Un chapitre beaucoup plus long que les autres, pour cette fin de vacances... En espérant qu'il vous plaira...

Reviews toujours bienvenues, car toujours aussi motivantes. Vos petits mots sont un véritable baume pour la minuscule écrivain que je suis.

Bises à toutes et à tous.


« On ne se bat pas dans l'espoir du succès. Non ! Non. C'est bien plus beau lorsque c'est inutile »

Edmond Rostand

« Pourquoi ? Dis-moi pourquoi tu ne veux pas jouir. C'est si bon... Rappelle-toi.
- Nooooooooon !! »
Dean poussa un cri rauque et ouvrit les yeux.
Un rêve. Ce n'était qu'un rêve car il était guéri.
Il voulait pour preuve qu'il ne se trouvait plus dans le bunker de Bobby, mais dans l'une de ses chambres, sous la charpente massive du toit de la maison. Il faisait frais malgré le soleil de plomb qui semblait taper au-dehors, et pourtant son visage et son torse étaient recouverts de sueur. Il voulut se débarrasser de toute cette transpiration, mais ce fut tout juste s'il parvint à esquisser un geste en direction de la serviette humide posée sur son front.
Il était encore incroyablement faible.
Encore fatigué malgré ces longues heures d'inconscience, le jeune homme se redressa péniblement et scruta la pièce. S'habituant à l'absence de lumière, il finit par distinguer une présence pas loin de lui.
« Sam ? Bobby ?
La silhouette s'avança sous un des rayons qui perçaient le toit.
- Cas' ?
Bizarrement, il ne l'avait pas vraiment reconnu sans son trench-coat beige. Il avait été tant habitué à le voir surgir du noir dans une autre tenue que ce jean...
- Alors ce n'était pas qu'un rêve ?
- Je suis désolé, Dean.
Oui, lui aussi était désolé. Désolé que tout cela ait été vrai, qu'il ait dit toutes ces choses, qu'il ait vu toutes ces monstruosités. Il se sentait sale, pourri, bouffé de l'intérieur.
Il se sentait comme violé. Violé par un démon mort et enterré.
- Ca va.
Menteur. Il n'était qu'un menteur. En réalité il aurait voulu disparaître sous terre. Pourquoi ? Il n'était pas coupable, il n'avait rien fait. Mais la seule idée d'avoir été hanté par Asmodée le rendait malade.
- Non, ça ne va pas.
Mais Castiel était un ange. Il aurait dû y penser. Autant essayer de duper un psy !
Dean était resté allongé, sa main serrant le linge humide qui se trouvait auparavant sur son front. Les yeux fermés, il tentait de se reprendre, de retrouver celui qu'il était. Puis à un moment, le bord du lit s'affaissa sous un poids, près de ses hanches. Il ouvrit les paupières et vit l'archange assis à côté de lui, les mains croisées sur ses genoux, le regard posé sur le mur lui faisant face.
- Ca ne va pas, parce que tu as vécu l'horreur. Je n'avais jamais vu ça auparavant...
- C'est pas pire que l'Enfer.
- Si, parce que tu es vivant cette fois, et que ça touche à ta part la plus intime.
Devant le regard incompréhensif de son ami, il ajouta:
- La chair, sans attirance ni amour. C'est dur, âpre, violent.
- Comment est-ce que tu peux savoir toutes ces choses ?
- Je suis plus fin connaisseur des humains que tu ne le crois. »
Et les deux hommes retombèrent dans le silence.
Durant plusieurs minutes, Dean revit toutes ces images qu'un esprit démoniaque avait gravé dans sa tête. Le pire, c'étaient les tortures entachées de sexe, les viols, les insultes concupiscentes. Une larme coula à ces évocations. Les yeux fixés sur le plafond, le jeune homme ne faisait pas un geste, soucieux de ne pas montrer le trouble qui le dévorait.
Puis il eut soudain la surprise de sentir une main dans la sienne, et qui la serrait affectueusement. Pas un mot, pas un regard. Mais Cas' resta ainsi à côté de lui pendant de très longues heures. Et Dean finit par s'endormir à nouveau, sa paume toujours posée sur celle de l'ange, abandonnant pour une fois la rudesse solitaire qui le caractérisait.

o0o0o0o0o0o

Il ne dormait plus depuis quatre jours.
Chaque nuit qu'il avait fait jusqu'à cette insomnie, des rêves dégueulasses le réveillaient brutalement. Il ne comptait plus toutes les fois où les hurlements de douleur de son frère avaient assourdi ses oreilles, où les supplications des femmes et des hommes se mêlaient à ses halètements de plaisir tandis qu'il se perdait en eux sans sourciller. Jusqu'à Asmodée, il pensait avoir vraiment vécu l'Enfer, au sens propre du terme.
Il se trompait.
Où s'arrêtait l'homme et où commençait le démon ? Il n'en savait plus rien du tout. Rien n'y faisait, aucun cachet, aucun mot, aucune drogue. Il avait tout essayé, devant ses compagnons ou dans leur dos. Mais le souvenir était plus fort. Et il se réveillait toujours.
Alors il avait décidé de ne plus dormir.
C'était une idée folle et inutile. Mais le désespoir faisait faire beaucoup de choses bizarres.
Quatre jours déjà, et personne ne s'était rendu compte de rien. Depuis la veille, il devait faire plus attention, masquer ses cernes avec tous les artifices qu'il avait pu trouver, et qui allaient de la caféine forte à la poudre couleur de sa peau.
Et tous les matins, devant le petit-déjeuner, il devait lutter pour ne pas s'effrondrer sur la table.
Dean était à bout de forces.

Sept jours.
Là, ça commençait à devenir problématique. Les cernes devenaient très profondes. Ses paupières étaient d'une lourdeur abominable. Mais les images, elles, étaient toujours là.
Bon sang !
Il savait qu'il s'auto-détruisait. Son cerveau lui hurlait que ce n'était qu'une question de temps s'il continuait. Mais qu'est-ce qui était pire ? Souffrir d'un mal choisi ou se voir chaque jour comme le bourreau le plus pervers depuis Charles Manson ? A cette question à priori simple, son esprit masochiste avait répondu très rapidement.
Peut-être que Castiel aurait pu le raisonner. Mais Castiel était loin, parti le lendemain de sa première nuit blanche, pour une recherche dont il ne leur avait pas parlé.
C'était dommage.
Car pour une fois, il pensait réellement qu'il avait besoin de lui.
Mais bien sûr, Dean Winchester n'était pas du genre à appeler à l'aide.

o0o0o0o0o0o

Par où commencer ?
Des anges rebelles, il y en avait des centaines. De simples anges, bernés soit par la soi-disant « lumière » de Satan, comme Uriel, soit par les paroles génocidaires de Zachariah et de quelques autres. Les hautes sphères célestes n'étaient pas touchées, certes, mais un ange restait un ange, un être puissant qui pouvait faire beaucoup de mal parmi les siens s'il devenait vraiment mauvais.
Les tuer ne ferait que transformer ces êtres en démons comparables à Azazel, Yehadiel ou Loukas, aussi dangereux sous leur forme de déchus que sous celle de créatures de Dieu.
Alors Castiel avait trouvé une autre solution que le meurtre.

Il faisait nuit à Dunkeld, Grande-Bretagne. Et bien sûr, comme la plupart du temps, il pleuvait.
Ce n'était pas un stéréotype, juste une constatation.
Adossé à un arbre, Castiel guettait les ombres qui virevoltaient autour de la cathédrale en ruines. Bien sûr il y avait là quelques fantômes, quelques âmes perdues, mais son travail n'était pas de s'occuper d'elles, pas cette nuit. Il reviendrait peut-être, une autre fois. Ce soir, il était là pour autre chose.
Il avait tendu un piège. Et bientôt, un renégat devrait venir s'y prendre.
Inspirant profondément, il décolla son dos du vieux tilleul et partit dans le cimetière qui s'étalait au sein des ruines centenaires. Silencieux, invisible, il vola au-dessus des tertres abandonnés, alerte, l'oeil attentif.
Car il pariait très gros. Un « coup de poker » comme aurait dit son cher ami Winchester. Et l'éclat vif argenté qui apparaissait à la lumière de la lune était là pour le lui rappeler.
Il n'était plus question de prières: Cas' devait assumer le choix qu'il avait fait. L'épée de Lucifer, la pointe tant crainte des anges, était l'appât. Et bien que le traitant de fou, Michael avait été impressionné par la solution que le nouvel archange avait proposé.

o0o0o0o0o0o

Il faisait presque nuit. Autour de la table du salon, les deux jeunes hommes lisaient à en perdre haleine. Enfin, plus exactement, le cadet lisait tandis que l'aîné voyait les lignes noires se mélanger devant ses yeux douloureux. Tout ça pour trouver le lieu d'apparition de Pazuzu, dont l'écho du retour était parvenu à Sam lors de sa dernière chasse, vingt-quatre heures plus tôt.
Comme si son esprit épuisé avait besoin de ça ! Franchement, la fin du monde, il s'en foutait. Sa fin à lui lui semblait beaucoup plus proche.
La tête irritée qu'il faisait devait se voir, car son frère ne cessait de lui jeter des regards inquisiteurs. Il l'ignorait bien sûr, mais Sam se faisait du souci depuis pas mal de jours déjà, lorsqu'un grincement du plancher l'avait averti des divagations nocturnes de son aîné.
Mais ce soir-là, ni le café ni le blush n'arrivaient à masquer les poches bleutées qui traçaient des arcs de cercles sous ses yeux.

« Dean ? Est-ce que ça va ?
Et merde ! Il venait de s'endormir sur son bouquin. Une seconde d'inattention, et son espèce de traître de cerveau avait coupé tous les circuits. Enervé par ce moment d'abandon, il répondit brusquement.
- T'occupe.
Ca aurait pu être « t'inquiète pas » ou encore « oui ça va ». Mais ç'avait été ce tout petit mot, trop agressif. Il venait de faire une bourde. Son frère n'abandonnerait plus la partie.
- Comment ça « t'occupe » ? Tu as des cernes à faire pâlir d'envie un mort-vivant.
- Ca va.
- On dirait pas. Tu viens de t'endormir assis, Dean.
- Fiche-moi la paix.
Attaqué de la sorte, le cadet sentit l'agacement monter en lui.
- Vas te coucher. Ca fait trop longtemps que tu ne dors plus. Je t'ai entendu il y a trois jours déjà. Tu as passé la moitié de la nuit dehors.
- Et merde ! Tu me surveilles maintenant ?
Bien sûr, la situation n'aurait pas dû monter en sauce comme cela. Mais l'insomnie rend irritable, et avec une semaine dans les yeux, ses nerfs étaient à fleur de peau.
- Mais, Dean... C'est grave.
- Occupe-toi de tes oignons. Moi je vais faire un tour. »
Il se leva, mais ce fut l'instant que ses jambes choisirent pour le trahir et se dérober sous lui.
Le jeune homme s'écroula avant de se rattraper mains en avant, bras tendus. Mais sous son poids, ces derniers se mirent à trembler, vidés de toute force.
Mourir... Dormir... Rien de plus !
Quel connard ce Hamlet !
Et derrière le brouillard qui envahissait ses yeux, derrière l'obscurité qui venait assoupir son esprit, Dean revit soudain deux pupilles rouges et goguenardes qui riaient à perdre haleine de son retour dans le monde des songes. Il connaissait ce regard. C'était lui ! C'était lui qui attendait de revivre tout ça. C'était lui le perverti, le rongé d'impudeur, le monstre. Ce n'était pas dans son esprit, c'était SON esprit.
Mourir... Dormir... Rien de plus !
La rage destructrice reprit soudain le dessus face à ces quelques mots résonnant dans ses oreilles. Eh bien s'il ne pouvait pas dormir, il ne lui restait plus qu'à mourir.

o0o0o0o0o0o

Un corps vola à travers le cimetière et brisa plusieurs pierres tombales dans sa chute. Un grincement de dent, puis il se releva, époussettant sa chemise bleue pâle éclairée par un rayon de lune. Castiel sentit sa glotte se bloquer soudain.
Oh merde !
Qu'il était beau !
Mais qu'il était mauvais aussi ! Michael n'allait pas être content.
Car c'était bien son bras droit dans la bataille qui se tenait là.

« Jophiel ! Quest-ce que tu fais là ?
La voix gronda et se répercuta dans toute la bâtisse éventrée. Ses accents rauques provenaient du fin fond de la grâce de Castiel, de sa fureur et de sa déception face à la trahison de l'un des plus fidèles.
- Toi, le gardien du paradis, le maître des Chérubins, le dévoué de Metatron... Comment as-tu pu trahir les tiens ?
- Qui est là ?
Etrange, étrange sensation que de voir un ange perdu, déboussolé. Sa grâce rugit un peu plus encore, et Castiel prit soudain conscience de tout son pouvoir. Il était le sixième archange, bras armé du Seigneur, et il pouvait détruire le perfide dont l'allégeance allait maintenant à Lucifer.
En bas, sous lui, Jephiel guettait, une autre arme à la main. Castiel la reconnut immédiatement, l'épée de feu qui avait chassé Adam et Eve de l'Eden et qui aurait dû continuer à garder l'Arbre de Vie.
Cela voulait dire qu'à cette heure, le paradis était sans défenses.
Au nom de Dieu, il fallait la récupérer.
- L'épée de Lucifer était détenue par les anges. Elle n'aurait jamais dû se trouver là ! Cria son adversaire. C'est dangereux, il faut que je la ramène.
- Menteur. Tu savais pertinemment qu'elle était en possession de ton archange supérieur.
- Michael ?
La voix était tremblante de doute maintenant. Ce fut le moment que Cas' choisit pour se rematérialiser.
- Pas vraiment, non.
C'était la marque du caractère indestructible de son aimé et de son influence qui ressortait dans ses quelques mots. Castiel fit alors un pas vers la lumière et se dévoila.
- Tu es qui toi ?
- C'est dommage que tu n'aies pas lu les dernières news, Jophiel. Je suis votre nouvel archange.
Un sourire cynique se forma au coin de ses lèvres, juste avant qu'il ne bondît et ne s'envolât vers lui.
- Et je suis surtout ta fin. »

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C'était certainement la fin.
Dès que l'évidence lui était apparu, Dean avait retrouvé la force de s'élancer hors de portée de son frère. Sam avait tenté de le rattraper, mais sa course désespérée avait eu raison du cadet. Comme un diable, il avait jailli hors de la maison, hors de la décharge de voitures, hors de la propriété. Et maintenant il courait à travers les champs, par-dessus les tertres. Courir... Mourir... Il aurait voulu s'écrouler là, parmi les brins d'herbe, le souffle douloureux, pour s'éteindre en silence, épuisé qu'il était.
Mais non.
Sa fuite s'était finie sur une colline. Combien de kilomètres avait-il fait ? Où était-il ? Peu importait. Il était assis, au calme, face à l'horizon immense. La nuit venait de tomber. Il allait mieux, il était soulagé.
Il était déjà mort une fois. Il savait. Son choix pouvait se faire en toute connaissance de cause.

o0o0o0o0o0o

Castiel se rassembla sur lui-même et banda tous ses muscles. Virevoltant, il retomba sur l'ange et croisa le fer avec lui. L'épée céleste de son ennemi s'embrasa près de son visage, mais il n'en avait cure. D'un souffle, il l'éteignit presque avant de reculer pour se mettre en garde.
« Mais qui es-tu, bon sang ? Fit l'autre.
- Je suis Castiel, le sixième archange.
Une aura de fureur explosa autour de Jophiel à cette annonce, et sa voix rugit de colère.
- C'est une infamie !
- C'est le choix de notre Seigneur.
- C'aurait dû être moi ! Six mille ans que j'attend ma place parmi les premiers des anges ! Six mille ans que je sers, que j'assiste, que je joue les sous-fifres pour la plus haute des récompenses ! Uriel avait raison, il n'y en a que pour les amoureux de l'humanité.
Les yeux de Castiel scintillèrent.
- Donc je ne me suis pas trompé à ton sujet, tu es bien un traître.
- Et après cette découverte, je ne le regrette pas.
Goguenard, Jophiel étendit les bras.
- Et que vas-tu faire maintenant ? Me tuer ? Me faire chuter ? Je rejoindrais les limbes et reviendrais avec de nouveaux frères aux yeux jaunes.
- Non, j'ai bien pire pour toi. »
Et il s'élança pour faire sonner le métal de leurs épées. La lame tranchante et glacée de son arme empêcha à nouveau le feu de le brûler tandis qu'il faisait zigzaguer son adversaire à travers les tombes. Mais pas moyen de le désarmer: sa poigne était sûre et sa volonté indéfectible. D'un énorme bourrade, Castiel l'envoya alors valser plusieurs mètres en arrière.
« Joliment tenté, mais tu ne me sépareras jamais de cette flamme. Elle se trouve dans ma main depuis le début des temps, un âge où tu n'étais même pas encore vivant. C'est la première épée céleste de toute la Création, petit angelot.
Trempé, enragé, fatigué, Castiel commençait à être lassé par le baratin de celui qu'il considérait désormais comme un sous-être. L'eau coulait partout autour de lui et sur lui, il était plein de boue, et une envie de bon feu de cheminée, d'un livre et d'une main dans la sienne se fit soudainement sentir en lui.
Alors il disparut.
Effaré, Jophiel regarda autour de lui sans plus distinguer de forme humaine ou de fragrance angélique. Un instant passa, puis il se mit à rire, plein d'orgueil.
- Merci, Castiel. Merci de m'offrir l'épée de Lucifer sur un plateau, toi qui as oublié de t'enfuir avec ton appât.
Et d'un geste large, toujours riant, il appela à lui la pointe couleur argent qui seule pouvait tuer les anges. Et il riait encore lorsqu'une lame acérée vint lui déchirer les entrailles pour remonter jusqu'à sa grâce, logée dans sa poitrine, et la capturer.
Derrière lui, Castiel serrat davantage sa garde et retira son arme du corps désormais dépourvu d'ailes. Il recula pour le laisser s'écrouler, et regarda son katana briller alors que la grâce repartait au ciel.
- Mais de rien.
Puis il se rapprocha de Jophiel et s'accroupit. Le regard empli de terreur qu'il vit le bouleversa alors.
- Je vais... mourir ?
Castiel secoua la tête, attristé.
- Toi qui rêvais d'être parmi les plus grands... Je suis désolé, mais Lucifer ne détruira par cette Terre, pas tant que je serais là, et certainement pas avec des anges comme toi.
- Il te tuera... aussi.
- Mais tu n'es pas mort, Jophiel. Tu n'es plus qu'un humain. Toi qui les méprisais tant, tu viens de retomber parmi eux.
Un geste, un doigt posé au-dessus des lèvres de son ancien frère, et il se releva en laissant échapper un soupir.
- Peut-être qu'ainsi tu comprendras un jour ton erreur de jugement. Enfin, si tu arrives à t'en rappeler. »
Et l'archange quitta les lieux, laissant derrière lui un nouveau-né sans plus de souvenirs que celui de la pluie qui tombait au-dessus du Perthshire

o0o0o0o0o0o

Putains de souvenirs !
Saloperie de mémoire de merde !
Dean aurait tout donné pour ne plus se rappeler. Il commencerait par effacer tout ce stupre et ces fornications, puis il effacerait la douleur de ces dernières années, à commencer par celle de l'Enfer.
Il effacerait sa mort, celle de son frère, celle de son père et de sa mère. Il gommerait les blessures, les tortures, les souffrances de la solitude. Il raturerait tout ce qui avait fait son existence. Les moments de bonheur ? Il était trop jeune alors pour pouvoir désormais s'en rappeler.
C'est vrai ça, quand avait-il vraiment ressenti de la joie ? De la vraie joie ?
Les coups d'un soir ne comptaient pas. Dean était suffisamment honnête avec lui-même pour le savoir. La réssurection de son frère l'avait été, un court instant, juste avant que son contrat avec l'Enfer ne rattrape le cours de ses pensées.
Quand avait-il vraiment été heureux ?
Quand il avait été ressuscité lui aussi. Mais la peur de l'avoir été par un démon avait dévoré toute cette liesse.
Quand il avait rencontré un ange ? Pas vraiment, non. A vrai dire, Castiel lui fichait alors plus la trouille qu'autre chose. Enfin... Jusqu'à ce qu'il lui sauve la vie, deux fois, face à Alastair.
Finalement, il n'y avait vraiment rien. Rien, à part la première fois où il avait entendu Castiel rire. La première fois où son ami était devenu vraiment humain. Et puis la première fois où il l'avait vu désemparé face à tous ces vêtements... Et puis... Et puis...
Dean finit par relever la tête, les yeux pleins de larmes. Alors ? Allait-il en finir ? Allait-il mettre un ultime point final à toute cette « merveilleuse » aventure qu'était sa vie ? Il lui manquait tant de choses pour se sentir complet et partir sereinement. Il n'avait jamais fait de rollers, il n'avait jamais mangé français ni regardé toute la quadrilogie des Destination Finale. Il n'avait jamais aimé, ou pu aimer.
Et puis il y avait Lucifer. Si le jeune homme doutait du fait d'être la solution finale face à cette tête de con, il avait quand même fait naître tout ce merdier. C'était sa faute à lui, et la culpabilité était malheureusement l'un des trucs qui marchaient le mieux pour lui faire redresser la tête. Même l'idée de vivre toute son existence avec le pire des films porno dans sa tête lui paraissait moins terrible maintenant.
Sa tête se redressa soudain. Mais ce n'était pas cette dernière pensée qui lui faisait relever le chef. Non.
Il y avait du bruit. Quelque chose marchait derrière lui.


Oui, je sais, je suis horrible... Mais c'est pour vous garder un peu attentifs, héhé...

Oui, je brûlerai en Enfer. Enfin tout dépend si Dieu est un slasheur... lol