« Qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda Emmeline à James. »
Un gigantesque hibou grand duc venait de lui apporter un gros colis dans lequel se trouvaient une cinquantaine de fioles contenant un liquide jaune éclatant, et le jeune maraudeur avait aussitôt soupiré quand il avait posé les yeux dessus.
« Des lotions lissenplis, pour mes cheveux, répondit-il l'air ennuyé.
- Quoi ? S'esclaffa t-elle.
- C'est son père qui a inventé ça. Ça fait fureur. Tu devrais essayer Vance, peut-être que tes cheveux ne ressembleraient plus à une vieille serpillière mal essorée.
- Merci Black, répondit la jeune femme avec ironie avant d'observer ses propres cheveux et de demander à Marlène s'ils étaient vraiment tels que les avait décris Sirius.
- Servez-vous, déclara James en poussant la boîte au milieu de la table.
- Tu n'en veux pas ? L'interrogea Marlène.
- Je ne supporte même plus l'odeur de ce truc. Mon père m'a forcé à m'en mettre jusqu'à mes dix ans, je suis enfin à l'abri de l'oppression, il est hors de question que je remette ça sur ma tête. »
Marlène et Mary esquissèrent un sourire avant de piocher allègrement dans la boîte après les encouragements répétés de James, et Peter fit discrètement de même à côté d'elles. Rémus n'était pas encore venu déjeuner, il était à la bibliothèque avec Lily et Mary, mais James doutait que cela l'intéresse, alors il laissa Gemma Hayes prendre la dernière.
« Tu ne m'enlèveras pas de la tête que la personne qui en a le plus besoin autour de cette table, c'est quand même toi, lui fit remarquer Emmeline.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Mes cheveux sont très bien comme ils sont, répondit-il en y passant la main, un sourire en coin scotché sur son visage. »
Quelques dizaine de filles non loin d'eux se mirent à soupirer en chœur, les yeux rivés sur lui, remplis d'admiration, déclenchant un rire du côté de Sirius.
« Les cinquième années sont vraiment pathétiques, commenta Emmeline en levant les yeux au ciel.
- Regarde toi, Vance, tu es presque aussi jalouse qu'Evans, commenta narquoisement Sirius.
- Ce n'est pas de la jalousie. Je trouve ça juste un peu excessif de les voir tomber comme des mouches dès qu'il... Dès qu'il agite sa main dans ses cheveux, expliqua t-elle. Et en plus il fait exprès ! Ajouta t-elle rapidement lorsqu'il recommença pour le plus grand plaisir des jeunes femmes qui ne le quittaient pas des yeux.
- Je n'oserais pas, répliqua James faussement outré.
- Je ne t'en veux pas, Potter. Je sais que la seule raison pour laquelle tu fais ça, c'est parce que tu es frustré que Lily ne soit pas à tes pieds comme les autres, le taquina t-elle. Une sorte de compensation, tu vois.
- Oooh, ça fait mal ! S'exclama Sirius en agitant sa main.
- Lily serait à mes pieds si je voulais qu'elle soit à mes pieds, répliqua James, piqué au vif.
- Pour qui est-ce que tu te prends ? »
Il grimaça lorsqu'il entendit la voix de la jeune femme derrière lui, puis il tenta de faire passer la pilule en lui jetant un sourire éclatant, mais elle lui frappa l'arrière du crâne avec un livre et soupira bruyamment pendant que Rémus s'asseyait en face d'elle.
« Alors ? Vas-y, on te regarde, l'encouragea Lily.
- Quoi ? L'interrogea James.
- Eh bien, me mettre à tes pieds, puisque tu es si irrésistible.
- Je suis irrésistible ? La reprit-elle alors qu'elle découpait rageusement son poulet.
- Ça devient intéressant, commenta Sirius.
- C'est en tout cas ce que tu sembles croire, lui répondit-elle.
- Ce n'est pas moi qui l'ait dit.
- Si par « me mettre à tes pieds » tu voulais dire « me donner envie de te broyer les orteils », tu n'es pas très loin de réussir, effectivement. »
Elle continuait à manger tranquillement comme s'il n'était qu'une vulgaire mouche qui lui tournait autour, un simple détail ennuyeux dont elle pensait pouvoir se débarrasser simplement en agitant la main, et James en était profondément vexé même s'il le cachait à la perfection.
Son amitié avec Lily était mise à rude épreuve ces derniers temps, et cela avait beaucoup à voir avec la phrase qu'il avait prononcée lorsqu'ils étaient revenus à Poudlard. Elle ne l'avait pas comprise de la bonne manière et ne lui avait jamais laissé l'occasion de s'expliquer alors il avait décidé de ne plus revenir dessus en se disant qu'elle allait bien finir par passer outre, mais elle ne semblait pas l'avoir fait.
« Où est Mary ? Demanda Marlène pour clore le débat.
- Elle est partie poser son sac dans la Salle Commune. Tu aurais dû voir la quantité de livres qu'elle transportait, lui répondit Lily.
- Je suis surpris que son sac ait tenu le coup, commenta Rémus. James, pourquoi est-ce que tu manges des plumes en sucre au déjeuner ? »
Le jeune maraudeur avait déjà cinq papiers vides de plumes en sucre devant lui et il s'apprêtait à en rajouter un sixième sur le tas. Il fit signe à son camarade d'attendre qu'il ait fini sa bouchée pour qu'il puisse lui répondre, mais Sirius fut plus rapide.
« Hier soir, dans le dortoir, tu te rappelles quand il a prétendu qu'il ne pourrait manger que ça toute sa vie ?
- … Vous n'avez pas parié là dessus, n'est-ce pas ?
- J'ai parié qu'il n'en était pas capable, il a accepté le pari, répondit Sirius avec un sourire amusé.
- C'est vraiment idiot. James, tu vas te rendre malade, lui dit Lily.
- C'est gentil de t'inquiéter pour moi, Lily, mais tout va bien, la provoqua James.
- Mais je... Je ne m'inquiétais pas du tout ! Protesta t-elle en bafouillant. Je pensais juste que tu avais assez grandi pour ne pas accepter ce genre de pari stupide qui ne fera que t'envoyer à l'infirmerie.
- Je sens vraiment beaucoup d'inquiétude dans cette phrase Lily...
- Oh et puis zut ! Meurs. »
Sirius et James ricanèrent et ce dernier quitta la Grande Salle quand il eut englouti sa quinzième plume en sucre. Il ne voulait pas être tenté par la nourriture des autres plus longtemps, chaque jour à se nourrir uniquement de cette friandise lui faisait gagner cinq mornilles. Ce n'était pas grand chose, mais s'il réussissait à tenir toute l'année, il s'en sortirait avec une belle somme.
Il ne le faisait pas pour l'argent mais c'était un bonus. Il était juste incapable de refuser un défi lorsque quelqu'un lui en proposait un, et Sirius le savait. Il lui avait fait faire un nombre de choses incroyables en provoquant son esprit de compétition, et celle-ci n'était certainement pas la plus stupide contrairement à ce que disait Lily.
Il s'apprêtait à prendre les escaliers pour rejoindre la Salle Commune lorsqu'il crut entendre quelque chose dans un couloir adjacent, un sanglot ou une plainte étouffée. Il fronça les sourcils puis fit demi-tour moins à cause de son devoir de préfet-en-chef que parce qu'il était inquiet que quelqu'un se soit blessé, et il distingua vite trois personnes.
Deux étaient dos à lui et ne le voyaient pas, mais cela n'empêcha pas James de les identifier. Il s'agissait des deux meilleurs amis de Rogue, Mulciber et Avery. Tous les deux coiffés à l'identique, James était malade de se dire qu'ils utilisaient probablement la potion de son père pour que leurs cheveux se plaquent d'un côté de leur tête sans qu'une seule mèche ne se rebelle.
Devant eux se tenait Mary McDonald, en larmes. Mary était plutôt coquette, le genre de fille qui ne sort pas de sa chambre tant qu'elle n'est pas un peu maquillée, qui aime se coiffer joliment, qui plaît à beaucoup de garçons et qui est assez téméraire pour faire le premier pas quand il y en a un qui l'intéresse, mais là, elle n'avait pas du tout l'air d'être cette personne.
Sa couette était partiellement défaite et ses cheveux bruns tombaient sur son visage, collant à ses joues trempées. Un morceau de sa jupe semblait avoir brûlé, si bien qu'elle devait tirer sur sa chemise pour éviter que les deux Serpentards ne voient ses sous-vêtements.
« Qu'est-ce qu'on lui fait, maintenant ? Demanda Avery.
- Regarde son vernis, il est horrible. Il faudrait le lui enlever.
- Oh... Tu veux dire... Essayer le sort qui retire l'ongle en entier, n'est-ce pas ? Dis moi que c'est bien ce à quoi tu penses ! Si ça marche, on pourra même l'essayer pour lui enlever des dents...
- Il faut le tester, et je ne compte pas le faire sur moi. Agenouille toi, sang de bourbe ! aboya Mulciber en direction de la jeune femme qui baissa la tête mais ne s'exécuta pas pour autant.
- Il t'a dit de t'agenouiller ! Répéta Avery en brandissant soudainement sa baguette. »
Apeurée, la jeune femme obéit finalement pendant que les deux garçons ricanaient. Le sang de James ne fit qu'un tour, il serra sa baguette dans sa main, balança son sac qui tomba à ses pieds dans un bruit sourd, et quand les deux garçons se tournèrent simultanément vers lui il les désarma et les pétrifia avec une aisance incroyable sans qu'ils n'aient eu le temps de réagir.
« POTTER ! Merlin ! Combien de fois devrais-je vous dire qu'il est interdit de jeter des sorts à d'autres élèves ?! S'exclama le professeur McGonagall qui venait d'apparaître derrière lui. »
Elle pointa sa baguette sur les Serpentards pour les libérer du sort de James, et ils déguerpirent en vitesse dès qu'ils furent en mesure de le faire.
« Mais professeur, Mulciber et Avery ont...
- Oh je suis sûre que vous avez encore une bonne excuse, comme à chaque fois ! Le coupa t-elle, furieuse.
- Il faut emmener McDonald à l'infirmerie ! Répliqua James. »
Le professeur McGonagall se retourna alors vers la jeune femme qui était assise par terre en train de sangloter, et elle poussa une petite exclamation de surprise avant de se ruer sur elle pour l'aider à se lever et de détacher sa cape de sorcier pour l'enrouler autour d'elle.
« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé Potter, mais assurez-vous d'être dans mon bureau dans une heure ! Lui lança t-elle sèchement avant de disparaître en direction de l'infirmerie.
- Je ne peux pas y croire... Tu vas encore nous faire perdre des points ! S'exclama Lily qui venait d'arriver à sa hauteur et qui n'avait pas aperçu Mary. »
Il n'eut même pas le temps de répondre, elle soupira bruyamment et le bouscula légèrement en passant devant lui. Sirius, Rémus et Peter, eux, s'arrêtèrent à sa hauteur en l'interrogeant du regard.
« C'est Mulciber et Avery, leur dit-il simplement.
- On les a vu arriver en courant dans la Grande Salle, l'informa Peter.
- On s'est dit qu'ils avaient l'air louches, compléta Rémus.
- Ils étaient en train de faire tout un tas de truc à McDonald. Des trucs... Des trucs humiliants, expliqua James avec dégoût.
- Est-ce qu'elle va bien ? S'inquiéta Rémus.
- McGonagall l'a emmenée à l'infirmerie, mais elle pleurait. Ils l'ont traité de... Si seulement vous les aviez vu et entendu... Les salauds ! Jura James en serrant la mâchoire.
- Qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Tu sais très bien ce que nous pouvons faire, Queudver, lui répondit Sirius en le fixant gravement.
- Non ! S'il leur arrive quelque chose, le professeur McGonagall saura que c'est nous. Elle a vu James, elle n'est pas idiote, expliqua Rémus. »
Les quatre amis restèrent silencieux quelques secondes, les yeux perdus dans le vague, jusqu'à ce que Sirius affiche un sourire en coin.
« A quoi tu penses Patmol ? Lui demanda James.
- A ton avis, quelles sont les probabilités pour que deux sorciers de Poudlard se fassent attaquer par des animaux sauvages dans le parc ?
- Non, Patmol, tu ne penses tout de même pas à...
- Pas aussi sauvage que ça, Lunard, le coupa Sirius. Peter et toi, vous n'aurez qu'à les attirer vers la forêt interdite, et peut-être que par le plus grand des hasards, il y aura un cerf et un chien particulièrement énervés à ce moment là.
- Je ne sais pas... Hésita Rémus.
- Une morsure de chien n'a jamais tué personne.
- Lunard, ils ont brûlé sa jupe et l'ont forcé à s'agenouiller devant eux. Avant que j'intervienne, ils étaient sur le point d'utiliser de la magie noire sur elle. »
Le jeune homme châtain fixa ses amis avec hésitation. Il n'aimait pas résoudre les conflits par la violence, mais de toutes façons, avec la guerre qui faisait rage dehors, deux clans se formaient dans le château et il savait bien dans lequel étaient Mulciber et Avery. S'ils ne les affrontaient pas ici, ils les affronteraient dehors.
« Et s'ils découvrent tout ? Les interrogea t-il.
- Ces deux idiots ? Ils savent à peine faire leurs lacets ! S'exclama Sirius en poussant un rire tonitruant.
- Patmol, c'est sérieux.
- Ils ne découvriront rien, Rémus. Nous serons prudents, lui assura James. »
Le lycanthrope soupira bruyamment et commença à marcher vers les escaliers. Les trois autres garçons le suivirent en attendant sa réponse, bien que Sirius et James aient déjà pris leur décision et qu'ils ne comptaient pas la changer, qu'ils aient le soutient ou non de leur ami.
« Bon, très bien, mais si on doit faire un plan, on va monter le faire dans notre dortoir, et on va le faire bien, lâcha finalement Rémus. »
Sirius lui mis une grosse tape sur l'épaule, et James brandit le poing en l'air en guise de victoire avant de monter les marches à toute allure. Aucun des quatre maraudeurs n'assista au cours de potion, cet après-midi là, et leur absence ne passa pas inaperçue.
« Je me suis retrouvée toute seule pour faire une potion de chance liquide, est-ce que tu sais à quel point c'est difficile ?! Lui reprocha Lily à voix basse lorsque James fit son apparition en Divination.
- Tu es brillante, je suis sûr que tu t'en es très bien sortie.
- Non ! Tout le monde a échoué, bien sûr ! Mais si tu avais été là, peut-être que... Écoute, on fonctionne bien ensemble, on aurait pu la réussir !
- J'avais des choses à voir, et il fallait que je passe dans le bureau du professeur McGonagall. On aura sûrement une autre occasion de l'essayer.
- Je n'en sais rien James, mais je t'assure que si on tombe dessus pour les ASPICs, je te tue. Tu peux sécher les cours où tu es en binôme avec Sirius si tu veux, mais quand tu es avec moi, fais un effort !
- Je ne fais que ça avec toi, Lily, soupira t-il.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? L'interrogea t-elle en le regardant curieusement.
- J'ai l'impression d'avoir ma mère sur le dos à longueur de journée. Fais-ci, fais-ça. Fais un effort, James. Sois plus comme ci, sois plus comme ça. Ne...
- Tu as un sacré culot ! Tu n'es pas capable de te comporter correctement et tu viens me faire des reproches ! Le coupa t-elle en haussant la voix, attirant légèrement l'attention de leur professeur qui lui fit signe de se taire.
- Et voilà, tu recommences ! Lâche moi un peu, Lily ! Riposta t-il sèchement.
- Te lâcher ?! Te lâcher ?! Mais volontiers, James Potter ! S'exclama t-elle en s'écartant de lui, rouge de colère.
- Evans, Potter, est-ce que c'est fini ?! Les réprimanda leur professeur.
- C'est fini ! Répondirent-ils en choeur. »
Ils restèrent tous les deux silencieux pendant cinq minutes jusqu'à ce que Lily soit agacée par les grattements de la plume de James, plus sonores que d'habitude tant il était énervé. Peter, Rémus, Sirius, Marlène et Emmeline se lancèrent tous un regard tendu.
« Est-ce que ça te dérangerait de laisser les gens qui veulent avoir leurs ASPICs écouter le cours ? Marmonna t-elle entre ses dents.
- C'est reparti, commenta t-il sans même la regarder.
- Pourquoi est-ce que tu es comme ça ? Pourquoi est-ce que tu es comme ça avec moi ?
- Pourquoi est-ce que JE suis comme ça ? Répéta t-il en poussant un rire ironique. Lily, c'est toi qui me balance des répliques cinglantes à longueur de journée en ce moment !
- Bien sûr que je te balance des répliques cinglantes ! Tu te balades dans les couloirs en jetant des sorts aux autres élèves comme quand on était en cinquième année, et tu...
- PARCE QUE TA MEILLEURE AMIE ETAIT EN TRAIN DE SE FAIRE ATTAQUER ! Trancha t-il en lui hurlant dessus.
- Potter ! Evans ! Retenue ce soir pour tous les deux ! Intervint leur professeur. »
La jeune femme ouvrit la bouche puis la referma, observant James avec de grands yeux avant de regarder autour d'elle. Mary n'était pas là. Quand elle s'en aperçut, elle attrapa ses livres, les rangea rapidement dans son sac, et quitta la salle de classe à toute vitesse. De toutes façons, elle avait déjà écopé d'une heure de retenue, elle ne risquait plus grand chose.
James ne la vit réapparaître qu'à l'heure de leur retenue. Il était déjà assis à sa table en train de copier la leçon que le professeur de Divination avait écrite au tableau lorsqu'elle arriva. Pour une fois, c'était elle qui était en retard, mais il ne le lui fit pas remarquer. Il essaya de se concentrer sur son parchemin pour oublier à quel point il était en colère contre elle et à quel point elle devait toujours être en colère contre lui.
« Où est le professeur Hypérion ? Demanda t-elle.
- Parti dîner. Il faut recopier tout ça, et lui laisser sur son bureau quand on a terminé, lui expliqua James froidement. »
Lily soupira, s'assit à la table qui était juste à côté de lui, puis sortit un tas de parchemin, sa plume et son encrier. Elle se dépêcha de recopier le cours, mais James fut plus rapide qu'elle, et après trente minutes d'un silence parfait, il se leva pour poser ses devoirs sur le bureau du professeur.
« Est-ce que tu peux m'attendre ? L'interrogea t-elle doucement. S'il te plaît. »
Il se frotta le visage avec lassitude, hésita quelques secondes, puis il finit par choisir d'accepter sa requête et resta debout, appuyé sur le coin de la table qu'il occupait un peu plus tôt. Il ne put s'empêcher de laisser ses yeux vagabonder sur le visage de Lily pendant qu'elle écrivait, sa plume formant de jolies lettres rondes sur son parchemin.
Elle avait l'air stressée et embarrassée, il songea qu'elle avait dû passer le reste de l'après-midi au chevet de Mary. Il espérait qu'elle allait mieux, il espérait qu'elle se remettait doucement de ce que ces deux idiots lui avaient fait subir, et il espérait que Lily n'avait pas trop souffert de l'entendre lui raconter tout cela. Ce n'était pas facile pour elle non plus. Elle aurait pu subir exactement la même chose si elle s'était retrouvée à sa place au même moment, il ne s'agissait que d'une question de sang, et James savait que la jeune femme avait déjà dû essuyer de nombreuses remarques dans le passé.
« Je suis désolée, souffla t-elle en posant sa plume. »
Elle avait terminé. James ne put nier qu'elle était d'une efficacité remarquable quand elle rangea son tas de copies pour aller le poser sur le bureau du professeur à son tour.
« Je ne t'ai pas laissé le temps de m'expliquer quoi que ce soit, je t'ai sauté à la gorge exactement comme j'avais l'habitude de le faire avant et je t'ai traité comme un moins que rien alors que j'aurais dû te remercier, avoua t-elle en se plantant devant lui mais en baissant les yeux, accablée.
- Je pensais que tout cela était dernière nous, Lily, lâcha t-il avec une pointe de ressentiment dans la voix.
- Je sais, je sais. Je... C'est juste que parfois, je n'arrive pas à communiquer avec toi. Je ne sais pas comment faire, je ne sais pas ce que tu penses, tu agis de façon tellement aléatoire que je... Non, ce n'est pas un reproche, s'empressa t-elle d'ajouter. Je ne sais seulement pas où nous en sommes.
- Tu l'as dit toi-même à plusieurs reprises, nous sommes amis, lui répondit-il avant de déglutir, contrarié d'avoir dû prononcer ce mot.
- Je sais mais... L'autre jour dans la Grande Salle, tu as dit quelque chose qui m'a blessée et je...
- Quand j'ai dit que tu n'étais pas le genre de fille avec qui on s'arrête dans un coin ? La coupa t-il. »
Elle grimaça, détourna le regard, et James sut que c'était à cela qu'elle faisait allusion. C'était dingue qu'elle n'ait pas compris. C'était dingue qu'elle ait si peu confiance en elle qu'elle n'avait toujours pas saisi qu'il voulait dire exactement l'inverse de ce qu'elle pensait. Il n'avait plus le choix, il ne pouvait pas la laisser songer qu'il la considérait aussi mal que cela.
« Lily, ce que je voulais dire par là, c'est que tu es la dernière personne avec qui je voudrais faire ça comme ça, tenta t-il d'expliquer.
- Merlin, James, j'ai compris, murmura t-elle d'une petite voix meurtrie en reculant d'un pas.
- N... Non ! Non, bon sang, tu as raison je suis vraiment un troll ! Pesta t-il contre lui même. Je n'arrive pas à m'exprimer correctement. »
Elle avait les yeux rivés sur ses chaussures, c'était rare, c'était le signe qu'il l'avait vraiment blessée, et il s'en voulait considérablement, même si elle n'était pas tout à fait innocente dans toute cette affaire. Elle aussi, elle avait dit des choses horribles à son propos, et il comptait bien le lui rappeler en temps et en heure.
« Est-ce que ça te paraît bien, d'être cette fille ? Celle que j'emmènerais dans un placard à balais pour me soulager vite fait ? L'interrogea t-il. »
Elle déglutit, sembla réfléchir un instant, et finalement, elle leva enfin les yeux vers lui et secoua doucement la tête pendant qu'il soupirait de soulagement.
« Bien. J'espérais que tu répondrais ça, parce que je ne traiterai jamais de cette manière. Jamais, insista t-il en la regardant droit dans les yeux. »
Elle l'observa curieusement. Il se voyait déjà faire un pas vers elle, poser sa main sur sa joue pâle, lui redresser le menton avec son index, et l'embrasser doucement pour illustrer ses propos, mais ce n'était pas possible. Elle ne l'aurait pas laissé faire, il en était convaincu, et ce n'était pas le moment. Il avait juste besoin qu'elle croit en lui, qu'elle comprenne, et il y avait encore de gros points d'interrogation dans ses yeux. Merlin, ils avaient beau s'être disputés toute la journée, il la trouvait toujours aussi adorable.
« Et si un garçon se conduit comme ça avec toi un jour, je te jure Lily, je te jure que je le trouverai et qu'il passera un mauvais, un très mauvais moment, continua t-il en serrant la mâchoire.
- James, c'est...
- C'est ce que je voulais dire. C'est ce que je voulais vraiment dire, la coupa t-il. Tu n'es pas le genre de fille avec qui je m'arrêterai dans un coin parce que tu es le genre de fille qui mérite tellement mieux que ça, bon dieu. J'étais énervé que Sirius ait pu penser que j'aurais agi comme ça avec toi. Ce n'est pas... Merlin, Lily, je... Je te respecte plus que ça. »
Elle comprenait maintenant. Il le voyait parce que ses yeux s'étaient éclairés, illuminant son visage, et elle avait fondu sur lui, manquant de le faire tomber à la renverse en l'étreignant solidement. Étonné, il avait mis quelques secondes avant de refermer ses bras sur elle en soupirant de soulagement. Leur querelle était enfin terminée.
