Les tables étaient rondes et en marbre vernis, décorées de nappes rouges et dorées. De magnifiques roses rouges trempés dans des vases reposaient sur chaque meuble. Ils s'étendaient en huit rangées dans toute la salle. Il n'y avait pas d'allée qui venait couper le milieu de cet assemblage. L'écart entre chaque table suffisait à laisser passer une personne, même à forte corpulence. Le sol propre et glissant, reflétait en son centre l'immensité du lustre qui surplombait le lieu de toute sa hauteur. Le chandelier éclairait toute la pièce d'un halo éclatant, et le crépuscule qui assombrissait la ville de sa brumasse dehors semblait à des années lumières. Comme si la vitrine se révélait être la lisière entre le jour et la nuit. Cet endroit semblait être en éveil constant, jamais endormi. Le lustre se balançait lentement, étrangement presque au rythme de la musique douce et classique qui ralentissait pour offrir un aspect convivial au client.
Newt tapotait le bois de ses doigts fins, entraîné par la douce mélodie que jouait l'orchestre. Elle le rendait nostalgique, parce qu'elle lui rappelait Marie. Quoi que Marie aurait ajoutée un petit brin de folie à cette composition, cassant ainsi cette éthique parfaite et ordonnée qu'imposait ce style musical. Il les connaissait par cœur, elle les avait joués tant de fois devant lui. Il lui arrivait de siffloter quelques airs parfois sous la douche ou dans sa chambre d'un air mélancolique. Parce qu'il ne voulait pas les oublier, les oublier signifierait oublier sa meilleure amie petit à petit. Ça il ne le pouvait pas, c'était inconcevable. Il ne devait l'oublier ni elle, ni les autres.
-Newt ?
Il releva la tête et croisa le regard soucieux de sa mère. Mrs Jewel portait une robe noire et un châle blanc, maquillée et coiffée d'un chignon très chic, elle avait laissé des mèches bouclées en avant pour briser l'aspect strict. Son mari portait un costume bleu marine et une cravate bordeaux. Bien qu'on lui eut conseillé d'en faire autant vestimentairement parlant, le blond avait seulement enfilé une chemise à carreaux bleu ciel et un jean slim. Il n'avait pas hérité de cette attachement de l'apparence dont ses deux géniteurs faisaient souvent preuve. Cela leur donnait un air snob et peu soucieux d'autrui. Mais ce n'était qu'une image, chic ou pas, ils se souciaient du bien être du monde et leurs jobs en étaient la plus grande preuve. Newt s'était laissé emporté par la musique sans vraiment s'en rendre compte et avait flotté dans un état second pendant un instant. Il cessa de pianoter sur la table et se mit à parler, jetant un coup d'œil rapide sur l'obscurité dehors.
-Quand est-ce qu'on nous sert ?
Petit gamin impatient qu'il était. Il n'avait pas envie de parler de la musique, parce qu'il finirait forcément par parler de Marie et si il en parlait ses parents penseraient qu'il leurs en voulait encore d'avoir déménager. C'était vrai au départ, il était en colère quand on lui a annoncé qu'il devait plier bagage pour New York. Mais quand on l'avait consigné dans sa chambre d'autres fois, juste après qu'il eut piqué sa crise, il y avait réfléchit. Si ce déménagement permettait à ses parents d'améliorer la qualité, déjà bien grande de leur travail, alors il devait s'y faire. Puis comme internet avait était installé la veille et qu'il ne manquait plus que quelques manipulation dont il n'avait jamais saisi le système. Il pourrait très bientôt leur parler.
-Tiens regarde fils. La bouffe arrive ! s'exclama Mr Jewel dans un ton qui ne s'accordait vraiment pas avec sa tenue vestimentaire.
Le reste de la clientèle s'était tourné vers lui et les deux autres membres de la famille lui jetèrent un regard dépité. Mr Jewel se répandit en excuse devant sa femme qui elle désespérait d'avoir un mari avec aussi peu de tenue. « Non mais tu donnes quel exemple à ton fils toi ? ». Le blond observait la scène avec un sourire mi amusé mi attendrit sur les lèvres, il trouvait ça tellement mignon quand ses parents se « disputaient » de cette façon. Il en était fan, de chaque caractéristique du couple que formait ses géniteurs. Il adorait les voir s'embrasser amoureusement, se prendre la main, se chamailler, se taquiner. Newt aimait constater qu'il était le fruit d'un amour solide, inébranlable. Il fut tellement absorbé par son observation qu'il ne remarqua pas l'arrivée du serveur et quand une main se posa sur son épaule, il sursauta.
Un rire moqueur.
Newt releva la tête et croisa le regard vert et transperçant de celui qu'il décréta comme étant, l'un des mecs les plus canon qu'il n'eut jamais connu. Le mec avait la peau légèrement halée et des cheveux brun clair. Un tablier noir était noué autour de sa taille et il portait d'une main un plateau rempli. Newt s'attarda un instant sur son torse, vêtu d'une chemise blanche et à son grand plaisir moulante, il pouvait apercevoir la parfaite construction de ses abdominaux.
De l'eau s'il vous plaît.
-Hum hum. fit le serveur
Newt releva son regard vers celui du jeune homme qui lui souriait d'un air chaleureux, un sourire qui rendit le blond très mal à l'aise.
-euh ben euh..J'ai faim..
Sa mère se frappa le visage avec la main, son père rit et le garçon en réprima un en se mordant la lèvre. Geste que Newt trouva vraiment très attirant, trop attirant, il détourna les yeux et attendit nerveusement qu'on le serve. La nostalgie créée par la musique, la joie d'être le fils d'un couple amoureux, maintenant il passait au coup de cœur. Quand son assiette fut en face de lui et le serveur parti, il expira. Il avait retenue sa respiration et ça sans s'en rendre compte. Mais d'un côté, ce gars là, il était magnifique à couper le souffle et c'était donc normal que Newt s'arrête de respirer non ?
-Il te plaît le petit serveur ? lui demanda son père.
-Faut dire qu'il est canon .ajouta Mrs Jewel
Son époux fit une moue vexée à laquelle la femme répondit que « ce n'est que la stricte vérité, on ne peut rien y faire ».
Ils dégustèrent dans un silence seulement entrecoupé par le bruit de leurs mastication, et Newt savoura le goût bien tendre de la viande de veaux. Contrairement à ses parents, il ne bu que de l'eau, pas parce qu'il n'aimait pas le vin, juste que sur le moment il n'en avait pas particulièrement envie. Son steak s'accompagnait d'un plat de haricots verts qu'il mangea avec moins d'enthousiasme. Comme la plupart de individus normalement constitués sur cette terre il ne raffolait pas des légumes verts. Il ne les détestait pas mais l'étincelle présent entre lui et le morceau de veau qui logeait à présent dans son estomac, n'existait pas pour les haricots. Newt les qualifiait plus de simple connaissance, ce genre de gens qu'on faisait souvent semblant de ne pas avoir vu dans la rue. Qu'on ignorait parce qu'on avait pas envie de les entendre palabrer sur leurs vies si ennuyantes à nos goûts. La vie des haricots n'avait rien d'attrayant pour Newt et puis de toute façon elle se terminait là dans cette assiette alors que le blond plantait cruellement sa fourchette dans le tas de légume pour les avaler. Si il ne les finissait pas de lui même sa mère allait les lui fourrer de force dans la bouche.
Il but une nouvelle gorgée d'eau et vit que le serveur beau gosse passait à nouveau devant leur table. Newt ne parvint pas à détourner le regard, son verre toujours porté à ses lèvres, il avait arrêté de boire. Quand le garçon lui fit un clin d'oeil, il se sentit rougir et quand il sentit que son torse se mouillait parce que l'eau de son verre coulait il se sentit stupide et avec précipitation reposa l'objet. Le serveur rit avant de s'en aller dans les cuisines (et non Newt ne va pas le suivre). Clairement il était tombé sous le charme et clairement l'autre avait dû se rendre compte qu'il lui faisait de l'effet. Est-ce que c'était une mauvaise chose ? Newt ne voulait pas qu'on le sache gay, et là il venait de se dévoiler à un inconnu. Restait seulement à espérer qu'il resterait un inconnu. Que cet inconnu finirait par oublier le jeune client blond qui avait fait couler l'eau de son verre car trop obnubilé par sa beauté. Heureusement pour lui (ou malheureusement selon les points de vue) le serveur ne refit pas apparition et Newt sorti du restaurant le ventre bien rempli.
Durant le trajet en voiture, il écouta de la musique et pensa à ce mystérieux jeune homme. Sans doute était-il en train de se moquer de lui avec ses collègues. « petite tafiole en chaleur » « pauvre type » « fais pitié ». Toute ces injures qu'on lui avait lancé alors qu'on le tabassait. Le serveur n'était peut-être pas comme ça et peut-être qu'il avait simplement rit de sa maladresse mais Newt ne put s'empêcher d'y penser. C'était comme si à chaque fois qu'il exposait ce côté de sa personne il flippait à l'idée qu'on vienne l'écraser comme une petite fourmie. Et il s'était senti tellement petit face à tout ces gars qui le rouaient de coup. Newt serra fermement le tissus de son jean et son corps eu un soubresaut. Il pleurait. Il ne s'en était pas rendu compte mais des larmes coulaient sur ses joues. Pourquoi est-ce qu'il pleurait ? Après tout il avait mit une playlist plutôt joyeuse sur son mp3 et ce que cette chanson disait «yon can count on me like 1 2 3 and i'll be there » ne donnait pas vraiment envie de fondre en larmes. Alors pourquoi ?
Parce qu'il était fatigué et que penser à ça le mettait à bout ? Parce que le fait de s'être ridiculisé le rendait mal ? Après tout il était de ceux qui pensaient que le ridicule pouvait vraiment tuer. Il n'était pas Thomas, il ne se fichait pas de se prendre la honte devant tout le monde et quand ça arrivait il n'en riait pas. Il priait pour s'enfoncer peu à peu sous terre et ne jamais en ressortir. C'était sans doute là son plus grand défaut, l'importance qu'il accordait au regard d'autrui sur sa façon d'être. Alors ajoutez ça à la fatigue et à la peur que ce garçon soit comme ceux qui l'avait tapé. ...Ses nerfs étaient entrain de lacher et heureusement que ses parents écoutaient la radio parce qu'il n'avait pas vraiment envie d'en parler. Il ne savait même pas quoi dire de toute façon. Il cessa ses pleurs et s'essuya le visage. Ils arrivèrent quelques instant après. Newt avait passé 20 minutes au moins à pleurer sans s'en apercevoir. Il sortit de la voiture sans dire un mot et marcha jusqu'à la maison , ses parents juste derrière lui.
-Hey Hey ! Newt !
Newt se retourna vivement et aperçu Jenny à la fenêtre d'en face. La jeune fille ne semblait pas se soucier de l'heure tardive étant donné qu'elle venait de crier à plein poumons. Le blond lui envoya un salut de la main en espérant qu'elle se tairait ou que ses parents et son frère finirait par la faire taire.
-T'es pas à la soirée pour célébrer la victoire ?!
Visiblement c'était pas gagné. ..Newt cligna deux fois des yeux avant de comprendre. Comme il n'aurait sa carte sim que dans quelques jours seulement il ne pouvait pas non plus communiquer avec ses amis d'ici autrement qu'avec la parole. Ou il pouvait leur envoyer des lettres mais c'était trop vintage à son goût. Puis si il s'y mettait il était pas mal certains que Thomas et Minho partirait dans un délire pseudo moyenâgeux. « Mon bien aimé, alors que je t'écris ces mots, le soleil resplendit de toute sa splendeur resplendissante dans sa grande splendeur » ou quelque chose du genre. Il sourit, heureux pour Thomas Minho Gally et le reste de l'équipe. Ravi d'apprendre ils avaient cartonné ce soir. Il pariait que Thomas allait venir toquer chez lui dès qu'il serait rentré pour lui en parler. Newt devait vraiment allait dormir si il voulait supporter le brun dans un état aussi euphorique. Il souhaita une bonne nuit à Jenny qui lui rendit et rentra dans sa maison alors que chez les voisins il entendit une voix grave hurler un « PUTAIN JENNY LA FERME ET DORS » sans doute son père.
L'anglais rit doucement en songeant à tous les voisins qui était sûrement entrain de les maudire. Ça devait arrivait souvent chez eux avec le caractère trempé des enfants.Quand il referma la porte d'entrée une odeur de fruit rouge vint chatouiller ses narines. Sa mère avait allumé une bougie parfumé dans le salon à défaut de la lumière. Elle avait ouvert un livre et semblait totalement plongé dans l'histoire. Mr Jewel était sûrement monté dans sa chambre pour dormir. Newt passa près de sa mère pour l'embrasser et monta également dormir.
Il rêva de ses mauvais souvenirs cette nuit là mais le visage de ses assaillants avaient tous prit celui du serveur du restaurant. Et dans ses songes Newt le détesta sans pour autant le connaître, parce qu'il était comme ça. Ce garçon peureux qu'on n'apprécie pas à cause d'une simple différence. Il détesta ce visage rieur qui lui hurlait « tu es un monstre ». Il haït cette personne parce qu'elle était devenu une représentation de la crainte de Newt. Sans aucune raison certes mais c'était le subconscient de l'anglais qui en avait décidé ainsi. Et parfois le cerveau de Newt se débarrassait de toute logique pour ne devenir qu'un amas de désespoir et de terreur. Quand il se réveilla en sursaut, le visage mouillé, il le détesta encore.
