Chapitre 10 : Fuite
Jo et le sergent Benton sont assis dans le laboratoire du Docteur. On entend la voix de celui-ci, ainsi que celle du Maître sortant du TARDIS, légèrement assourdies. La discussion semble animée, bien que courtoise.
Benton : Je pensais qu'il se révolterait. Que nous aurions des ennuis avec lui, mais ce n'est pas le cas. (avec un geste de la main vers la porte du TARDIS) Ils ont même l'air de fort bien s'entendre. Et sinon, comment ça se passe avec lui, chez vous ? Ça doit être étrange d'habiter avec le Maître, non ?
Jo : J'avoue que c'est assez bizarre. Mais moins pénible que ce que je craignais. Nous arrivons assez bien à le gérer. Il est toujours très poli… et distant même, maintenant. Nous n'avons jamais été très intimes, bien sûr, mais là-bas, il m'appelait "Jo". Ici, il est revenu à "Mademoiselle Grant".
Benton : Méfiez-vous, Jo. Je n'aime pas le regard qu'il vous lance, parfois, quand il croit ne pas être vu. Je ne serais pas étonné s'il préparait quelque chose de mauvais qui vous implique.
Jo : Oh non, tout de même ! Il ne me ferait pas de mal, avec tout ce que j'ai fait pour lui.
Benton : Vous êtes trop naïve, Jo. Cet homme n'a aucun scrupule et il ne s'intéresse qu'à lui-même. Il vous sacrifierait sans sourciller, si ça pouvait lui permettre de s'en sortir. N'a-t-il pas déjà essayé de vous tuer pour ça ?
Jo : Dans la situation où il se trouvait, il a tenté le tout pour le tout, je ne peux pas lui en vouloir. Qu'auriez-vous fait à sa place ?
Benton : Une chose est sûre : je n'aurais pas essayé d'assassiner la seule personne qui m'apporte un peu de soulagement. Non seulement c'est mauvais, mais c'est également stupide.
Dans le TARDIS.
Le Docteur (il est devant la console et il jubile) : On l'a fait ! On y est arrivé ! Les Time Lords sont battus. Je suis libre à nouveau !
Le Maître (il arbore un air légèrement vaniteux) : Un petit galop d'essai, Docteur ? Pour être sûrs que tout fonctionne correctement.
Le Docteur : Ma foi, je ne dis pas non. Depuis le temps que je l'attends.
Il sort de la machine.
Le Docteur : Jo ! Peux-tu venir, s'il te plaît ?
Jo : Oui, Docteur. (à Benton) À tout à l'heure, sergent.
Benton (à voix basse) : Rappelez-vous ce que je vous ai dit : méfiance !
Jo (à voix basse) : Ne vous inquiétez pas, sergent, j'ouvre l'œil.
À l'intérieur du TARDIS.
Le Docteur : Le Maître et moi avons réparé le TARDIS. Nous souhaitons faire un essai et, bien entendu, il faut que tu viennes avec nous.
Jo : Où allons-nous ?
Le Docteur : Juste un petit tour jusqu'à Saturne admirer les anneaux de près. Vous êtes d'accord ? Attendez, quelques petits ajustements à faire, et on y va.
Le Docteur se penche sur la console. Avant que Jo ait eu le temps de comprendre de quoi il retourne, le Maître passe derrière lui, l'assomme avec un outil qu'il sort de sa manche et se tournant vers elle, il met d'abord la main sur sa bouche, puis il la bâillonne avec son mouchoir. La tenant fermement, il saisit ses poignets et les enferme dans une boucle métallique qui semble avoir été installée récemment.
Le Maître (lui jetant un regard méprisant) : Vous croyez que c'est pour permettre au Docteur d'aller faire du tourisme avec sa guimbarde que je l'ai aidé à réparer son TARDIS ? Je vais d'ailleurs devoir me contenter de cette vieillerie jusqu'à ce que je puisse en voler un plus récent. Mais surtout, je vais devoir vous traîner derrière moi comme un boulet ! Quelle vie !
Jo (à travers son bâillon) : Mmaissez-moi mmarrir (laissez-moi partir).
Le Maître traîne le Docteur jusqu'aux portes extérieures, le pousse dehors et les referme au moment où le sergent Benton arrive à la rescousse.
…
Le laboratoire du Docteur dans le bâtiment de l'UNIT.
Benton (il regarde le vaisseau spatio-temporel disparaître) : Je le savais ! (s'accroupissant) Docteur, vous allez bien ?
Le Docteur (il se redresse en se frottant la tête) : C'est de ma faute, sergent. J'ai manqué de prudence. J'ai vraiment cru qu'il avait abandonné cette fois-ci, qu'il avait compris la leçon. Mais ne vous inquiétez pas. Ça m'étonnerait que…
Le bruit du TARDIS retentit. Il réapparaît et les portes s'ouvrent. Le Docteur et le sergent Benton s'y précipitent. Ils y trouvent Jo toujours attachée par les poignets et bâillonnée, mais pas le Maître.
Le Docteur (après avoir enlevé le mouchoir de la bouche de Jo) : Que s'est-il passé ?
Jo (tandis que le Docteur la détache) : Je ne sais pas, je n'ai rien compris. Nous venions à peine de quitter la Terre depuis une minute ou deux, il était encore en train de manœuvrer, quand il a soudain disparu. Et le TARDIS s'est matérialisé à nouveau.
Le Docteur : Vous voyez, sergent, je vous l'avais dit. Chronos ne l'a pas laissé faire.
Jo (l'air inquiet) : Vous croyez qu'elle la ramené là-bas, là où il vit des tourments éternels ?
Le Docteur : Il y a de fortes chances.
Jo (tristement) : Oh, non ! Pauvre Maître.
Benton (il secoue la tête, abasourdi) : Je ne vous comprends pas, Jo. Après ce qu'il vient de faire, vous le plaignez encore ?
Jo : Vous n'êtes pas allé là-bas, sergent ! Vous n'avez pas vu ce qui lui arrive… Moi oui, et c'est… c'est… terrifiant !
