Mention légale :

Type o negative est a quothme ce que twilight est à Stephenie Meyer.

Moi, je ne suis que leur messager.


-(| GROUPE O NEGATIF |)-

10- La dernière fois.

Je n'ai pas besoin de savoir pourquoi Renée est partie. Je n'ai pas besoin de savoir ce qui a poussé la mère d'un nouveau-né à prendre la tangente, sans le-dit enfant. D'après les petits indices que Charlie m'a laissés au fil des années, j'ai une assez bonne idée du pourquoi.

J'avais juste besoin de savoir comment.

J'avais besoin de savoir si elle avait regardé en arrière. Si elle s'était arrêtée près du berceau une dernière fois. Si le fait de ne pas voir grandir sa petite fille lui avait manqué.

Renée se dégonfle à vue d'œil sur sa chaise.

« Oh, ma chérie. » Elle souffle, comme si elle ne s'attendait pas à ce que j'aborde la question de cette manière. Comme si ces quatre mots-là avait laissé quatre trous dans son cœur. « Chaque jour. Je l'ai regretté chaque jour depuis que je suis partie. Mais j'étais déprimée et dépassée par les événements. Si je pouvais revenir en arrière, je t'emmènerais avec moi. Tu ne peux pas savoir combien de nuits j'ai passées à pleurer parce que... »

Elle continue encore et encore, et j'absorbe tout ce qu'elle dit. Je reste assise, engourdie et calme, les larmes sur mon visages, jumelles miroir de celles de Renée. Je remarque à peine qu'Edward débarrasse nos assiettes et reste en retrait à la cuisine.

Je me demande: à quoi aurait ressemblé ma vie, en grandissant en Arizona? Peut-être que j'aurais eu le teint bronzé.

Je me demande: à quoi aurait ressemblé ma vie avec Renée comme mère? Quelque part, je ne parviens pas à me l'imaginer –– avec toute sa gloire erratique d'écervelée –– dans ce rôle. Je ne parviens pas à l'imaginer rester tranquille suffisamment longtemps pour çà.

« Je suis si contente que nous prenions un nouveau départ, maintenant. » dit Renée « Je sais que je ne pourrais jamais me rattraper. Mais je peux essayer. Je me suis même juré de faire une croix sur les hommes. »

Peut-être que c'est la raison pour laquelle Phil l'a laissée choir comme une patate trop chaude juste après qu'ils avaient emménagé à Jacksonville et qu'il avait été engagé en première ligue.

Elle continue à jacasser, que je vais avoir ma propre salle de bain et que nous pouvons planter une roseraie et faire du jogging le long de la plage tous les jours. Je pense: les roses ne poussent probablement pas ici. Et puis, je ne sais pas courir.

Alors qu'elle me parle, je garde les yeux fixés sur les épaules raides d'Edward tandis qu'il lave et rince et répète les mêmes gestes devant l'évier. Il lave chaque dent de chaque fourchette. Il nous laisse du champ. Il est temps de parler.

Mais aussi, il vient juste de sournoisement éviter un nouveau repas.


Après le dîner, Renée veut se lancer dans le tissage du lien mère/fille que nous venons de renouveler, en jouant à un jeu de société familial. Pendant qu'elle installe le plateau, j'aide Edward à finir la vaisselle en me chargeant de rincer et d'essuyer. Edward se montre distant, probablement en préparation de son départ, aussi adopté-je le même comportement en réponse. Je ne lui adresse pas une parole hormis « Tu as oublié une tâche, là. ». Ce que bien sûr, il n'a pas fait.

Lorsque je le laisse essuyer le dernier plat, j'entre au salon et découvre que chaque surface plane disponible est couverte d'un assortiment complet de jeux familiaux pour les quatre ans et plus. Renée a ouvert toutes sortes de jeux auxquels personne n'avait jamais touché auparavant et est en train d'assembler différentes pièces et plateaux. Alors que je me fraies un chemin tortueux jusqu'à elle, je marche sur plus d'un plateau et j'en entends au moins un craquer.

Renée se penche vers moi d'un air de conspiratrice tandis que j'atteins le canapé.

« Je ne savais pas que les hommes savaient faire la vaisselle. » murmure-t-elle, les yeux tournés vers la porte de la cuisine.

« Edward est à moitié femme. » C'est ce que dit son profil psychologique.

Renée hoche la tête sérieusement, comme si c'était vraiment une bonne chose. Au point où nous en sommes, Edward aurait probablement pu se mettre à quatre pattes et aboyer comme un chien que Renée croirait quand même qu'il a décroché la lune.

Après tout, il lui avait pratiquement livré sa fille sur un plateau d'argent.

J'oriente Renée vers des jeux qui ne requièrent ni capacités mentales ni aptitudes physiques particulières. Ou de garder des secrets, ou de bluffer, ou d'user de stratégie. Il n'y a aucune raison de donner à Edward un avantage injuste. Nous arrêtons notre choix sur le Monopoly.

Edward laisse Renée gagner. Je peux le dire, mais c'est juste parce que je comprends son numéro. Je connais son modus operandi.

Il est exceptionnellement difficile de laisser quelqu'un d'autre gagner sans lui mettre la puce à l'oreille. Gagner à la loyale? Grisant. Gagner parce que votre adversaire vous laisse le faire? Beaucoup moins.

Edward accomplit cet exploit avec grâce. Tout est dans la voix et le visage. Edward est bien équipé dans les deux cas.

Je joue, mais je suis distraite à l'idée d'une confrontation imminente. Je possède une ou deux minuscules maisons sur les propriétés les meilleur marché. Je peux compter le nombre de mes faux billets sur les doigts d'une main. Edward et Renée se battent pour posséder le très chic Boardwalk [1]. Edward a une grille bien nette de tours arc-en-ciel méthodiquement empilées devant lui. Dans l'espace de jeu de Renée on dirait qu'une tornade a dévasté un gratte-ciel de faux billet ou deux.

Je regarde Renée et Edward alternativement, et il se métamorphosent en Jacksonville et Forks. Dans ma tête, voilà ce que je vois:

Renée –– lumineuse, pétillante, et juste un petit peu excentrique.

Edward –– sombre, orageux, et juste un petit peu effrayant.

Je pense: Edward ne peut pas me faire rester à Jacksonville, si?

Nous somme sur le point de le découvrir.


Il commence à se faire tard, et nous somme en train de remballer la folie des jeux de société. Je suis à court de temps. Tout arrive trop vite, et je suis en perte d'équilibre. Si je sortais mon arme secrète maintenant, je me tirerais probablement une balle dans le pied.

Le garçon sournois l'a probablement prévu ainsi.

C'est maintenant le moment socialement acceptable pour qu'Edward annonce qu'il s'en va. Il peut se retirer avec grâce, ayant passé le laps de temps approprié requis par la réunion de la mère prodigue et de sa fille.

Mais il ne dit rien. Il ne dit rien lorsque Renée annonce qu'elle va se coucher. Ou lorsque Renée me prend dans ses bras pour me souhaiter bonne nuit.

« Tu vois combien nous allons nous amuser? » soupire-t-elle dans mes cheveux. Je hoche la tête et lui réponds par un faible sourire.

Elle sourit à Edward et nous rappelle: « Ne vous couchez pas trop tard. » avant de disparaître dans le fond de la maison.

Avec le départ de Renée, Edward reprend sa pose aux épaules raides. Ses mains sont profondément enfoncées dans les poches de son jean sombre, et il me rappelle Edward au milieu d'un café il y a de cela une impossible éternité.

« Bella–– » commence-t-il. Je le coupe. Je ne veux pas l'entendre dire ces mots. Je ne veux pas l'entendre me dire qu'il s'en va.

Je dis: « C'était quoi, çà? »

« C'était quoi quoi? »

« Toutes ces questions que tu as posées à Renée. »

Il pousse un soupir. « Ne peux-tu simplement me remercier? »

« Non. Je ne comprends pas pourquoi tu devais faire un truc pareil seulement quelques heures avant de partir. »

« Je suis attaché à toi. »

Je baisse les yeux sur mes pieds. « De toute évidence, pas assez. »

« Bella, je suis tellement attaché à toi que je suis prêt à partir pour ne pas te mettre en danger. »

« Pas me mettre en danger. » Je répète sèchement. « Il n'y a pas un endroit où je ne sois pas en danger. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je prépare actuellement une maîtrise sur les Blessures physique. Je suis une étudiante à vie dans ce domaine, aussi vais-je probablement continuer jusqu'au doctorat après. Changer de paysage ne va pas aider. »

« En fait, » ajouté-je « Ce serait bien que j'aie mon sauveur attitré pour me rattraper quand je tombe. »

Si j'en juge par l'orage qui se déchaîne sur son visage, je peux dire sans me tromper qu'il n'aime pas cette idée. Contrairement à moi, il ne se considère pas comme un sauveur.

« Je pourrais te tuer tout aussi facilement que je peux te sauver. » dit-il sombrement. « Et qui plus est, il y a trop de soleil à Jacksonville. Je ne peux pas rester ici. »

« Personne n'a parlé de Jacksonville. Lorsque tu partiras pour Forks, j'irai avec toi. »

Edward garde le silence pendant un long moment. Il est clair qu'il ne s'attendait pas à ce petit accroc.

Et puis, « Je ne comprends pas. Tu as choisis de venir à Jacksonville. Tu savais que je devrais repartir. »

« Oui, mais je n'ai pas à y rester lorsque tu le feras. »

Il cligne des yeux. « Je te connais. Tu ne ferais pas cela à Renée. Elle vient juste de te retrouver. »

A présent, c'est mon tour de cligner des yeux rapidement, et je sens le sang quitter mon visage.

« Est-ce la raison pour laquelle tu l'as jouée Inquisition espagnole avec ma mère? Pour me rendre tout départ impossible, maintenant? »

Et moi qui pensais qu'il le faisait juste pour être le vampire plein de considération et attentionné que nous le savons être. Et lui pensait que démanteler le champ de mine émotionnel de ma relation avec ma mère lui assurerait que je quitte Forks pour de bon. Que je le quitte, lui.

Là, c'est moi, totalement furieuse. « Et bien, ton plan stupide ne marchera pas. Lorsque tu partiras pour Forks, je serai dans ta voiture. »

Son visage prend la dureté du diamant. « Non, tu n'y seras pas. »

« Comme tu veux. Alors tu devras expliquer à Renée et aux voisins pourquoi je hurle. »

« Ne fait pas çà. » La voix d'Edward est basse, dangereuse.

« Je dois le faire. Je ne peux pas te laisser partir loin de moi. Je ne le peux pas. »

Sûrement, il doit le comprendre.

Mais il dit: « Tu n'as pas le choix. »

Je sens mon corps sursauter comme s'il m'avait giflée. Sa voix est dure, il est en train de me dire ces choses mesquines, il est en train d'essayer de dicter ma conduite. Je suis blessée, je suis folle de rage, je veux lui faire comprendre quel cro-magnon sur-protecteur et dominateur il est.

Mais il dit: « Tu ne mettra pas un pied dans ma voiture. Et si tu me suis jusqu'à la maison... » Il manque de souffle, et il détourne le regard. « Si tu me suis jusqu'à la maison, ma famille et moi partirons. »

Partirons.

Partiront, comme dans partir?

J'ai la tête qui tourne. J'ai froid. Je crois que je vais m'évanouir.

Il dit: « C'est la dernière fois que tu me vois. »

Mes genoux ne me soutiennent plus, et je m'effondre dans le canapé. Je vois vampire sur son visage.

Je suis une idiote. Je suis idiote de croire qu'un vampire puisse jamais changer. Je suis idiote de croire qu'il y a quoi que soit que je puisse dire qui pourrait le faire changer d'avis.

Mais je ne peux pas le regarder me quitter. Je ne peux pas. J'en ai trop regardé d'autres me quitter tout au long de ma vie.

Cette fois, c'est lui qui me regarde tandis que je me lève du canapé et m'éloigne vers ma chambre d'un pas mal assuré. Je veux qu'il me retienne. Je veux qu'il tende le bras et attrape le mien au passage. Je veux qu'il me rattrape si je tombe.

Mais il ne le fait pas.

Au contraire, il me laisse partir.

Depuis la fenêtre de ma chambre, je regarde une Volvo couleur argent laisser sa gomme sur l'asphalte dans sa hâte de quitter Jacksonville


Notesbleue

[1] Boardwalk, est sur le plateau d'un jeu de Monopoly standard, la propriété la plus chère du jeu. C'est l'équivalent de la Rue de la paix pour la version française du jeu, et l'une des deux cartes bleue foncé.

Et voilà , comme le titre de ce chapitre l'annonçait, Edward est parti. Et du coup je ne peux pas m'empêcher de penser à la chanson de Jean louis Aubert: ''Voilàààà, c'est fini..."
Il reste cependant encore 3 chapitres. Que peut-il bien s'y passer, à votre avis?