CHAPITRE X

14.

- Mon frère… Mon frère… chuinta Aldéran qui recouvrait ses sens entre les bras du leader de l'Unité Léviathan qui l'avait traîné à quelques mètres du lieu de l'agression pour le mettre à l'abri.

- Je vais bien, assura Skyrone en venant s'agenouiller près de son cadet alors que Soreyn finissait de mettre l'attaquant à terre.

Aldéran poussa doucement son frère sur le côté.

- Ne jamais tourner le dos. A une porte, une fenêtre ou à ennemi, souffla-t-il alors que sa gorge lui faisait mal à hurler.

Soreyn revint vers eux.

- Il avait une capsule de poison dans une dent, il s'est suicidé. Aldie ?

Aldéran respira un bon moment, posément, l'air revenant en lui.

- Tu peux te lever ? questionna Skyrone. La doctoresse de l'AL-99 doit t'examiner.

- Je crois… murmura-t-il en se redressant, soutenu par ce dernier et Jarvyl. J'ai la tête qui tourne un peu, mais ça peut aller.

Alors que des policiers déboulaient dans le parking, pour s'assurer que d'autres agresseurs ne menaçaient pas leur Colonel, appuyé sur son frère et son ami, Aldéran regagna les locaux de son Bureau.

- Comment es-tu là, toi ? questionna Aldéran alors que la doctoresse avait fini de l'examiner.

- Je venais te voir. Je t'apportais le chèque de ta part sur les bénéfices de Skendromme Industry, Hoby venait de le signer. Et tu étais pratiquement à genoux devant cet inconnu.

- Tu n'aurais pas dû intervenir, tu n'as aucune notion de combat !

Skyrone eut un petit sourire d'excuse.

- Comme si j'avais été en état de réfléchir ! J'ai juste bondi et frappé ! Heureusement, Soreyn est arrivé, il avait tout vu via les caméras de sécurité, sinon je n'aurais effectivement pas tenu plus de trente secondes !

- Quinze secondes me semble plus réaliste, marmonna Aldéran alors que la doctoresse enduisait la marque sanglante du collet de métal à son cou d'un baume apaisant. Merci, Sky, je te dois la vie !

- Non, tes policiers se précipitaient à ta rescousse. Moi, j'étais juste à deux pas ! Mais, qui… ?

Après s'être annoncé, Soreyn et Jarvyl étaient rentrés dans la salle de soins.

- Aldéran va bien, renseigna la doctoresse. Son frère est arrivé à temps. Et toi aussi, Lieutenant Romdall.

- Je suis juste arrivé à temps. Et il s'est tué. Aldie, tu as retrouvé assez de forces ?

- Je vais très bien, assura ce dernier, bien qu'il soit très pâle. Tu as les premiers renseignements ?

- Voici, fit alors Jarvyl en posant l'ordinateur ouvert devant son Colonel. Sa photo.

- Jamais vu. D'autres infos ?

- Voici ce que l'on a retrouvé sur lui.

Aldéran fit défiler le listing des objets.

- Rien qui permette de l'identifier, et cette puce d'identité est falsifiée… Le profil du parfait tueur à gages !

- Oui, j'avais tiré cette conclusion, fit le Leader de l'Unité Léviathan. Bien que cela ne nous avance pas un seul instant.

- Qui t'en voudrait, Aldie ? fit, assez étourdiment Skyrone en aidant son frère à enfiler sa veste afin qu'il puisse, vraiment, rentrer chez lui.

- Hormis quelques dizaines de criminels que j'ai envoyés au Pénitencier, ou pire, et sans doute la moitié des entités surnaturelles faisant partie du Mal – sans doute pas grand monde, ironisa Aldéran.

- Mais tu viens juste de revenir du royaume des Ombres !

- Je doute que ça entre en ligne de compte. Au contraire, selon toute logique, on attendait justement mon retour ! En as-tu fini avec moi, doctoresse ? Je dois rentrer chez moi, j'ai promis à Alguénor de lui faire un gâteau au fromage, et je dois acheter de la confiture sur le chemin car je dois attendre la prochaine récolte au Manoir pour refaire des pots.

- Il me reste encore quelques confitures que tu as faites. Si tu peux attendre que je te les apporte ?

- Merci, Sky.

Aldéran se leva, encore tremblant sur ses jambes mais le dissimulant. Il serra fort les épaules de son aîné.

- Oui, merci, Sky. Ce que tu viens de faire… Je ne l'aurais jamais imaginé… C'est toi qui es surprenant… Tu m'as sauvé la vie !

- Je n'ai fait que ce que je devais, je suis ton frère !

Sous les regards émus de Soreyn et de Jarvyl, les deux frères repartirent, sans qu'on sache qui soutenait vraiment l'autre, et ce n'était pas nécessairement le plus guerrier des deux !


Revenue de son Antenne où elle avait détaillé ses profils aux équipes du terrain, Ayvanère avait embrassé ses fils, Alguénor à son console de jeu après ses devoirs et leçons, et Alyénor avec son mécano d'éveil. Elle était ensuite venue étreindre son mari.

Elle sourit, mutine.

- Inutile d'essayer de me séduire par des changements vestimentaires, ou de jouer de la partie androgyne en toi. Ce foulard de soie autour de cou n'est absolument pas nécessaire ! En plus, ça te donne une allure neuneu vraiment mal venue…

Ayvanère resserra soudain la pression de ses doigts sur les poignets de son époux et ses prunelles d'émeraude le scrutèrent.

- Non, ce n'est ni fashion ni pour me plaire avec un nouveau look… Que me dissimules-tu ? ! Mielle !

- Oui, Ayvi ?

- Emmène les gamins à la salle de jeu de l'étage, je voudrais parler à mon mari.

- Comme tu voudras, fit la Nounou en prenant les deux enfants par la main pour leur faire monter l'escalier en colimaçon, la sigipste en elle ayant parfaitement compris les raisons du foulard !

Ayvanère fixa son époux dans les yeux.

- Ce foulard… Non, pas à moi, pas à une Profileuse de mon acabit ! Tu as affectueusement trompé nos fils, mais tu ne m'auras pas ! Que t'est-il arrivé ! ?

Et elle défit le nœud du foulard, et blêmit dans la foulée à la vue de la trace sanguinolente qui allait en s'agrandissant à mesure que le temps passait sous l'éclatement lent des canaux qui lui violaçaient la gorge.

- Mon pauvre amour, qui… ?

- Personne ne sait, justement. Simplement un tueur à gages qui a échoué et qui est mort.

- Tu demeures en danger… Quel que soit le commanditaire, il ne renoncera pas… Tu es danger !

- Pas plus que d'ordinaire. J'ai l'habitude… Soit on me tire dessus, soit on veut me trucider de façon plus directe. Rien de bien original, dans le fond.

De ses ongles courts et vernis, Ayvanère caressa doucement la marque sombre sur son cou.

- Si j'en crois ce que cette blessure indique, tu as été très mal et bien près d'y passer !

- Ce fut juste, admit Aldéran en étalant la confiture sur le gâteau au fromage qu'il avait coupé en deux par le travers, avant de la recouvrir de la seconde partie, et sur laquelle, avec la poche à douille électronique il dessina des petits pâtés de crème pâtissière. Et hop, au frigo !

- Nos fils vont se régaler !

- Nous aussi, j'espère bien. Moi aussi, si quelque chose passe dans ma gorge meurtrie.

- D'ici le dîner, monte te reposer, Aldie. Tu as failli être tué ! Mon amour, tu es tout juste revenu, prends soin de toi !

- J'en ai bien l'intention, mon perroquet préféré. Je t'aime à un point !£

- Et moi donc !

Et ils échangèrent un long et passionné baiser, leurs corps vibrant à l'unisson.

- J'aimerais, si tu es partante… chuchota-t-il.

- J'en ai tellement envie, Aldie. Faisons un autre bébé, aujourd'hui, demain, un autre jour ! Je veux porter un autre de tes enfants.

- Merci.