EFFET SCHOTTKY
Kuroko no Basuke World
Quart Temps - 00 : 20 : 31
Kasamatsu ne frappe que lui ; son Capitaine est intraitable sur la question. Chaque fois est l'occasion pour les foudres divines de s'abattre sur son malheureux crâne, épargnant tout le reste autour. Cela valait aussi pour l'équipe entière, excepté lui fatalement : envers les plus jeunes membres, comme ses camarades de classe, le brun se révélait davantage conciliant qu'il ne l'était avec lui. Kise prend son mal en patience, se persuade d'accorder du temps. Plus il semble se rapprocher de son aîné, plus celui-ci se révèle exigeant. Au point que l'ace ne sait plus vraiment, si tous les deux, ils avancent quelque part, depuis le début.
Son Capitaine a une personnalité complexe, loin du cliché qu'il avait cru percevoir le jour de leur rencontre. Il y a une surprenante inconsciente retenue chez le brun. S'il devait creuser, Kise hésiterait entre une humilité certaine ou une intransigeance personnelle. Kasamatsu lui inspirait un cavalier de l'époque Heian vêtu de son ô-yoroi, partant au front, animé d'une placide résolution. Sous les couches de fer, rien ne peut seulement prétendre deviner la fragile émotivité de cet homme ; qui dissimulait le reste par des élans furieux, sur-jouant la figure d'autorité.
Son aîné était dur avec lui et Kise ne sait plus s'il doit ce traitement à son talent naturel, ou s'il doit remettre en cause la nature houleuse de leur relation. Même en cet instant, alors qu'ils achevaient leur habituel entraînement sous couvert de la fin d'après-midi, l'ace s'interrogeait encore. Il voit le Capitaine interagir avec d'autres, adresser un sourire prononcé à Moriyama et Kobori, songe qu'il n'a jamais vu quelque chose de pareil apparaître dans les traits si capricieux de Kasamatsu, pour lui. Certes, il ne prétend pas le connaître depuis plusieurs années, mais Kise s'arme de sagesse. Tous les deux, ils passent beaucoup de temps ensemble et non uniquement en semaine. Lui s'est déjà invité chez le brun et ce dernier en a fait de même : ses parents n'ont pas taraudé d'éloges envers cet ami soudain, sorti de nulle part, à l'éducation irréprochable. Quant à ses sœurs aînées, elles avaient paru intarissables, appréciant de faire finalement la connaissance d'un membre de son équipe de basket.
Ils s'entraînent aussi, jamais avec le ballon en-dehors des sessions officielles. Kise poussait son aîné, motivant ce dernier pour ses heures supplémentaires de renforcement musculaire. C'était l'occasion de discuter moins, d'être en contact autrement que par les coups, de souligner la progression. Il ne ménageait pas ses efforts surtout, toujours en quête du compliment inexistant dans la bouche de Kasamatsu. Une ignorance entêtée qu'il subissait, serrant alors les dents pour lancer les représailles, décrédibilisant l'amélioration physique apparente de son meneur. Celui-ci ne le fuyait jamais, soutenant son regard et ses remarques désobligeantes sans sourciller. Son Capitaine n'hésitait pas à le reprendre, ne modérant rien de ses propos, sa bouche ne s'ouvrait que sur des reproches. Au final, lui se retrouvait à la frontière, partagé entre la déception de ne mériter que réprimandes, et la satisfaction de savoir le seul à animer si vivement ce visage retenu.
Kasamatsu ne frappe que lui ; ces contacts furtifs et douloureux, il ne les partage avec personne si ce n'est lui et uniquement lui. Kise n'a jamais peiné pour rien, la difficulté a cette saveur particulière sur ses lèvres. Il n'envisage ni de perdre, ni de renoncer à leur affrontement. Il a rarement senti cet intérêt sincère pour autre chose que Kuroko, les autres membres de la Génération des Miracles et lui-même. Son mépris aveugle s'était transformé avec le temps, en une attention appliquée qu'il n'expliquait pas vraiment, similaire à ce qu'il avait ressenti en se faisant chaque fois écrasé par Aomine, de nombreux échecs qui avaient provoqué son attirance pour le basket.
Sauf qu'il ne se souvenait pas avoir établi un quelconque semblant de relation amicale avec le joueur vantard et prétentieux. Il n'avait pas cherché à le faire, fuyant l'insupportable caractère à toutes jambes. Quel revirement de situation des années plus tard, voilà qu'il courrait à toutes jambes derrière son Capitaine, persuadé de la justesse de sa démarche. Troublé par la manière dont leurs caractères se confrontent quotidiennement, l'étincelle ainsi obtenue s'apparente à un départ de feu malhonnête.
« Kise, sois un peu concentré, veux-tu ? La séance est terminée, tu comptes planter la tente pour la nuit ? »
Et un reproche, un…
L'ace se frotte la nuque, feignant un quelconque embarras vaguement poli ; Kasamatsu n'est pas dupe.
« Tes passes manquaient de dextérité, prêtes-y davantage attention. Poursuit son aîné, absolument intraitable. Leurs réceptions ne sont pas évidentes, nous perdons du temps. »
Et de deux.
Kise se retint de répliquer puérilement : et les vôtres sont mille fois pires. Il inspire, considère le ballon qui se trouve dans ses mains et la proximité de son Capitaine. Les autres membres sont déjà dans le vestiaire, en train de se changer ; l'ace ne savait pas quoi faire de sa soirée. Ajustant ses mains plus soigneusement que d'habitude, la sphère est projetée un peu sèchement sur Kasamatsu, celui-ci la rattrape dans un bruit mat. Aucun commentaire ne franchit sa bouche pour cette offensive curieuse, son regard acier ne voit que lui en cet instant, Kise jubile.
« Justement, Senpaï, vous devriez m'aider en restant un peu. J'ai besoin d'un partenaire. »
Le brun semble hésiter un bref moment, le sourire de l'ace s'élargit davantage. Il sait à quel point, ce dernier ne lui refuse jamais ses réclamations de prolongation. Même si habituellement, ils le faisaient pour la course, Kise ne se souvient pas avoir joué seul à seul avec son aîné, depuis très longtemps. Celui-ci se fend finalement d'un geste de la tête, paraissant chasser cette proposition, et la réponse qui va avec n'est pas celle qu'il prévoyait :
« Non, désolé. Je dois rentrer assez tôt ce soir, pour le magasin. »
Kise ne sait pas si le mensonge est vrai, il réceptionne la passe de Kasamatsu machinalement.
« Si tu veux rester quand même, je peux te laisser les clefs mais n'oublie pas de me les rendre comme la dernière fois s'il te plaît… » Achève le brun, tirant les concernées d'une poche de son short.
Et de trois.
Son Capitaine lui tend le précieux bien, distraitement il récupère. Les mains pleines et voilà, que son aîné file. Kise considère les lieux étonnamment vastes alors qu'il s'y trouve seul. La brillance médicale des lumières lui renvoie à la figure l'entièreté muette de sa déconvenue. En bruit de fond, il perçoit le brouhaha confus de ses équipiers dans le vestiaire ; soupire de son côté, teste la résonance curieuse de sa plainte dans le vide. Face aux gradins désertés, sa représentation sonne pitoyable.
Lui accuse le refus inattendu, se demande si Kasamatsu s'est enfin rendu compte du traitement privilégié qui était le sien. Peut-être son aîné avait-il décidé de remettre les choses à leur place, de le remettre lui, à sa place. Ou si l'excuse s'avère crédible, Kise ne peut pas lui en vouloir d'avoir d'autres choses à faire que de passer du temps, avec lui. Ce serait l'occasion de penser à lui, de passer à l'agence pour une fois…
Si Kasamatsu était l'honorable cavalier, il avait le sentiment de jouer sa femme éplorée ; regardant partir, un peu délaissée par ce dos méprisant qui ne se retournait jamais.
Disclaimer : Tadatoshi Fujimaki.
Un véritable miraculé que ce Poisson de Janvier que j'envisageais croqué par les impitoyables examens. Celui de Février frétille déjà.
Merci.
Ami(e) Guest, j'ai été particulièrement touchée par ton rappel à l'ordre. Au point finalement, de reprendre ce chapitre amorcé est de le finir d'une traite ce soir. Je m'excuse d'avoir joué sur ta patience, et j'espère sincèrement que tu apprécieras l'évolution de leur relation. Je ne suis pas une grande romantique, mais j'aime prendre le temps de construire les choses, d'où certainement ces aspects un peu dérangeants. Je m'appuie sur la très mauvaise première impression que Kasamatsu et Kise ont l'un sur l'autre.
Mais l'espoir est permis. (Merci encore de cet élan de motivation bienvenu.)
