13.

Même si elle ne surveillait le Colonel du GD-12 que depuis une journée et demi, Jelka avait monopolisé sa Centrale de Communications pour un relevé de toutes ses communications et de chacun de ses déplacements au cours du mois précédant la disparition d'Aldéran.

- Ce type est réglé comme une horloge, fit-elle à l'adresse de Melgon, venu à son tour, en toute fin d'après-midi, aux nouvelles à l'AZ-37. La seule entorse à ses habitudes fut cette seconde invitation en une semaine au Coin de feu, puisque en temps normal il ne s'y rend qu'une fois.

- Donc, s'il s'écarte un tant soit peu de ses rails tu ne pourras le manquer !

- En effet, Mel. Le Lieutenant Ouzer m'a demandé de le prévenir aussitôt. Il ne sait pas s'il pourra mobiliser son Unité mais il a promis d'accourir.

- Ce Kendeler a vraiment pété un câble que pour avoir suspendu un de ses meilleurs éléments au prétexte qu'il a pris une initiative sur ses heures de récupération ! On dirait qu'il n'a même pas songé qu'il laissait là entièrement carte blanche à son agent !

- J'avoue que je suis surprise de la coopération de cet Ouzer, reprit Jelka après un moment. Les agents du GD-12 semblaient tellement former bloc derrière leur Colonel…

Melgon ricana.

- A tellement vouloir tout contrôler, à ne laisser aucune liberté quasi, on finit par obtenir l'effet inverse ! Telle est la nature humaine. Cet Ouzer m'a d'ailleurs parut suffisamment intelligent que pour conserver son libre arbitre tout en obéissant à son Colonel, ce qui n'est sans doute pas effectivement une généralité au GD-12. Soit par fanatisme, soit par peur, la majorité des policiers doivent suivre aveuglément les directives de Kendeler. Tu me tiens au courant ?

- Bien sûr, Mel !


Au volant de sa voiture de sport bleu azur, Jelka fonçait sur les Avenues de la galactopole.

Sitôt le signal capté que la Jeep de Myron avait à nouveau quitté le parking de son immeuble, elle avait appelé Jarvyl et avait pris son propre véhicule pour suivre la balise et coller autant que possible au train du Colonel du GD-12.

« Qu'avez-vous donc en tête pour vous diriger à nouveau vers ce chantier tout près du Coin du feu ?… Bien que cet endroit ne manque pas de caches pour un corps… ».

Le vif éclairage de la soirée bien entamée lui fit apercevoir, très loin, la Jeep de Myron.

Myron descendit de voiture, ouvrit la portière côté passager et après avoir chargé Aldéran sur son épaule, se dirigea vers les échafaudages du chantier, un escalier de métal longeant les plateformes où les ouvriers disposaient en journée leur matériel, à portée de main.

- On se rend là-haut et ensuite tu feras un beau vol plané !

Jelka pesta tout en freinant brutalement.

- Mais comment je vais pouvoir le ralentir, le temps que les renforts arrivent ? Je suis une technicienne informatique, moi, j'ai toujours été nulle en action !

Elle ne pouvait cependant demeurer les bras croisés alors que le Colonel du GD-12 avait des intentions claires envers le sien !

Elle ajusta les grandes lunettes sur son nez et se précipita à sa poursuite.

- Arrêtez, Colonel Kendeler ! glapit la membre de l'Unité Anaconda, le braquant de son arme de service, le stoppant entre deux escaliers.

Myron se retourna tranquillement.

- Tu te prends pour une vraie policière ? ricana-t-il. A mon avis, tu abuses un peu trop de la bonne chère que pour être crédible ! Allez, redescends avant que je ne me fâche, tu as de la chance que je sois un peu occupé là !

Prenant son courage à deux mains, Jelka se jeta en avant, pour tenter d'au moins faire illusion.

- Lâchez-le ! intima-t-elle en agitant à nouveau son arme.

- Ce que tu me fais peur, railla Myron en se décidant à balayer d'un revers de bras la femme qui le ralentissait.

Jelka soutint vaillamment le choc, son physique rond empêchant Myron de l'envoyer valdinguer comme un fétu de paille.

- Pauvre idiote ! aboya Myron en frappant Jelka en plein visage à deux reprises pour l'envoyer définitivement à terre.

Mais déséquilibré, s'il put se rattraper à la barre de l'échafaudage, Aldéran lui échappa et bascula dans le vide.

Se penchant prudemment par-dessus la rambarde dont les boulons rouillés avaient lâché, apercevant Aldéran qui s'était reçu sur des ballots de marchandises en contrebas.

- Bon là plus personne ne croira au suicide mais si je ne peux avoir le nouveau Bureau, toi non plus !

Jarvyl arrêta sa voiture, apercevant à quelques dizaines de mètres son Colonel penché sur celui de l'AZ-37, couteau de combat à la main pour l'égorger d'une main sûre.

- Colonel Kendeler, arrêtez !

Myron ricana et son bras s'abaissa pour frapper Aldéran en pleine gorge.

Le leader de l'Unité Léviathan tira.


Son bras droit transpercé par une balle, sommairement pansé, menotté, entre les mains des Agents des Patrouilles des Rues de son propre Bureau, eut un ultime regard pour sa victime – qui ne risquait plus rien – sur la civière des Urgentistes, toujours sans connaissance, une femme à la chevelure multicolore auprès de lui et l'accompagnant dans l'ambulance.

« Ca aurait pourtant pu marcher ! Skendromme, tu as vraiment une chance insolente, et d'excellents amis – même au sein de mes propres troupes ! ».

- Vous avez perdu la tête, Colonel Kendeler, fit Jarvyl, sincèrement peiné. Comment avez-vous pu en arriver à une telle extrémité ? C'est contraire à tout ce que vous nous avez enseigné depuis toutes ses années.

- Je devais avoir ce nouveau Bureau, il ne pouvait en être autrement. Personne ne s'était jamais mis en travers de ma route, je devais la dégager, siffla Myron avant de prendre place dans le Van Pénitentiaire.

Jarvyl se tourna ensuite vers Jelka.

- Ca va aller ?

- Juste la lèvre fendue, ce n'est pas grave, assura-t-elle. Tout se termine bien, c'est le principal !

De la tête, le Lieutenant de l'Unité Léviathan approuva.