Bonjour tout le monde^^
Je m'excuse de cet affreux délai de publication - la réalité étant que je me suis étendue à plusieurs fandoms, et que j'ai pour quelques temps, hum, comme qui dirait zappé ce fandom-ci... :( - mais je suis de retour, et ce pour de bon^^ Rien ne m'empêchera de porter à terme toutes mes fics - exceptée une mort impromptue, bien sûr XD
Je vous souhaite donc une bonne lecture en espérant que cela vous plaise, et vous remercie encore de vos reviews !!! Je rajou à l'intention de Xia Ping que, sauf erreur de ma part, le chapitre suivant de Alors c'étai toi sera posté sous les trois jours - je dois simplement réécrire tout le chapitre, ô joie !
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WARNING : Sous-entendus de viols pédophiles donc pas pour les esprits sensibles, mais vous deviez déjà vous en douter...
Wing et Shinigami
DEUXIEME PARTIE : Une si longue histoire ?? Quel roman… !
CHAPITRE n°6 : Un étrange songe…
C'est chaud, douillet, confortable, sécurisant. Il est bien. Il ne se souvient pas avoir jamais aussi bien dormi. Il sent quelqu'un près de lui, exerçant un poids sur son flanc. Oh non... Pas encore... Alors cet Elu, le gentil garçon, la nourriture, les peluches, ce n'était... qu'un rêve... ? Les larmes lui montent aux yeux. Être enfin libre... Ç'avait été un joli rêve, oui, un joli rêve... Mais rien de plus, malheureusement pour lui. Dans quelques instants seulement, son maître viendra encore le dominer, le rabaisser, le punir de sa faute, d'avoir des ailes noires. Mais pourtant, le gentil garçon avait dit que ses ailes étaient blanches... ? Mais le gentil garçon n'était qu'illusion, se rappelle-t-il tardivement.
Voulant encore profiter de cette chimère si douce, il n'ouvre pas les yeux, se mussant sous la couette chaude le recouvrant pour la première fois depuis plusieurs années. La forme gémit contre lui, et il déduit donc que c'est bien le marchand qui dort à ses côtés. C'était évident, il n'y a que lui qui ait un lit. Pourtant, jusqu'à maintenant, il n'a jamais fait ça dans sa chambre, mais toujours dans la petite salle noire où il l'enferme en permanence. Il sent les larmes lui monter aux yeux. Il ne se souvient même plus de ce que le marchand lui fait... Est-il si habitué que cela à se faire dominer de cette façon, si ordurière ?
D'un sursaut, il s'écarte et se replie en position fœtale, remontant ses jambes contre sa poitrine. Son brusque mouvement réveille le marchand qui grogne. Un instant de silence se passe pendant qu'il entend le marchand mâchonner le vide, déglutir plusieurs fois. Il ne fait jamais ça, d'ordinaire... Etrange, pense le petit ange. Mais ce petit détail est pourtant bien loin de lui enlever sa terreur. S'il y a une chose qu'il n'oubliera jamais, c'est que le marchand a l'habitude de « rejouer » avec lui au réveil avant de l'enfermer à nouveau dans sa pièce, l'abandonnant dans le noir encore tremblant de honte, de douleur, de sensations immondes et de fatigue corporelle, le laissant vidé de toute substance et toujours plus horrifié de ses actes ou de ses réactions. Aucun doute que cette matinée ne fera pas exception à la règle.
Il sursaute lorsque la couette est fouillée, et qu'une main étrangement fine pour celle du marchand se pose avec une douceur encore jamais connue sur sa joue. Il se crispe et plonge sa tête sous la couette, la main toujours sur sa joue pour son plus grand malheur.
« Hey... Bien dormi ?
La voix est différente de celle du marchand. Alors ce n'est même pas lui qui l'a... qui a « joué » avec lui ? Le marchand avait dû trouver que cette alternative pouvait lui rapporter beaucoup. Après tout, ne lui avait-il pas répété plusieurs fois qu'il était beau ?
La main descend lentement sur sa nuque. Il la repousse brusquement et s'écarte. Malheureusement, il glisse et tombe du lit, s'étalant par terre. Il entend un raclement désagréable puis un PLOF ! ! sur le lit. Le marchand veut jouer avec sa marchandise, et tout de suite. Désespéré, il enfouit son visage dans ses mains, se repliant sur lui-même une fois de plus. Quelque chose presse doucement contre lui, l'emprisonnant dans un cercle chaud et solide. Il a peur. Le marchand ne s'est encore jamais comporté de cette façon avec lui, même lorsqu'il le bat. Pourquoi changer d'attitude maintenant ? A moins que ce ne soit là la conduite de ce mystérieux client inconnu ? Va-t-il lui faire mal, lui aussi, encore ? Il cesse de se défendre. A quoi bon ? Il sera déjà largement puni de ses quelques gestes de rébellion, alors pourquoi chercher à aggraver le fouet ? Il ne bouge plus, attendant les ordres, silencieux, se mordant la lèvre de toutes ses forces pour ne pas craquer. Il a si peur... ! Et tellement honte, oui, tellement honte de lui... Pourquoi tout sur lui, pourquoi est-ce lui qui doit subir tous ces coups, ces cris, ces tortures, ces...
Il éclate brusquement en sanglots, incapable de retenir ses larmes plus longtemps. Il pleure dans les bras d'un inconnu abusif sa honte, sa douleur et son désespoir.
Ça devient vraiment inquiétant. Le voir devenir si crispé et immobile entre ses bras dès qu'il le touche et éclater ensuite en sanglots... Alors, lentement, il se sépare de lui, desserrant ses bras, s'asseyant un peu plus loin de lui sur la moquette de sa chambre. Il reste ainsi un moment, observant le jeune ange, mais aucun changement ne se passe, la petite créature sanglote désespérément sur le sol inconfortable. S'approchant en prenant bien garde de faire du bruit, il commence à caresser délicatement sa joue fragile, en un mouvement calme et attentionné, lui parlant d'une voix grave et basse pour l'apaiser, le forçant peu à peu à la réalité, à son contact. De multiples tressaillements agitent le corps nerveux de l'ange, alors que celui-ci continue de sangloter. L'Elu se mord la lèvre. Il aimerait tant prendre dans ses bras ce petit être agité de soubresauts lourds et étouffés, le serrer contre lui et le calmer en lui murmurant des mots doux, en le caressant, en le câlinant... Il aimerait tant effacer ces souvenirs et ces craintes de son esprit, quitte à les accepter lui-même... Il aimerait tant... le... le dorloter, oui, prendre soin de lui, le serrer contre lui lorsqu'il fera ses cauchemars, lui apprendre la vie, le prendre contre lui quand... quand il aura peur, ou quand il sera en manque de tendresse, quand... quand le petit ange en aura envie, tout simplement ! Depuis bien trop longtemps, L'Elu est seul au Palais. Bien sûr il a des amis, mais ils sont loin et le roi refuse de les laisser entrer au Palais – de fait, ils ne se voient presque jamais... Alors que le petit ange, lui, serait là, et puis sans compter que... le jeune esclave aussi a besoin de lui. Lui aussi a besoin de quelqu'un sur qui compter, avec qui il pourra tout échanger sans rien craindre en retour, que ce soit paroles ou gestes d'affection... Oui, le petit ange et lui ont autant besoin de l'autre.
Pourtant L'Elu sait qu'il ne sera pas facile de gagner la confiance du petit être. Déjà, il a fait sa première erreur. Il voulait que le garçon sente bien le lit autour de lui, pour qu'à son réveil, il sache avec assurance où il était, qu'il était au Palais, avec lui, en sécurité. Ainsi il avait déshabillé le jeune esclave pour ne lui laisser que ses boxers. Il avait pensé que de cette manière, le jeune ange dormirait mieux et saurait où il se trouvait. Mais au lieu de cela, le garçon s'était trouvé terrorisé dans son lit, et lorsqu'il l'avait touché, l'avait repoussé et s'était raidit. Non, franchement, la confiance du petit ange ne sera pas si facile que cela à gagner...
Pourtant, inlassablement, presque tendrement, il passe et repasse sa main sur sa joue, lui parlant de tout et de rien pour le calmer, le rassurer – pour qu'il reconnaisse sa voix, pour qu'il le reconnaisse, lui.
« Je voudrais tellement que tu te calme pour qu'on puisse parler... Ce serait tellement bien si tu ouvrais les yeux et si tu arrêtais de pleurer... Si tu veux je m'assois même à l'autre bout de la chambre, si ça peut te rassurer. Tu sais, j'aimerais bien sortir avec toi dehors, il fait beau, y a du soleil, ce serait bien... J'aimerais bien te faire découvrir le monde des anges, me promener avec toi... Je suis certain que tu es quelqu'un de merveilleux malgré tout ce que tu penses. Tu sais, moi aussi j'ai un secret, ceux qui le savent m'ont rejeté avant de savoir qui j'étais. Il y en a partout et tout le temps, des gens comme ça, tu sais... Il ne faut pas y faire attention. Le marchand t'a dit que tu étais beau, il a raison. Il t'a dit que tu étais sale, il a tort. Tu es bien plus pur que bon nombre d'entre nous, et largement plus que cet homme. Il t'a avili pour te rabaisser, pour paraître fort et grand, mais c'est facile de soumettre un enfant qui ne connaît rien de la vie. Par contre c'est plus dur d'affronter un adolescent qui a déjà des convictions et des opinions sur telle ou telle chose. Et cela, il ne le fera jamais. Il ne se mesurera jamais à quelqu'un qu'il ne peut pas mettre à genoux devant lui. Qu'il ne peut pas abuser. Tu sais, je... Je voudrais -vraiment- que tu m'acceptes. Que tu te confies à moi. Que tu me laisses t'approcher. Que tu me laisses prendre soin de toi. Te donner de l'affection. T'aider à reprendre ou/et à connaître une vie normale. Sans douleur. Sans peur. Avec le confort, le bonheur, la joie et le rire. Je te promets que je ferais tout ce que je peux pour te faire reprendre une vie « banale ». Je doute fort que tu oublies ces sévices, mais au moins auras-tu une vie à nouveau comme tout le monde, loin de cet homme et de la violence. Il va être arrêté pour trafic illégal d'esclaves. Tu sais, c'est interdit depuis longtemps, d'asservir quelqu'un comme il t'a fait. Il y a une loi sur ça, qui dit que soumettre quelqu'un par la force, contre la volonté de cette personne, est passible de la prison à vie. Ou de mort, dans certains cas. Il faudra peut-être que... que je te poses certains questions sur tu me dises s'il y avait d'autres anges comme toi avec toi, avant, pour qu'on puisse lui infliger sa juste punition. Ce qu'il te faisait, personne ne le refera plus jamais, c'est promis, je te le
- … plein...
- Huh ?
- On était… plein… vraiment beaucoup… jeunes…
- Petit...
Sa main vient caresser les doux cheveux de son protégé.
« … tous vendus… sauf moi…
- Et c'est tant mieux, car j'ai pu te retrouver, termine l'Elu d'un ton ferme.
Puis il sourit avec douceur à son petit compagnon, rassuré sur son sort. On peut dire que le jeune esclave lui a fait une belle peur… Le voir sangloter par terre, tellement immobile et désespéré n'avait rien de rassurant – bien au contraire. Il se retient de justesse de ne pas le prendre dans ses bras. Vu la précédente réaction du garçon à son contact, ce n'est visiblement pas la bonne solution pour le rassurer. Alors, au lieu de cela, il préfère lui remémorer les événements de la veille – qui il est et où ils se trouvent.
« Tu te souviens de moi ?
- Oui...
L'Elu sourit encore, d'un sourire tendre destiné à l'enfant, dont la phrase l'a bien ému.
« Tu te souviens de ce qui s'est passé hier ?
- Oui, tu...
L'ange s'interrompt brusquement, ses yeux s'écarquillent.
« Alors c'était pas un rêve... C'était vrai, tu... Tu es vraiment là...
- Je suis vraiment là, pour longtemps et toujours pour toi. Tu pourras compter sur moi pour n'importe quoi, je t'aiderais. Si tu acceptes que je t'aide.
- C'était toi qui me parlais ? J'ai entendu une belle voix douce, qui ressemble un peu à la tienne, et elle me disait plein de gentilles choses...
- Comme quoi, par exemple, si tu veux bien me le dire ?
- Que le marchand n'allait plus pouvoir refaire ce qu'il m'a fait à personne, qu'il allait être mit en prison, que je pourrais rester près d'elle, qu'elle me ferait découvrir le monde et qu'elle m'apprendrait à avoir des amis, à avoir du bonheur…
La voix de la fragile créature se ait vacillante, hésitante.
« Que... que je serais... l-libre...
- C'était moi.
Dieux, comment pouvait-on voir tant d'espoir dans un seul regard ?
« Et j'ai quelque chose à te dire, murmura le Prince en se penchant vers son protégé. A partir de maintenant, à partir de cet instant précis, tu es libre. Libre.
Libre. Le mot semble résonner dans la pièce comme un glas. Libre… ce n'est qu'un mot, mais il fait déjà beaucoup de bien…
Mais libre, quelque part, signifie tout seul, et lorsque L'Héritier se recule, cessant la douce caresse qu'il prodigue à sa joue, le garçon sent ses entrailles se tordre en une violente panique. Sursautant brusquement, il rattrape d'un geste un peu brutal son poignet et le tire à lui, le visage à nouveau déformé par la peur.
« Non, je t'en prie, ne m'laisse pas !
- Tu es libre, maintenant. Plus personne n'a le droit de te forcer, même par gentillesse, à faire quelque chose. Cette règle s'applique aussi à moi.
- Mais toi tu...
L'ange se mord la lèvre. Il veut le gentil garçon près de lui, il est bien avec lui...
« Tu... Tu as dis que j'appartiendrais à celui ou celle à qui j'offrirais mon cœur et mon âme...
- J'ai dit ça, en effet, et je le maintiens.
- Si c'est vrai, alors je... Je t'appartiens. Je... Je veux t'appartenir. Je veux être à toi. Personne ne peut être pire que lui, et puis, ... tu as l'air gentil...
- ... Je ne sais pas quoi répondre, avoue L'Elu. Je ne pensais pas que tu voudrais tellement être avec moi alors qu'on ne se connaît presque pas...
Offrir son cœur et son âme à un inconnu ? Quelle drôle d'idée… Et quelle tentative désespérée pour le retenir, surtout… Bien. Si l'ange le souhaite, il accepte. Mais ue cela soit bien clair, ce ne sera qu'un bail à durée limitée qui devra être renouvelé.
Le petit ange baisse la tête. L'Elu ne veut pas de lui. Il s'est trompé. Après tout, c'est vrai, qui voudrait d'un esclave aux ailes noires ?
« Mais je n'ai pas dis pour autant que je n'acceptais pas. Si tu le veux, alors je le veux.
Le jeune ange fixe le gentil garçon lui sourire, son joli visage éclairé, les yeux brillants de... de il ne sait pas trop quoi, en fait. Il n'a jamais vu cette expression là chez quelqu'un... Subitement, il ressent l'envie de se réfugier dans les bras du gentil garçon. Mais il ne peut pas. C'est déjà beaucoup qu'il l'ait accepté chez lui, alors en plus le câliner...
L'Elu doit se faire violence pour ne pas entourer la taille du petit garçon de ses as pour le serrer contre lui. Il l'aurait fait depuis déjà bien longtemps si seulement cette menace de terreur ne pesait pas dans son esprit. L'ange l'a reconnu, c'est vrai ; il se souvient de ce qui s'est passé la journée précédente, c'est vrai ; mais malgré son vœu d'appartenance tout juste exprimé, rien n'indique qu'il lui fasse confiance au point de se laisser toucher.
Décidant d'éclaircir les choses une bonne fois pour toute, il s'apprête à ouvrir la bouche lorsque brusquement le petit ange s'effondre.
Sa tête bascule vers l'arrière, son dos suit, et enfin c'est tout son corps qui souhaite rejoindre le sol dur. Il enserre la créature de ses bras pour la retenir, et sent le corps menu de celle-ci se presser contre lui. En moins de temps qu'il n'en faut pour le penser, un petit ange peureux se blottit tout contre sa poitrine.
Il sourit en réalisant que ce n'était qu'une manœuvre de diversion afin de l'amener à le prendre dans ses bras.
« Malin, hein... ? demande-t-il, amusé et souriant, au petit être. Mais il faut me demander, dans ce cas. Et sache que je ne suis jamais contre un gros câlin, surtout pas avec quelqu'un d'aussi adorable que toi... !
Le garçon rougit un peu dans son épaule, puis fourre le nez dans son cou. Là, il inspire un grand coup, remplissant ses poumons de l'odeur de L'Elu. C'est une odeur qui lui semble déjà familière, et à laquelle il n'aura aucun mal à s'habituer... L'Héritier le laisse faire, attendri. C'est si rare de voir quelqu'un qui a su préserver pendant toutes ces années une telle innocence... Lentement, avec précautions, il referme ses bras autour du corps nu de ce petit être martyrisé. Entièrement confiant pour la première fois depuis des années, l'ancien esclave le laisse agir sans broncher. Ainsi, il se retrouve plongé dans l'odeur du gentil garçon, et est serré avec douceur contre un corps solide.
Quelle différence entre lui et le gentil garçon ! Alors que lui est limite famélique et épuisé de tous côtés, le gentil garçon possède un corps sûr, ferme, à ses yeux inébranlable, et semble débordant d'énergie. Comment une personne si bien dans sa vie peut s'intéresser de près ou de loin à quelqu'un aussi misérable que lui ?
Précautionneusement, il se tourne dans les bras du gentil garçon. Ceux-ci desserrent quelque peu leur étau, lui permettant de se déplacer, puis, lorsqu'il se pose, se rapprochent à nouveau de lui. Il ouvre à demi les yeux, le crâne logé dans l'aisselle du gentil garçon, et reste à l'observer. Ce garçon a un joli visage, ouvert et joyeux, et sa grande main douce actuellement nichée dans le creux de sa nuque lui prodigue une caresse source de longs frissons chaleureux, agréables et relaxants.
La petite créature lève la main, pour la poser avec hésitation sur la clavicule et le plat de l'épaule du gentil garçon. Contrairement à sa crainte, son maître ne le repousse pas, laisse sa main où elle est, lui permettant de s'accrocher à lui, de l'empêcher de le quitter.
Sentant une torpeur sourde et patiente l'envahir peu à peu, il ferme les yeux et se cale bien dans le creux du bras du gentil garçon et enfouit son nez dans son torse comme un chaton. Celui-ci, ne souhaitant pas qu'il se rendorme pour pouvoir le faire manger un peu, le secoue légèrement, doucement, sans brutalité. Importuné, le petit ange marmonne et pousse encore plus son nez dans le pyjama de L'Elu.
« S'il te plaît, insiste le Prince, j'aimerais te faire manger un peu... Après je te laisserais dormir, mais pour l'instant je vais t'embêter encore un peu.
Il ponctue sa boutade d'une légère caresse qui fait ronronner son petit compagnon, puis se lève doucement, emportant avec lui ledit compagnon afin de l'étendre dans le lit à nouveau, le recouvrant soigneusement d'une chaude épaisseur avant de s'estimer satisfait. Ceci fait, il s'assoit sur le bord du lit, une main s'emmêlant aux cheveux du jeune garçon pour lui gratouiller la tête.
On toque à la porte, puis celle-ci s'ouvre, laissant apercevoir une domestique femme en tablier à froufrous blanc qui sourit d'un air avenant.
« Bonjour Ioda.
- Votre altesse, s'incline respectueusement la femme.
- Relève-toi, Ioda, tu me lavais quand j'étais enfant. Je te remercie de ta promptitude.
Ioda sourit de nouveau et disparaît un instant pour tirer à sa suite un chariot recouvert de cloches. Elle l'approche de son Prince.
« Je me suis permis de préparer des choses simples pour votre petit compagnon, Duo. Un peu de riz, de la viande, des légumes vapeu. Mais si cela ne vous convient pas, je poeux tout à f-
Ce sera parfait, Ioda. Tu es une reine ! Voudrais-tu te joindre à nous ?
- J'ai beaucoup de travail qui m'attend, sans vouloir offenser Votre Altesse...
- Ce n'est pas grave. Je vais te laisser retourner travailler. Encore merci…
- A Votre service, Altesse...
L'Elu sourit devant la gentillesse et la serviabilité de domestique, à la fois femme de chambre, nourrice et préceptrice en son temps. Celle-ci s'incline et sort en silence, fermant doucement la porte derrière elle. Le Prince se tourne alors vers son protégé. Le petit ange a l'air choqué, et il devine sans mal pourquoi.
« Ne t'inquiète pas, elle n'est pas malheureuse. D'ordinaire, j'évite de faire appel à son aide pour ne pas lui donner trop de travail. Mais là je ne pouvais pas faire autrement, je n'ai réellement confiance qu'en elle et je ne voulais pas te quitter.
- Co-Comment tu l'as... appelée… ?
L'Héritier lui offre un sourire malicieux puis se penche un peu sur lui en agitant les mains.
« C'est magique, souffle-t-il d'une voix mystérieuse.
- Magique ?
- Hinhin.
- Tu es fort ?
- Un peu. Mais ceci n'es pas difficile. Tu pourras le faire aussi, plus tard. Quand tu iras mieux, et que tu le voudras.
Amusé par de son protégé, L'Elu se penche vers lui, nichant le visage du petit garçon dans son cou et fermant les yeux. Le souffle tiède et tremblant du jeune ange lui chatouille le cou, le faisant légèrement sourire. Sans brusquerie, il place un de ses bras sur l'oreiller pour se tenir et l'autre dans les reins du petit ange, sa main cherchant puis trouvant le chemin de la peau sensible de son dos pour une simple caresse aérienne. Il le sent se tendre violemment, puis se relaxer lentement et rapproche sa bouche de son cou en un contact délicat. L'Elu reçoit un petit bisou hésitant et affirmé à la fois, qui accentue son sourire. Vraiment adorable !
Le petit ange le bizouille à nouveau dans le cou, puis encore, et encore, jusqu'à ce qu'il sente les lèvres de son favori s'ouvrir davantage et la langue humide du petit garçon caresser lascivement sa peau. Il se fige, étonné par la conduite soudain désinhibée du petit ange. La bouche de celui-ci se déplace légèrement, la langue léchant avec lenteur son cou, appuyant avec insistance dessus. Alors les cajoleries ne cessent plus, s'enchaînant plus rapidement, étrangement agréables.
Agréables ? Non ! Dans un sursaut, L'Elu attrape l'épaule du jeune garçon et le plaque sur le matelas, le séparant de lui. Hébété, il fixe le petit corps tremblant devant lui. Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Est-ce lui, par quelque geste, qui a déclenché cette réaction… surprenante ? Certainement, il n'y a pas d'autre raison, mais comment ? Pourquoi ?
Et soudain, la lumière se fait. Il s'est penché sur lui, lui exposant son cou, se collant contre lui, l'enfermant contre lui ! Le petit ange a sûrement prit son geste comme un ordre. Et lui qui ne voulait que le réconforter ! Bon Dieu ( pardonnez-lui ) comment peut-il se sortir de cette situation ? Et ce garçon, ce garçon violé et abusé, battu et affamé, qui le regarde avec peur et incompréhension….
Et en effet, le petit ange ne comprend pas. Pourquoi le faire commencer puis arrêter ? Le marchand, lui, ne l'avait jamais arrêté. Il le sommait même plutôt de se dépêcher de finir… Alors pourquoi ? Ce n'est pas normal, ça n'a pas de sens ! A moins que -oh !- que le garçon n'ait d'autres projets en tête... ? La peur s'empare de lui. Non pas ça ! Il lui avait promit... ! Il lui avait promit qu'il ne le lui ferait plus ça ! Promit !
La main de L'Elu se pose doucement sur la joue tendre du jeune garçon. Aussitôt, celui-ci se tortille, cherchant à échapper au contact. L'Héritier retient une grimace et agit de son autre main pour saisir le poignet du jeune ange. Instantanément immobile, la faible créature lève vers lui des yeux choquants, violents, partagés entre la honte, la trahison et la peur. Par Marie la Vierge, que peut-il faire contre ça ? Contre tous ces sentiments trop rudes, contre cette hypersensibilité…
Souhaitant apaiser la petite créature, Le Prince commence à mouvoir son pouce sur le creux du poignet exposé de son protégé, caressant délicatement la chair tendre et sensible. En même temps, il ne le quitte pas des yeux, tentant de lui faire passer toute son affection et son honnêteté. Sa main sur son épaule sa joue se retourne pour câliner la pommette fragile du dos de ses doigts, avec soin et prudence.
« Je t'ai dis, dit-il ensuite d'une voix rassurante et ferme, et je maintiens, que tu n'auras plus à faire ceci. Plus jamais. Je ne te forcerais pas à le faire, jamais, ni ce soir, ni dans deux jours, ni dans deux ans ni dans quinze. Plus jamais tu n'auras à faire plaisir aux gens comme ça, je te le promets. Je ne lisserai personne t'obliger à le faire, tu sais ? Personne. Plus jamais. Je te le jure – et à cet instant une petite sphère lumineuse sort de la poitrine de L'Elu, entre les deux clavicules, et se dirige vers le front du petit garçon effrayé – solennellement - parvenue à quelques centimètres de son but, la sphère brille plus fort, les aveuglant presque de son jaune pâle puis se dissout en une pluie de poussière qui vient s'enrouler telle une couronne atour de la tête de l'esclave – sur ma vie – Une seconde sphère, d'un rouge incandescent, s'extirpe de la poitrine de L'Héritier au niveau du cœur, et, suivant la même procédure, vient mêler ses fragments rougeoyants aux fines pellicules dorées. Finalement, une note d'une pureté inégalable résonne, et c'est fini – Tu vois, je l'ai juré, maintenant je suis obligé de le faire. Si j'échoue et qu'on te force encore à ce genre de choses, je mourrai. Je veux te protéger, et je le ferai.
Puis sa voix s'adoucit, et il offre un sourire penaud à son compagnon.
« Je suis vraiment désolé. Je voulais juste de réconforter, pardonne-moi…
Après cette déclaration, le silence s'installe.
Le petit ange le fixe, réalisant peu à peu la portée des phrases du garçon. Il lui dit qu'il ne le forcera plus jamais. Il lui dit qu'il n'est pas un jouet. Il lui dit qu'il est libre. Libre... Ce mot, il ne le connaît qu'en rêve. Pourtant le garçon lui a dit qu'il était libre, maintenant. Et il a juré qu'i le protègerai, et la magie le force à le faire maintenant, alors il est en sécurité, n'est-ce pas ?
La magie est mauvaise, lui souffle une petite voix. Rappelle-toi ce que t'a fait la magie, ce que tous ces hommes qui ont utilisée la magie t'on fait d'horrible… souviens-t-en et revis-le, pour ne plus jamais l'oublier ! Et comme si la petite voix contrôlait ses pensées, des tas d'images commencent à défiler devant ses yeux. Des images terribles, édifiantes, des scènes affreuses et monstrueuses. Lui, et d'autres hommes, plus grands, plus gros, plus forts, plus violents et cruels. Le marchand, avec des billets, ou dépourvu de vêtement, et lui à quatre pattes devant lui, dans un sens ou dans l'autre. Et les chaînes, la table en bois, la matraque, le bâton souple mais trop rigide qui le faisait crier pendant que, derrière lui, l'homme (un autre ange, bien évidemment, mais avec de jolies ailes blanches, lui, par une sorte de monstre comme lui l'était) s'en amusait en disant que c'était comme ça qu'on dressait les ,,ponais'', des animaux qu'on chevauche à loisir (où et quand on veut) - exactement comme lui. Et il avait plaint les ,,ponais'', même s'il ne savait pas ce que c'était, parce que ça faisait atrocement mal, ça donnait envie de mourir et un sentiment de honte, et ça le faisait crier, pleurer, supplier et saigner. Lui et le sang, et la magie, et la douleur. Oh oui, la magie était mauvaise !
Alors, le gentil garçon, il l'avait trahi ? Il avait utilisé la magie, et la magie ne fait que du mal ! La magie est mal ! Comme les anges sont vils et fourbes, pour inventer de telles choses !
Les nerfs à fleur de peau et mentalement épuisé, le petit ange fond en larmes.
Aussitôt, L'Elu s'étend près de lui sur le flanc et le prend dans ses bras, le berçant tendrement, lentement, lui parlant d'une voix grave, apaisante, pour que le jeune garçon se calme, se détende. Il commence un mouvement circulaire lent et appuyé dans son dos, et plus particulièrement dans la zone des reins, pour relaxer ses muscles tendus, pour lui faire éprouver du bien-être – pour le rassurer, tout simplement. Le garçon tente de se dégager, mais trop faibles et secoué par de violents sanglots, échoue et abandonne rapidement. Mais Le Prince, observateur, ajoute un soupçon de Pouvoir à son mouvement, faisant vivre le corps fatigué du garçon d'une douce chaleur consolatrice. Il sent les muscles dorsaux du petit ange se relâcher lentement, petit à petit. L'ancien esclave pèse de plus en plus dans ses bras, écrasant son bras sur le matelas. Il ne bronche pas, attentif aux muscles bandés du jeune garçon. Très lentement, la créature terrifiée se calme, se détendant entre ses bras, s'amollissant doucement, pour enfin se laisser reposer sur le matelas, roulant sur le dos, les yeux fermés, un bras au niveau de sa tête, un souffle saccadé filtrant de ses lèvres.
Souriant légèrement, L'Elu continu de caresser avec tendresse et délicatesse la joue fragile du dos de ses doigts. Le petit ange ne bronche pas devant le contact, reprenant lentement ses esprits. Une main tourne sur ses reins, chaude et relaxante, quelque chose de doux et tiède caresse avec une infinie... tendresse ? sa joue meurtrie par les coups. Lentement, il ouvre les yeux, ses paupières aussi lourdes qu'une chape de plomb le limitant dans son geste.
L'Elu lui sourit, d'un sourire rempli de douceur, ses yeux si beaux et grands brillant d'une étincelle affectueuse au possible. Le petit ange se sent touché par cette expression, presque tendre, oui, et que personne n'a jamais eu pour lui depuis des années. Mais la magie…
« Ça va mieux ?
Le jeune garçon acquiesce, prudent. Mieux vaut ne pas monter à l'autre qu'il sait, ça pourra toujours servir pour éviter les coups, non ?
« C'est bien, alors. Je n'aime pas te voir pleurer. Cela me rend triste moi aussi... Et puis, c'est dommage que de si beaux yeux ne servent qu'à verser des larmes, non ?
Et de nouveau ce sourire, et ce regard, et l'ange sen sa méfiance fondre un peu. Quelqu'un possédant un tel sourire et un tel regard peut-il faire de la magie ? Utiliser une chose mauvaise ?
L'Elu sourit de nouveau, amusé et attendri par la rougeur du garçon. Puis il se redresse et avise le chariot, vers lequel il se dirige. Il soulève rapidement quelques cloches, examinant rapidement leur contenu. Eh bien, Ioda n'a pas fait semblant. Il y en a pour nourrir toute une tablée ! se décidant rondement, il s'empare d'une assiette et la garnit de quartiers de pommes de terre légèrement épicés, d'un peu de poulet tendre et savoureux, de riz blanc, d'émacié de dinde en sauce, de bœuf aux carottes – le tout dégageant un fumet bien alléchant.
Pendant ce temps, le petit ange réfléchit. L'Elu a vraiment l'air gentil et sincère, mais la magie est mauvaise. Très mauvaise – il le sait et ne pourra jamais l'oublier. Il ne peut donc pas faire confiance a garçon, puisqu'il utilise de la magie – sauf peut-être lorsqu'il n'en fait pas… ? Hum, idée à creuser. Et le petit esclave de réaliser alors que L'Elu a déjà utilisé la magie avec lui, pour lui donner des vêtements et des nounours et – horreur – le faire manger ! Il a mangé de la magie ! Il a de la magie en lui – encore ! die tout puissant ( c'est le cas de le dire ) !
Loin de tout ça, L'Elu arrange la nourriture dans l'assiette de son protégé pour ne pas tout mélanger, puis passe la main sur le tout afin de réchauffer les aliments. Tout de même, c'était pratique la magie ! Puis, satisfait, il revient vers le lit et s'assoit de nouveau sur le bord en veillant à ne rien renverser. De ce fait, il ne voit pas le regard du petit ange se fixer sur la nourriture. S'il mange, peut-être que la magie partira plus vite de son corps ? Oui, il faut qu'il mange – et en plus, il a faim ! Son ventre se manifeste alors en gargouillant bruyamment, et Le Prince relève la tête en lui souriant gentiment. Avec une fourchette venue d'on ne sait où ( sûrement cette mauvaise magie ! ) il découpe en deux un quartier de pomme de terre, le pique, et souffle dessus pour le refroidir. Il sait d'expérience que les pommes de terre ont tendance à être tièdes en dehors et vicieusement brûlantes à l'intérieur.
« Ouvre la bouche, s'il te plaît. Tu vas me dire si tu aimes.
Relevant la tête, le petit ange louche sur la patate. Avec un coup d'œil un peu craintif vers son… hum, hôte, il concède à entrouvrir les lèvres, et mord dans la nourriture, une toute petite bouchée, juste assez pour goûter et trop peu pour manger. C'est... bon, réalise-t-il. Il ouvre de grands yeux en avalant la nourriture. C'est vraiment bon.
« Alors ? Tu aimes ?
- ... oui...
Heureux, Le Prince sourit, lui présentant le reste du demi-quartier. Le jeune ange l'avale cette fois-ci sans hésiter, prenant le temps de le goûter. C'est épicé, juste comme il faut. L'Elu lui présente un autre quartier, qu'il avale tout aussi sec, puis un troisième... L'Elu repose l'assiette au bout d'un moment, s'attirant un regard interrogateur de son protégé.
« Je veux juste te redresser et t'appuyer contre moi, tu seras plus à l'aise pour manger.
Quelque peu soupçonneux – il ne veut plus que l'autre s'approche de lui, mais il faut qu'il mange pour évacuer la magie, non ? – le jeune ange se redresse sur ses coudes, puis en position semi-assise. Se déplaçant, L'Elu s'assoit sur ses genoux, puis, glissant un bras autour des épaules de son protégé, l'attire contre lui, doucement, et le laisse peser sur sa poitrine, la tête du petit garçon logée dans son aisselle. Posant l'assiette chaude sur les cuisses du petit ange, au travers de la couette, Le Prince recommence à lui donner la becquetée, exigeant d'abord qu'il boive un verre de lait tiède à point pour soulager sa gorge certainement un peu irritée vu le rocailleux de sa voix.
Le petit ange hésite un peu ; cela fait bien longtemps déjà qu'il n'a pas bu de lait, il en a même oublié jusqu'à la saveur et ce n'est pas un aliment qui aidera à faire partir la magie... Mais devant l'insistance de son hôte, il ne peut que céder et entrouvre les lèvres, et du bout de la langue, lape un peu du liquide. C'est... pas mauvais. Crémeux, et ça laisse un petit goût dans la bouche... Il ouvre plus la bouche, consentant visiblement à boire tout le verre. Il enchaîne les gorgées plus rapides aux plus longues, faites pour apaiser sa gorge irritée et pour savourer la boisson. L'Elu incline doucement le verre pour l'aider, et il ferme les yeux, renversant la tête en arrière pour pouvoir se contenter d'avaler à intervalles réguliers.
Inclinant le verre de lait pour permettre une absorption aisée au petit ange, L'Elu le laisse peser contre lui, l'observant boire d'un air attendri. Le petit garçon est vraiment tout chou, un vrai trésor. Le Prince s'étonne encore une fois de la cruauté du marchand envers une personne si attendrissante.
Remarquant une certaine difficulté à finir le verre de lait, il décide de recommencer à nourrir le petit ange. Pas la peine de lui remplir l'estomac de liquide, ce n'est pas cela qui comblera sa faim. Alors, séparant doucement le verre des lèvres sèches de son protégé, L'Elu l'entend soupirer puis respirer à fond plusieurs fois. Il attend un moment, lui laissant le temps de récupérer avant de le questionner.
« Tu as encore faim ? Tu veux quelque chose de particulier ?
- Il reste encore de ce que tu me donnais... ?
- Bien sûr. Tiens, dit L'Elu en lui présentant une potatoes. Tu peux manger avec tes doigts, si tu veux. Attention, c'est encore chaud...
Prudent, le petit garçon mordille dans l'aliment avant d'en couper une bonne moitié avec ses dents. Pendant ce temps, L'Elu fait apparaître poudres et gélules médicinales, qu'il mélange savamment aux aliments destinés à la petite créature.
« J'ai mis des médicaments dans ta nourriture, c'est pour te soigner. Tu ne les sentiras pas, ça n'aura aucun autre goût que celui de la nourriture.
- Si je ne vais pas m'en rendre compte, pourquoi tu me le dis ?
- Parce que tu les manges et que tu as le droit de savoir ce que tu manges.
- C'est déjà beaucoup que je mange... murmure pensivement le petit ange.
Ce qui n'est pas faux. Il a eu plus à manger avec L'Elu en une seule journée qu'en un mois avec le marchand. Sa gentillesse est donc vraiment sincère – il faut juste qu'il se méfie de la magie. La magie est mauvaise, il ne doit pas l'oublier. Il doit s'en méfier et s'en préserver. Mais… juste de la magie.
Si le petit ange trouve ça normal, L'Elu, lui, s'indigne de la phrase du petit garçon – un fait malheureux, énoncé d'une voix neutre. Brusquement et peut-être même un peu brutalement, il prend le visage maigre entre ses mains et le tourne vers lui.
« Tu n'as pas le droit de penser ça ! Je t'ai promis que tu aurais une vie décente, et tu vas l'avoir ! Tu auras des vêtements, des jeux, des amis, à manger, un lit et plein d'autres choses encore qui font qu'on a une bonne vie ! Tu n'as pas le droit de te dire que ce que je te donne là est merveilleux ! Ce que tu as là, ce n'est pas grand-chose, il y a bien mieux ! Et ce bien mieux, je te le donnerais ! Je te promets que tu vas l'avoir, et ce pour longtemps ! Tu m'entends ? Est-ce que tu as entendu ce que je viens de te dire ?
- Oui, maî-
- Non !
Pas de maître ! Plus de maître, plus jamais !
Le Prince se recule, descendant du lit pour s'éloigner du petit ange. Celui-ci le regarde faire, figé. Il l'a saisi par le menton et secoué. Il lui a crié dessus. Mais il lui a crié dessus en lui disant de si jolies choses… Et son ventre est si chaud maintenant – mais ça ne devrait pas, n'est-ce pas ?
« Je suis désolé, l'interrompt dans ses pensées et réflexions L'Elu. Je n'aurais pas dû te crier dessus. Je ne voulais pas…. Je… Désolé.
Oh. Et le voilà qui s'excuse. D'avoir hurlé ou pour ce qu'il a dit ?
« Je t'interdis de penser que je regrette de te promettre ce qui est normal ! Si je dois m'excuser ce n'est certainement pas pour ça, mais plutôt de te crier dessus sans arrêter !
Ow. Il s'excuse donc de lui avoir crié dessus… Un large sourire s'épanouit sur les lèvres du garçon. Et soudain, sans comprendre grand-chose, L'Héritier reçoit soudain un petit ange maigrelet dans les bras, le coupant dans ses sombres pensées et l'empêchant par la même de faire exploser tout son circuit de neurones en surchauffe.
Le petit ange se musse contre lui, se blottissant au creux de ses bras. Il se sent un peu faible dans les jambes, mais qu'importe. Il n'est plus à ça près. Et puis, il aime bien la sensation de sécurité qui l'habite lorsqu'il est dans les bras du gentil garçon. C'est une sensation qu'il n'a jamais éprouvée depuis des années. Savoir qu'on ne se fera pas battre comme plâtre à tout moment et sans raison, c'est... bien. Et il en profite au maximum, avant que son bienfaiteur ne change d'avis pour devenir un esclavagiste brutal et sans scrupules – avant que la magie ne revienne.
Les bras de L'Elu se resserrent autour du petit ange, le serrant contre son corps solide. Celui-ci laisse reposer sa tête contre le crâne de son favori, et savoure sa présence tout contre lui.
« Je suis désolé.
- Tu te répètes.
- … peut-être, oui.
- Si tu me crie toujours dessus en me disant ce genre de choses, tu peux recommencer demain, et même ce soir…
Il sentit L'Elu enfouir son nez dans ses cheveux et y souffler puissamment.
« Tu es mignon, souffla-t-il doucement.
- Tu es la première personne à me dire ça, avoue l'ange.
- Cela m'étonne que jamais personne ne t'ait dit de choses gentilles…
- Il ne m'en a pas dit beaucoup, confesse l'ancien esclave.
- Et bien prépare-toi à connaître le bonheur des compliments.
- C'est quoi un compliment ?
- Hum… C'est… un commentaire gentil que l'on dit à quelqu'un, sur… sur son corps ou son moral ou… enfin voilà, quoi.
- Et c'est bien, de faire des compliments ?
- Eh bien, ça fait plaisir à la personne, alors oui, souvent, mais ça dépend des fois.
- Comment ça ?
- Il y a des gens qui disent des compliments qu'ils ne pensent pas pour obtenir des cadeaux de quelqu'un, surtout si elle est importante.
- Et ça c'est pas bien ?
- Non. Ça, c'est être hypocrite.
- Dire une chose et en penser une autre, c'est ça ?
- Exactement. Tu utilises la personne à tes propres buts.
- Et… ça la blesse, murmure le petit ange.
Ça fait mal, et même parfois, ça fait saigner…
« Oui… Tu apprends vite.
- Je connais pas beaucoup de choses, j'apprends vite les autres...
- Tu ne devrais pas penser ça. Tu as une culture différente, c'est tout. Mais tu n'es pas plus bête qu'un autre.
- C'est quoi la culture ?
- Huum… C'est… l'ensemble de ce qu'on sait. L'envie d'apprendre pour en savoir plus.
Le petit ange n'est pas sûr de bien tout comprendre, mais ce n'est pas grave. Il se sent bien...
A la pesée du corps de son protégé contre le sien, L'Elu devine son épuisement. Alors, il se baisse précautionneusement, pour le prendre dans ses bras façon jeune mariée, et le porter jusqu'au lit où il l'étend avec douceur, le recouvrant de l'épaisse couette encore toute chaude. Il commence naturellement à caresser les cheveux du garçon. Garçon qui ferme les yeux sous le contact, si doux pour lui, habitué aux coups et à la violence.
S'asseyant au plus près de lui sur le matelas, au niveau de son épaule, Le Prince regarde l'ange se détendre sous son toucher, s'apaiser, et son visage s'éclaircir progressivement d'une petite moue de satisfaction.
Les yeux du petit garçon s'ouvrent soudain, et se tournent vers L'Elu. Ils le détaillent avec soin et lenteur. Le Prince lui sourit d'un air tendre, silencieux, et l'ange se sent sourire lui aussi, mis en confiance par son expression, son sourire.
Et dans un parfait ensemble, chacun des deux se dit que, oui, leur avenir pouvait être radieux s'ils s'en donnaient la peine.
( à suivre… )
Des sentiments tout plein, du mimi, des bisous ( ça va pas s'arranger de ce côté-là, croyez-moi ! )
J'espère que ça vous plaît toujours =S
Promis, le chapitre prochain arrive dans moins de temps que celui-ci – et en même temps c'est pas difficile, hein ! Considérez ça comme mon cadeau de Noël ;)
Grow bisous à tous !
Lyly.u.
PS : Si j'ai pas de reviews, j'écris à la SPAM ( Société Protectrice des Auteurs Maltraités ) alors gare à vos fesses ;)
