De l'Autre Côté (The Other Side)
Chapitre 9, La fin du cauchemar

Le véhicule des inspecteurs était sur le chemin du Lenox Hill, le central avait envoyé la photo de Louise Thompkins à la sécurité. Si seulement il l'avait envoyé cinq minutes plus tôt…

Sirène hurlante, la Crown Victoria se gara en toute hâte devant le bâtiment, le crissement des pneus sur le bitume faisant sursauter quelques passants. Le véhicule bloqua la circulation, déclenchant un reflexe primaire de la part des automobilistes se retrouvant coincés, ils se mirent à klaxonner pour montrer leur mécontentement.
Les inspecteurs accompagnés de Rooke, descendirent de la voiture. Ils se dirigèrent directement vers l'entrée principale quand ils virent un vigile, radio à la main.

- "Police, où est-ce que vous allez !" Intervint Esposito.
- "La femme a été vue dans le parking souterrain ! Un collègue l'a vue se diriger vers la sortie ! Je veux lui bloquer le passage. "
- "On vient avec vous. " Fit Ryan tout en emboitant le pas de ce vigile et de Javier.

Kate s'apprêtait à les suivre quand Ryan fit barrage avec son bras.

- "Non, Beckett. Tu ne peux pas, pas dans ton état… Va auprès de Castle. "

Elle savait qu'il avait raison, elle n'était pas en état de courir après un suspect et surtout pas après ce suspect. Elle se résigna rapidement et s'engouffra dans l'hôpital par l'entrée principale.

De son côté, Rooke suivit les deux inspecteurs pour trouver Louise Thompkins.

Quand Kate arriva dans le couloir, elle vit rapidement Alexis blottie contre le mur. Elle avait immédiatement compris.

- « Alexis ? » Fit le lieutenant, la voix tremblante.

L'appel de son nom l'extirpa de sa torpeur. Elle releva timidement la tête, les yeux rougis par les larmes qu'elle avait déversées. Sans perdre une seconde de plus, elle se leva puis courut dans les bras du lieutenant.

- "Alexis ?"
- "C'est papa…"

Immédiatement son regard se porta sur la porte de la chambre 204. Elle était close, le personnel médical avait préféré la fermer pour éviter à la jeune fille d'entendre tout ce qu'il se passait. Cela ne présageait rien de bon. Kate serra un peu plus fort Alexis, laissant elle aussi les larmes l'envahir.

Après d'interminables secondes, la porte de la chambre s'ouvrit enfin. Megan Redshaw, le médecin qui avait prit en charge Kate, fit son apparition.
Beckett porta immédiatement son regard sur elle. Elle n'avait pas la force de demander des nouvelles de Castle, craignant déjà la réponse et de devoir faire face à la réalité. Alors elle se contenta de la scruter, la fixer, priant qu'elle lui annonce une bonne nouvelle.

- "Lieutenant Beckett…" Fit Megan. Le son de sa voix força Alexis à abandonner les bras de Kate pour se retourner. "Alexis ?"

La jeune fille répondit d'un signe de la tête.

- "Ton père est…" Pour gagner du temps et trouver les mots elle serra un peu plus fort le bloc-notes qu'elle avait dans les mains tout en prenant une grande inspiration et elle se lança. "Après quelques longues minutes, son cœur est reparti. On a réussit à le réanimer et à le stabiliser… Maintenant, il faut… attendre…" Elle feint un sourire pour tenter d'être le plus crédible possible.

Beckett le remarqua, elle voyait bien qu'elle ne disait pas tout. Certainement pour préserver la jeune fille.

- "Est-ce qu'on peut le voir ?" Demanda la jeune fille tout en essuyant ses larmes.
- "Pas maintenant, je suis désolée. Avec ce qu'il s'est passé à l'intérieur…"
- "Que voulez-vous dire ?" Intervint Kate.
- "L'officier qui était posté devant la porte a été tué. On va devoir transférer monsieur Castle dans une autre chambre. "

Alexis n'écoutait plus, elle s'éloigna de Kate et se dirigea timidement vers la chambre 204. Après quelques pas hésitants, elle s'arrêta au niveau de la porte. Cela pouvait paraître étrange, mais le 'bip' continuel de l'électrocardiogramme la rassurait. Elle finit par poser son épaule sur l'encadrement de la porte puis elle croisa les bras. Elle était bien décidée à ne plus bouger et ne plus quitter son père.

- "Docteur…" Fit timidement Kate, retenant les larmes qui voulaient une nouvelle fois l'envahir. "Je veux la vérité. J'ai besoin de la vérité."
- "Je vous l'ai dit. Il faut attendre qu'il se réveille pour qu'on puisse mesurer l'étendue des dégâts."
- "Vous… Vous semblez douter qu'il va se réveiller…"
- "Ecoutez." Megan se rapprocha un peu plus de Kate. "Le fait est qu'on ignore le temps exact durant lequel il a été privé d'oxygène. J'aimerais pouvoir vous dire qu'il va se réveiller, mais la vérité est que je n'en ai absolument aucune idée."
- "Alors quoi ?"
- "Comme je vous l'ai dit, il faut attendre... Quand il se réveillera, s'il se réveille, on saura si le manque d'oxygène à causé des dommages à son cerveau, mais pas avant."

Kate remercia Megan pour sa franchise d'un signe de la tête.

- "Je vous laisse, j'ai d'autres patients à voir."

Elle posa une main amicale sur l'épaule du lieutenant avant de s'éloigner.
Kate laissa son regard se perde dans ce couloir. Elle mit l'une de ses mains sur son front. Castle s'accrochait et ça la rassurait mais elle ne pouvait pas s'empêcher de penser au fond d'elle qu'il ne s'en sortirait pas. Qu'elle devait simplement se préparer au pire.
Elle soupira, s'en voulant d'avoir laissé cette idée lui traverser l'esprit puis elle finit par rejoindre Alexis.

Les deux femmes restèrent un petit moment devant la chambre, serrées l'une contre l'autre.

Après quelques longues minutes à être restées là sans bouger, leurs jambes commencèrent à fatiguer. Ne pouvant entrer après ce qu'il s'était passé elles s'installèrent sur un long fauteuil dans le couloir. Epuisée, Alexis s'allongea et posa sa tête sur les cuisses du lieutenant. Cette dernière posa délicatement sa main sur ses cheveux et la jeune fille ferma les yeux.

Kate finit par laisser sa tête se reposer sur le dossier, à son tour, ses yeux se fermèrent.


- "Des coups de feu dans le parking !"

Alexis et Kate sursautèrent en même temps. Leur regard se porta immédiatement sur un policier en uniforme, la main sur son arme, il courait dans leur direction...

- "Officier, que se passe-t-il ?" Demanda Kate tout en se levant.
- "Des inspecteurs ont débusqué la femme du portrait robot ! Elle se terrait dans le parking sous-terrain. Des coups de feu ont été échangés, j'y vais en renfort !"

Kate se leva, bien décidée à être aussi l'un de ces renforts, il était hors de question pour elle de laisser Louise s'échapper et encore moins s'en sortir…
"Un homme à terre, j'ai besoin d'aide dans le parking !" Avait hurlé un homme dans la radio de l'officier. "Elle l'a abattu ! Elle… Putain, elle-" D'autres coups de feu retentirent. L'uniforme s'arrêta net et Kate ne bougeait plus.

- "Identifiez-vous ?" Demanda l'uniforme en saisissant sa radio.

Mais il n'obtenu aucune réponse, à part les crépitements de la radio. Sans plus attendre il reprit sa course vers l'escalier. Kate voulait le suivre même sachant qu'elle n'était pas en état.
Avant même qu'elle ne puisse lui emboîter le pas elle sentit quelqu'un lui attraper le bras. Quand elle se retourna, elle vit les yeux rougis d'Alexis la supplier de rester auprès d'elle.

- "Alexis, je suis désolée… Mais il faut que…"
- "Nooon… J'ai besoin… Il faut que…" Elle essuya ses larmes avec l'une de ses manches. "Tu fais partie de la famille maintenant, ta place est ici à côté de papa... De moi…"

Kate ne savait pas quoi lui répondre. Son instinct, et certainement l'envie de se venger, lui criait de se rendre dans le parking.

- "Kate…" Retenta la jeune fille tout en se refusant de lâcher le bras du lieutenant.

Beckett se contenta de garder le silence puis elle l'enlaça.


En arrivant devant la chambre 204, Ryan, Esposito et Rooke remarquèrent le cordon de la police qui séparait le couloir en deux, permettant tout de même un petit passage. Un officier en uniforme se tenait droit comme un piquet juste devant la chambre.

- "Que s'est-il passé ?" Demanda Esposito à l'uniforme.

Voyant les plaques à la ceinture et comprenant qu'ils étaient collègues, il leur expliqua.

- "La femme du portrait robot a tué l'officier Goralski, elle a aussi tenté de tuer Richard Castle."
- "Et merde…" Lâcha Javier en donnant un coup de poing au mur. "Comment est-ce qu'elle a pu s'approcher ?"
- "L'hôpital n'a pas reçu à temps le portrait robot, elle devait probablement être déjà dans l'enceinte."
- "Où est Castle ?" Interrompit Ryan.
- "Il a été transféré dans une autre chambre, au troisième étage. Mais j'ignore le numéro."
- "Ok, merci."

Alors qu'ils se dirigeaient vers les escaliers, le téléphone portable de Rooke se mit à sonner, il s'excusa auprès des deux inspecteurs les laissant monter au troisième étage sans lui.

Une fois dans le couloir, Ryan et Esposito virent Beckett devant l'une des chambres. Elle était assise, sa tête emprisonnée dans ses mains, elle était immobile. En arrivant à son niveau, Javier posa sa main sur son épaule.

- "Hey… Kate ?" Fit-il inquiet. "Ça va ?"

Elle redressa la tête rapidement, essayant d'adopter le comportement de quelqu'un qui allait très bien.

- "Ouais… ça va… Que s'est-il passé en bas ?" Tenta-t-elle pour changer de sujet.
- "Louise a tué un agent de la sécurité de l'hôpital et a blessé un collègue. Je suis désolé, mais elle a réussi à se tirer. Mais on l'aura, ne t'en fais pas."
- "Je m'en fiche… Tout ce que je veux c'est que Rick s'en sorte…" Finit-elle par avouer tout en baissant la tête.

Le latino s'installa à côté d'elle et la prit dans ses bras.

- "Je sais… Je sais…"
- "Comment va-t-il ?" Demanda le journaliste qui avait finit par raccrocher son téléphone. La nouvelle qu'il venait d'apprendre lui en avait mit un sacré coup mais il préférait éviter d'en parler, jugeant que ce n'était pas le bon moment.
- "Il s'accroche." Bafouilla Beckett.

Il esquissa un petit sourire plein de compassion puis s'adossa contre le mur, les bras croisés. Le silence s'installa alors dans le couloir, les seuls bruits étaient ceux du personnel médical qui allait et venait dans les couloirs. Quelques mots lâchés à la hâte entre médecins brisaient de temps en temps le silence, mais rien d'autre.

Après d'interminables minutes à attendre, le journaliste intervint ;

- "Je vais à la machine à café, je vous ramène quelque chose ?" Proposa-t-il.
-"Un café bien noir pour moi. Merci." Fit Esposito, son bras toujours autour de Kate pour tenter de la rassurer.
-"Et vous inspecteur Beckett ?"
-"La même chose, merci."
-"Kate non. Tu as besoin de dormir." Intervint le latino. "Un déca' pour Kate, merci."

Beckett ne rechigna même pas. Elle se contenta de baisser la tête et de feindre un petit sourire.

Rooke s'éloigna tout en fouillant ses poches à la recherche de liquide, en arrivant devant l'ascenseur il appuya sur le bouton et patienta. Quand les portent s'ouvrirent il tomba nez-à-nez avec Stucker. L'officier était avachi contre la paroi de l'ascenseur, pendu au téléphone.

-"J'te laisse, y a le clébard des inspecteurs devant moi." Marmonna-t-il à son interlocuteur, mais le journaliste avait très bien compris. Ce dernier se retint en serrant ses poings et ses dents.

En passant à côté de lui, Darren le bouscula légèrement tout en soupirant, et c'était la goûte d'eau...

-"Hey! Stucker!" Fit Rooke.

A son nom l'officier se retourna et avant qu'il ne comprenne ce qu'il se passait, il reçut une droite qui l'envoya sur le sol de l'hôpital. Son téléphone portable parcourut de longs mètres avant de s'arrêter, aidé par le mur.

-"Espèce d'enfoiré!"

Attiré par l'agitation, Ryan, Esposito et Kate se dirigèrent vers les deux hommes.

-"Qu'est-ce que vous fabriquez !" Fit le latino.

Rooke n'y prêta aucune attention. Il s'approcha un peu plus de l'officier à terre.

-"Vous avez été raconté à la presse que la police allait interroger un témoin !"
-"Hey faut vous calmer!" Protesta l'officier Stucker.
-"Ne faites pas l'innocent! Ayez au moins la décence d'assumer votre comportement ! Vous pensiez à quoi, hein ? Que personne n'apprendrait ce que vous avez fait!"
-"Mais qu'est-ce que vous racontez ?" Intervint Esposito.
-"Vous m'avez entendu parler à mon rédacteur et vous avez tout balancé à la presse ! Vous avez forcé la tueuse à agir ! Sans vous Goralski et Kurt seraient encore en vie ! Mais on dirait que d'être responsable de la mort de deux personnes ne vous empêche pas de rester un abruti de première!"

Darren Stucker resta au sol ne sachant pas quoi dire devant les regards accusateurs de ses collègues.

- "Vous ne méritez même pas l'insigne que vous portez!" Poursuivit Rooke. "Vous me dégoutez!"

Sans attendre qu'il se relève, le journaliste s'éloigna et disparut en entrant dans la cage d'escalier.

-"J'vais aller l'arrêter cet enfoiré!" Se réveilla enfin Darren. "Non mais, vous avez vu ce qu'il m'a fait?"
-"Fait quoi?" Rétorqua Beckett. "Je n'ai rien vu... Et toi, Espo' ?"
-"Vu quoi?" Fit innocemment le latino. "T'as vu quelque chose, Ryan ?"
-"De ?"

Voyant leurs réactions, Stucker préféra ne pas s'éterniser. Sans demander son reste il récupéra son téléphone et quitta le troisième étage.

Alors que les trois lieutenants se dirigèrent vers la chambre de Castle, le téléphone d'Esposito se mit à sonner. Après quelques secondes de conversations il se tourna vers ses amis.

-"C'était le 12ème. Valentin est toujours dans nos locaux..."
-"Pourquoi il y est encore ? On a rien contre lui, il aurait pu partir..."
-"Il dit qu'il refuse de quitter les lieux tant qu'on lui a pas dit que sa sœur était hors d'état de nuire."
-"Ça pourrait être l'occasion de connaitre l'endroit où elle aurait pu se cacher." Fit Ryan.
-"Possible mais s'il sait qu'elle s'est échappée, il ne dira plus rien." Précisa Beckett.
-"Pourquoi ?"
-"Ça fait des années qu'il vit dans la peur de sa sœur, lui dire qu'elle est toujours en liberté ça signifierait pour lui qu'il ne doit plus rien nous dire. Il penserait avoir encore une chance de se racheter auprès d'elle. Il nous a parlé parce qu'il pensait qu'on aurait Louise... Là, il arrêterait de nous parler. Pire, il pourrait partir. On n'a rien pour le retenir..."
-"Sauf qu'on ignore où elle est... Et pour le moment, Valentin à l'air d'ignorer qu'elle nous a échappé." Ajouta Esposito.
-"C'est peut-être notre chance." Fit Beckett. "Tant qu'il ignore qu'elle est toujours en liberté, on peut peut-être en apprendre plus sur elle. Savoir où elle a bien pu se réfugier..."
-"Si on est censé l'avoir attrapé, il va se demander pourquoi on continue de lui poser des questions, non ?" Se questionna Ryan.
-"Non pas forcément." Intervint Esposito. "Kate a raison. On peut lui dire qu'il nous manque des preuves directes pour pouvoir l'inculper. Qu'elle pourrait avoir une cachette quelque part..."
-"Il n'est quand même pas aussi bête..." Fit l'Irlandais, perplexe.
-"Il est effrayé et il est notre unique chance pour retrouver Louise avant qu'elle n'essaie une nouvelle fois de s'en prendre à Rick. On ne peut pas se permettre de rien faire..." Termina Kate.

D'un mouvement de la tête parfaitement coordonné, Ryan et Esposito acquiescèrent.


12ème District, New-York.

La fine équipe venait de passer les portes de l'ascenseur quand Valentin leur sauta presque littéralement dessus.

- "Vous l'avez?" Demanda-t-il plein d'espoir à Beckett.

Voyant qu'elle se figea, Esposito répondit :

- "Oui, ce sont les collègues qui sont avec elle."
-"Pourquoi ?"
-"Elle ne s'est pas laissée interpeler. Par précaution, elle a été conduite à l'hôpital pour un check-up."

Valentin les regardait à tour de rôle en essayant de déceler plus d'information.

-"Mais vous l'avez, n'est-ce pas ?"
-"Oui, pas de soucis là dessus." Ajouta Ryan en posant sa main sur son épaule pour l'éloigner de Kate. L'inspecteur en profita pour conduire Valentin dans la salle d'interrogatoire, prétextant vouloir en savoir plus sur Louise, pour être prête quand elle serait amené au poste de police pour y être questionnée.

Kate et Javier les virent disparaitre derrière la porte.

-"Tu veux t'en occuper?" Fit le latino en montrant la salle d'interrogatoire d'un mouvement de tête.

Le lieutenant posait son regard entre Esposito et la porte, ne sachant pas quoi lui répondre. Devait-elle vraiment se charger de ça? En avait-elle la force? La moindre erreur et Valentin comprendrait qu'ils ne détenaient pas Louise.

-"Non." Fut la seule réponse logique qui lui vint. "Je ne peux pas."
-"Okay... On va la coincer, Kate. T'en fais pas... Un collègue certifie l'avoir touchée quand elle s'est enfuie de l'hôpital. Elle doit bien avoir un endroit pour se terrer... Elle n'ira pas bien loin..."

Esposito disparu rapidement dans la salle d'interrogatoire. Quand il entra, il trouva Valentin un peu plus détendu qu'à leur premier entretient. Il semblait vraiment croire en leur version.

- "Que voulez-vous savoir sur ma sœur?" Demanda-t-il à Esposito alors qu'il n'était pas encore installé.
-"Les preuves directes contre elle manquent..." Poursuivit Ryan.
-"Comment ça, les preuves manquent? Vous avez trouvé l'autel qu'elle a érigé pour cet écrivain, son dossier à l'hôpital a bien dû vu aider? Elle est siphonnée, y a pas de doute. Qu'est-ce qu'il vous faut en plus ?"
-"On a besoin de plus de détails sur elle. Tout ce que vous pourrez nous dire pourrait lui ajouter quelques années de prison. Vous ne voulez pas qu'elle sorte au bout de 5 ans pour bonne conduite, non ?"

A cette pensée, un frisson le parcourut.

-"Non! Tout ce que vous voulez savoir. Allez-y, demandez!"
-"Vous avez dit qu'elle n'était pas toujours chez vous... On aimerait savoir si elle avait un autre endroit où aller ?"

De l'autre côté du miroir sans teint, après avoir longuement hésité pour assister à l'interrogatoire, Kate avait fini par entrer. Bien droite, les bras croisés, elle regardait ses collègues. Le technicien qui enregistrait tout ce qui se disait l'avait saluée en entrant d'un air compatissant, pensant imaginer l'état d'esprit dans lequel le lieutenant était.

Elle regarda Valentin de longues, très longues minutes, et plus le temps défilait plus elle pensait au fond d'elle qu'il allait découvrir que la police lui mentait. Ce n'était qu'une question de secondes avant qu'il ne réalise que sa sœur était toujours en liberté quelque part. "Il n'est pas stupide, juste effrayé." Se disait-elle.

Elle prit une longue inspiration et ferma les yeux quelques instants. Pourquoi était-elle là ? Sa place n'était pas ici mais auprès de Rick. En y pensant sa respiration s'accéléra.

Ce qu'elle craignait finit par arriver. Valentin n'avait pas mis plus de 10 minutes à comprendre que la police n'avait pas réussi à attraper Louise. Qu'elle n'était pas à l'hôpital - bien vivante - en train de subir des examens suite à une interpellation musclée. Plus les questions se faisaient précises et insistantes sur un endroit où elle aurait pu trouver refuge, plus il lui était évident qu'on lui mentait. La peur lui fit perdre le peu de contrôle qu'il recommençait à avoir.

- " Vous avez dit que vous mettriez un terme à mon cauchemar ! " Hurla-t-il, en se redressant violement. Faisant ainsi tomber la chaise à la renverse.
- " Est-ce que vous savez où elle pourrait se cacher ? " Insista Ryan.
- " Je vous avais dit qu'elle obtenait toujours ce qu'elle voulait… Toujours…"
- " Valentin ? » Intervint Esposito en frappant de sa paume la table.
- " Je veux partir ! "
- "Valentin!"
- "Non! Je peux peut-être... Elle peut... Vous ne pouvez pas me retenir ici, je n'ai rien fait !"

Il avait raison et Beckett le savait. Résignée, elle détourna son regard de ce frère trop longtemps sous l'emprise d'une sœur malade, violente et qui s'était avérée être une criminelle habile et prête à tout.

- " Je vous ai fait confiance, inspecteurs… " Lâcha l'homme, amer, avant de sortir de la salle d'interrogatoire en claquant la porte.

Beckett était sortie de la salle pour voir la seule personne qui aurait pu l'aider quitter le commissariat. Elle soupira et comme guidée contre sa volonté, elle se posa à son bureau. Un pincement au cœur la tirailla quand elle vit la chaise de Rick vide. Et cette menace qui pesait sur lui se précisant quand elle pensait à Louise, toujours libre et plus que jamais déterminée à remporter la partie. Elle réfugia ensuite sa tête dans ses mains et ferma les yeux, refoulant quelques larmes au passage. Elle n'avait pas le droit de craquer sur son lieu de travail, même si personne ne lui en aurait voulu.

" On va lui coller aux basques ! " Fit Esposito déterminé, Ryan le suivant comme son ombre. " Avec un peu de chance, il va nous conduire à elle. "

Pour seule réponse elle feint un petit sourire. Prendre en filature Valentin était leur seule piste…

Elle se laissa aller quelques instants en croisant ses bras et les posa sur son bureau, sa tête vint rejoindre rapidement cet oreiller improvisé. Pendant un instant elle se coupa complètement de la réalité, s'imaginant quelque part. Partout sauf ici. Auprès de Rick, blottie dans ses bras en savourant juste le fait d'être avec lui, réchauffés par les rayons du soleil qui venaient caresser leur visage...

Quand son téléphone se mit à danser dans la poche de sa veste, elle sursauta. Maladroitement elle le sortit de sa cachette et quand elle vit le nom s'afficher, tout son corps se paralysa, ne laissant la place qu'à la peur. Elle déglutit difficilement et prit son courage à deux mains pour répondre ;

- " Oui Martha?…" Fit-elle d'une voix tremblante. "...J'arrive tout de suite."

Sans perdre un seul instant, elle attrapa au vol ses affaires et s'engouffra dans l'ascenseur manquant de bousculer un collègue qui en sortait.


Pendant ce temps, au Lenox Hill…

Martha ouvrit doucement la porte, un chocolat chaud dans l'une de ses mains. Son regard se porta immédiatement sur son fils, faisant un avec les machines qui le maintenaient en vie.
Elle vit ensuite Alexis qui s'était endormie, la tête posée sur le matelas et l'une de ses mains dans celle de son père.

Ne voulant pas la réveiller, elle laissa le gobelet de chocolat sur la petite table.

Elle prit place ensuite un peu plus loin, sur l'un des fauteuils dans le coin de la chambre. Après quelques instants à lutter, la fatigue finit par avoir raison d'elle. A son tour, elle s'endormit.


La jeune fille se réveillait doucement tout en sentant quelque chose comprimer son cœur, sans même réellement savoir pourquoi, des larmes commencèrent à noyez ses yeux. Puis elle entendit ce qui semblait être une radio provenant du couloir, le présentateur semblait perturbé...

" Concernant l'affaire du Old Haunt nous apprenons à l'instant la mort de Richard Castle. Rappelez-vous, lui et l'inspecteur Beckett ont été sauvagement agressés au sein même du bar... La police est actuellement à la recherche de Louise Thompkins. Selon des témoins, elle se serait introduite dans l'hôpital, aurait tué Richard Castle et un autre policier avant de blesser un agent de la sécurité qui tentait de l'empêcher de s'enfuir... Elle est armée et dangereuse..."

- "Papa!" Tenta d'hurler la jeune fille sans qu'aucun son ne puisse quitter le fond de sa gorge. Sa respiration était haletante et son regard semblait perdu.

Paniquée, elle balaya la chambre tel un radar, à la recherche d'un repère. Elle vit sa grand-mère dormir puis elle reposa son regard sur son père. Il était toujours à la même place, le bip continuel de l'électrocardiogramme donnait encore le tempo ce qui la rassura.

- "Ce n'était qu'un cauchemar..." Se répétait-elle sans arrêt comme pour se rassurer. Elle serra un peu plus la main de son père, cherchant probablement à le rappeler à ses côtés. "Papa..." Souffla-t-elle, désespérée à la vue de cette main qui ne bougeait plus depuis trop longtemps.

Il paraissait si paisible.

- "C'est rien, c'était un cauchemar, c'est tout..." Répéta machinalement Alexis. "Juste un cauchemar..."

Mais avant qu'elle ne puisse se réinstaller dans le fauteuil, elle crut sentir la main de son père bouger légèrement.

- "Papa?"

Elle fixait avec insistance sa main, espérant qu'elle n'avait pas rêvé. Peut-être était-ce juste un spasme ?

- "Papa, allez..." Supplia la jeune fille.

Elle le vit ouvrir doucement les yeux. Le brouillard dans lequel il était commençait peu-à-peu à s'estomper.

Il plissa les yeux de soulagement en voyant sa fille se tenir à ses côtés. Machinalement il lui serra un peu plus la main. Un sourire se vissa alors sur son visage comme réponse, rapidement contrasté par les quelques larmes qui terminèrent leur course sur ses joues.

- « Papa. » Fit-elle tout en essuyant ses larmes avec la manche de sa veste.

L'angoisse dans laquelle elle était enfermée laissa enfin sa place au soulagement. Elle se sentit revivre.

- « Grand-mère. Papa est réveillé. »

Ce dernier mot extirpa Martha de son sommeil. Aussitôt elle se leva, cette nouvelle venait d'illuminer son visage. Elle s'approcha du lit et posa immédiatement l'une de ses mains sur le front de son fils.

- « Richard… »

Il la regarda à son tour puis gagné par la fatigue ses yeux se refermèrent.


Quelque part à New-York.

Le taxi qu'ils avaient pris en filature s'arrêta devant un entrepôt qui se situait prêt des docks. Ils virent Valentin en sortir rapidement et lancer en toute hâte quelques billets au chauffeur puis il disparut dans le bâtiment. Ryan et Esposito restèrent à bonne distance et dans leur véhicule. Ils espéraient toujours que Valentin allait les conduire jusqu'à sa sœur.

Quelques minutes plus tard qui parurent une éternité aux inspecteurs, Valentin en ressortit et resta quelques secondes planté devant la grande porte tout rongeant ses ongles.

Soudain, il se retourna. Quelque chose avait retenu son attention. Au lieu de rentrer dans le bâtiment, il s'engouffra dans la petite ruelle jouxtant la bâtisse forçant les inspecteurs à quitter le siège plus ou moins confortable de la Crown Victoria pour poursuivre cette filature à pied.

En arrivant dans la petite ruelle, Valentin avait déjà disparu. Ryan et Esposito accélérèrent le mouvement, pensant qu'ils avaient été repérés et qu'il s'était mis à courir pour leur échapper.

Ils s'enfoncèrent un peu plus dans la ruelle. En arrivant au bout, ils virent sur leur gauche, un imposant hangar un peu plus loin, l'immense porte métallique rouillée était ouverte mais ils n'arrivaient pas à voir l'intérieur. Aucune lumière n'était allumée.

Ils s'approchèrent prudemment, leur main sur la crosse de leur Glock.

En arrivant à une dizaine de mètres, ils entendirent du bruit mais ils n'arrivaient pas à en déterminer exactement la cause.

Ils finirent par s'engouffrer à l'intérieur du hangar. Tout en dégainant leur arme ils sortirent une lampe torche pour espérer y voir un peu plus clair. L'endroit était complètement abandonné. Sur le sol jonchaient des morceaux de carton et de ferraille. Quelques seringues abandonnées leur signifiaient que cet endroit servait probablement de repaire pour des drogués.

Cette fois-ci, les gars entendirent des voix. Deux personnes exactement. Un homme et une femme. Ils se disputaient...
Pour se faire plus discret, Ryan éteignit sa lampe-torche, rapidement copié par Esposito.

Puis plus rien. Ils pensaient avoir été découverts.
Le silence reprit sa place.

Alors qu'ils arrivèrent presque au bout de l'entrepôt laissé à l'abandon, deux bruits secs se firent entendre. Ryan pensa immédiatement à des portières d'un véhicule. Il fit signe à son collègue de s'éloigner un peu, au cas où ils seraient prit pour cible par une voiture folle.

Soudain, une lumière aveuglante les éblouit les forçant à détourner leur regard. Puis le bruit des pneus dérapant sur le béton. Les deux inspecteurs eurent juste le temps de se jeter sur le côté pour éviter d'être percutés.
Esposito fit le premier à se redresser, il se lança à la poursuite de la voiture, il espérait ainsi voir les occupants. Ryan le suivit rapidement.

Javier put rattraper le véhicule grâce à la mauvaise anticipation du conducteur pour prendre un virage. Il avait été obligé de freiner pour pouvoir négocier un virage et remonter la petite ruelle que les inspecteurs avaient empruntée quelques minutes plus tôt.

Ne pouvant pas espérer mieux et n'allant pas aussi vite qu'une voiture, Esposito et Ryan finirent par abandonner la poursuite, épuisés.

- "C'est pas vrai !" Hurla Esposito en tapant violement sur une benne à ordure qui avait eu le malheur de se trouver à côté de lui.
- "T'as pu voir le conducteur?" Demanda, essoufflé l'Irlandais.

D'un signe de la tête, Esposito lui fit comprendre que oui. Il prit encore quelques bonnes bouffées d'air pour reprendre son souffle et se calmer avant de pouvoir lui répondre.

-"C'est Louise... Valentin était avec elle!" Finit-il par dire.


Lenox Hill, New York.

Kate venait à peine de sortir de l'ascenseur et de fouler le sol du couloir du 3ème étage qu'Alexis se jeta littéralement dans ses bras, un immense sourire vissé sur son visage.

-"Papa est réveillé!"

Plus loin, Martha était en train de parler au docteur Redshaw, l'actrice de Broadway semblait enfin respirer. Kate voyait enfin la sortit du tunnel dans lequel elle était enfermée. Enfin, son cauchemar prenait fin.

- "Kate..." fit Martha en voyant Beckett s'approcher au côté d'Alexis. "Richard est réveillé." Le dire une nouvelle fois avait comme un effet libérateur.

Le regard de Kate se porta alors vers le médecin et le sourire que Megan affichait lui confirmait qu'il était sorti d'affaire. Elle soupira de soulagement et sans plus attendre le lieutenant entra dans la chambre.

Elle vit l'absence du tube d'intubation. En la voyant entrer, Castle se mit à sourire lui aussi.

-"Kate..." Fit-il, la voix un peu faible.

Tout en tirant la grimace il essaya de se redresser mais il était encore trop tôt pour espérer se tenir assis et espérer que la douleur se taise. Il se résolut à rester allongé pour le moment.

En arrivant à ses côtés, Kate ne put s'empêcher de laisser échapper une larme de soulagement. Avant de lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, elle captura ses lèvres dans les siennes tout en caressant sa joue de sa main droite.

Après quelques secondes, elle finit par le laisser respirer puis elle s'installa sur le rebord du lit.

- "J'ai cru..." Commença Castle avant de s'éclaircir la voix. "J'ai cru qu'elle t'avait..." Les yeux noyés par quelques larmes il poursuivit. "Elle m'a dit qu'elle s'était débarrassée de toi."

Pour le rassurer, elle emprisonna sa main dans les siennes.

- "Je suis là, Rick."

Honteux, Rick détourna ses yeux de sa muse.

-"Je suis désolée, Kate. C'est de ma faute." finit-il par admettre.
-"C'est ce que tu penses?" Demanda-t-elle.
-"Pour moi elle était de l'histoire ancienne. Mais j'aurais dû te parler d'elle..."
-"C'est pas grave."
-"Si, ça l'est..."

Kate se souvint alors des dernières paroles de Rick avant qu'il ne sombre dans l'inconscience. Ces mots revenaient la hanter encore et encore : "Kate… Je t'en prie, ne fait pas ça... Kate..." A chaque fois qu'elle s'en souvenait, c'était comme recevoir un coup de poignard droit dans le cœur.

-"Rick... Quand on était au Old Haunt... Tu... Tu m'as supplié de ne pas tirer... Tu t'en souviens ?"
-"C'est comme ça qu'elle voulait que je l'appelle."

Elle fut surprise de savoir qu'il avait gardé les souvenirs de cette soirée.

-"Tu te rappelle de tout?"
-"Tout. Dans les moindres détails..." Concéda-t-il. "Pourquoi... Pas toi ?"

Une autre larme vint alors parcourir les joues du lieutenant. Castle s'empressa de la faire disparaitre avec son pouce.

-"J'ai raté tant de trucs que ça ?"

Elle acquiesça en secouant la tête.

Kate lui fit alors un résumé de ce qu'il s'était passé. L'accusation de viol portée à son égard, rapidement abandonnée par la thèse qu'elle avait essayé de se débarrasser de lui, lassé de l'avoir dans ses bottes et son arrestation.

-"Je suis désolé, Kate." Fit-il sincèrement.

A son tour, il partagea en détail ses souvenirs de cette nuit là pour qu'elle puisse de son côté recoller les morceaux. Il lui avait détaillé sa dispute avec Louise avant que tout ne dégénère. Elle lui avait demandé de partir avec elle, de quitter New-York pour qu'ils puissent vivre ensembles. Il avait tenté de la raisonner mais quand il s'était aperçu qu'il n'arrivait à rien il avait essayé d'être honnête. Résultat, elle avait sorti une arme et lui avait tiré dessus une fois...

Ensemble ils purent recoller les morceaux.

Louise avait tout prévu. S'il refusait de partir avec elle, elle allait le lui faire regretter. Elle s'était donc introduite chez Beckett pour lui ressembler le plus possible, connaitre un peu plus de sa vie pour parfaire la ressemblance avec le genre de femme que Castle aimait. C'est ainsi qu'elle était tombée sur l'arme de service du lieutenant.
Kate comprit alors pourquoi elle avait retourné le cadre où figuraient ses parents. Elle avait tué les siens, c'était logique maintenant.

Une fois qu'ils s'étaient tout dit de ces évènements, ils s'embrassèrent une nouvelle fois avant d'être interrompus par Alexis et Martha qui entrèrent...

Quelques minutes plus tard, c'était au tour de Ryan et Esposito.

Enfin, ils étaient de nouveaux au complet.


Dans la chambre, Alexis s'était endormie sur l'un des fauteuils, Kate allait suivre le même chemin tandis que Castle était déjà dans les bras de Morphée.

Esposito lui venait de dégainer son téléphone et faisait une partie d'Angry Birds avec la ferme intention de battre le record de l'écrivain. Il fut d'ailleurs stoppé dans sa partie par un appel du central. Pour éviter de réveiller tout le monde, il sortit de la chambre, sous le regard amusé de Ryan en reconnaissant la musique.

- "Esposito?"
-"Inspecteur, je suis l'officier Grant. Un accident vient d'avoir lieux à l'entré du Holland Tunnel. La Sedan noire que vous recherchiez est impliquée."

Subitement intéressé par la conversation, le latino s'éloigna un peu plus de la chambre en marchant tranquillement.

- "Et les occupants ?"
- "Louise et Valentin Thompkins ont été tués. Leur véhicule a fait une embardée avant d'entrer dans le tunnel. La conductrice à perdu le contrôle et la voiture a fait plusieurs tonneaux avant de s'immobiliser."
- "Un accident?"
- "Non inspecteur. Je suis le premier arrivé sur les lieux. Monsieur Thompkins était encore en vie. Avant de sombrer, il m'a dit à plusieurs reprises qu'il était libre maintenant. Mais j'ignore le sens."
- "C'est ce qu'il a dit?" Fit-il surprit.
- "Oui. J'ai pu rapidement visionner les caméras de surveillance. Elles montrent Valentin se saisir du volant et précipiter le véhicule contre le mur."
- "Ok. Merci officier Grant."
- "Je suppose que vous voulez voir ça vous même ?" Demanda poliment l'uniforme. "Enfin je veux dire, vous êtes à l'origine de l'avis de recherche..."
- "Non, pas la peine officier. Vous semblez maitriser la situation. Merci de m'avoir appelé."
- "Y a pas de quoi."

Javier raccrocha son téléphone. Quand il entra dans la chambre tout le monde était réveillé, à l'évidence il n'avait pas été aussi discret que ça pour quitter la chambre. Il afficha un grand sourire pour tenter de s'excuser de les avoir réveillés.

-"Pense à changer la sonnerie de ton téléphone, Espo'." Lui lança Castle. "Sexy and I Know It... Sérieux ?" Plaisanta l'écrivain avant de tressauter à cause de la douleur qui était encore bien présente. "Ah bordel, faut pas que je rigole, ça fait mal."
-"Ça t'apprendra de te moquer." Rétorqua-t-il, faisant mine d'être vexé.

Tous se mirent à rigoler.

-"Qui c'était ?" Finit par demander Beckett.
-"Un uniforme. Louise et Valentin sont morts. Valentin a précipité la voiture contre un mur à l'entrée du Holland Tunnel. Valentin a dit à l'officier Grant, qu'il était libre à présent."

Un petit silence s'installa furtivement.

-"C'est ce qu'il voulait... Etre libre. Il voulait que son cauchemar s'arrête." Fit-elle presque attristée d'apprendre la mort de Valentin. Il était une victime lui aussi.
-"Ouais... Et on dirait qu'il a réussit." Ajouta Ryan.
- "Hey..." Protesta Castle. "Attendez, c'est qui Valentin ?"

Kate le dévisagea.

-"Je t'expliquerai tout ça mais pas maintenant, d'accord ?"
-"Ok." Répondit l'écrivain. "Tu as raison, y a bien plus urgent..."
- "Comme quoi ?" Demanda Alexis.
- "Bah... Etant donné que c'est une question de vie ou de mort... Faut vite trouver une autre sonnerie pour Javier." Lança Castle sur un ton moqueur devant les regards amusés de ses amis.

Esposito fit mine de faire la moue même s'il ne put cacher un sourire bien longtemps.


Quelques jours plus tard...
Loft de Castle.

Il était trois heures du matin et pourtant Castle était debout, se servant un verre de whisky. Il avait beau essayer de le nier devant ses amis où devant la femme qu'il aimait mais ce qu'il avait traversé le perturbait plus qu'il ne voulait l'admettre... Se l'admettre. Il en faisait des cauchemars et n'arrivait plus vraiment à fermer l'œil de la nuit. Bénissant même quand il arrivait à dormir plus de cinq heures d'affilées. Il n'en pouvait plus de se réveiller en plein milieu de la nuit, se répétant sans cesse que tout allait bien, que ce qui lui était arrivé n'était pas grand chose et qu'il pouvait y faire face.

Il avala pratiquement cul sec son verre puis il abandonna son verre sur le comptoir. Il sentit alors l'une de ses mains trembler. Il soupira. Il se voyait de plus en plus lâcher prise face à la peur et les cauchemars qu'ils faisaient. Comment lui, le Maître du Macabre, pouvait-il laisser la peur prendre le contrôle?

Il s'apprêtait à retourner se coucher quand il vit Kate arriver dans le salon.

- "Désolé si je t'ai réveillé."
- "Tu n'as pas à t'excuser, Rick." Dit-elle tout en l'enlaçant. "C'est à cause d'un cauchemar, c'est ça ?" Demanda-t-elle inquiète.

Gêné par la question, et honteux de devoir donner une réponse, il s'éloigna de Beckett faisant toujours comme ci tout allait bien. Mais elle n'était pas aveugle, elle avait bien remarqué son absence dans le lit, les verres qui au départ n'était que de l'eau pour rapidement se transformer en whisky.

- "Non, j'ai juste… Je me suis juste réveillé… C'est rien."
- "Rick… Tu peux me dire la vérité. Est-ce que ça va, toi ?"
- "Ouais… Ça va, Kate. Je vais bien."

Kate posa sa main sur son front, elle ne supportait plus de le voir comme ça : faisant semblant que tout allait bien alors qu'il avait vraiment été affecté par ce qui lui était arrivé. Difficile de gérer les conséquences d'une violente agression.
Elle le regarda s'éloigner pour retourner dans la chambre.

- "Rick ! Attends. "

Il se retourna.

- "Je… Je vais bien Kate. Je t'assure !" Il feint un sourire.
- "Non, tu ne vas pas bien, Rick. Je le vois et tu essaies de t'en convaincre par la même occasion !"
- "Kate, je t'en prie… Non."

Elle s'avança vers lui calmement.

- "Ce qui nous ait arrivé… Ce qui t'es arrivé n'est pas rien Rick. Tu fais des cauchemars, tu te réveilles la nuit en sueur. Tu vas dans la cuisine pour boire un verre, au début ce n'était que de l'eau et maintenant, du Whisky… Tu ne vas pas bien, Rick. Parle-moi."
- "Mais… Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?"
- "La vérité."

Il soupira. Il la lui devait bien. Alors il prit une grande inspiration et s'élança sans pour autant la regarder dans les yeux.

- "J'ai peur Kate…"
- "Tu t'es fait tirer dessus, Rick. C'est normal d'avoir peur. "
- "Non Kate. Toi… Toi tu n'as pas peur…"

Le lieutenant posa ses mains sur le visage de Castle. Elle voulait le forcer à la regarder dans les yeux.

- " Rick… Regarde-moi… Ne crois pas que je n'ai jamais peur. J'ai eu peur aussi. J'étais terrifiée à l'idée de te perdre..."

Après quelques secondes d'hésitation il finit enfin par la regarder dans les yeux.

- "Moi aussi… Moi aussi Kate..."

Ils s'enlacèrent longuement, chassant ensemble de leur mémoire les souvenirs de cette soirée au Old Haunt...