol.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il en le ramassant. J'espère ne pas avoir abîmé ton travail.
Il me donna la toile. C'était celle de Demetri. Le portrait de l'homme en creux.
- Tu en m'as pas parlé de celle-ci, elle semble presque terminée pourtant, commença-t-il doucement.
- Oui, si je devais lui donner un titre, ce serait l'Homme creux. C'est le portrait d'un homme que je n'ai pas vraiment connu mais qui a quand même réussi à me faire beaucoup de mal, comme quoi la proximité est une valeur erronée.
Il me fit un sourire et je partis ranger la toile.
- Le tableau représente un homme qui s'appelle Demetri. Et si je ne t'en ai pas parlé, c'est que je ne sais pas s'il a sa place dans cette exposition car il n'a jamais vraiment fait partie de ma vie.
Rappel de base : Un auteur mort, torturé ou menacé ne peut écrire la suite de l'histoire pour cause de mort ou de traumatisme et ce serait triste xD.
Je sais combien ces petits cliffy sont douloureux mais ils y en a des encore plus insoutenables... (pour les amateurs du genre, je conseille les fictions de Vavamoi ou de Capucine la Rousse - maîtresse du genre avec son dernier chapitre). La suite sera bientôt publiée =°) En attendant à vot'bon coeur Messieurs dames ! ^^ Love, Adèle.
