L'entrainement. L'entrainement de mes amis, rien que le voir, rien que les regarder jouer m'était douloureux. Comme une blessure journalière qui s'ajoute à toutes les autres, qui rouvrent les plus anciennes aussi. Une torture pour tous les jours. MA torture.
Tu ne supportes même plus la vue du ballon, de tes amis. C'est pathétique, tu le sais au moins ?
Bien-sûr que je le savais. Qui pouvait passer à côté. C'était risible en plus d'être parfaitement pathétique, mon frère ne se privait pas de me le rappeler.
Je quittais le terrain, m'éloignant progressivement de cet endroit qui me faisait souffrir. Les regards, les paroles de mes amis, je les aimais autant que je les détestais. Je les laissais derrière moi, je marchais sans savoir où j'allais. Je me déplaçais à l'aveugle, perdu, torturé et meurtri.
Un nouveau terrain, occupé par des enfants cette fois. Cette insouciance me semblait tellement lointaine, à tel point que j'avais le sentiment qu'elle ne m'avait jamais été offerte. Pourtant, elle n'était pas si loin, cette période, juste masqué par ce qui caractérisait mon existence.
Ces enfants qui riaient aux éclats, la joie bien lisible sur leurs traits juvéniles, j'en avais été un. Alors, pourquoi cette envie, que dis-je, ce besoin de taper dans un ballon m'avait-il été enlevé ? Elle était toujours là, mais un sentiment tout aussi puissant la recouvrait. La peur. La peur qui me rongeait et menaçait de m'engloutir tout entier.
Mon point se serrait et, sans que je me rendre compte, mes pensées devinrent paroles :
-J'aimerais tellement être parmi eux, j'aimerais tant rejouer au foot parmi eux … Mais, dès que je frappe, Aiden apparait.
L'image de mon cadet apparu dans mon esprit, clairement, comme de l'eau de roche. Comme les larmes qui menaçaient de couler à chaque fois que je le sentais plus présent dans ma tête. Je fermais les yeux, douloureusement :
-Si seulement Aiden n'était pas là !
Je devrais avoir honte, avoir de telles paroles de mon frère étaient horribles, je le savais. Mais j'étais arrivé à un stade où je ne pouvais même plus me blâmer pour ça. Aiden me faisait trop souffrir, je l'aimais malgré ça, mais je ne pouvais plus le supporter. C'était au dessus de mes forces.
Un ballon, roula jusqu'à mes pieds. Un ballon semblable à tous ceux que j'avais pu connaître, un ballon ordinaire. Une voix fluette m'interpela :
-Excusez-nous, monsieur, vous pouvez nous rendre le ballon, s'il-vous-plait ?
Automatiquement, je me penchais et ramassais l'objet rond. Je relevais les yeux, un petit sourire amical sur mes lèvres. C'était des enfants, encore. Comme les autres qui jouaient sur le terrain. La même envie, la même passion, la même joie. Soudain, leurs traits se métamorphosèrent et je perdis immédiatement mon sourire.
Un garçon aux cheveux roses pâles et la mine renfrognée se tenait derrière un autre, aux cheveux gris. On pouvait facilement se rendre compte qu'ils étaient frères, les traits de leurs visages ronds étaient les mêmes.
-Aiden, aide-moi à demander le ballon. Après tout, c'est ta faute, c'est toi qui l'as envoyé là-bas, non ?!
-Non, c'est ta faute. T'es même pas capable d'arrêter un ballon aussi facile ! Contra l'autre, de toute évidence, absolument pas ouvert à la conversation.
La voix d'un des bambins -qui n'avait rien en commun avec mon frère ou moi- me ramena à la réalité :
-S'il-vous-plait …
Je sursautais, pris un instant pour remettre mes idées en place, avant de répondre, avec le même sourire de façade :
-Excusez-moi. Je vous le rends tout de suite, les enfants !
Sur ces mots, j'envoyais le ballon aux deux garçons qui me remercièrent tous deux. Mais leurs traits changeaient à nouveau. Mon frère avait pris la place deuxième enfant et son nom s'échappa de mes lèvres :
-A-Aiden !?
Je le savais, c'est impossible. Je dois oublier Aiden, mais si je fais ça, je le perdrais à tout jamais.
Ses yeux, orange et perçant s'imposèrent dans mon esprit, comme une évidence, je ne pouvais l'éviter, ou même m'échapper. Je tremblais, les larmes que je retenais depuis tellement longtemps menaçaient de couler le long de mes joues. J'étais pris au piège, aucune issue s'offrait à moi, un étau se refermait, menaçant de m'étouffer, de me détruire. Encore des mots, de ceux que je ne peux pas retenir, qui ne peuvent plus être objet de penser, qui s'échappent de mes lèvres, comme mus d'une volonté propre :
-Qu'est-ce que je peux faire ?
Et voilà le chapitre 9, bientôt la dizaine hé-hé ^^ On se rapproche tout doucement de la fin, n'empêche. Je pense à 12 chapitres sans compter le prologue, mais ça peut encore bouger.
Pauvre Shawn, on ne lui laisse aucun répit, les hallucinations maintenant pauvre petit ! Allez, courage, j'en ai bientôt fini avec toi, promis ça va aller mieux ^^
Et bah alors, y'a plus personne ? Aucun retour pour le dernier chapitre, c'est que je suis triste moi avec tout ça … Allez, je sais qu'il y a des personnes qui me lisent et qui ne montrent pas le bout de leur nez. Un petit effort pour l'ado derrière son écran et qui travaille dur )
