Chapitre 10 - Le recommencement


Marinette était encore tremblante à l'idée de répéter officiellement avec Adrien. Sa nervosité était légèrement contenue, mais présente malgré tout. Allait-elle réussir ? Ce n'était clairement pas insurmontable pourtant. Se dire qu'elle jouerait un couple avec l'homme de sa vie ; ce qu'elle voulait en tout cas ; la rendait très nerveuse. Et en plus de ça, devant énormément de monde ! Elle inspira fortement, puis expira lentement pour se calmer. Elle était forte, elle arrivait à sauver Paris des Akumas, elle pouvait bien échanger la réplique avec Adrien.

"On commence ?!" Lança Rose toute excitée.

C'était elle la plus en joie à voir Adrien et Marinette jouer. Comme elle l'avait dit à Marinette, elle avait créé ces personnages en pensant à eux. Elle avait un grand sourire au lèvres, des yeux qui pétillaient de joie. Ce qu'elle avait écrit allait prendre vie, et de la manière la plus belle qui lui était.

Adrien était prêt, il voulait sentir à nouveau cette connexion. Ce lien qui lui semblait si familier, tout en étant nouveau. Il avait le script sous les yeux, attendant Marinette. Une Marinette qu'il voyait toujours aussi rouge et peu à l'aise, il avait même l'impression que ses mains tremblaient. Non, ce n'était pas qu'une impression. Elle était nerveuse, ça se voyait, il le voyait. L'envie de l'aider et la soutenir monta en lui. Il posa le script sur son bureau puis se rapprocha d'elle. Il saisit les mains de Marinette, il les sentait trembler sous les siennes. Tremblements qui semblaient s'atténuer au fil des secondes. Les mains de Marinette étaient chaudes, une chaleur très douce, et agréable pour Adrien. Le genre de contact chaleureux, qui lui manquait dans sa vie personnelle, notamment avec son père. Le genre de contact chaleureux qu'il avait perdu depuis le décès de sa mère.

Il la regardant dans les yeux. Ses grands yeux bleu, aussi lumineux qu'un ciel d'été. Elle eu d'abord un petit sursaut de surprise, avant de soutenir le regard d'Adrien. Il n'y avait que elle et lui en cet instant.

"T'inquiète pas Marinette, je suis certain qu'on y arriva. Que tu y arriveras, tu es très douée. Si j'ai voulu que tu incarnes ce rôle, c'est que je sais que tu en es capable. Crois moi, tu es la mieux placée pour ce rôle." Lui chuchota-t-il.

Le visage de Marinette devint intégralement rouge, elle avait chaud, très chaud. Indécise entre le fait de se cacher de malaise, ou continuer à le regarder, lui et son visage angélique, lui et ses yeux émeraudes. Ce regard si doux, comme ses mains. Elle arriva à peine à articuler un "Merci".

Ils restèrent comme ça quelques secondes, le regard de Marinette descendit vers leurs mains, celles d'Adrien couvrant les siennes. Elle s'enleva rapidement avant de lui tourner le dos, pleine de malaise. Ce qui ne manqua pas de faire sourire les filles de la classes. Adrien se demandait si il n'avait pas fait quelque chose de mal. Avait-il été trop tactile ? Nino lui déclara :

"T'inquiète mec, elle est toujours comme ça avec toi."

C'était bien trop d'émotion pour le cœur de Marinette, elle chercha Alya du regard. Elle la trouva téléphone à la main, grand sourire en lui faisant un signe de sa main libre. Elle... Elle avait tout filmé ?! Tout ça pour son making off ?! Elle était incorrigible.

"Je... je vais chercher... mon... mon script." Réussit à dire Marinette en allant jusque sa place.

Quelques secondes de répit pour se ressaisir, c'est tout ce qu'elle avait besoin. Répéter avec Adrien, qui ne semblait pas se rendre compte de la portée de ce geste envers elle. Elle posa sa main sur son cœur pour tenter de le calmer, il battait beaucoup trop vite, et pourtant la sensation était si plaisante. Ses légers tremblements avaient disparu, elle était comme rassurée. Les mots et gestes d'Adrien avaient eu l'impact escompté.

Elle respira calmement. Elle était prête, prête à répéter avec Adrien... Enfin presque, elle essaierait en tout cas. Elle prit les feuilles, puis revint vers ses camarades, décidée à bien faire. Elle était plus motivée que jamais, et sa nervosité ne pourrait changer cela.

"Commençons du début ! Sabrina, c'est à toi." S'enjoua Rose.

La concernée sursauta à l'évocation de son nom. Depuis que leur manège avait été découvert, elle s'était faite aussi petite qu'une souris, oubliant totalement qu'elle avait un rôle dans cette pièce. Celui de la narratrice. Elle avait pensé qu'elle resterait dans son coin, jusqu'à la fin, et pourtant. La classe avait dit qu'ils feraient l'effort, malgré leurs affinités, d'intégrer Chloé et Sabrina correctement à la pièce. C'est ce qu'ils faisaient, elle ne serait plus l'invisible de cette classe.

Sabrina se leva de sa place, elle jeta un timide coup d'œil à Chloé pour voir sa réaction. Mais rien, Chloé était pensive, pas en mesure de se préoccuper de ça. Se remettre en question, pour Chloé, ce n'était pas chose aisée. Sabrina les rejoint, texte en main. Elle était anxieuse. Les autres élèves la regardait de manière tout à fait normale. Pas de regards haineux, pas de mépris. Il fallait croire que cette pièce leur tenait assez à cœur pour mettre les différents de côté. Rose lui fit signe de se mettre près du bureau de leur professeure, afin que tout le monde puisse entendre ses phrases.

Elle commença son texte, à voix basse, trop basse pour être entendu.

"Tu parles pas assez fort. Lança Alix.
-Désolée...
-On va pas te manger hein. Rigola Kim.
-Maintenant que l'affaire est réglée, on reste une classe qui projette de faire une très bonne pièce, et pour ça, tout le monde y mettra du sien." Lança Nino.

Bien entendu, ils leur en voulaient à Chloé et elle pour leur tromperie, mais garder la rancune ne feraient pas avancer les choses. Ils avaient peu de temps pour faire cette pièce, il fallait coopérer. Sabrina avait demander à être la narratrice, elle le serait. Ils n'étaient plus à l'école primaire. Ils étaient des adolescents, bientôt au lycée, ils pouvaient se montrer mature.

Elle fit un léger sourire, reprenant son courage à deux mains. Elle commença à nouveau son texte, de manière plus intelligible. Les autres élèves sourirent, c'est ce qu'ils voulaient entendre. Sabrina s'exprimait très facilement, comme si le rôle était fait pour elle. Sa diction était fluide, et avec les bonnes émotions. Un sentiment de satisfaction s'empara d'elle, se sentant un peu plus à sa place.

Pendant qu'elle faisait sa narration, Rose plaça les premiers intervenants à leur place. Elle leur décrivait les gestes à faire. Si au début ils n'avaient pas de texte, Ivan, Mylène, Nino et Alya devait illustrer la narration. Ce que Rose tentait de leur faire faire. Tout était encore brouillon, c'était seulement le deuxième jour de répétition, et encore, ils avaient changé le rôle principal, ils repartaient du début.

Arriva le premier échange entre Adrien et Marinette. Rose les ramena sur le devant de la scène imaginaire. Leur première scène était tout simplement le jour où Fortuna tentait de dévoiler ses sentiments à Felis, interrompu par l'annonce du décès de la mère de ce dernier. Debout, face à face, les yeux dans les yeux. Marinette ne pouvait s'empêcher d'avoir une certaine gêne, les joues rosies, mais elle se montrerait aussi professionnelle que possible. Adrien avait confiance en elle, elle devait elle aussi avoir confiance. Elle devait aborder ces répétitions de la même manière qu'elle l'avait fait jusque maintenant. Elle était Fortuna, et non Marinette. Elle se concentra, attendant que Sabrina ait finit son texte.

Adrien fut le premier à parler, elle le sentait, au delà d'Adrien, c'était Felis qu'elle avait devant lui. Il n'était plus réellement le jeune homme qu'elle aimait, il était le personnage. A son tour, elle récita ses premières paroles, elle le sentait, ce lien, cette connexion. Elle avait outrepasser Marinette, elle était à l'instant présent quelqu'un d'autre. Comme lorsqu'elle était Ladybug. Elle sentait comme une complicité entre Adrien et elle à travers leur interprétation, à travers ces personnages.

Un léger sourire se dessina sur le visage d'Adrien, c'était ce sentiment là qu'il avait cherché, c'était pour ça qu'il avait tenu à ce que ce soit elle. Elle était douée, et le lien qu'il sentait rendait les choses encore plus simple. Comme les deux personnages, ils avaient une forme de complicité. Pourtant, il savait que cela ne venait pas de la pièce en elle même. Ce sentiment venait d'ailleurs, mais c'était dans des moments de travail avec elle qu'il le ressentait. Un lien qui lui semblait si proche du lien qu'il avait en temps que Chat Noir avec Ladybug.

Si il ne comprenait pas sa provenance, ce lien lui faisait chaud au cœur. Peut être arriverait-il à le développer au delà d'un travail d'équipe avec Marinette ? Peut être qu'en se rapprochant plus d'elle, il le sentirait plus souvent ? Il avait besoin de cette chaleur pour compenser la froideur familiale. Il avait besoin de cette chaleur pour se sentir entier.

Avec Nino, c'était différent. Son meilleur ami ne lui apportait pas la même chose. Chaque ami à sa place. La Marinette incarnant Fortuna semblait lui apporter quelque chose de nouveau et ancien à la fois, contradictoire, et pourtant.

"Adrien. Interrompit Rose. Tu ne dois pas sourire pendant cet échange. Elle parle de votre amitié, tout en tentant de te révéler ses sentiments. Tu es intrigué, tu ne comprend pas où elle veut en venir."

Marinette rigolait intérieurement, Adrien, se faire réprimander sur son jeu d'acteur, cela la faisait rire. Rose se montrait plus exigeante qu'elle ne l'aurait pensé, mais c'était pour leur bien, et celui de la pièce.

Adrien rougit légèrement, lui, se faire reprendre sur son jeu, alors que tout le monde l'avait vanter. Il devait s'y remettre plus sérieusement. D'une main derrière la tête de gêne, il s'excusa :

"Désolé Rose, j'étais ailleurs. Ça n'arrivera plus.
-Oh, ce n'était pas méchant ! Déclara Rose de peur de l'avoir vexé.
-Il n'y a pas de soucis. Tu as tout à fait raison de me sermonner, on doit être sérieux."

Marinette et Adrien reprirent leur échange, avant de passer à la scène suivante.

La journée se termina avec une répétition plus fructueuse que la veille, mais de nombreuses répétitions restaient nécessaire. Marinette s'était montrée de moins en moins gênée aux gestes tactiles qu'Adrien lui portait au travers de Felis. Felis était un personnage joyeux et tactile, tout en étant dragueur. Felis était comme Chat Noir, c'était pour ça que Marinette arrivait plutôt bien à s'y habituer, elle était habituée avec Chat Noir.

Avant de quitter le collège Adrien avait demandé à Marinette de lui donner une copie du croquis de son costume. Il appréciait beaucoup ce costume, et voulait garder le dessin en souvenir. Cela lui rappelait tellement Chat Noir, cette autre partie de lui même. De plus aimant de base le travail de son amie, avoir ce croquis allait de paire avec la dédicace qu'il lui avait demandé pour la jaquette de Jagged Stone. Il rentra chez lui, son père était absent, comme souvent. Il alla directement dans sa chambre. Plagg en profita pour sortir de sa cachette.

"Aaaaah enfin ! T'as pensé au camembert j'espère !
-Tiens. Fit-il en lui donnant le précieux fromage.
-Oh il est énorme ! Serais-tu de bonne humeur ?"

Plagg s'empressa de prendre le fromage avant que son protégé change d'avis.

"Regarde le costume que je porterais durant la pièce."

Plagg ronchonna, c'est pas que ça l'intéressait peu... mais si en fait, manger son fromage l'intéressait bien plus.

"On dirait Chat Noir. Nota-t-il.
-C'est ça qui est cool ! Je pourrais être Chat Noir tout en étant Adrien. Lança-t-il rêveur.
-Parfait pour dévoiler ta double identité." Ironisa le kwami.

Chose qui ne lui avait pas une seule seconde traverser l'esprit. Quelle naïveté de sa part ! Ressembler à Chat Noir physiquement, et se comporter tout comme, il allait forcément être reconnu, c'était évident. Il devait demander à Marinette et Rose de faire un masque intégral pour son costume, et non seulement sur les yeux. Il trouverait bien une excuse, comme le fait d'être plus raccord à l'époque. Oui, voilà, c'était ça l'idée ! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ?

"Je sais pas ce que tu as ces deux derniers jours gamin, mais tu sembles ailleurs. Pourtant, on a toujours pas revu Ladybug."

Il avait raison, ils n'avaient pas revu Ladybug entre temps, et pourtant Adrien se sentait comme si c'était le cas. Peut être avait-il l'impression de voir Ladybug au travers de Marinette quand elle jouait le rôle de Fortuna. Peut-être. Il devait se ressaisir, cette pièce de théâtre le motivait peut être un peu trop, il aurait pu laisser transparaître qu'il était Chat Noir si Plagg ne l'avait pas ramener à la raison.

"J'espère que ça ne dérangera pas Marinette de changer un peu le dessin.
-Ça, c'est pas mon problème." Répondit la petite boule noir en mangeant son fromage.

Adrien ignora la remarque et s'installa dans son lit pour apprendre son texte.

Marinette était elle aussi dans son propre lit, avec son texte sous les yeux. Mais ses pensées finissaient toujours par vagabonder vers Adrien. Lui qui s'était montré plutôt... proche d'elle. C'était là le mot, proche, une proximité au travers de cette pièce qu'ils n'avaient jamais eu. Cela la rendait toute joyeuse. En plus, il lui avait proposé de passer plus de temps avec elle en l'aidant sur les costumes. Il était si gentil, si dévoué. Le mieux était quand il lui avait prit les mains, la douceur de ce geste. Marinette se mit à rougir en y repensant, son rythme cardiaque s'accélérant. Son geste et ses paroles avaient été rassurants. Elle ne savait pas si c'était juste via cette pièce qu'elle se sentait se rapprocher de lui, ou autre, mais ce sentiment lui plaisait.

"Ça va Marinette ? S'inquiéta Tikki en lui mettant la patte sur le front.
-Oui oui, je pensais...
-A Adrien je suppose.
-Oui... Fit timidement Marinette. Il s'est montré si gentil avec moi aujourd'hui...
-Tu devrais lui dire.
-Je ne peux pas... Pas pour le moment...
-Comme tu voudras. Mais il faudra bien un jour, que tu le fasses."

Elle ne voulait pas briser les prémices d'une relation qui semblait se renforcer. Elle voulait voir jusqu'où ça irait, et ne rien briser. Adrien ne lui rendrait de toute façon pas ses sentiments à l'heure actuelle, alors elle préférait les garder pour elle. Un jour elle lui dirait, peut être, mais pour l'heure, elle préférait voir leur relation amicale évoluer plus loin. Dans tous les cas, elle passerait du temps avec lui, et ça ne lui serait que bénéfique.

Après plusieurs heures à lire, relire, et lire encore une fois son dialogue, Marinette décida de se changer les idées en dessinant son propre costume. Du moins essayer. Elle avait passer tellement de temps à essayer de le faire pour Chloé, que l'inspiration lui manquait, deux trois traits sur une feuille, des formes trop abstraites. Elle tenta quelques ébauches, mais rien.

Dans un nouvel élan, elle réussit à sortir un croquis complet, seules quelques finitions manquaient. Mais... parce qu'il y avait un mais. Ce costume, ce croquis, il avait le symptôme que celui d'Adrien. Il faisait beaucoup trop penser à Ladybug, et ça, elle ne pouvait pas se le permettre. En temps qu'elle même Ladybug, elle ne pouvait pas porter un costume comme celui ci. Son identité se verrait ainsi révélée au grand jour. Elle ne pouvait pas prendre ce risque.

Mais dès qu'elle pensait à des héros, elle pensait Ladybug et Chat Noir, même inconsciemment. Adrien, qui ressemblerait un peu à Chat Noir, ce n'était pas problématique pour elle, et en plus le costume lui plaisait. Sauf qu'elle en ce qui se rapproche beaucoup trop de Ladybug était impossible. Son identité devait rester secrète, et avec Alya, un costume comme celui ci lui mettrait la puce à l'oreille.

Elle mit la feuille de côté, avec ses ébauches précédentes, et en prit une autre. Des coups d'œil à sa galerie d'image sur son pc, puis sur sa feuille blanche. Poser la mine du crayon sur la feuille, pour regarder à nouveau son écran. Rien, le vide, aucune inspiration. Partir sur une robe courte, ou un pantalon plus une tunique comme Felis ? Quelles couleurs ? Si pour Adrien, l'inspiration avait fini par lui venir d'un coup, pour elle, c'était différent. Elle ne pouvait pas se laisser aller à son inspiration, sa double identité en serait compromise.

Marinette finit par laisser tomber. Ce n'était pas ce soir là qu'elle ferait le croquis de son costume.