10. Le vampire de Pouffsouffle

« Harry, attends ! »

Le cri d'Hermione ne servit qu'à le faire accélérer.

« Et, vieux, ça te gênerait de ralentir ? hurla Ron. On a passé toute la nuit sur le sol, putain. »

Cela le fit s'arrêter. Il se retourna et grimaça.

« Désolé, dit-il, penaud. »

Son réveil brutal n'était rien en comparaison de la nuit que Ron et Hermione avaient passée, qui avait dû être terriblement inconfortable. Et ils étaient restés à la porte de l'infirmerie pour lui. Au moins, Harry avait dormi dans un lit. Un lit bien tiède, avec un Malefoy bien tiède enroulé autour de lui.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Hermione quand elle le rattrapa. »

Ils avaient tous les deux l'air fatigués et n'étaient pas coiffés, et le sentiment de culpabilité de Harry se fit plus fort.

Il grimaça et se força à hausser les épaules.

« Pomfresh m'a trouvé et m'a fichu dehors. Elle était un peu énervée, c'est tout. »

Dit comme ça, ça n'avait pas l'air du genre de trucs qui le feraient quitter l'infirmerie en trombe, il s'en rendait compte, mais il n'avait pas très envie de tout leur raconter. C'était un raclement de gorge qui l'avait réveillé et il avait ouvert les yeux pour voir Mme Pomfresh au pied du lit, les sourcils froncés devant la scène qui s'offrait à elle. Dire que Harry avait été gêné d'être découvert tout nu dans le lit de Malefoy était franchement un euphémisme. Ce qui s'était passé ensuite était plutôt flou. Harry avait été tellement pressé de s'habiller pour éviter le sermon chuchoté de Pomfresh qu'il était ébahi d'avoir réussi à retrouver toutes ses fringues, ou de ne pas s'être retrouvé à enfiler son caleçon autour de son cou. En plus de ça, Pomfresh avait réussi à le faire se sentir atrocement coupable en lui rappelant que Malefoy était à l'infirmerie parce qu'il avait été frappé de nombreuses fois du sortilège Doloris et qu'il avait grand besoin d'une bonne nuit de sommeil.

Ron et Hermione échangèrent un regard. S'ils avaient compris ce qui s'était réellement passé, ils eurent la grâce de ne pas faire de commentaires.

« On devrait retourner à la tour, dit Harry. Il est encore tôt. Vous devriez dormir un peu.

― Trop tard pour dormir, trop tôt pour le petit-déj, soupira Ron. »

Hermione s'éclaircit la gorge.

« En d'autres mots, il veut qu'on descende aux cuisines prendre un snack avant de remonter à la tour pour une sieste.

― Eh bien, dit Ron avec désinvolture. Si tu insistes... »

Harry hocha la tête.

« Ouais, d'accord. »

Ce qu'il voulait par-dessus tout, c'était monter dans son dortoir et enfouir sa tête dans son oreiller. Avec un peu de chance, il mourrait étouffé.

Ron avait l'air content et Hermione résignée. Cependant elle ajouta :

« Ça ne me ferait pas de mal de manger un morceau. »

Ils firent demi-tour et prirent le chemin du rez-de-chaussée. Ron et Hermione bâillaient et se tenaient le dos. Harry regrettait de ne pas avoir réalisé que Pomfresh pouvait rentrer dans l'infirmerie par son bureau, qui devait avoir une autre entrée, sans doute connectée à ses appartements. Il s'appesantissait aussi sur le fait que le coussin souillé que Malefoy avait calé sous ses hanches était toujours sur le sol au pied du lit. Et le fait que Mme Pomfresh avait refusé de lui laisser un peu d'intimité pendant qu'il s'habillait. Il aurait pu réveiller Drago et lui dire au-revoir ; Malefoy avait dormi pendant que Pomfresh récitait sa tirade à voix basse. Le bienheureux avait totalement échappé à l'embarras de la situation.

Une poire en train de gigoter et glousser – Ron venait juste de la chatouiller – tira Harry de ses sombres pensées. La poire se transforma en une poignée de porte verte et les trois amis rentrèrent à l'intérieur.

Il faisait noir dans le couloir, mais encore plus noir dans les cuisines. Harry, Ron et Hermione hésitèrent et puis avancèrent avec précaution, regardant autour d'eux dans un silence inquiétant.

« Regardez ! s'exclama Hermione. »

Elle montrait du doigt l'énorme four de brique qui était la seule source de lumière de la pièce. La lumière diffuse éclairait une centaine de petits corps, empilés les uns sur les autres en un gros tas. On aurait dit que quelqu'un avait rassemblé tous les elfes de maison de Poudlard et les avait balancés sur le sol avant de les balayer pour en faire une pile bien nette.

« Bon sang ! s'écria Ron. Vous croyez que quelqu'un les a assassinés ? »

Il n'en fallait pas plus que ce cri. Les elfes se relevèrent d'un coup, certains attrapant au hasard des casseroles et des poêles, d'autres faisant claquer leurs doigts pour allumer la pièce ; d'autres encore transplanèrent, apparaissant çà et là avec des « pops » sonores, si vite qu'il était impossible de suivre ce qui se passait. En quelques secondes, la pièce se retrouva brillamment éclairée, le four se mit à flamber et de la farine à flotter dans l'air, créant une espèce de brouillard, tandis que les elfes se mettaient à confectionner du pain et des biscuits avec une célérité et une vigueur effrayantes.

Trois elfes apparurent devant Harry, Ron et Hermione, et celui qui avait le plus long nez leur fit une courbette princière et demanda :

« Comment pouvons-nous vous servir ? »

Hermione parla avant que Harry puisse ouvrir la bouche :

« Nous sommes désolés, dit-elle. Nous ne voulions pas vous déranger.

― On ne dérange pas un elfe de maison, dit l'elfe avec indignation.

― Oui, enfin, je voulais dire, vous étiez en train de dormir...

― Un elfe de maison ne dort pas, s'écria l'elfe. Les elfes, heu, se reposaient. Brièvement.

― D'accord. Ben, tant mieux. »

Hermione lui sourit ; l'elfe fronça les sourcils.

« Je pensais que vous nettoyiez le château chaque nuit.

― Ron ! »

Hermione se retourna pour lui jeter un regard mauvais.

« Ils ont le droit de dormir ! Je veux dire, de se reposer, se hâta-t-elle de rectifier.

― Bien sûr, acquiesça Ron. Je pensais juste...

― Le château est très propre, s'écria l'elfe. Le château est impeccable ! »

Les deux autres elfes lui firent écho en hochant la tête avec sérieux :

« Impeccable.

― Les elfes de maison ont trouvé un peu de temps pour se reposer. Brièvement, insista l'elfe.

― Génial, intervint Harry avant que cela ne se transforme en débat. On se demandait juste si on pourrait avoir des sandwiches.

― Les elfes de maison ont toujours des sandwiches ! lui assura l'elfe, avant d'ajouter : heu, si vous attendez ... »

Il jeta un regard furtif vers les elfes qui faisaient du pain.

« Brièvement ? suggéra Ron. »

Les elfes firent une sorte de grimace et prirent congé.

« On est arrivés trop tôt, dit Hermione. On ferait mieux d'y aller.

― Ils se sentiraient insultés, contra Ron. »

Hermione lui jeta un regard mauvais. Elle pensait sûrement que Ron se souciait davantage de ses sandwiches que des sentiments des elfes. Elle avait probablement raison, mais Ron aussi. S'ils partaient maintenant, cela voudrait dire que les elfes n'avaient pas réussi à les servir et cela les rendrait malheureux. Ils risquaient même de vouloir repasser leurs oreilles.

Ils n'eurent pas besoin d'attendre longtemps. L'elfe au long nez revint avec une assiette pleine de sandwiches au jambon brûlants. Le pain chaud avait une odeur si délicieuse que l'estomac de Harry se mit à grogner.

Ils remercièrent les elfes et se hâtèrent de sortir, attaquant les sandwiches avec bonheur tout en marchant. Ils se brûlèrent la langue et le palais avec le pain tout juste sorti du four, mais ça valait le coup. Ron gémit de plaisir.

« Bénis soient ces elfes.

― Je suis contente que Winky ne m'ait pas vue, grommela Hermione en avalant. Elle va me réclamer ses chaussettes. »

Harry grimaça.

« Désolé.

― Ouais, bon. »

Hermione l'observa, et ses yeux atterrirent dans le cou de Harry. Il devait être de nouveau couvert de marques. Il faudrait qu'il parle à Malefoy de sa tendance récurrente à vouloir lui déchiqueter la gorge. Il mordit rapidement dans son sandwich. Pour détourner l'attention d'Hermione, au moins un peu, Harry leur parla des blancs de Malefoy et du fait qu'il croyait être derrière tout ce qui s'était passé. Harry était certain que c'était n'importe quoi, mais il ne pouvait plus faire confiance à sa raison pour tout ce qui concernait Malefoy.

La réaction de Ron et Hermione le soulagea.

« Mais est-ce que McGonagall n'a pas dit que quiconque avait stupéfixé Tommy et fait apparaître ces bougies avait d'énormes pouvoirs magiques ? fit remarquer Hermione. Si Malefoy était si incroyablement puissant, je crois qu'on l'aurait remarqué. Ça ne change rien qu'il ait été sous Imperium ou possédé ; ses pouvoirs restent les siens.

― Mais j'ai été possédé moi aussi, dit Harry, et j'avais quelques-uns des pouvoirs de Voldemort. »

Hermione secoua la tête.

« Tu avais un morceau de son âme en toi, Harry. C'est différent.

― Peut-être que Malefoy a un morceau d'âme de quelqu'un en lui, contra Ron. Peut-être qu'il est possédé par Peeves !

― Les poltergeists ne peuvent pas posséder des humains, Ron, soupira Hermione. Et ce qui est arrivé à Harry est plutôt unique. Ça s'est passé dans des circonstances très spéciales. Les probabilités que cela soit arrivé également à Malefoy sont... »

Elle agita la main l'air de dire qu'elles étaient égales à zéro.

« Je blaguais, expliqua Ron. En fait, je pense que c'est évident que Pritchard et ses potes sont responsables de l'incendie dans les dortoirs de Serpentard. Ils ont visiblement un petit côté pyromane et ils détestent le pauvre Peterson. Peut-être qu'ils ont essayé de lui faire peur, comme ils ont essayé d'intimider Malefoy. Peut-être que Pritchard est incroyablement puissant et incroyablement stupide. Peut-être qu'il a balancé le Stupéfix à Tommy aussi. C'est l'année de ses BUSEs. Peut-être qu'il lui a acheté des potions frelatées, juste comme Goyle. »

Hermione n'eut pas l'air convaincue par cette théorie, mais au lieu de faire un commentaire, elle jeta un nouveau regard noir au cou de Harry et sortit sa baguette.

« Oh, je ne supporte plus de voir ces trucs ; on dirait que quelqu'un t'a balancé un maléfice. Episkey ! »

Harry grimaça quand le sort l'atteignit. »

« C'est... J'ai dû... »

Tomber et me faire mal au cou ? Elle savait ce qu'étaient ces marques et où il les avait eues ; ça ne servait à rien de faire comme si.

Hermione avait toujours l'air furibond mais soudain elle tourna son regard vers Ron.

« Tu lui as dit pour le Protego ? demanda-t-elle vivement.

― Hermione ! s'écria Harry avec indignation. Je refuse qu'on parle de ça !

― Harry, dit-elle non sans douceur. C'est juste... J'ai conscience de l'éducation que tu as reçue et je pense qu'il y a des choses que tu devrais savoir mais que tu n'as peut-être jamais eu l'occasion... »

Harry se détourna et se dépêcha d'avancer pour s'éloigner d'elle. Non seulement il n'avait pas envie de parler de sexe avec elle, mais surtout il avait peur qu'elle ne finisse par découvrir qu'il avait complètement oublié le satané charme.

« Je lui ai dit. Laisse tomber, Hermione, intervint Ron.

― Mais il a l'air tellement perdu... »

Harry était tellement occupé à bouillir intérieurement qu'il faillit renverser quelqu'un en tournant l'angle.

« Oh, s'écria Neville en tirant Hannah à l'abri. Ne trucide pas ma copine.

― Je crois que tu m'as cassé un orteil, Harry, grogna Hannah.

― Désolé, je vous avais pas vus. »

Harry leur fit un sourire penaud.

« Harry, attends ! »

La voix d'Hermione venait de l'autre bout du couloir et se rapprochait.

« Je suis désolée. Je voulais juste souligner que si tu couches avec quelqu'un comme Malefoy, il vaut mieux que ce soit toi qui aies le sens des responsabilités, parce que c'est pas à lui qu'on... »

Elle glapit quand elle aperçut Neville et Hannah et percuta le dos de Harry.

« Hum, dit-elle avant de se taire. »

Ron les rattrapa et s'arrêta, la bouche ouverte. Neville et Hannah semblaient sous le choc également, et silencieux aussi. Même s'il était très gêné, Harry poussa un soupir intérieur, avec un drôle de sentiment de résignation. C'était impossible de garder un secret pour toujours, se consola-t-il.

« Alors. »

Harry s'éclaircit la gorge ; il remarqua que Neville et Hannah étaient tous les deux un peu fagotés et que leurs visages étaient rougis. La chemise de Neville n'était pas boutonnée droite.

« Qu'est-ce que vous faites debout si tôt ? Vous étiez où ?

― Heu, fut tout ce que Neville parvint à dire. »

Il regardait Harry fixement.

« On s'enfuyait, dit Hannah. De McGonagall. On, heu, faisait un tour et elle nous a trouvés dans la Grande Salle. Elle était un peu énervée. »

Hannah rougit.
Harry compatit, même s'il aurait donné cher pour savoir ce que ces deux-là faisaient dans la Grande Salle. Et sur quelle table.

« Ouais, elle aime pas trop ça quand les gens font des tours, commenta Ron. »

Neville toussa un peu et sembla retrouver l'usage de la parole.

« Oui. En plus, elle est fatiguée. Les profs ont passé la nuit dans la forêt à cherch... OH ! s'exclama-t-il soudain en ouvrant grand les yeux.

― Oh, oui, acquiesça Hannah. On a des nouvelles. Vous ne devinerez jamais ce qui s'est passé ! »

Harry se jeta sur le changement de sujet avec autant d'ardeur que Neville et Hannah.

« Ils ont retrouvé Pritchard et les autres ? demanda-t-il.

― Non, dit Neville avec un grand sourire. Mais ils ont trouvé quelqu'un d'autre dans la forêt : Fenrir Greyback. »

Neville était rayonnant. Harry cligna des yeux.

« Pardon ?

― Qu'est-ce que tu veux dire, ils l'ont trouvé ? demanda Hermione. Ils l'ont capturé ? Il est ici ? Dans le château ?

― Non, non. »

Neville fronça les sourcils.

« Enfin, si, je suppose que techniquement, on peut dire qu'il est ici. Enfin, son corps.

― Son cadavre, accentua Hannah en souriant. »

Harry les observa attentivement.

« Ils ont trouvé Greyback mort dans la forêt ?

― Quoi, ils sont juste tombés dessus par hasard ? »

Ron avait l'air aussi incrédule que Harry.

« Apparemment. »

Neville souriait toujours.

« Ils ne nous ont pas vraiment donné tous les détails. On était aux aguets et on a entendu McGonagall dire à Flitwick qu'ils l'avaient trouvé à l'orée de la forêt. D'après ce qu'ils disaient, il aurait été là depuis des jours. Son crâne était en bouillie. Vous imaginez ? Et les Aurors et la brigade « Coup de Poing » à ses trousses dans tous les pays, et pendant tout ce temps, il était ici. Mort.

― Est-ce que les Carrow n'avaient pas dit que Greyback était avec eux et qu'ils avaient prévu de pénétrer dans le château ensemble ? demanda Hermione.

― Oui, dit Harry. Mais il les a laissés tomber. Ou en fait, peut-être pas. En tout cas, pas de sa propre volonté. »

Il regarda Neville.

« Est-ce qu'ils savent qui l'a tué ? Est-ce qu'ils ont des suspects ?

― Chaipas. »

Neville haussa les épaules.

« Celui qui a fait ça mérite une médaille, en tout cas.

― Ça doit être quelqu'un du château, dit Hermione.

― Ou de la forêt, intervint Ron. Les centaures ? Un animal sauvage ?

― Ça n'a pas l'air de te faire plaisir, Harry. »

Nevile l'observait.

« Si, si, assura Harry. Je suis juste un peu sous le choc. »

Une autre personne avait été retrouvée morte ; tout près du château. Harry était heureux que Greyback ne soit plus une menace, mais il se serait senti bien mieux s'il avait su qui en était responsable.

« On devrait y aller, dit Hannah. Si un des profs nous trouve de nouveau, on aura de gros problèmes. »

Neville hocha la tête, mais il jeta un nouveau coup d'œil à Harry. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais Hannah le tira par la manche et il se contenta de faire une grimace et de secouer la tête.

« Vous devriez retourner à la tour aussi, leur dit-il en partant.

― Putain. »

Harry se tourna vers ses amis.

« Greyback est mort ! Vous arrivez à y croire, vous ? »

Par pitié, par pitié, parlons de Greyback et plus de Malefoy. Ses prières se révélèrent vaines.

« Je suis vraiment désolée, Harry, dit Hermione. »

Elle avait l'air désolée.

« Je ne savais pas que Neville et...

― Un loup-garou ! Mort ! Tout d'un coup ! s'écria Harry. On pourrait se concentrer deux minutes, s'il vous plait ?

― Dans une seconde, dit Ron. »

Il avait l'air terriblement sérieux.

« Hermione veut juste... On est inquiets, Harry, tu sais ? C'est pas juste une question de savoir si tu utilises les bons sortilèges de protection. C'est Malefoy, Harry. On ne veut pas que tu sois blessé. Et je ne suis pas en train de parler du fait qu'il pourrait te balancer un maléfice et que tu devrais être prudent – même si ça pourrait arriver, alors oui, sois prudent – mais ce n'est pas tout. C'est Malefoy.

― Je sais qui il est, dit Harry doucement.

― Vraiment ? »

Hermione se mordit la lèvre.

« Parce qu'on dirait que tu as oublié. Qu'est-ce qui se passera quand tu te rappelleras ?

― Les gens changent.

― Tu crois qu'il a changé ? »

Putain.

« J'en sais rien, avoua-t-il. Mais c'est trop tard. Si j'arrête maintenant, je serais blessé de toute façon. »

C'était la seule chose dont il était sûr. Ron soupira si fort qu'on aurait dit qu'il essayait d'éteindre les bougies d'un gâteau d'anniversaire.

« Loup-garou mort ? demanda Harry avec espoir. »

Ron et Hermione gardèrent le silence encore un moment, mais finalement Hermione soupira à son tour et dit :

« Ça a l'air trop beau pour être vrai.

― Exactement, s'empressa de répondre Harry, soulagé. »

Ils passèrent le reste du trajet à parler de Greyback et de qui pouvait l'avoir tué, et pas de Malefoy.

Quand ils arrivèrent à la tour de Gryffondor, ils étaient épuisés et décidèrent de monter à leur dortoir pour dormir quelques heures. Harry pensa envoyer un message à Malefoy, pour s'assurer qu'il allait bien, mais Malefoy dormait probablement et Pomfresh était avec lui, alors il se persuada que ce n'était pas une bonne idée.

Le sommeil ne vint pas facilement. Dès qu'il fut allongé, il ne parvint à penser à rien d'autre qu'au corps de Malefoy nu contre le sien. Sans cette sensation à laquelle il s'était si rapidement habitué, dormir semblait une perte de temps. Tu es un pauvre idiot, se morigéna-t-il. Mais ensuite, il se remémora avec bonheur la nuit qu'il avait passée avec Malefoy. Certains morceaux surtout. D'autres, par contre... Les blancs de Malefoy étaient inquiétants. Il devrait parler de ça à quelqu'un. Quelqu'un qui ne serait pas moi. Harry ne savait pas comment l'aider sur ce point. Malefoy avait l'air si perturbé, si perdu, par moments. Tu es réel, avait dit Malefoy. Pourquoi est-ce que je ne serai pas réel?

Quand il finit par se lever, la journée s'écoula avec une lenteur insupportable. Ils n'avaient pas cours, et personne n'était d'humeur à étudier. Même pas Hermione. Le pire était que comme tout le monde parlait de ce qui était arrivé à Greyback et de l'incendie, il entendit les gens prononcer le nom de Malefoy si souvent qu'il commençait à se dire qu'il était en train de devenir fou et que c'étaient ses propres pensées qu'il entendait dans tout le château.

Il ne pouvait pas s'arrêter de penser à Malefoy. Il lui avait envoyé un message pendant le petit-déjeuner, vu que Malefoy ne s'y était pas montré, pour lui demander si tout allait bien. Son Gallion avait aussitôt chauffé et les mots Très bien s'y étaient inscrits. Même s'il était content que Malefoy aille bien, plus il le regardait, plus le message lui semblait sec. Il avait réessayé, plusieurs fois au cours de la journée, et Malefoy avait répondu à chaque fois, mais avec des messages tels que « bien », « très bien, Potter », et enfin « Fous-moi la paix ». Peut-être que Malefoy aurait bien voulu rajouter quelque chose de pas très poli comme « putain » ou « bordel », mais à cause de la limite de quatre mots il ne pouvait pas.

Harry s'en voulait juste un peu. Il ne s'était pas franchement attendu à ce que Malefoy fasse irruption dans la Grande Salle, se précipite vers Harry et se montre super amical, mais il ne s'était pas non plus attendu à ce qu'il ait l'air si agacé envers lui. Il aurait sans doute dû. Juste parce que lui ne regrettait pas ce qui s'était passé la veille ne voulait pas dire que c'était la même chose pour Malefoy. Harry s'était senti un peu mieux quand il avait entendu que Pomfresh l'avait laissé sortir de l'infirmerie – il aurait pu passer lui-même à l'infirmerie, mais il avait peur de croiser Mme Pomfresh. Si Malefoy était sur pied, il y avait de bonnes chances que Harry le voie à neuf heures pour leur patrouille. Ce qui était bête, c'est que Harry avait prévu de faire un truc ce soir et qu'il lui faudrait abandonner Malefoy et le laisser aux soins de Ron et Hermione, mais il était décidé à ne pas mettre son plan à exécution avant d'avoir eu l'occasion de parler à Malefoy, même juste un peu.

Il avait l'impression que neuf heures ne viendrait jamais. Quand ce fut enfin l'heure, il courut carrément jusqu'aux cachots. Sous peu, les sœurs Greengrass sortirent de leur salle commune, suivies de peu par Zabini, mais pendant un long moment, il n'y eut pas de signe de Malefoy. Sa montre disait que Malefoy n'avait que cinq minutes de retard, mais ça ne pouvait pas être vrai. Sûrement pas.

Malefoy finit par sortir, faisant la tête avant même de voir Harry. Quand il l'aperçut, son visage ne fit que s'assombrir. Harry était tenté de lui sauter dessus et de l'embrasser, mais Malefoy dit :

« Goyle a disparu. »

Alors Harry refréna sa pulsion.

« Tu es inquiet ? demanda-t-il.

― Bien sûr que je suis inquiet, aboya Malefoy. C'est un pauvre idiot et Merlin seul sait ce qu'il est en train de fabriquer. Et je lui avais clairement dit de rester ici après neuf heures. D'habitude il écoute.

― D'accord, se hâta de répondre Harry. On va le retrouver. »

Il jeta un coup d'œil discret à sa montre ; il avait encore un peu de temps, mais il n'avait pas prévu de le passer à chercher Goyle. C'était inquiétant, cela dit. Deux jours auparavant, quand un élève manquait à l'appel, ils le retrouvaient à embrasser son copain ou sa copine dans un placard. Les choses n'étaient plus aussi simples.

« On devrait essayer les cuisines, dit Malefoy. Même s'il est toujours trop violent avec cette poire et qu'elle ne le laisse jamais rentrer. Je ne sais même pas pourquoi il essaie. »

Harry hocha la tête et ils prirent le chemin des cuisines. Ce n'était pas loin et Harry n'eut pas le temps de décider comment commencer la conversation. Le silence semblait très bien convenir à Malefoy. Harry fronça les sourcils pendant que Malefoy chatouillait la poire. La poignée de porte apparut aussitôt et Malefoy essaya d'ouvrir la porte mais sans succès.

« C'est bizarre, dit-il. C'est fermé à clé. Ce n'est jamais fermé à clé. »

Tandis que Malefoy sortait sa baguette pour essayer d'ouvrir la porte avec de la magie, Harry réfléchit au fait que c'était peut-être fermé à clé à cause de ce qui s'était passé ce matin. Peut-être que les elfes de maison ne voulaient pas que d'autres élèves les surprennent en train de se reposer. Ce qui était ridicule, vraiment ; ils avaient raison, le château était impeccable. Ils faisaient leur travail merveilleusement bien.

« Si c'est fermé c'est qu'il n'est pas là, dit Harry comme Malefoy commençait à s'énerver. »

Si c'était les elfes qui avaient fermé la porte, elle serait dure à ouvrir.

« Ou bien tu penses qu'ils l'ont kidnappé ? »

Malefoy se retourna, les sourcils toujours froncés. Harry s'attendait à ce qu'il se mette à crier, mais il soupira avec résignation et rangea sa baguette.

« On pourrait essayer la bibliothèque, suggéra Harry.

― La bibliothèque ? s'étouffa Malefoy.

― Tu as dit qu'il avait acheté des potions d'Intelligence. Il doit être inquiet pour ses ASPICs. Peut-être qu'il voulait étudier au calme. »

Malefoy n'avait pas l'air convaincu mais il grommela quelque chose et prit le chemin des escaliers. Harry en déduisit qu'il avait accepté son idée.

Ils étaient arrivés à l'escalier principal quand Harry ne put juste plus le supporter.

« Alors on va pas du tout se rouler de patins ? demanda-t-il. »

Malefoy se figea, les yeux grands ouverts.

« Pardon ?

― Tu es en colère contre moi ? »

Harry se rapprocha.

« Pourquoi ? Parce que Pomfresh nous a trouvés ? Est-ce qu'elle a dit quelque chose ? »

Malefoy le regardait toujours fixement, silencieux, choqué.
Tu es réel. Est-ce que Malefoy avait changé d'avis ?
Harry lui toucha le bras doucement.

« Je suis réel, tu te rappelles ? »

Il se sentait stupide de dire ça, mais le visage de Malefoy s'éclaira.

« Bien sûr que tu l'es, dit-il avec un effort visible pour paraître nonchalant. Je sais bien. »

La seconde suivante, ils s'embrassaient. Les mains de Malefoy avaient retrouvé ses cheveux, ses lèvres étaient fermes et chaudes contre celles de Harry, sa langue se frayait un chemin dans sa bouche ; Harry était tellement soulagé qu'il en avait le vertige. Il avait eu envie de ça toute la journée ; il avait commencé à se dire que ça ne viendrait jamais.

« Beurk, dit quelqu'un.

― On est en avance ? demanda une autre voix. »

Le cerveau de Harry finit par reconnaître Ron et Hermione. Qu'est-ce qu'ils faisaient là ? Je leur ai demandé de venir. Harry se retira avec un sursaut. Malefoy était réticent à le laisser aller ; ses doigts se crispèrent dans les cheveux de Harry et il inclina la tête pour embrasser Harry dans le cou.

« Malefoy ! On a de la compagnie ! »

Malefoy bondit aussitôt en arrière. Il regarda autour d'eux et fit une grimace douloureuse.

« Non, pas en avance, dit Hermione. Je crois qu'on vient de te sauver la peau, Harry. Enfin, celle de ton cou. »

Harry évita son regard ; il voulait d'abord arrêter de rougir. Il finit par la regarder.

« Elle est bonne, celle-là, dit-il. »

Elle sourit largement.

« Oui, marrante, non ? Parce que non seulement c'est un Serpentard, mais en plus c'est un vampire, visiblement. »

Elle jeta un regard en coin à Malefoy ; celui-ci fit de son mieux pour regarder ailleurs.

« Vampire ! C'est ça. Je devrais... »

Harry regarda vers Ron, s'attendant à le voir grimacer de dégoût, mais Ron ne le regardait pas. Il regardait l'escalier de marbre.

« Est-ce que c'est... »

Ron fronça les sourcils et pencha la tête de côté.

« Est-ce que c'est un elfe de maison ? Regardez ! »

Il montrait quelque chose du doigt. Ils se retournèrent tous. Il y avait un petit tas sur le coin droit d'une des marches, blotti contre la barrière, à peine visible dans les ombres de l'escalier. On aurait dit que ça bougeait. Harry crut entendre une sorte de sanglot.

« C'est pas possible ! s'exclama Malefoy en courant vers les escaliers. »

Harry le suivit avec un sale pressentiment. Malefoy atteignit le petit paquet et se pencha avec incrédulité :

« Goyle? »

Le paquet se déplia d'un coup. Harry grimaça. C'était effectivement Goyle, enfin, une version miniature de Goyle. Il semblait faire trente centimètres de haut, peut-être même moins.

« Drago ! s'écria Goyle en essayant de se lever. »

Sa voix était très aiguë. Malefoy n'avait pas l'air d'avoir envie de le toucher, mais Goyle n'arrivait pas à se lever – il semblait bien trop bouleversé pour faire quoi que ce soit de constructif – et Malefoy finit par tendre la main et l'attraper par les épaules pour le tirer sur ses pieds.

« Qui a fait ça ? demanda Malefoy. Est-ce que tu as mangé quelque chose ? Bu quelque chose ?

― Est-ce qu'il y avait « Bois-moi » écrit sur l'étiquette ? ajouta Hermione.

― Hermione ! gronda Harry. »

Elle fit une grimace d'excuse.

« Désolée. J'ai pas pu m'en empêcher.

― Je sais pas, pleurnicha Goyle. Je revenais de la volière et puis soudain tout avait l'air tellement grand. J'ai essayé de descendre les escaliers et de retourner aux cachots, mais c'était si dur. J'ai dû laisser tomber. »

Harry espérait que personne ne lui dirait qu'il n'était qu'à dix marches du rez-de-chaussée.

« Et tu n'as vu personne ? demanda Malefoy. Ou entendu ? »

Goyle secoua la tête. Harry regarda Malefoy.

« Tu vois quelqu'un qui aurait des raisons de l'attaquer ?

― Comment je saurais ? cracha Malefoy. Il n'arrête pas de donner des coups de poing aux gens. »

Malefoy jeta un regard aigu à Goyle.

« Tu as donné un coup de poing à quelqu'un aujourd'hui ?

« Non ! répondit Goyle aussitôt, avant de froncer le nez, visiblement réfléchissant très fort. Peut-être ? »

Malefoy soupira et Goyle renifla, des larmes dégoulinant le long de ses joues.

« Je suis sûre que Mme Pomfresh va arranger ça, dit Hermione d'une voix extrêmement gentille. »

Soit elle avait honte de l'avoir taquiné, soit elle ne pouvait pas s'empêcher d'être attendrie devant un truc si petit et si malheureux. Goyle leva les yeux vers elle avec une expression de chiot reconnaissant, mais ensuite, il dut la reconnaître.

« Granger, grogna-t-il. »

Du moins il essaya de grogner ; ça ressemblait plus à un couinement. Il plissa les yeux.

« Ne me parle pas. »

Il brandit son poing minuscule.

« Tu n'es qu'une sale... »

Il glapit quand Malefoy l'agrippa par le devant de sa robe et le leva jusqu'à sa poitrine.

« Je vais l'emmener à l'infirmerie, dit Malefoy, les joues rosies. »

Goyle fit un son comme s'il avait l'intention de se plaindre et Malefoy le secoua ; les jambes de Goyle gigotèrent dans le vide. Malefoy l'écrasa contre sa poitrine, le tenant comme un gamin tiendrait une poupée. Goyle se fit silencieux, luttant visiblement pour respirer dans les bras de Malefoy.

« Très bien, d'accord, dit Harry en jetant un coup d'œil à Ron et Hermione. Tu fais ça, et moi, heu, faut que j'y aille. »

Malefoy fronça les sourcils.

« Tu... quoi ? »

Harry se força à sourire.

« Ron et Hermione vont te tenir compagnie. »

Et s'assurer que personne n'essaie de t'assassiner. Harry ne dit pas ça à voix haute mais il était sûr que Malefoy avait compris tout seul.
Malefoy regarda Ron et Hermione, et puis de nouveau Harry, visiblement horrifié.

« Quoi ? répéta-t-il. »

Harry faillit lui dire qu'il allait écraser Goyle s'il continuer à le serrer si fort mais préféra se taire.

« Désolé, dit-il. »

Il sourit en sortant sa cape d'invisibilité. Malefoy avait l'air si malheureux que Harry ne put s'en empêcher. Il se pencha en avant et l'embrassa rapidement sur les lèvres. Il entendit Ron gémir et Goyle lui mit un coup de pied dans la poitrine.

Harry enfila la cape d'invisibilité en disant :

« Je pars à la chasse aux vampires. »

Et il s'en fut à toute vitesse, désireux d'être le plus loin possible quand Ron, Hermione et Malefoy commenceraient à se battre. Il n'avait pas envie d'en être témoin. S'ils commençaient à s'envoyer des maléfices, se consola-t-il, au moins ils étaient en chemin pour l'infirmerie et Mme Pomfresh pourrait tous les soigner.

Il se précipita dans les escaliers qui montaient au quatrième étage. Il espérait que ce n'était pas trop tard. Une fois qu'il fut dans le couloir sombre où Drago et lui avaient été attaqués par une silhouette encapuchonnée, il progressa sur la pointe des pieds jusqu'au mur qui conduisait à la pièce secrète. Le mur fumait, même si c'était à peine, et Harry se tint un peu en retrait. Il sortit sa baguette et s'assura que sa cape le dissimulait complètement.

Les minutes passaient et Harry envisagea de forcer la porte. Pour ce qu'il en savait, la pièce pouvait être vide. Il avait établi son piège avec soin, il avait même dû demander une nouvelle faveur à Ginny. Elle avait commencé par être indignée, mais s'était calmée et avait fini par accepter quand Harry lui avait expliqué ce qu'il voulait. Mais peut-être que ce n'était pas suffisant. Peut-être que le vampire de Poufsouffle avait trouvé un autre endroit à hanter, même si Harry lui avait offert cette pièce sur un plateau d'argent.

Le mur émit une lueur rougeâtre. Harry se redressa et retint sa respiration. La porte apparut et s'ouvrit lentement, et une silhouette sombre et encapuchonnée en sortit en s'essuyant la bouche. Harry attendit que la porte se referme pour ôter sa cape d'invisibilité.

« Ne bouge plus ! ordonna-t-il, la baguette à la main. »

La silhouette fit volte-face, effectua un pas en arrière, et tira sa baguette.

« Tu ne vas quand même pas me lancer de maléfice, Lavande ? demanda Harry. »

La silhouette se figea, l'observant un long moment. Et puis elle grogna et tira sa capuche si vivement que cela ébouriffa ses longs cheveux. Elle avait un air sauvage dans le couloir peu éclairé. Ses yeux jetaient des éclairs, son expression s'était durcie ; même ses cicatrices avaient l'air en colère. Mais le regard qu'elle jeta à Harry était clairement blessé.

« Ah bah c'est sûr ! cracha-t-elle. J'aurais dû savoir que tu attendrais ici. C'est pour ça que tu as demandé à Ginny Weasley de patrouiller avec Parvati. Et moi qui pensais que tu me laissais patrouiller toute seule parce que tu comprenais. Mais non ! »

Elle grimaça.

« Tu m'as envoyée au quatrième étage parce que tu voulais attraper le méchant vampire.

― Ou le loup-garou, dit Harry. »

Elle grogna à nouveau.

« Pas vraiment. Demi-loup-garou, plutôt. Tu es content maintenant ? Est-ce qu'on va me mettre tout ce qui est arrivé sur le dos ?

― On devrait ?

― Non ! Harry ! s'écria-t-elle avec indignation. Comment est-ce que tu peux… J'ai stupéfixé Demelza. Voilà, j'ai avoué. Arrête-moi. »

Harry n'avait pas eu l'intention de l'accuser de tout ce qui était arrivé, ou même de quoi que ce soit de précis ; elle avait clairement des caractéristiques lupines, de la force, un meilleur odorat, mais les loups-garous n'avaient pas une magie plus puissante que celle des autres sorciers. Toutefois, quelqu'un qui rôdait dans le château chaque nuit devait savoir quelque chose.

« Qu'est-ce que tu fais, précisément ? demanda Harry. »

Son regard se trouvait attiré par une trace de sang sur sa joue, au coin de ses lèvres. Elle devait avoir remarqué ce qu'il regardait car elle l'essuya avec colère.

« Je me nourris, s'il faut que tu saches. »

Harry se trouva légèrement inquiet.

« Avec quoi ? »

Elle renifla d'un coup. Harry pouvait voir ses yeux briller à la lueur des torches.

« De la viande, Harry. Moins elle est cuite, mieux c'est. »

Sa voix tremblait.

« Je mange un plateau de steaks presque chaque soir. Je les aime saignants. Très saignants. Et pendant la pleine lune, je… je les aime très, très saignants. »

Son regard était fuyant.

« Oh. »

Harry grimaça. Alors c'était là son seul secret, la seule chose qu'elle essayait de cacher. Harry était soudain navré de l'avoir attrapée. Ça devait être humiliant pour elle, ce besoin de viande crue.

« Tu les voles à la cuisine ? »

C'était pour ça que la personne encapuchonnée était toujours vue près de la salle commune de Poufsouffle. Hermione avait eu raison : c'était une question de nourriture. Sauf que ça ne s'était arrêté quand Harry avait reformé l'A.D. La silhouette encapuchonnée n'avait plus été vue, parce qu'il n'y avait plus personne pour la voir à part les membres de l'A.D. et que Lavande savait qui ils étaient et comment les éviter.

« Je ne vole pas ! s'écria-t-elle. »

Harry était sur le point de préciser que ce n'était pas une accusation, qu'il ne faisait que penser à voix haute, quand elle ajouta :

« Les elfes de maison me donnent des steaks. Chaque nuit, ils laissent un plateau pour moi dehors.

― Vraiment ? »

Harry était surpris et vaguement soupçonneux.

« Qu'est-ce que tu veux dire, ils te laissent un plateau dehors ? Où ça dehors ? »

Pour autant que Harry le sache, si vous vouliez que les elfes de maison vous donnent de la nourriture, il fallait que vous alliez dans la cuisine la réclamer. Ron avait dit une fois qu'il aimerait bien être servi dans sa chambre, mais Hermione avait souligné qu'on avait probablement interdit aux elfes de maison de servir de la nourriture ailleurs que dans la Grande Salle et les cuisines. Si ça n'avait pas été le cas, les élèves en auraient trop profité.

« Bah, n'importe où. »

Lavande haussa les épaules.

« Il y a quelques semaines, je suis descendue aux cuisines une nuit. J'avais tellement faim. Je voulais demander aux elfes quelques steaks bien saignants. Mais je n'en ai pas eu besoin. Ils en avaient laissé tout un plateau pour moi devant la porte. Et après ça, ils en laissaient toujours là pour moi. Sauf que… »

Elle plissa les yeux en regardant Harry.

« Quand l'A.D. a commencé à faire des patrouilles, c'était plus dur pour moi d'atteindre les cuisines vu que j'étais toujours avec quelqu'un. Et puis, la nuit de l'incendie, je suis sortie tard, j'avais prévu d'aller aux cuisines, mais j'ai entendu quelqu'un. Je pensais que c'était Rusard – c'était juste Harper, mais je ne pouvais pas le savoir – et je me suis cachée ici. J'ai trouvé l'entrée par hasard. Et devine ce que j'y ai trouvé ? Des steaks, de nouveau. Est-ce que les elfes de maison ne sont pas géniaux ?

― Alors… »

Harry n'était pas convaincu.

« Tu ne leur as jamais parlé directement ? Tu ne leur as jamais demandé de te donner de la nourriture ?

― Ben, non. Mais ce sont des elfes de maison. Ils aiment servir. Ils savent.

― Mais ils ne lisent pas dans les esprits.

― Je… ben, qui d'autre ferait ça pour moi ? C'est de la nourriture. Il faut que ça vienne de quelque part. Et à Poudlard, ça vient forcément des cuisines. »

Ça n'était pas faux. Les elfes de maison avaient semblé assez étranges dernièrement. Leur soudain besoin de se reposer, la porte des cuisines fermée à clé. Qui sait quelles autres bizarreries ils avaient en réserve ?

« Tu ne me crois pas, hein ? renifla Lavande. Qu'est-ce que ça peut faire d'où vient la nourriture ? J'en ai besoin. Je ne fais de mal à personne.

― Je te crois, s'empressa de dire Harry. »

Elle n'avait pas de raison de mentir, après tout. Elle s'essuya les yeux du dos de la main.

« Comme si les cicatrices n'étaient pas assez, dit-elle avec amertume. Je suis quasiment une bête.

― Non, c'est pas vrai, dit Harry. »

Il pensa à Bill, qui avait une femme qui l'aimait à ses côtés.

« Tu ne dois pas avoir honte de ça. Ce qui t'es arrivé n'est pas de ta faute.

― Oh, merci, Harry. Je vais arrêter d'avoir honte juste parce que tu as dit que je devrais. Crois-moi, je sais très bien de qui c'est la faute. »

La faute d'un homme qui vient juste de mourir dans des circonstances mystérieuses. Harry se détesta un peu de la harceler de la sorte, mais il le fallait.

« Je suppose que tu as entendu dire que Greyback était mort ? »

Son visage se métamorphosa aussitôt. Elle avait l'air furieuse.

« Est-ce que tu es en train de m'accuser pour ça ? Alors, quoi ? Maintenant tu penses que je suis une meurtrière ? Juste parce que je suis un demi-loup-garou ?

― Non ! »

Mais qui d'autre aurait pu tuer Greyback ? Lavande était celle qui rôdait chaque nuit. Elle avait un mobile puissant, elle était en colère, elle en avait sûrement la force.

« Je ne t'accuse pas, Lavande. Si… Même si tu as fait quelque chose, je veux dire, peut-être que c'était un accident. De la légitime défense. Et même si ce n'était pas le cas, je ne t'accuserais…

― Je n'ai tué personne ! hurla-t-elle. Je suis heureuse qu'il soit mort. Tellement heureuse que je pourrais en danser. Il est mort comme le sale chien rageux qu'il était. Ne pense pas que je ne l'ai pas voulu. Je l'ai voulu chaque seconde de ma vie depuis qu'il m'a fait ça, depuis qu'il m'a transformée en monstre. Mais je ne l'ai pas tué, Harry. »

Harry la regarda fixement.

« Tu l'as voulu, répéta-t-il. »

Ses bras et son cou se couvraient de chair de poule.
Voulu. Veut. Vœu.
Des mots qui revenaient sans arrêt.

Elle secoua la tête avec incrédulité.

« Bien sûr que je l'ai voulu. »

Qu'est-ce que je veux ? s'était demandé Harry dans son rêve. C'était une question importante, mais il n'en avait pas su la réponse. Sauf que maintenant il la connaissait. Il avait voulu un mystère. Il avait voulu attraper des Mangemorts. Il avait voulu sauver des gens, les empêcher d'être blessés. Il avait voulu faire quelque chose d'important, ne pas perdre son temps.

Et j'ai eu ce que je souhaitais. Quelques minutes après qu'il se soit tenu devant la Salle sur Demande, faisant ce vœu, il s'était réalisé.

Est-ce que tu soupçonnais Malefoy de quoi que ce soit avant que tout ça arrive ?

Oh mon dieu.

. Harry ne pouvait plus respirer.

« Harry ? demanda Lavande. »

Elle avait l'air inquiète.

« Tu as voulu des steaks, aussi. Tu les voulais désespérément.

― Tu es obligé de répéter tout ce que je dis ? demanda-t-elle d'une voix cassante. »

Les oreilles de Harry bourdonnaient sous l'effet du sang qui affluait à son cerveau.

« Goldstein voulait que Harper meure. Smith voulait la peau de Malefoy. Le petit Peterson voulait de la lumière.

― Vouloir quelque chose n'est pas un crime, dit Lavande lentement, comme si elle parlait à un jeune enfant. Et n'essaie pas de me comparer à Goldstein. Il a assassiné Harper.

― Pas plus que tu n'as tué Greyback. Ou que je n'ai stupéfixé Tommy.

Quoi ? »

Harry sortit de sa stupeur et fouilla sa poche.

« Il faut qu'on envoie des messages, dit-il en pointant sa baguette sur son Gallion. »

Il dut se concentrer. Sa main tremblait.

Lavande glapit quand son Gallion brûla et elle le sortit.

« Le bureau de McGonagall ? »

Elle avait l'air inquiète.

« Pourquoi est-ce que tu veux que tout le monde y aille. Qu'est-ce que tu vas lui dire ? Je n'ai tué… !

― Je sais, Lavande ! »

Il l'attrapa par la main.

« Viens ! »

Il la tira vers les escaliers. Elle se dégagea bien trop facilement.

« Non ! Qu'est-ce que tu vas dire à McGonagall ?

― Je vais lui dire qu'il faut qu'on évacue le château et en vitesse, dit Harry. »

Il attrapa de nouveau la main de Lavande mais fronça soudain les sourcils.

« Pritchard ! se rappela-t-il soudainement. Putain, je l'avais oublié. Il nous faut Jaime Peterson. Il ne peut pas sortir de la salle commune tout seul. Les Serpentard, où ils sont ? Zabini et les sœurs Greengrass ? Quel étage ? »

Malefoy était trop loin, tout en bas au premier étage. Les questions avaient dû prendre Lavande par surprise car elle en oublia de protester et répondit aussitôt :

« Luna et Zabini sont au cinquième.

― Parfait. Viens ! »

Il se mit à courir en l'entraînant derrière lui, et cette fois elle le suivit sans se débattre. Ils tombèrent sur Zabini et Luna dans l'escalier, avant même d'atteindre le cinquième étage. Harry leur demanda de descendre aux cachots, de trouver Peterson et de l'amener au bureau de McGonagall.
Zabini l'observa.

« Il te faudra autre chose ?

― Tu vas le faire ou pas ? aboya Harry.

― On va le faire, Harry, répondit Luna. Viens, Blaise. »

Elle tira sur sa manche et il lui obéit sans broncher. Lavande les regarda partir fixement.

« Bon sang. Tu crois que…

― Oh, qu'est-ce qu'on s'en fout ! Viens ! »

Harry reprit les escaliers.

« Harry, attends ! s'écria Lavande. Il y a un passage plus bas, qui conduit au bureau de la…

― Je veux vérifier quelque chose d'abord. Et j'ai besoin de toi. Lavande, s'il te plaît. »

Elle souffla mais le suivit en courant. Ils arrivèrent au septième étage en quelques secondes. Harry se précipita vers la Salle sur Demande et en ouvrit la porte. La Salle était aussi sombre et morte que dans son souvenir.
Lavande jeta un coup d'œil à l'intérieur.

« Qu'est-ce que tu t'attendais à trouver ? »

Il ne répondit pas mais à la place il lui dit :

« Lavande, fais le vœu d'un beau plateau de steaks. »

Elle cligna des yeux sans comprendre.

« Le vœu ? Mais je viens de manger !

― Contente-toi d'en faire le vœu. Imagine-les. Imagine que c'est moi qui les tiens. Tout un plateau de steaks saignants. A peine cuits. Tu plantes une fourchette dedans et tu verras du sang couler. »

Les yeux de Lavande s'assombrirent et un plateau de steaks apparut dans les mains de Harry. Ils avaient l'air très saignants en effet ; il en lâcha presque le plateau de surprise. Il soupçonnait qu'ils étaient crus.

« C'est pas possible, dit Lavande en regardant les steaks, puis la Salle. Elle ne marche plus, regarde-la ! Et même si elle marchait, on ne peut pas y faire apparaître de nourriture. Neville disait toujours… Non, c'est pas possible. On était là au printemps dernier, on souhaitait tous avoir de la nourriture, mais elle ne pouvait pas nous en donner.

― La Salle ne pouvait pas, mais le château peut. Tu ne comprends pas ? La Salle a été détruite, mais pas sa magie. Elle est dans le château, maintenant, et même le parc. Elle a accès aux cuisines.

― Mais comment est-ce que ça serait possible ? Comment est-ce qu'elle pourrait juste bouger comme ça ?

― J'en sais rien, dit Harry qui commençait à désespérer. Il faut qu'on parle à McGonagall. »

Il laissa tomber les steaks par terre, ce qui peina beaucoup Lavande.

« Attends, Harry ! s'écria-t-elle. J'en prends juste un.

― Lavande !

Harry était scandalisé, mais elle s'était déjà penchée pour en ramasser un et s'apprêtait à mordre dedans. Mais elle se figea d'un coup en regardant vers les escaliers. Harry se retourna pour voir Ginny et Parvati qui se tenaient là, la même expression choquée sur leurs visages.

« Lavande ? chuchota Parvati. Qu'est-ce que tu… ? »

Lavande laissa tomber le steak avec un cri.

« Rien ! Ça n'a pas d'importance. Venez ! On a une urgence, là ! »

Elle dépassa Harry en un éclair.

« Heu, Harry ? demanda Ginny. »

Il leur fit une petite grimace, il n'y avait pas le temps pour des explications.

« Il faut qu'on se dépêche ! répondit-il en se mettant à courir à son tour. »

Heureusement, Ginny et Parvati le suivirent sans plus de questions. Ils se précipitèrent jusqu'à la tour de la Directrice. Ils y trouvèrent Ron, Hermione et Malefoy à l'entrée, qui s'apprêtaient à monter.

« Harry ! dit Hermione en retournant en arrière. Qu'est-ce qui se passe ? »

Harry balaya Malefoy des yeux pour s'assurer qu'il allait bien. Il avait l'air en bonne santé, mais un peu grognon. Harry revint à Hermione.

« Est-ce que Pomfresh a pu faire quelque chose pour Goyle ? »

Hermione secoua la tête.

« Elle est toujours en train d'essayer, mais on dirait que rien ne marche. »

C'est ce que Harry avait soupçonné.

« Qu'est-ce qui est arrivé à Goyle ? demanda Lavande.

― Il a rétréci, répondit Harry. Venez, dit-il pour la énième fois ce soir. Il faut qu'on parle à McGonagall. »

Ron fronça les sourcils et Malefoy demanda :

« Est-ce que quelqu'un d'autre a été blessé ? »

Il jeta un coup d'œil suspicieux à Lavande, Ginny et Parvati, se demandant peut-être ce qu'elles faisaient avec Harry.

« Non, et personne ne le sera, dit Harry. »

Il faut juste qu'on agisse rapidement.

Harry monta les escaliers en courant et les autres le suivirent sans tarder.

« C'est pas grave Harry. C'est pas comme si on avait besoin de savoir ce qui se passe, grommela Ron. »

Ils trouvèrent la plupart des membres de l'A.D. dans le bureau de McGonagall, ainsi que McGonagall elle-même. Elle n'avait pas l'air de très bonne humeur.

« J'espère que vous avez une bonne raison pour cette invasion, Potter. »

Harry nota qu'il n'était visiblement plus Harry pour elle.

« Professeur, dit-il. »

Il était parfaitement au courant que tout le monde écoutait et qu'il allait avoir l'air d'un dément.

« Il faut qu'on évacue le château. »

McGonagall leva les sourcils. Hermione courut vers lui.

« Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« C'est une question légitime, dit McGonagall. »

Son visage se fit soudain plus dur.

« Est-ce qu'un autre élève a été blessé ?

― Non, répondit Harry. Enfin, si. Quelqu'un a rétréci Gregory Goyle et Pomfresh ne peut pas le ramener à sa taille normale. »

Quelqu'un ricana mais Harry choisit de l'ignorer.

« Mais ce n'est qu'une question de temps avant que quelqu'un d'autre soit blessé. Professeur, je pense que je sais ce qu'il se passe.

Harry hésita ; McGonagall attendait et il ne savait pas comment présenter sa théorie d'une façon qui ait l'air plausible.

« Il y avait une pièce dans ce château, la Salle sur Demande, je suis sûr que vous en avez entendu parler. L'Armée de Dumbledore y avait ses réunions en cinquième année, et ce printemps, ils s'y sont cachés des Carrow. Elle avait sa propre magie, très spéciale. Une fois à l'intérieur, elle offrait à qui s'y trouvait ce que l'on désirait, avec très peu de limites. Mais quand on quittait la pièce, tout disparaissait. Ça n'avait de pouvoir que dans la Salle et nulle part ailleurs. La Salle a été détruite pendant la Bataille de Poudlard. Elle a brûlé. Elle ne marche plus, c'est juste une pièce vide. Mais… je pense que la magie a survécu. Elle n'a pas été détruite avec la Salle. Je pense que d'une façon ou d'une autre, elle s'est répandue dans le château. Et qu'elle essaye de faire ce qu'elle a toujours fait : réaliser des vœux. »

L'expression de McGonagall était impossible à déchiffrer. Harry ne savait pas si elle réfléchissait à ce qu'il venait de dire, ou si elle réfléchissait à appeler Pomfresh pour lui faire donner une Potion Anti-Blabla.
Harry regarda Hermione, espérant de l'aide. Elle se mordait la lèvre.

« Oh, je ne sais pas Harry. Ça expliquerait tellement de choses, mais… est-ce que la Salle n'avait pas besoin de consignes spécifiques ? Et elle réalisait tous les vœux. Si ça faisait ça tout le temps, à l'intérieur du château, on aurait remarqué.

― Et même si la magie n'a pas été détruite, puisque c'est impossible, et oui, nous en avons déjà parlé, je m'en souviens, dit McGonagall, cela ne veut pas dire qu'elle garde la même forme. Elle était liée à la Salle. Quand la Salle a disparu, la magie a perdu son but. Oui, je suppose qu'on pourrait dire que la magie est toujours dans le château, qu'elle existe toujours, qu'elle est partout, mais la Salle était enchantée et cet enchantement a été brisé. Quand vous interrompez le Sortilège Dansant sur votre tasse, Potter, la magie ne s'enfuit pas en courant pour aller enchanter une autre tasse.

― Je sais. Mais ce n'est pas un Sortilège Dansant. C'est un enchantement très ancien, qui fait partie de l'ancienne magie qui habite le château. N'est-il pas envisageable que quelque chose de si ancien et si puissant ne respecte pas les règles habituelles ? Et si c'était impossible de l'annuler, impossible de la détruire parce qu'elle fait partie du château, comme Peeves ? Oh ! Peeves ! s'exclama Harry. Tout le monde voulait se débarrasser de Peeves. Les étudiants, les elfes de maison, tout le monde était tout le temps en train d'espérer que Peeves n'allait pas débarquer. Et notre vœu s'est réalisé. Et si cette magie a réussi à se débarrasser de Peeves, qui sait ce qu'elle pourrait faire d'autre.

― Je souhaite avoir un Eclair de Feu rien qu'à moi, Harry, dit Ron. Mais… »

Il agita ses mains vides.
Hermione avait l'air indécise.

« C'est juste. Cependant… »

Elle fronça les sourcils.

« C'est possible pour la magie d'être Transformée ; d'être enchantée pour se transformer en une protection. Pas vrai ? »

Elle regarda McGonagall.

« Théoriquement, admit celle-ci. La destruction d'un enchantement pourrait en déclencher un autre. Toutefois, ce que Potter est en train de suggérer… Vous pensez que les Fondateurs auraient permis qu'une magie si dangereuse enchante le château ?

― Pas de façon délibérée, bien sûr, reconnut Hermione. Mais un tel enchantement aurait requis une certaine forme de conscience de la part de la magie. D'une certaine façon, elle avait été enchantée pour se protéger elle-même. Alors, quand le Feudeymon l'a menacée…

― Elle s'est enfuie ? »

McGonagall pinça les lèvres.

« Peut-être ? dit Hermione. Mais elle devait être endommagée. Elle avait perdu son but, elle était incapable de servir, parce que rien ne s'est vraiment passé avant… »

Hermione se fit pensive.

« Est-ce que tout n'a pas commencé le jour du match Gryffondor-Serpentard ?

― Si, dit Harry. Oh ! Le match !

― Oh oui ! s'exclama Hermione. Tous ces gens qui souhaitaient la même chose en même temps. Enfin, deux choses opposées : que leur équipe gagne. Le nombre de joueurs que ces Cognards ont assommés, des deux côtés.

― C'est ça ! »

Harry regarda McGonagall.

« Réfléchissez, Professeur. Pendant des siècles, la magie savait ce qu'elle devait faire. Et puis d'un coup, elle s'est retrouvée dans un château empli de centaines de voix, qui souhaitaient tout le temps des trucs. C'était juste du bruit, elle ne pouvait entendre personne, elle ne pouvait satisfaire aucun vœu. Si vous êtes dans une pièce bondée où tout le monde est en train de hurler, vous arriverez mieux à les comprendre s'ils hurlent la même chose. Ou si quelqu'un hurle la même chose encore et encore, surtout si c'est une voix que vous connaissez déjà.

« Ce dimanche, tout le monde était sur les nerfs, et concentré sur quelque chose de précis. Ce doit être le jour où elle nous a compris pour la première fois, le jour où elle a réalisé qu'elle pouvait faire ce pourquoi elle était programmée. Elle a verrouillé la grande porte parce que certains Gryffondor ne voulaient pas que le match ait lieu. Et puis elle a transformé le match en massacre pour essayer de faire plaisir aux deux côtés. Après ça, elle a dû écouté les vœux désespérés des personnes qu'elle connaissait parce qu'elles avaient été dans la Salle auparavant. Des membres de l'Armée de Dumbledore, comme Goldstein, qui voulait que Harper tombe d'un tour ; Smith, qui voulait voir Malefoy mort. Un gamin qui avait peur du noir : Pritchard et ses amis avaient déjà enfermé Jamie Peterson dans la Salle sur Demande ; elle le connaissait également. Ça n'avait pas d'importance que le vœu soit très précis ou non. Je crois qu'elle écoutait les émotions, le désespoir. Elle écoutait ce qu'elle avait appris à écouter le jour du match.
Oh, et la Carte ! Hermione, la Carte ! La Salle n'est jamais apparue dessus parce qu'elle était incartable. Et pendant que la magie de la Salle se répandait dans tout le château, la Carte disparaissait lentement.

« Et Parvati ! »

Harry se retourna pour lui faire face et elle tressaillit légèrement.

« Harper qui apparaissait n'importe où dans le château, près de toi, parce que tu le souhaitais. »

Parvati secoua la tête comme pour nier mais Harry ne la crut pas.

« Et Tommy Wright ? demanda McGonagall. »

Harry était heureux d'entendre sa voix.

« Fenrir Greyback ?

― C'est moi qui ai stupéfixé Tommy, dit Harry d'une voix triste. »

McGonagall eut l'air choquée.

« Je veux dire, je suis retourné dans le château, pensant que Malefoy allait lui balancer un maléfice. »

Harry n'osa pas regarder du côté de Malefoy. Désolé, pensa-t-il.

« Je suis monté jusqu'à la Salle et je me suis tenu là, regrettant d'être revenu à Poudlard. J'avais envie d'être dans le monde réel, à chasser des Mages Noirs, à faire quelque chose de concret. Je voulais de l'action, du mystère, de l'émotion. Je n'étais pas précis. La Salle a dû improviser et m'a donné ce qu'elle pensait que je voulais. Elle m'a même donné des toiles d'araignées.

― Mais pourquoi diable est-ce que tu aurais voulu des toiles d'araignée ? demanda Ron.

― C'était stupide. La Salle avait l'air tellement vide et morte. Je me rappelle avoir pensé que des toiles d'araignée et de la poussière feraient plus naturel, moins effrayant. Et elle les a fait apparaître, pas dans la Salle, mais sur Tommy. Je pense que la Salle est toujours le meilleur endroit pour faire un vœu. Elle a dû m'entendre et me faire un paquet cadeau avec tout ce que je voulais ; le choix du chef. Et puis elle a dû bouger les escaliers pour s'assurer que je trouve mon mystère.
Et en parlant de toiles d'araignées ! Vous avez remarqué à quel point le château est propre ? Et les elfes de maison dorment. Ils semblent avoir plus de temps libre que jamais auparavant ; ils doivent avoir souhaité que le château soit propre, tous ensemble. C'est un truc auquel ils pensent tout le temps.

« Et Greyback… »

Harry hésita.

« Mon vœu, dit doucement Lavande.

― Et le mien ! s'écria Parvati. Ne t'avise pas de penser que ce n'était pas mon vœu à moi aussi !

― Greyback était avec les Carrow à Pré-au-Lard, dit Harry. On savait pour les Carrow et l'A.D. souhaitait de toutes ses forces les empêcher de pénétrer dans le château. Et ils n'ont pas pu y rentrer. Greyback, par contre ; on n'a même pas pensé à lui. Mais Lavande si ; elle voulait qu'il meure. Et quand il a essayé de rentrer, la magie en a profité. Il a été trouvé à l'orée de la forêt, juste à la lisière où la protection de Poudlard commence. »

McGonagall garda le silence pendant un long moment.

« J'aurais tendance à vous croire, Potter, dit-elle finalement. Même si je n'ai jamais rien entendu de tel auparavant. Et je suis sûre que le Ministère et le Conseil d'Adminstration n'ont jamais rien entendu de tel non plus. Ils vont vouloir enquêter, avoir des preuves. Ça ne sera pas facile de les convaincre, vous l'avez dit vous-même, les mobiles existent. Ce que vous voulez faire, en définitive, c'est prouver que tout le monde est innocent et que ce qui est coupable c'est une magie ancienne qui possède un certain degré de conscience, et qui s'est échappée d'une Salle dont peu connaissent l'existence.

― Alors oubliez-les, insista Harry. Vous ne voyez pas à quel point c'est dangereux de rester ici une minute de plus ? Un vœu de plus, et quelqu'un d'autre pourrait mourir. On a eu tellement de chance. Les gens souhaitent des trucs débiles tout le temps. On a eu de la chance qu'elle n'écoute que le désespoir. Mais ça s'accumule. Il ne se passe pas un jour sans que quelque chose d'horrible ne se passe. Elle apprend, devient de plus en plus puissante. Il faut qu'on sorte du château, Professeur. Cette nuit. Aussi vite que possible. Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons contrôler. Si quelqu'un veut faire une enquête, ils peuvent le faire une fois qu'on sera tous partis.

― Le Conseil d'Administration…

― N'est pas là ! C'est votre décision, Professeur. »

McGonagall n'eut pas l'occasion de répondre. La porte s'ouvrit et Luna et Zabini entrèrent, conduisant un Jamie Peterson à moitié endormi. Harry se précipita vers le gamin et s'agenouilla à sa hauteur, en l'attrapant par les épaules.

« Jamie, j'ai besoin que tu me parles de la nuit où ton dortoir a brûlé. J'ai besoin que tu me dises la vérité. »

Peterson eut l'air inquiet.

« Je ne sais rien. Je l'ai déjà dit.

― Tu es sûr ? Parce que je pense qu'il y a quelque chose que tu ne nous as pas dit. Je pense que tu as vu les bougies. Je pense que tu les as vues et que tu étais très content qu'elles soient là. »

Peterson secoua la tête. Ses yeux étaient immenses.

McGonagall se leva et s'approcha d'eux.

« Mr Peterson, vous n'aurez pas d'ennuis, mais il faut que vous disiez la vérité.

― Le feu n'était pas de ta faute, dit Harry gentiment. On le sait. Même si tu penses le contraire. Mais il faut que tu nous dises ce que tu as vu. »

Peterson hésita, et son regard passa de Harry à McGonagall. Celle-ci lui sourit et cela sembla lui donner un peu de courage.

« Il faisait tellement noir, finit-il par dire. Plus tôt dans la soirée, ils m'avaient enfermé dans cette horrible pièce. C'est Drago Malefoy qui m'en avait fait sortir. »

Harry jeta un coup d'œil à Malefoy. Il était à l'autre bout de la pièce, appuyé à un mur, le visage vide d'émotion. Harry n'aimait pas l'expression dans ses yeux ; il fixait Harry.

« J'avais tellement peur. Dans mon dortoir aussi quand il faisait noir, continuait Peterson. »

Harry reporta son regard sur lui.

« Et il y avait ces créatures à la fenêtre, qui me regardaient. »

Peterson avait l'air très malheureux.

« Et puis… d'un coup, il y avait des centaines de bougies qui flottaient près du plafond. Je ne savais pas comment elles étaient arrivées là, mais j'étais tellement soulagé. J'avais juste peur que les autres les remarquent et les fassent disparaître, mais personne ne s'est réveillé. Et puis je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, il y avait du feu partout. »

Fais attention à ce que tu souhaites, pensa Harry. La magie l'avait aidé, mais quand l'incendie avait démarré, elle n'avait rien pu faire ; pas avant que Lavande et les autres arrivent et lancent des sorts sur le feu en souhaitant qu'il disparaisse.

« Et la nuit dernière ? demanda Harry. Quand tu t'es de nouveau retrouvé dans cette pièce, à quoi tu as pensé ? »

Peterson cligna des yeux.

« A quoi j'ai pensé ? J'avais peur.

― Je sais, mais il y a eu des choses auxquelles tu as pensé, des choses que tu voulais. Est-ce que tu voulais m'envoyer un message ?

― Bien sûr que je voulais. Mais ils avaient pris mon Gallion.

― Mais tu y as pensé, pas vrai ? Si tu avais eu ton Gallion, qu'est-ce que tu aurais écrit ? Tu étais où ? Comment tu appelles cette pièce ? La Pièce Horrible ? »

Peterson secoua la tête.

« La Pièce Morte. Elle a l'air morte.

― Oui, c'est vrai. J'ai eu ton message.

― Mais je n'ai jamais envoyé…

― A quoi d'autre tu as pensé ? »

Peterson commençait à s'énerver.

« Je sais pas.

― Bien sûr que si. Ces trois garçons venaient juste de t'enfermer encore une fois. Tu n'as pas pensé à eux, aussi ? Tu voulais les arrêter, tu te rappelles.

― Ben, oui. J'ai pensé à eux. Comment ils étaient horribles. Comment je voulais…

― Quoi ? le pressa Harry.

― Comment je voulais juste qu'ils me laissent tranquille. Qu'ils s'en aillent. Qu'ils disparaissent. »

La respiration de McGonagall se bloqua.

« On les a fait Disparaître. »

Peterson avala sa salive.

« Mais c'est juste ce que je voulais. Je n'ai rien fait.

― Oh, mais si, Jamie, dit Harry. C'est une pièce très spéciale. Elle t'a donné ce que tu voulais. »

Harry regarda McGonagall.

« Il y a de bonnes chances pour que Tommy et Goyle aillent très bien une fois qu'on les aura sortis du parc. La magie ne devrait plus avoir de pouvoir dehors. Mais Pritchard et les autres… Si on les a fait Disparaître…

― Ils faut qu'on les Rappelle. »

Elle se tordit les mains en regardant Peterson.

« Et il faut que tu nous aides. »

Peterson secoua la tête vigoureusement.

« Je peux pas faire ça. J'ai pas le niveau. Je peux même pas faire apparaître un verre d'eau.

― C'était votre vœu, Mr Peterson, votre intention qui les a fait Disparaître. Et vous les connaissez, et la Salle vous connaît. C'est vous qui avez les meilleures chances de les Rappeler sans trop de dommages. Et il semble… »

McGonagall regarda Harry.

« Que l'intention est tout ce qui compte. Il faut juste que vous souhaitiez qu'ils reviennent suffisamment fort. »

L'expression sur le visage de Peterson montrait clairement qu'il ne souhaitait pas ça du tout.

« Si on ne les Rappelle pas, c'est comme s'ils étaient morts. C'est peut-être déjà trop tard à l'heure qu'il est. Faire Disparaître des êtres humains… C'est quelque chose qu'on ne devrait même pas essayer de faire. »

McGonagall lui jeta un regard acéré.

« Sortez votre baguette, ça vous aidera à vous concentrer. L'incantation est…

APARECIUM ! »

Le sortilège frappa le sol derrière McGonagall avec un craquement sonore. Une lueur jaune se dissipa lentement pour révéler un groupe de garçons, trois, empilés les uns sur les autres. L'un d'eux bougea et gémit.

Harry fit volteface pour voir Malefoy avec sa baguette sortie, pointée sur les Serpentard qui venaient d'apparaître. Malefoy rangea lentement sa baguette. Il leva les yeux vers Harry.

« La Salle me connaît aussi, tu te rappelles ? Et je suis à peu près certain que j'ai voulu les voir disparaître à un moment, moi aussi. »

Harry lui fit un petit sourire incertain. Malefoy avait l'air tellement sombre, morose. Pourquoi fallait-il qu'il soit tout le temps si malheureux ?

Un autre garçon grogna et Harry se tourna pour le regarder. Ils avaient l'air d'aller bien ; Harry espérait que ça voulait dire que Tommy s'en sortirait aussi. Il regrettait de n'avoir jamais réellement souhaité que Tommy se réveille ; il avait voulu qu'il vive, avait voulu arrêter la personne qui l'avait stupéfixé, mais il ne s'était jamais assis à son chevet en souhaitant désespérément qu'il se rétablisse. Pas aussi désespérément qu'il avait souhaité du mystère et de l'action. McGonagall avait tort en disant qu'il essayait de prouver que tout le monde était innocent ; tout le monde était coupable ; la magie de la Salle n'était que leur instrument.

McGonagall regardait fixement les Serpentard qui se trouvaient toujours par terre, en se tenant la poitrine. Harry soupçonnait qu'elle ne l'avait pas réellement cru avant de voir les élèves Disparus réapparaître.

Elle regarda de côté ; Harry pensa que c'était peut-être le portrait de Dumbledore qu'elle regardait, mais il n'était pas sûr. Elle se retourna, semblant plus pâle et plus vieille qu'il ne l'avait jamais vue.

« Prévenez vos camarades, dit-elle. Dites-leurs de faire leurs bagages. Je vais prévenir les autres professeurs et appelez les calèches. »

Elle pinça les lèvres.

« Nous évacuons le château. En attendant… faites attention à ce que vous souhaitez. »


Note : Joyeux Noël les gens !

Ce chapitre doit répondre à pas mal de questions, mais ce n'est pas fini ! La relation naissante entre Harry et Drago n'est-elle que le résultat du vœu de l'un d'entre eux ou bien est-elle, comme dirait Drago « réelle » ?

Je n'ai pas encore commencé à retravailler le chapitre suivant, alors je ne vous le garantis pas pour demain – surtout que je suis toujours bien prise par les obligations familiales – mais je vais essayer de vous livrer ça dans les jours qui viennent.

En attendant, si ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser un petit mot, le cadre « review » vous tend les bras ! ^^