Chapitre X Les Lunes combattantes.

Bonjour/bonsoir tout le monde !

Avant tout je voulais vous prévenir que cette fic aura très probablement le même rythme de publication que Saint Facebook, c'est à dire quand l'inspiration sera au rendez-vous !

Sur-ce, bonne lecture, n'oubliez pas la review de l'amour !


Linam ouvrit grand les yeux et observa la personne qui lui faisait face. Amirae se tenait devant elle, toujours assise sur les marches du septième temple, complètement sonnée, mais toujours en mesure de narguer sa consœur, ce qui indiquait qu'elle se portait relativement bien.
L'Indienne grimaça légèrement en sentant le goût ferreux du sang dans sa bouche. Elle devait s'être mordue la joue sous le choc.
Elle passa sa langue sur ses dents et constata que deux d'entre elles bougeaient dangereusement. Elle titillait les deux dents fragilisées quand ses deuxièmes et troisièmes molaires gauches tombèrent aussi facilement que des dents de lait.
Elle grogna et recueillit dans sa main les deux victimes de cette collision.
« J'ai décidément une dentition beaucoup trop fragile » pesta-t-elle intérieurement.

Amirae observa l'Indienne avec un rictus moqueur.
- Si ça continue comme ça, tu finiras avec un dentier à 40 ans, c'est moi qui te le dis !
- Vu que c'est toi qui le dis, je m'en fous comme de mes premières sandales.
- Roh, si on peut même plus rigoler ! Lâcha la Japonaise en se relevant.
- Au lieu de dire des idioties, tais-toi et aide-moi à me lever.
- Tu commences à te faire vieille dis-donc !
- Va dire ça à Cali, espèce d'insolente, je suis sûre que ça va lui plaire, grinça l'aînée des Indiennes en se mettant sur pieds.

Elles se jaugèrent pendants plusieurs minutes. Linam scruta les traits de sa consœur. Elle avait toujours ce léger sourire narquois qui ne la quittait presque jamais. Amirae était une incarnation de la beauté orientale, avec ses longs cheveux lisses aussi noirs que le charbon, son teint d'ivoire sans défaut, ses yeux en amande d'une noirceur captivante et ses fines lèvres rosées.
Son visage si parfait était néanmoins balafré par une longue cicatrice grise qui lui barrait la partie gauche du visage, partant de son front, traversant son arcade sourcilière gauche et sa paupière pour finir en une longue ligne courbée sur sa joue gauche.

Cette cicatrice datait de leurs derniers affrontements contre Arès. Amirae venait d'avoir son armure. Un défenseur du dieu de la guerre qui avait infligée avec son glaive une grave blessure au visage qui avait bien failli lui coûter son œil gauche. Avec le temps, la cicatrice avait pris cette étrange teinte grise, comme si ce sbire voulait à tout prix marquer physiquement la guerrière lunaire.
Elle donnait à Amirae un petit air menaçant qui la faisait doucement ricaner. Elle aimait bien utiliser cet air pour effrayer les apprenties désobéissantes, ce qui ne l'empêchait pas de se trouver parfois terriblement laide et d'être en proie à des accès de fureur envers Arès et son sbire, qu'elle aurait voulu tuer plusieurs fois. Elle scrutait de ses deux perles d'obsidienne Linam qui s'attardait sur le corps dépourvu de blessures de sa consœur.

- Tu n'es pas blessée, lâcha l'Indienne, sa phrase sonnant bien plus comme une affirmation que comme une question.
- Je me suis retrouvée chez Trélos... Enfin chez Pan, lui répondit-elle.
- Ceci explique cela alors.
Leur conversation se tarit aussi vite qu'elle avait commencé. Les deux jeunes femmes semblaient ne pas avoir grand-chose à se dire. En réalité, elles ne faisaient qu'apprécier le soulagement de voir que l'autre était en vie. Un léger sourire bienveillant se dessina sur les lèvres de Linam, qui s'avança vers son amie, comblant la distance qui les séparait.
- Tu es au Sanctuaire d'Athéna, enfin ça je suppose que tu le sais. Par conséquent il nous faut aller voir la déesse pour l'informer de ta présence.
- C'est ce que je comptais faire, mais avant j'aimerais s...
- Elles vont bien, sourit l'Indienne, coupant sa consœur dans sa question, anticipant la question de son amie.
- Oh, tu aurais au moins pu me laisser finir ma phrase ! Grogna la Japonaise.
- Tu as eut ta réponse, c'est l'essentiel ! La nargua à son tour la Lune de Neige.

Alors qu'elles avaient traversé le temple de la Balance, Amirae s'arrêta brusquement, surprenant sa voisine de temple.
- Linam, il faut que je te dise...
- Quoi donc ? Demanda doucement l'Indienne.
- Le rêve dont je t'ai parlé...
- Oui ?
- Je l'ai refait, lâcha la Japonaise, d'un ton aussi morne que la Lune dont elle était la gardienne.

L'expression bienveillante de Linam disparu à la vitesse de la lumière, laissant place à une inquiétude teintée de surprise.
- Je te l'ai déjà dit, c'est la première fois que je fais aussi souvent le même rêve... Ça en devient vraiment perturbant...
- Ce rêve doit avoir une grande importance pour qu'il revienne autant. Il faudra en parler aux autres Amirae, car elles sont sûrement concernées par cette vision du passé.

La Japonaise acquiesça de la tête, et repris sa route.
Elles avaient à peine atteint le temple du Scorpion qu'elles virent son gardien ainsi que le Lion, la Vierge et le Bélier accourir, l'air inquiets et méfiants.
Avant même que Linam eut pu dire quoique ce soit, Aiolia prit la parole, l'agressivité teintant sa voix.
- Qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Amirae, gardienne de la Lune Morne.

Mû fronça les sourcils, cherchant dans ses souvenirs ce prénom qui lui disait quelque chose.
- Amirae, l'espionne ? L'interrogea-t-il.
- Tu lui as dit ? Demanda la Japonaise en se tournant vers sa consœur.
- Moi non, mais Astraan ou Manil ont du en parler, répondit Linam en rivant son regard sur son amie.
Amirae souffla d'agacement. La force d'une espionne venait en grande partie de son anonymat, chose que les deux excitées de leur Sanctuaire semblaient avoir du mal à assimiler.
- Tu me rappelleras de leur en toucher deux mots à ces deux tarées, grogna-t-elle.

Linam détourna son regard de sa voisine de temple pour le poser sur les chevaliers qui les scrutaient.
- Comme vous avez pu le comprendre, voici Amirae, gardienne de la Lune Morne. Elle est ma compagne d'arme, ma voisine de temple mais aussi et surtout mon amie.
Je suis désolée que notre soirée soit interrompue mais il nous faut voir Athéna pour l'informer de l'arrivée d'une nouvelle guerrière. Donc si vous voulez bien nous accompagner... lâcha calmement Linam.

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Dans la salle du trône, où s'étaient réunis précipitamment les guerrières lunaires, les chevaliers d'or et les amazones, la voix d'Athéna résonna avec force et solennité.
- Amirae de la Lune Morne, tu es la bienvenue dans mon Sanctuaire. Tu logeras chez Aiolos du Sagittaire.
La nouvelle venue et le neuvième gardien s'entre-regardèrent, s'échangeant un léger sourire.
- Maintenant, je vous conseille d'aller vous reposer. Au vu de l'état de certains, je doute que vous soyez en proie à l'insomnie ce soir, lâcha sarcastiquement la déesse, donnant ainsi envie aux concernés de se faire tout petits. C'est vrai que se présenter alcoolisés devant Athéna n'était pas une chose des plus reluisantes.

Les chevaliers, amazones et guerrières se dispersèrent, chacun rentrant chez soi.
Amirae suivit tranquillement Ayoros, qui tenta d'engager la conversation avec la Japonaise. Celle-ci répondait poliment aux questions du Sagittaire mais ne semblait pas très loquace. Le neuvième gardien mit son attitude sur le compte de la fatigue et de la lassitude.

Tout le monde était sorti du treizième sauf Linam et Astraan, qui avaient demandé une audience privée avec la déesse et le Pope.
Une fois que les quatre individus furent seuls, Linam prit la parole en s'avançant légèrement vers Athéna.
- Déesse, nous tenons tout d'abord à vous remercier de nous offrir votre hospitalité. Cependant, nous ne savons pas combien de temps nous resterons ici. Bien que vous soyez tous très accueillants et prévenants à notre égard, nous ne pouvons séjourner ici indéfiniment. Nous devrons enquêter sur l'auteur de cette attaque sur notre Sanctuaire, ainsi que retourner là-bas pour constater l'ampleur des dégâts et sauver ce qui peut encore l'être. Il est aussi impératif que nous retrouvions nos compagnes disparues, et nous nous devons aussi de partir à la recherche des futures porteuses des trois amures lunaires qui ne sont pas encore attribuées. Il est possible que nous soyons obligées de partir demain comme de partir dans un an. Cependant, nous ne voulons pas rester ici à ne rien faire. Nous aimerions vous apporter notre aide dans la mesure du possible, et ce durant toute la durée de notre séjour ici.

Athéna était restée silencieuse tout le long de la tirade de Linam, l'écoutant avec attention.
Elles voulaient les aider ? Tant mieux, il y avait tant à faire...
La déesse réfléchit quelques minutes, laissant planer le silence dans la salle du trône, puis repris la parole.
- Eh bien, je pense bien qu'il y a certaines choses que vous pourriez faire...

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Dans la Maison des Gémeaux, allongée sur son lit, Manil n'arrivait pas à dormir. Amirae les avait retrouvées ! Et une de moins à chercher.
Hali, Cali, Vaelann et Tanastre restaient encore dans la nature.
Tanastre... Manil se souvenait du moment où elle avait posé son regard sur l'armure de sa consœur. Si Tanastre était toujours en vie, elle n'avait plus rien permettant de protéger son corps physique des blessures.

L'Indienne s'imaginait des dizaines de scénarios dans sa tête : certains où son amie était toujours en vie, d'autres dans lesquels elle était morte, ou bien encore aux mains de leurs ennemis. Et si elle s'était sacrifiée pour permettre à Vaelann et Amirae de s'échapper ? Et si elle était en ce moment même en train de se faire torturer, subissant milles supplices ? Et si avait le même type de blessures qu'Astraan et elle ? Il fallait qu'un dieu la sauve, sinon, elle y passerait...

Manil, tout comme ses consœurs, détestait les « Et si » ainsi que les « J'aurais dû ». S'appesantir éternellement sur ce qui ne peut être changé ne servait strictement à rien, et encore moins se demander ce que serait le monde si on avait agit de telle ou telle manière en utilisant constamment les « Et si ça s'était passé comme ça.. », « Et si j'avais su », « Et si j'avais fait ça » etc.
Le passé ne peut-être changé. Il faut prendre conscience de ses erreurs mais ne pas passer sa vie à s'excuser et regretter. Le présent et le futur étaient les seules choses sur lesquelles il fallait se concentrer, car eux seuls peuvent être modelés à notre guise.

Voyant que le sommeil avait décidé de la bouder pour cette nuit, l'Indienne s'extirpa de son lit et ouvrit les volets de la grande fenêtre qui ajourait sa chambre. Elle observa le dernier quartier de Lune, qui d'ailleurs semblait plus sombre que d'habitude.
La couleur variant habituellement du blanc à l'argenté avait tourné au à un gris terne.
Manil se demanda si c'était la façon de Séléné d'exprimer sa colère face à ce qui s'était passé.

L'Indienne sentit les cosmos d'Astraan et de sa sœur sortir du treizième temple. Elle savait bien sûr pourquoi les deux guerrières avaient sollicité cette audience privée et était curieuse de savoir ce qui en était sortit.
Manil jeta un œil au réveil posé sur sa table de chevet : deux heures du matin. Elle essayait de s'endormir depuis minuit, mais rien à faire. Elle fit un rapide calcul : si elle s'endormait avant trois heures elle aurait peut-être une chance d'avoir quatre à cinq heures de sommeil.

Elle se détourna de la fenêtre pour s'effondrer sur son lit, en maudissant Hypnos de l'avoir oubliée, jusqu'à ce qu'elle se souvienne qu'aux dernières nouvelles Hypnos, ainsi que Thanatos, s'était pris une rouste par un chevalier de bronze. Ce simple constat la fit éclater de rire. Bien fait pour ces deux arrogants !

Elle s'endormit plus tôt qu'elle ne le pensait, sombrant dans une nuit sans rêve.
Elle se réveilla plusieurs heures plus tard et aurait pu dormir encore longtemps si une certaine enquiquineuse ne s'en était mêlée. En effet, Manil ouvrit les yeux en criant de surprise : l'Indienne s'était littéralement faite asperger d'eau glacée dans son lit.
En cherchant du regard le coupable, elle tomba sur une silhouette qu'elle connaissait très bien tenant un énorme seau, accroupie sur le rebord de la fenêtre qu'elle avait laissée ouverte.

- Tu n'avais rien de mieux à faire ! Hurla Manil.
- J'ai voulu te réveiller doucement mais même quand je te pinçais la joue tu ne te réveillais pas. J'ai dû employer la méthode forte !
- T'étais pas obligée de me renverser de l'eau glacée ! Tu pouvais, je sais pas moi, me donner une gifle, me secouer, mais pas me balancer un seau d'eau ! Rétorqua l'Indienne, outrée. En plus les draps et le matelas sont mouillés maintenant ! J'espère que t'es fière de toi !
- Très fière même ! La nargua sa consœur.
-Je vais te tuer ! Ragea la plus jeune.
- Ça fait des années que tu dis ça et tu n'y arrives jamais ! Aller, au lieu de me menacer dans le vide, va t'habiller ! Rendez-vous devant le sixième temple dans trente minutes, lâcha son homologue avant de sauter de la fenêtre et de se diriger, seau sous le bras, vers le temple du Cancer.

Manil grogna de mécontentement et eut tout juste le temps d'entendre Astraan crier « Merci Deathmask pour le seau ! », avant de s'extirper de son lit. Le réveil se mit alors à sonner de son insupportable alarme. Manil dû faire un énorme effort pour ne pas envoyer valser l'objet contre le mur. Elle jeta tout de même un œil à l'heure qu'affichait le réveil. Cette emmerdeuse l'avait réveillée à huit heures ! C'était de notoriété publique que Manil était une colle aux draps.

Elle saisit au passage les habits que Kanon lui avait posés sur la commode de la chambre et se dirigea vers la salle de bain. Alors qu'elle priait pour ne croiser personne, elle tomba sur Saga, qui semblait sortir de la salle d'eau. Il la regarda avec un air surpris et interrogateur, chose qui accentua la mauvaise humeur de leur invitée. Alors qu'il s'apprêtait à prendre la parole, Manil le coupa sur un ton énervé.
- Pas de commentaire !

Elle entendit le rire de Kanon dans le salon et cria depuis le couloir sans aucune retenue.
- Ça vaut aussi pour toi Le Gémeau des Mers !

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Exactement trente minutes plus tard, Manil, qui semblait à peine calmée, se tenait avec ses consœurs devant le temple de la Vierge. Saga avait quand même réussit à lui glisser quelques mots avant qu'elle n'aille se doucher, l'informant que lui et Kanon devaient se rendre aux arènes dans quelques minutes mais qu'ils avaient laissé sur la table du salon tout ce qu'il fallait pour qu'elle se fasse un petit-déjeuner. Elle avait remercié l'aîné en grognant et avait claqué la porte de la salle de bain sans aucun remord.

Elle se tourna vers celle qui était responsable de sa mauvaise humeur matinale et la fusilla du regard. Cette dernière prit alors la parole pour expliquer la situation à ses homologues.
- Bon, comme vous le savez mesdemoiselles, sauf peut-être pour toi Amirae, nous avons sollicité une audience privée pour... Manil, arrête de me regarder de travers tu me donnes la nausée, et puis tu vas avoir des rides. Je disais donc... que cette audience privée avait pour but de trouver des tâches qui nous permettraient de nous rendre utiles ici. Athéna nous a donc assignées une activité bien particulière.

La rousse laissa planer un court silence avant de compléter son propos.
- Celle d'entraîner les chevaliers d'or, lâcha l'Anglaise avec un sourire triomphal.
- C'est tout ? Demanda la Grecque, on va donc s'occuper d'une simple remise en forme ?
- Eh, c'est déjà pas mal Myrha, tempéra Linam. C'est pas comme si on allait entraîner des chevaliers de bronze.
- Ou des chevaliers d'acier, railla Amirae.
- Des quoi ? Des chevaliers d'acier ? Hum... je ne connais pas cette espèce ! Ajouta sarcastiquement Manil.

Elles se dirigèrent alors vers les arènes en riant. À peine arrivées à l'entrée du Colisée, elles virent tous les chevaliers d'or revêtus de leurs armures, en train de discuter en petits groupes.
- Eh ben, on se croirait à une remise d'armure ! Murmura Amirae.
- Je vois mal des chevaliers d'or se déplacer pour assister à la remise d'armure de chevaliers de bronze ou d'argent ! Ricana Myrha.
- Même pas à celle d'un chevalier d'acier ? Demanda innocemment l'Anglaise.
- Astraan. Ferme ta gueule, claqua Manil.
- Tiens, mini-pouce est toujours de mauvais poil ? La nargua la rousse.
- Taisez-vous vous deux, c'est pas le moment de vous chamailler, on a du pain sur la planche, les coupa Linam sur un ton qui n'admettait aucune réplique.

Les cinq guerrières observèrent les chevaliers qui se tenaient face à eux. Ils avaient à peine remarqué leur présence. Linam relâcha un peu de son cosmos en toussotant, ce qui fit se retourner d'un bloc tous les chevaliers d'or. Satisfaite d'avoir capté l'attention de leurs futurs élèves, l'aînée des Indiennes s'avança vers les treize guerriers.
- Chevaliers d'or, si vous êtes tous ici aujourd'hui, c'est parce qu'Athéna nous a confiées une mission bien particulière : celle de vous entraîner.

Au vu des réactions de l'assistance, il était aisé de deviner que les gardiens des douze temples ne devaient pas être au courant, ce qui n'étonna pas la Lune de Glace. Athéna leur avait stipulé qu'elle les chargeait d'expliquer la situation à ses treize chevaliers.
- Pour faire simple, nous avons sollicité une audience privée auprès de votre déesse pour savoir comment nous pourrions nous rendre utiles ici et Athéna nous a chargé de vous entraîner. Cela est parfaitement judicieux, car étant vos homologues, nous possédons chacune une force égale à la vôtre. Cependant, comme nous l'avons déjà fait remarquer à certains d'entre vous, votre puissance a été grandement diminuée suite à votre séjour plus ou moins prolongé aux Enfers. C'est pour cela qu'il vous faut reprendre un entraînement des plus intensifs au plus vite.

Un silence surpris accueillit les paroles de Linam qui se doutait bien que certains chevaliers devaient être vexés. Cependant, elle s'en fichait royalement : leur « mission » émanait d'Athéna elle-même ainsi que du Grand Pope et elle n'allait pas se gêner de le rappeler à ceux qui râleraient. Néanmoins personne ne protesta, du moins pas de vive-voix.

- Bien, reprit l'Indienne, chacune d'entre nous aura à charge des groupes de deux à trois chevaliers que nous nous échangerons très probablement par la suite : Manil s'occupera de Deathmask et d'Aphrodite, Saga, Aiolia et Milo s'entraîneront avec Astraan, Myrha se chargera d'Aiolos, de Mu et de Kanon, Amirae entraînera Aldébaran et Dokhô et quant à moi j'entraînerai Shura, Camus et Shaka. Chacune d'entre nous vous entraînera sur ce qui lui semblera le plus important. On commence tout de suite.

Les treize chevaliers se dispersèrent et rejoignirent avec plus ou moins d'enthousiasme leurs nouvelles mentors.
Amirae observa les deux chevaliers qui lui avaient été confiés : le Taureau et celui de la Balance. Contrairement à ses amies, elle n'avait pas bien eut l'occasion de faire connaissance avec les gardiens des douze temples.

Un silence gêné régnait dans le trio, jusqu'à ce que la Japonaise décide de briser la glace.
- Bon, comme vous le savez déjà je m'appelle Amirae, gardienne de la Lune Morne. J'ai décidé de vous entraîner à résister aux illusions et à la manipulation que vos ennemis pourraient tenter d'exercer sur vous.
- Sauf mon respect, nous savons faire la différence entre illusion et réalité, intervint Dokhô.
- Je n'en doute pas chevalier de la Balance.

Alors Amirae disparu littéralement pour laisser place à un jeune garçon faisant étrangement penser à Pégase.
- Dokhô, c'est toi ? s'exclama le jeune homme.
- Tenma ? Murmura le gardien des armes.
- Dokhô c'est bien toi ! Où est-Sasha ? Lui lança l'ancien chevalier de Pégase toujours aussi intenable, et qui sont ces gens là-bas ? Manigoldo ?! Mais je croyais qu'il était mort face à Thanatos ! Et là-bas c'est El Cid ?! s'excita-t-il.
- Tenma calme-toi, ce n'est ni Manigoldo ni El Cid, ce sont leurs...

Dokhô plaqua alors ses mains sur sa bouche, se rendant compte avec horreur qu'il était involontairement rentré dans le jeu d'Amirae. Cette dernière reprit son apparence de départ avec un léger sourire entendu.
- On pense toujours qu'on est prêts à résister aux illusions car on se dit qu'elles ne peuvent jamais aussi bien imiter les originaux, qu'elles finiront forcément par se trahir sur le long terme. Néanmoins, en combat, une vraie bonne illusion ne dure que très peu de temps, juste ce qu'il faut pour permettre à l'ennemi de vous déstabiliser en vous prenant par les sentiments, vous faisant ainsi baisser votre garde pour finalement vous attaquer par surprise. Moins une illusion dure, plus elle est efficace.

- Comment saviez-vous qui étaient Tenma, Manigoldo et El Cid ? Lâcha sèchement Dokhô.
- Alors déjà, tous les deux tutoyez-moi s'il vous plaît. Ensuite, pour un maître illusionniste il est facile de repérer dans l'esprit de son adversaire à quelles personnes elle tient tout particulièrement. Mais sachez que je ne sais pas grand-chose de vos anciens compagnons d'arme. Je n'ai utilisé que ce que j'ai pu trouver dans votre esprit.
- Vous... Hem, pardon. Tu veux dire que tu as lu dans mes pensées ? Lui demanda-t-il en dissimulant son anxiété.
- Rapidement, sans m'attarder sur les détails. Il me fallait juste des noms, des visages et quelques évènements marquants.

Un silence triste entoura alors les trois guerriers pendant quelques minutes. Dokhô se sentait faible tout d'un coup. Comment avait-il pu tomber dans un piège aussi évident ?
- Ce n'est pas une fatalité Dokhô, lâcha la Japonaise avec un sourire réconfortant. L'important c'est de se rendre compte de ses points faibles en entraînement et pas de les subir en plein combat.
Le chevalier de la Balance acquiesça et se remit en garde, prêt pour la suite de l'entraînement.

À l'autre bout du Colisée, dans un coin d'ombre, se tenaient Linam entourée de Shura, Camus et Shaka. Ils étaient les seuls à être assis en tailleur, comme s'ils allaient méditer. Sur le visage de Shaka s'était peinte une expression de profonde satisfaction. Il allait pouvoir s'adonner à son activité préférée ! Linam, qui avait bien sûr remarqué le léger sourire de la Vierge, ne put s'empêcher de penser que le sixième gardien allait être étonné en voyant ce qu'elle leur avait préparé.

- Bien, c'est bon, vous êtes tous bien installés ?
Les trois chevaliers hochèrent la tête en même temps.
- Ne vous laissez pas tromper par cette posture méditative, car ce n'est pas exactement ce que nous allons faire.
- Pardon ? Lâcha la Vierge, désagréablement surprise.
- Eh oui Shaka. Vous saurez assez vite ce que nous allons travailler, rétorqua-t-elle avec un sourire taquin.

Linam ferma les yeux, imitée par Camus et Shura, Shaka ayant toujours les yeux fermés
Ils entendirent alors la voix de l'Indienne résonner dans leur esprit.
« Vous allez essayer de vous détacher de tout ce qui vous entoure et chercher au plus profond de vous-même le centre névralgique de votre cosmos, l'endroit où il prend sa source. Cet endroit varie selon les personnes. Trouvez cette source et connectez-vous à elle, entrez en symbiose totale avec le cœur de votre cosmos. Restez dans le ressenti. »

Puis Linam se tut et ne leur donna aucune autre consigne.

Alors que le Capricorne partait à la recherche de cette source intérieure, il sentit une présence s'infiltrer dans son esprit, qu'il devina aisément comme appartenant à leur professeur. La présence semblait louvoyer entre différents souvenirs anodins, ce qui ne le préoccupa pas plus que ça, bien qu'avoir quelqu'un qui lisant ouvertement dans ses pensées le mettait dans une situation d'inconfort. Soudain, Linam sembla vouloir prendre connaissance d'un souvenir plus intime. La rencontre entre Shura, Deathmask et Aphrodite. Elle captura tout ce qui concernait ce souvenir, jusque dans les moindres détails. Shura émit alors un grognement de colère, n'arrivant pas à repousser l'infiltration mentale de l'Indienne.

Elle s'attaqua alors à un autre souvenir, bien plus dérangeant et douloureux pour le chevalier du Capricorne : l'assassinat d'Aiolos.
Là, le dixième gardien se rebella et essaya d'ériger une barrière mentale pour empêcher son invitée de prendre connaissance de ce moment terrifiant. Linam butta contre la barrière et tenta de la forcer, poussant ainsi Shura à concentrer énormément d'énergie pour maintenir ce mur mental intact. Au bout de quelques minutes, ou de quelques heures, il avait perdu la notion du temps, il sentit l'esprit de Linam se retirer du sien. Il poussa un léger soupir de soulagement. Il avait dû mobiliser tellement de cosmos qu'il transpirait à grosses gouttes

- Vous pouvez ouvrir les yeux, lança l'Indienne.
Camus et Shura ne se firent pas prier, tandis que Shaka gardait comme toujours ses yeux clos.
Contre toute attente, ce ne fut pas Linam qui prit la parole en première, mais Shura.
- Pourquoi tu as fait ça ?! l'agressa-t-il verbalement, une expression de rancœur sur le visage, pourquoi tu as voulu violer mes souvenirs ?! Tu crois que je ne me suis rendu compte de rien ?!

Camus et Shaka tombaient des nues. De quoi Shura parlait-il ?
- Je n'ai pas voulu violer tes souvenirs Shura, répondit calmement l'Indienne.
- Ah oui ? Et comment tu appelles ce que tu viens de faire ?!
- Si j'ai fait ça, c'était pour tester ta force mentale Shura. Si j'en suis venue à vouloir avoir accès au décès d'Aiolos c'est pour te forcer à créer des barrières pour m'empêcher de lire en toi. Tu ne t'étais pas manifesté plus tôt, il fallait que je trouve un moyen de te faire réagir.
La colère de Shura laissa place à la stupéfaction. Alors elle avait fait ça pour lui faire travailler sa force mentale ?
- Et encore heureux que tu m'aies sentie Shura, je n'ai pas cherché à camoufler ma présence.

Après plusieurs minutes de silence, Linam reprit la parole.
- Je pense que vous avez compris ce que vous allez travailler avec moi maintenant.

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À des centaines de kilomètres du Sanctuaire, le soleil semblait avoir disparu. L'extrémité Sud du Péloponnèse était en proie à une terrible tempête. De nombreux arbustes avaient été déracinés par les rafales infernales et une pluie battante inondait littéralement toute la zone. Les nuages étaient si noirs qu'ils semblaient aspirer toute lueur.
Au milieu de ce décor apocalyptique, une jeune femme courait avec l'énergie du désespoir, tentant tant bien que mal d'échapper à la horde de démons qui la poursuivaient sans relâche.

Perdue dans ses pensées, la fuyarde avait à peine remarqué qu'elle s'approchait dangereusement de la mer démontée. C'est seulement lorsqu'elle aperçut un petit phare dont la lumière n'arrivait même pas à éclairer à dix mètres qu'elle se rendit compte qu'elle risquait d'une seconde à l'autre de tomber de la corniche.

Elle jeta un œil en arrière, tentant en vain de percevoir la moindre présence hostile. Si elle ne voyait rien, en revanche elle entendait parfaitement les cris de ses poursuivants.
Elle observa la mer démontée, regarda de nouveau fugacement derrière elle, puis scruta ses bras pendant quelques secondes. Impossible de s'envoler, elle s'était prise plusieurs flèches, dont une ayant probablement atteint son radius gauche.

Aux grands maux les grands remèdes. Elle recula de quelques pas, pris son élan et sauta. Elle vit la mer se rapprocher dangereusement, et fit brûler un peu de son cosmos tout en prenant garde à se tenir droite, pour éviter de mourir en se fracassant sur l'immense étendue déchaînée.
L'impact arriva plus tôt qu'elle ne l'aurait pensé. Le contraste thermique entre la fraîcheur de l'eau et sa température corporelle assez élevée due à sa course lui coupa le souffle pendant quelques secondes. Cependant, elle se reprit bien vite, juste à temps pour éviter de se faire déchiqueter par une vague allant s'écraser sur la paroi rocheuse.

Elle entendait toujours ses assaillants crier depuis la corniche, probablement déçus d'avoir vu leur proie leur échapper.
Cependant elle ne pouvait pas rester ici à barboter. Il fallait qu'elle trouve un refuge.
Elle tenta de nager vers une petite grotte sous-marine habilement cachée pour se mettre à l'abri.
« Déesse, si les autres voyaient à quoi j'en suis arrivée pour rester en vie, elles se marreraient bien... » grogna-t-elle intérieurement.

La jeune femme se démena pour atteindre l'entrée de la grotte, évitant de faire des mouvements trop brusques ou de trop solliciter ses bras.
Elle prit une grande bouffée d'air et plongea sous l'arcade rocheuse. Après de brèves minutes à avancer à l'aveuglette sous-l'eau, tentant difficilement de mettre à profit sa nyctalopie, elle repéra très vaguement la poche d'air qu'elle cherchait. Elle remonta à la surface relâchant le plus d'air possible et s'avachit sur ce qu'elle identifia comme une petite étendue sableuse. Elle se traîna sur la surface tendre pour s'extirper de l'eau aussi noire que les abysses.

Elle s'effondra sur le dos, à bout de souffle. Elle haletait et tentait de calmer son rythme cardiaque. Elle avait eut chaud. Très chaud. Après de longues minutes, elle réussit finalement à reprendre ses esprits et décida de se relever pour essayer de se repérer. Elle ne distinguait absolument rien, il faisait aussi noir que dans un four. La fuyarde tenta de brûler faiblement son cosmos pour essayer de voir à quoi ressemblaient les lieux.
Elle ne sut si elle devait se réjouir ou s'inquiéter du fait qu'en face d'elle se trouvait, sculptée dans la roche, ce qui s'apparentait vaguement à une porte. Elle voulu prendre appui sur ses bras pour se relever, mais ses douleurs se firent de nouveau ressentir. Elle profita de la tranquillité des lieux pour essayer de cautériser et de refermer ses blessures.

Au bout de quelques minutes, ou plusieurs heures elle avait perdu la notion du temps, elle put enfin se servir de ses bras sans ressentir au moindre mouvement une douleur lancinante. Elle avait tenté de rattraper son radius, mais ce fut plus expérimental qu'autre chose.
Elle décida alors de se lever et de s'approcher d'une toute petite flaque d'eau, coincée au beau milieu de l'étendue sableuse, qu'elle avait furtivement aperçu et fit brûler légèrement son cosmos pour pouvoir observer le reflet de son visage. Déesse qu'elle avait une sale tête... Ses immenses cheveux ordinairement aussi blonds que les blés étaient dans un état pitoyable. Sa traditionnelle queue de cheval haute n'était plus qu'un lointain souvenir. Sa longue crinière était désordonnée, sale et emmêlée. Ses yeux d'un bleu-gris habituellement presque translucides étaient ternis par la fatigue et cernés par des petites poches bleuâtres qui ressortaient particulièrement sur sa peau d'une pâleur fantomatique. Cette dernière était couverte de suie et d'égratignures plus ou moins profondes. Et des cicatrices en plus... Parfois, elle maudissait ses origines nordiques de lui avoir conféré ce physique. Sur son corps si pâle, la moindre trace de fatigue, la moindre blessure se remarquait au premier coup d'œil.

« Vive la Norvège... » se lança-t-elle à soi-même sur un ton sarcastique.

La jeune femme décida de se relever et s'avança vers la cavité encore plus sombre que l'eau dont elle était sortie. Cependant, au moment même où elle posa le pied sur le seuil de la porte, elle sentit une rafale glaciale lui transpercer le corps. Elle se décida néanmoins à avancer à tâtons, préférant économiser son cosmos.
Elle sut qu'elle aurait dû écouter son intuition au moment où le sol se déroba sous ses pieds pour laisser place à un immense gouffre. Elle s'enfonça alors dans les profondeurs de la Terre, en poussant un cri rempli de surprise et de terreur. Une pernicieuse petite voix intérieure lui susurrait quelle était sa destination.
« Le huitième sens, vite, atteint le huitième sens ! » se sermonna-t-elle intérieurement, essayant tant bien que mal de ne pas céder à la panique. Tant pis pour l'économie de cosmos.

Elle eut la sensation de tomber pendant des heures et des heures, ayant perdu toute notion du temps depuis qu'elle s'était réfugiée dans la grotte.
Enfin, après une chute qui lui avait parue interminable, elle heurta douloureusement un sol rocailleux. Merci son cosmos pour lui avoir permit de survivre après une chute pareille.
Autour d'elle, ce n'était que grognements, cris et pleurs. Elle-même grogna de douleur et de mauvais humeur, toujours face contre terre, puis se releva péniblement pour observer où elle était. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle constata qu'elle était entourée d'âmes hagardes, le regard dans le vague, d'autres complètement hystériques et cherchant un moyen de s'échapper, ou encore certaines en train d'agresser tout ce qui bougeait.

Ses yeux se posèrent sur ce qu'elle identifia comme étant un cours d'eau rougeâtre. Sur la rive était amarrée une petite barque de bois dans laquelle était négligemment posée une rame, comme si elle y avait été jetée à la va-vite. Elle tenta de s'approcher du minuscule bateau, quand soudain elle sentit un cosmos derrière elle.

Elle se retourna vivement et scruta le paysage morne pour tenter d'identifier le ou la propriétaire de ce cosmos. Elle n'eut pas à chercher longtemps : à quelques mètres d'elle, sur un amas rocheux particulièrement imposant, se tenait un guerrier dont le corps, recouvert d'une armure d'un mauve profond, était encadré par deux énormes ailes. Son casque sous l'épaule gauche, les cheveux en bataille, le regard perçant, il la toisait de toute sa hauteur.

Vaelann en avait le souffle coupé tant elle était surprise. Il était censé être mort, comme tous les autres !

- Toi ! Lâcha-t-elle bien malgré elle.

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OH MON DIEU MAIS QUI EST-CE !

J'espère que ce chapitre vous a plu ! A bientôôôôôt !