Note:

Bien le bonjour tout le monde !!!!!

Eh non, vous ne rêvez pas ; nous voilà avec un nouveau chapitre en avance !!!!!

Vu que nos muses respectives sont toujours en état d'excitation maximum, nous avons bien avancé dans la fic, et voici un nouveau chapitre qui doit faire environ, si je me souviens bien, 27 pages Word... Grosso modo :D. Nous avons même commencé le chapitre suivant, qui, ma foi... va faire avancer un couple en particulier d'un graaaaaaand pas en avant.

Mais je ne vous en dit pas plus !

Bref, nous avons décidé de poster ce soir, et ainsi fêter la sortie de Twilight 2 sur nos grands écrans en France ! Mmmmh qui veut voir Edward et Jacob torse nu ??? Nan, arrêtez de baver, s'il vous plait...

Félicitations à ycats et Lukilina pour avoir répondu à la devinette !!! "Comment appelle-t-on 100 avocats morts noyés au fond de la mer ?" Réponse : "Un bon début". Nous faisons quand même un clin d'oeil aux avocats... Merci d'exister ^^ ! Nos deux revieweuses ont bien gagné leur bon point et leur personnage préféré de Twilight en sucre...

Réponse aux non-inscrits :

fraise : ce que Bella a bu ? Eh bien du café me semble-t-il... Alors, pour le nombre de chapitres... Nous avons fait un rapide calcul des évènements qui allaient se produire prochainement avec Mushroom, et nous pensons que d'ici 5 chapitres, il se pourrait qu'Edward et Bella viennent à former un couple... ;-)

HelleHaare : merci !!! Oui, tu as raison, nous approchons de la fin du couple de Rose et Edward... Son attirance pour Emmett finira par faire pencher la balance...

ycats : toutes nos félicitations !!!! Tu as trouvé la réponse exacte à cette devinette... Un bon point pour toi et un Edward en sucre virtuel !!!! :D

Bonne lecture !!!!


Chapitre neuf: Recoller les morceaux


BELLA



Nos vacances de Thanksgiving se déroulèrent d'une manière bien différente de ce qu'on aurait pu prévoir.

Le lundi, je dormis beaucoup. De toute façon, le temps ne se prêtait à rien d'autre.

Mardi, je tentai de renouer avec la télé de mon père cette vieille complicité que nous avions elle et moi, avant que je ne décide que passer du temps avec Jacob était plus amusant que de rester avachie sur le canapé.

Jacob. Pourquoi tout me ramenait à lui depuis hier ?

Je me détestais d'avoir fait de lui la personne la plus importante de ma vie, il y a de cela plusieurs années. Car comprenez bien, avant d'être mon premier amour, Jake a été mon meilleur ami. Celui à qui je confiais tout, celui qui me défendait contre les autres qui se moquaient de ma maladresse, celui qui lui aussi se moquait de moi, mais d'une manière qui me donnait juste envie de faire semblant de bouder. Celui qui me consolait, qui me faisait rire. Il était le premier ami que je m'étais fait en revenant à Forks, et était devenu au fil des années le premier garçon qui hantait mes pensées jour et nuit. Puis mon premier petit copain. Premier baiser, première fois. Je lui avais offert toutes mes premières, et lui, il m'avait donné en échange mon premier chagrin d'amour.

Je coupai la télé, remarquant bien que quoi que je fasse, je n'arrivais pas à m'y intéresser.

Et alors, mon portable sonna. Je l'attrapai en vitesse ; c'était un numéro que je ne connaissais pas. Un peu surprise, j'hésitai à répondre ; qui est-ce que ça pouvait bien être ?

Mes premières pensées revinrent à Jacob. Il avait essayé de m'appeler, hier. Avait-il changé de tactique ? Emprunté le téléphone d'un de ses amis ?

Le téléphone s'était arrêté de sonner ; quelques secondes plus tard, il vibra, me signalant un nouveau message sur ma messagerie.

Je l'écoutai ; et, surprise, reconnus rapidement la voix de mon interlocutrice.

« Bella, c'est Rose. Je ne sais pas quand tu auras ce message, mais… euh… j'ai appelé Jasper pour avoir ton numéro. Je… Avec Edward, ça s'arrange pas. Et je… oh, je sais même pas pourquoi je t'appelle… Tu dois me prendre pour une folle… Je suis désolée, passe une bonne journée, Bella. À plus. »

J'appuyai sur la touche de rappel.

« Bella ? » Fit Rose en décrochant dès la première sonnerie.

« Oui, euh, salut… Je viens d'avoir ton message. J'ai pas répondu parce que je craignais que ce soit… peu importe. Ça va ? »

Il y eut un silence au bout du fil. Ben oui, évidemment. Quelle idée de demander si ça allait.

« Non », répondit Rose, la voix un peu cassée.

Elle avait pleuré. J'imaginais difficilement Rosalie pleurer. J'eus de la peine pour elle.

« C'est avec Edward, reprit-elle. Ça ne s'arrange pas, on n'arrive même pas à en parler. Y a rien à faire, quand j'essaie, il ne répond rien.

- Oh… D'accord. Mais toi, sais-tu où tu en es ? »

Elle ne répondit pas tout de suite.

« Je l'aime, finit-elle par lâcher. Je l'ai toujours aimé ! »

Sa voix était montée dans les aigus. Le désespoir. Sa peine me rappela la mienne, quand j'avais compris que mon premier amour n'était pas le bon.

Je m'assis plus confortablement dans le canapé.

« Et si tu me parlais de votre rencontre ? »

Nous continuâmes à nous appeler ainsi tous les jours ; mercredi, d'ailleurs, elle m'appela deux fois. Elle me parlait de leur couple, avant. De ses sentiments, de sa détresse à l'idée de perdre Edward et de gâcher tout ce qu'ils avaient vécu. Mais de plus en plus, je la sentais en parler au passé ; elle ne s'en rendait pas compte, mais elle était en train de tourner la page.

La rentrée approchait, et j'étais vraiment inquiète quant à ce qui allait s'y passer.

Jeudi, je me rendis compte que je n'avais pas eu de nouvelles d'Alice depuis notre veille à l'aurore boréale.

Ce n'était pas normal.

Le ventre noué, j'attrapai mon téléphone et trouvai son numéro.

Elle décrocha au bout de la troisième sonnerie.

« Oui ? Fit-elle en décrochant.

- Alice ? C'est moi…

- Je sais. »

Oh. C'était plutôt sec, comme entrée en matière.

« Ça va ? Me risquai-je à demander.

- Oui. C'est sympa de t'en enquérir. »

Je soupirai, et fermai les yeux. Génial. Ma meilleure amie me faisait la gueule.

« Tu dis ça parce que je ne t'ai pas appelé depuis l'autre soir ? Demandai-je en soupirant.

- Non. Plutôt parce que tu sembles m'avoir oubliée rapidement au profit de Rosalie. »

Elle avait craché son prénom d'une manière sarcastique. Je fronçai les sourcils.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Oh ça va, Jasper m'a dit qu'elle avait demandé ton numéro de téléphone. Et toi qui ne me donne pas de nouvelles… Je comprends que tu veuilles passer du temps avec elle, mais j'ai l'impression que tu m'oublies ! »

J'en revenais pas. Elle était en train de me faire une crise de jalousie.

Mon estomac se tordit ; d'un côté, j'avais envie de sourire. Ça signifiait bien à quel point Alice tenait à moi et avait peur de me perdre.

D'un autre côté, j'avais peur qu'elle ne m'en veuille vraiment.

« Je ne l'ai pas vue, tu sais. Elle voulait juste m'appeler pour parler d'Edward. Leur couple ne s'est pas arrangé depuis l'autre soir. »

Alice garda le silence quelques instants. Puis repris d'une voix sèche.

« Ouais mais reconnais que nous deux c'est plus comme avant. C'est les vacances et en trois jours on ne s'est pas vues. »

Je souris, tout en levant les yeux au ciel.

« Tu me manques aussi, 'Lice.

- On dirait pas »

Sa voix s'était faite boudeuse ; je sentais qu'elle commençait à se calmer.

« Et pourtant…

- Bon, prouve-le moi. Cet après-m, on va faire les boutiques. »

Je me cognai la tête contre le mur.

« Aïe !

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, je me suis cognée. Il fait un temps pourri, 'Lice !

- Dans les boutiques il pleut pas ».

Ah, merci pour l'info.

« J'ai pas envie d'aller faire les magasins », bougonnai-je.

Alice resta silencieuse un petit moment.

Puis elle rit. Je n'y comprenais plus rien ; je m'attendais à ce qu'elle me hurle dessus plutôt.

« Ok, c'est bon. Si tu t'étais sentie coupable de quoi que ce soit, tu aurais accepté de faire les boutiques avec moi pour t'excuser ; là, je retrouve ma Bella »

Je soupirai, soulagée, puis sourit.

« Tu passes trop de temps avec ton psychologue de copain. »

Elle rit.

« Possible. En tous cas, je veux te voir demain, et là, ça ne se discute pas.

- Ok, abdiquai-je.

- Tu ne tentes pas de me convaincre de ne pas chercher à faire de toi ma poupée ? Demanda-t-elle, soupçonneuse.

- Je sais très bien que rien ne pourra t'en empêcher.

- C'est pas faux, rigola-t-elle. Viens vers 11h, on pourra manger ensemble comme ça. Bisous, je t'adore Bella.

- Moi aussi », fis-je, feignant la lassitude.

Mais je ne pus m'empêcher de rire, gagnée par sa bonne humeur. Elle raccrocha ; soulagée, je regardai mon téléphone quelques instants. Je venais d'échapper à un gros orage. Les colères d'Alice sont bien souvent dévastatrices.

Le lendemain, j'arrivai chez Alice à 11 h, comme prévu. J'étais à peine sortie de la voiture de Jazz qu'elle me sautait au cou.

« Bella ! Tu m'as manquée.

Je souris.

- C'est vrai que ça fait super longtemps. »

Elle me frappa doucement derrière la tête. Une habitude qu'elle avait prise avec son frère.

« T'es bête. Allez, rentre. »

Alice insista lourdement pour me coiffer et me maquiller ; je bougonnais, avançant comme principal argument que ça ne servait à rien, on en sortait pas et en plus il pleuvait. Mais rien ne pouvait lui faire entendre raison, je devrais le savoir depuis le temps.

Une fois que sa folie soit passée, elle se posa et me regarda avec douceur.

« Ça va, toi ?

- Que veux-tu dire ? », fis-je, fronçant les sourcils.

« Jacob… N'essaies pas de me faire croire que le revoir ne t'a rien fait. »

Je fermai les yeux.

« J'en ai marre, fis-je, lasse. Il a essayé de m'appeler plusieurs fois par jour, toute la semaine. Je songe vraiment à changer de numéro. »

Elle me sourit.

« Tu m'étonnes. Tiens bon, Bells. C'est dur à oublier, un premier amour.

- Je sais. Mais c'est pas juste. J'avais réussi à l'oublier, et là… »

Elle me prit dans ses bras.

« C'est rien. C'est normal, maintenant, il te faut apprendre à lui faire face. Tu vas y arriver… »

Je sortis de chez Alice plus tôt que prévu ; il pleuvait à verses. Jazz me ramena ; je le remerciai, et rentrai chez moi. Je retirai mes vêtements trempés, et passai un vieux jean et une veste de mon père.

J'étais en train de regarder par la fenêtre, ne pensant à rien en particulier, quand sous la pluie battante j'aperçus une voiture qu'il me sembla reconnaître entrer dans ma rue et s'arrêter.

Au bout d'un moment que je commençais à trouver long, quelqu'un sortit de la voiture, et fit quelques pas vers ma maison. Ça pourrait être la silhouette d'Edward ; mais j'en suis incertaine.

Finalement, je me décidai à aller à l'entrée et à l'appeler.

« Edward ? »

Pas de réponse.

« C'est… c'est toi Edward ? »

La silhouette s'avança vers moi ; et, soulagée, je le reconnus.

Il arriva à ma hauteur sans dire un mot.

« J'ai reconnu ta voiture à travers la fenêtre », fis-je, histoire de rompre le silence qui s'installait.

« Je peux entrer ? »

Je levai la tête vers lui, et le regardai un moment. Il était pâle -plus que d'habitude-, et avait les traits tirés.

Je m'effaçai pour le laisser passer.

oOo

Quelques minutes plus tard, je posais le chocolat qu'il m'avait demandé devant lui.

" Comment va Rose? " lui demandai-je.

Autant profiter de sa présence pour le tester.

" C'est pas la forme. " Finit-il par murmurer en détournant le regard. " Tu n'as pas de ses nouvelles? "

Touché…

" Je ne sais pas si...

_ Je veux juste savoir si elle y voit plus clair... Et ne me demande pas en quoi, tu sais parfaitement de quoi je veux parler. " me coupa-t-il.

Nos regards se croisèrent. Il avait l'air d'avoir tout misé sur ma réponse.

Comment lui dire que Rose se battait pour essayer de rester amoureuse, alors que je sentais nettement que plus les jours passaient, plus elle se détachait de lui ?

" Elle t'aime. " Finis-je par lâcher.

Il eut un rire sec.

« Si, je t'assure, elle t'aime! Elle est désespérée. » Renchéris-je.

Et ça, c'était vrai.

« Mais il y a l'autre...

- Je comprends ce que tu ressens...

- Je ne pense pas, non. »

Il me répondit avec une sécheresse qui me fit raidir ; je le fusillai du regard.

" Non, en effet, il n'y a que toi qui souffre, raillai-je. Ce que j'ai vécu avec Jacob, c'était rien à côté !

- Je ne sais rien de votre histoire, à part qu'il a couché avec une autre et qu'il le regrette. Je l'ai trouvé assez sincère. "

Je me sentis pâlir.

De quel droit osait-il me balancer ça ainsi à la figure ?

" C'est lui qui a dit ça ? " fis-je

Je ne sais pas combien de temps s'écoula ; choquée, je fixais le mur. Puis du bruit se fit entendre.

" Bells? " fit la vois d'Emmett.

Tiens, qu'est-ce qu'il fait là ?

Emmett apparut dans l'embrasure de la porte. Il m'aperçut, et fronça les sourcils.

" Ça va pas?

- Ours! Viens voir dans quel état elle a laissé les bougies! Elles sont toutes engraissées! " Cria une voix que je connaissais que trop depuis l'entrée.

Si avant j'étais pâle, je suppose que là, je devins translucide.

C'était la voix de Jacob.

« Jake est ici?

- Je... Hummm... Écoute, il... »

Je me précipitai vers le garçon qui avait eu -et avait encore aujourd'hui, force m'était de l'admettre- une place si importante dans ma vie et dans mon cœur.

" Comment oses-tu venir chez moi? M'avoir pourri ma soirée la semaine dernière, ça ne te suffit pas? Hein?! Il faut que tu viennes me narguer sous mon propre toit? "

Jacob se redressa ; je me rendis alors compte d'à quel point j'étais proche de lui. Je ne lui fis malgré tout pas le plaisir de me reculer. Je levais la tête, le fusillant du regard.

" Tu es toujours aussi belle quand tu es hors de toi. " me coupa-t-il.

Je ne pus même pas décrire ce que je ressentis alors qu'il me répondait avec ce calme qui le caractérisait.

" Bells, laisse-moi t'expliquer... C'est... C'est ton père qui nous a dit de passer en douce. Tu devais être à la maison avec Alice alors... fit Emmett dans mon dos.

- Quoi ?

- Tu crois que ta voiture réussit encore à rouler grâce à qui?... Dès que t'es pas là, on vient jeter un coup d'œil, renchérit Jake

- C'est mon père qui vous a demandé... Commençai-je, sous le choc.

- Une fois par mois environ, ouais. "

Je n'en revenais pas. Même mon propre père me trahissait. Il avait toujours voulu me voir revenir avec Jake, tromperie ou pas. Il avait parlé d'une simple « erreur de jeunesse ».

Tout à coup, sans dire un mot, je me jetai sur lui et lui martelai le torse à coups de poing.

" Comment tu peux me faire ça? Comment tu peux être encore dans ma vie sans que je n'en ai conscience?! Va-t-en! Va-t-en! Tu m'as détruite! Trahie! Anéantie! Tu étais tout pour moi! Et t'as tout foutu en l'air pour une fille qui te courrait après depuis des mois et dont tu n'avais rien à foutre! Il a suffit qu'elle te montre un peu de peau pour que tu arrives, la queue au garde à vous! "

J'avais conscience que j'exagérai ; mais ça me faisait du bien, d'extérioriser.

Il ne réagit pas tout de suite, puis me saisit les poignets, en me tirant contre lui. J'essayai de me débattre ; en vain, il avait toujours été plus fort que moi. Je le maudis, les larmes aux yeux. Sa proximité me rappelait tous les moments de bonheur que nous avions partagé.

Puis, sans me prévenir, il se pencha vers moi, et posa ses lèvres sur les miennes.

Son baiser fut très bref, mais m'immobilisa bien mieux que sa prise sur mes poignets ; nos différents baisers me revinrent en mémoire alors que je retrouvai la sensation de ses lèvres chaudes sur les miennes.

" Je t'aimerai toujours, Bells... Même si tu ne me crois pas. " me fit-il avant de me libérer ; enfin.

Sonnée, je me rattrapai à ma camionnette.

Il s'enfuit.

" Bells... Commença Emmett, s'approchant de moi.

- Ne me touche pas ! Sifflai-je.

- Tu n'étais pas sensée être là. Je croyais que Jazz devait venir te chercher...

- Je suis rentrée il y a une heure. »

Il ne sut trop que répondre ; tant mieux, je n'avais pas envie de l'entendre, là, tout de suite.

Lui aussi, partit, comprenant que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.

Edward rentra ; je m'assis sur mon perron, sentant les larmes commencer à rouler sur mes joues. Je ne savais plus que faire, que penser. J'avais encore la sensation des lèvres de Jacob sur les miennes ; ça me rappelait ces moments de bonheur qui lui seul réussissait à me faire connaître. Derrière moi, je sentis la présence d'Edward ; je me tournai vers lui, désemparée.

Il était comme une bouée de sauvetage. Je ne voulais pas qu'il parte tout de suite. J'avais besoin qu'il reste, juste un peu. Même s'il m'avait vexée, tout à l'heure. Il sembla se demander ce qu'il devait faire ; puis vins se poser à côté de moi en passant un bras maladroit autour de mes épaules. Je me raidis, puis cachai mon visage dans son cou.

Il sentait bon.

" Il n'a pas le droit... Lâchai-je, plus pour moi-même que pour lui. Il n'a pas le droit de me faire ça. "

Je ne sais pas combien de temps je restai ainsi, le nez contre sa peau.

Son odeur m'aidait à oublier celle d'Edward.

Au bout d'un moment, il se leva et me fit rentrer.


EDWARD

Les jours passent. Interminables. Identiques. Presqu'inutiles.

Rosalie pleure tout les soirs et je n'arrive plus à la consoler. Je la prends dans mes bras, elle se presse contre moi. Désespérément. Mais je n'y arrive pas. Mes mains glissent maladroitement le long de son dos et elle finit par s'endormir, épuisée. Et moi, je reste là, immobile, attendant un sommeil qui ne viendra qu'aux premières lueurs du jour.

Je passe mon temps entre mon piano et des promenades solitaires sur le sentier que m'a fait découvrir Jasper. Celui-ci m'a appelé plusieurs fois, mais je ne lui ai pas répondu. Je n'ai envie de rien. Juste m'occuper l'esprit. Dans deux jours, on repend le lycée et j'accueille cette rentrée avec beaucoup plus de joie que d'habitude.

Je regarde par la fenêtre de ma chambre et observe le ciel gris et monotone de Forks. La pluie est prévue pour la fin de l'après-midi mais j'ai envie d'aller faire un tour. Sortir de cette bulle qui m'étouffe.

Je me détourne et prends mes clés avec mon manteau avant de me diriger vers la porte de ma chambre. Je me fige en voyant Rosalie, un livre dans les mains, m'observant timidement.

" Tu sors? Me demande-t-elle inutilement.

_ Une heure ou deux. "

Elle inspire et entre pour s'asseoir sur le lit. Je la regarde faire, sans rien dire. Elle a les yeux baissés sur ses mains posées sur ses genoux et ne dit rien. Je finis par me détourner et commence à sortir quand elle murmure:

" Qu'est-ce qu'il nous arrive, Edward?... Pourquoi ça nous arrive maintenant? "

Je me fige et ferme les yeux un instant, la respiration douloureuse. Puis m'en vais sans lui répondre, pressé de partir loin de sa détresse qui m'oppresse.

" Tu sors? " Me demande à son tour ma mère sur un ton un peu sec.

Je soupire franchement et me tourne vers elle. Elle pense que tout est de ma faute, que je fais souffrir Rose pour rien.

" Oui, je reviens pour manger.

_ Tu as parlé avec Rosalie? "

Je ne me donne même pas la peine de répondre et me contente de la fixer. C'est à son tour de soupirer et de se retourner vers les fleurs qu'elle était occupée à mettre dans un vase.

Je sors dans le froid, sous une légère bruine et m'avance rapidement vers ma voiture, sans regarder la maison de Jasper. Aucune voiture n'est garée devant chez lui, je suppose qu'il est chez Alice.

Je mets le contact et commence à errer, sans but précis. Le silence de l'habitacle m'agace plus qu'il ne m'apaise et j'allume l'auto-radio en mettant ma playlist sur l'oeuvre intégrale de Wagner, en particulier La Défense d'aimer. Je sens mes muscles se détendre peu à peu alors que je m'enfonce un peu plus dans mon siège, puis, bifurque à droite à l'angle de la rue. Je ralentis l'allure en apercevant la vieille camionnette rouge devant la petite maison bleue.

La rue de Bella... Merde.

Je m'arrête, deux maisons avant. Je regarde un moment la Chevrolet puis coupe le moteur, et j'attends. Dehors, la pluie commence à tomber et je me décide à descendre. Je referme mon manteau et me dirige à pas lents vers la maison bleue, où la fenêtre du rez-de-chaussée brille doucement derrière un rideau crème. Arrivé sur l'allée, je m'immobilise. Je ne sais pas si Bella est la personne appropriée pour discuter de Rose. Mais elles ont l'air de bien s'entendre, alors peut-être...

J'attends, immobile, sous la pluie comme un imbécile. Indécis. Je finis par soupirer et me détourner quand une voix m'appelle depuis la porte d'entrée, incertaine:

" Edward? "

Je me tourne à nouveau vers la maison et vois Bella, dans la vieille veste de son père, celle qui lui va quatre fois trop grande. Elle met sa main en visière, incertaine de m'avoir reconnu.

" C'est... C'est toi, Edward? "

Je ne réponds pas et finis par me diriger vers son perron, tête baissée. Je monte doucement les marches et m'avance un peu vers elle alors qu'elle referme les pans de la veste autour de son corps frêle.

" J'ai reconnu ta voiture... A travers la fenêtre. Marmonne-t-elle en replaçant nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.

_ Je peux entrer? "

Elle lève ses yeux vers moi et observe un instant les traits de mon visage. Puis, elle s'efface et me laisse entrer dans sa maison.

Je soupire de bien être à la chaleur qui se dégage du salon sur notre droite, si j'en juge la télévision que j'y entends.

" Je te dérange?

_ Oh non... Je... Je zappais, sans plus. "

Le silence s'installe et elle passe devant moi pour se diriger vers le salon où elle éteint la télévision. Je reste immobile, dans le couloir, ne sachant où regarder, où aller. Elle revient quelques secondes plus tard, et me regarde, comme si elle s'attendait à ce que je parle. Voyant que je n'en faisais rien, elle s'éclaircit la gorge et me demande:

" Tu veux boire quelque chose de chaud?

_ Un chocolat, je veux bien. "

Elle soupire en se dirigeant vers le petit couloir qui mène à l'arrière de la maison. Hésitant, je finis par la suivre et la vois affairée dans la petite cuisine. Doucement, je m'assois à la table et enlève mon manteau en regardant autour de moi.

Ca n'a rien à voir avec ma maison. C'est beaucoup plus petit, beaucoup plus confiné. C'est un peu rustique; aucun appareil électro-ménager dernier cri sur le plan de travail, seulement un toasteur, une pile de livres de cuisine, une vieille radio, et un micro-ondes.

Elle prend son temps en préparant le chocolat et finit par se retourner vers moi en évitant mon regard.

" Jasper se désespère d'avoir de tes nouvelles. Finit-elle par dire en me jetant un rapide coup d'oeil.

_ Je... Oui. J'avais envie de... solitude. "

La sonnerie du micro-ondes la fait sursauter et elle me donne le mug avant de se remettre contre le plan de travail, me regardant, cette fois.

" Comment va Rose? " Me demande-t-elle quand je porte le chocolat à mes lèvres.

J'hésite, puis hausse les épaules.

" C'est pas la forme. " Finis-je par murmurer en détournant le regard.

Le silence se réinstalle et j'observe la pluie tomber à travers la fenêtre en buvant mon chocolat.

" Tu n'as pas de ses nouvelles? "

Elle me regarde avec étonnement, et rebaisse les yeux en rougissant et en se mordillant la lèvre inférieure. Je l'ai eue...

" Je ne sais pas si... Commence-t-elle en balbutiant.

_ Je veux juste savoir si elle y voit plus clair... Et ne me demande pas en quoi, tu sais parfaitement de quoi je veux parler. "

Ses yeux croisent à nouveau les miens et je l'observe avec détermination, attendant sa réponse, comme un homme montant à l'échafaud.

" Elle t'aime. " Finit-elle par dire, semblant choisir avec soin ses mots.

Je laisse échapper un rire nerveux et ne réponds pas.

" Si, je t'assure, elle t'aime! Elle est désespérée. Renchérit-elle avec plus de conviction.

_ Mais il y a l'autre...

_ Je comprends ce que tu ressens...

_ Je ne pense pas, non. "

Elle me toise cette fois, le regard dangereux.

" Dois-je te rappeler mon histoire avec Jacob?

_ Je n'en sais rien, à part qu'il a couché avec une autre et qu'il le regrette. Je l'ai trouvé assez sincère. "

J'enfonce le couteau, je le sais. Ca lui fait du mal et elle n'a peut-être pas envie de parler de ça avec moi, mais je suis bien déterminé à lui faire dire tout ce que Rose a pu lui avouer. Quitte à la faire souffrir... Un peu.

Ses yeux sont de plus en plus vitreux alors qu'elle fixe un point sur le mur derrière moi, la respiration légèrement plus erratique.

" C'est lui qui a dit ça? " Chuchote-t-elle.

Je la regarde avec défi. Elle aura ce qu'elle veut que si elle fait de même avec moi.

Les minutes passent, et elle fixe toujours le mur derrière moi, comme si elle était plongée dans ses souvenirs. Sa respiration est à présent un peu sifflante et je commence à m'inquiéter quand un bruit dans le couloir nous fait sursauter.

" Bells? " Fait alors la voix de la dernière personne que j'ai envie de voir.

Les pas se rapprochent et Emmett apparaît dans l'embrasure de la porte. Son sourire s'efface légèrement quand il me voit, puis il se détourne vers Bella en fronçant des sourcils.

" Ca va pas?

_ Ours! Viens voir dans quel état elle a laissé les bougies! Elles sont toutes engraissées! " Crie une voix depuis l'entrée.

Les yeux de Bella s'écarquillent alors que le colosse déglutit en détournant les yeux.

" Jake est ici? Lui demande-t-elle d'une voix cassée.

_ Je... Hummm... Ecoute, il... " Commence-t-il en balbutiant.

Elle ne lui laisse pas le temps de répondre et passe devant lui, telle une furie.

Je me lève vivement et suis Emmett le long du couloir étroit, où la voix éraillée de Bella me parvient difficilement.

" Comment oses-tu venir chez moi? M'avoir pourri ma soirée la semaine dernière, ça ne te suffit pas? Hein?! Il faut que tu viennes me narguer sous mon propre toit? "

Emmett et moi arrivons sur le palier et voyons Bella à quelques centimètres de l'Indien, penché sous le capot de sa voiture. Il se redresse un peu et elle est obligée de pencher la tête en arrière pour le regarder dans les yeux. Il l'observe un instant et lui fait un sourire en coin en s'appuyant nonchalamment contre la vieille camionnette, croisant les bras en travers son torse puissant.

" Tu es toujours aussi belle quand tu es hors de toi. " Lui dit-il en la détaillant.

Elle rougit et ouvre la bouche mais aucun son n'en sort.

" Bells, laisse-moi t'expliquer... C'est... C'est ton père qui nous a dit de passer en douce. Tu devais être à la maison avec Alice alors... Commence Emmett, pour apaiser la tension.

_ Quoi? Souffle-t-elle.

_ Tu crois que ta voiture réussit encore à rouler grâce à qui?... Dès que t'es pas là, on vient jeter un coup d'oeil. Lui dit l'Indien sans se déparayer de son sourire.

_ C'est mon père qui vous a demandé...

_ Une fois par mois environ, ouais. "

Tout à coup, sans dire un mot, elle se jette sur lui et lui martèle le torse à coups de poing.

" Comment tu peux me faire ça? Comment tu peux être encore dans ma vie sans que je n'en ai conscience?! Va-t-en! Va-t-en! Tu m'as détruite! Trahie! Anéantie! Tu étais tout pour moi! Et t'as tout foutu en l'air pour une fille qui te courrait après depuis des mois et dont tu n'avais rien à foutre! Il a suffit qu'elle te montre un peu de peau pour que tu arrives, la queue au garde à vous! "

Il la laisse faire quelques secondes et finit par lui saisir vivement les poignets, en la tirant à lui. Elle laisse échapper un hoquet de surprise et essaye de se dégager, mais il semble bien la tenir.

Je fais un mouvement vers eux, mais Emmett me retient d'une main, le regard fixé sur eux, sourcils froncés.

Puis, l'Indien se penche sur elle et l'embrasse furtivement.

" Je t'aimerai toujours, Bells... Même si tu ne me crois pas. " Lui dit-il avant de la lâcher.

Elle manque de tomber et se retient de justesse à sa voiture, complètement sonnée. Il la regarde un instant et finit par s'éloigner dans l'allée, où une moto est garée. Il l'enjambe et sans un dernier regard, démarre en trombe avant de s'éloigner dans la rue légèrement éclairée.

Je le suis des yeux alors qu'Emmett dévale les escaliers.

" Bells...

_ Ne me touche pas! " Siffle-t-elle.

Il souffle bruyamment et se passe une main dans ses cheveux.

" Tu n'étais pas sensée être là. Je croyais que Jazz devait venir te chercher...

_ Je suis rentrée il y a une heure. " Le coupe-t-elle en lui lançant un regard froid.

Il l'observe, penaud et marmonne quelque chose avant de tourner à son tour les talons. Elle le regarde sans le retenir et finit par laisser échapper un sanglot lorsqu'il démarre à son tour.

Je rentre rapidement pour aller chercher mon manteau, et ressors pour la trouver assise sur les marches du perron, sanglotant en se touchant prudemment les lèvres. J'ouvre la bouche pour lui dire que je m'en vais quand elle tourne son regard rougis et désespéré vers moi. Je la dévisage un instant et finis par m'asseoir à côté d'elle en passant un bras maladroit autour de ses épaules. Elle se raidit et après quelques secondes, enfouit son visage dans mon cou. Je ferme les yeux, désespéré de ne pas savoir quoi faire.

" Il n'a pas le droit... Dit-elle d'une voix rauque. Il n'a pas le droit de me faire ça. "

Je ne répond pas et la serre un peu plus contre mon épaule où elle continue à sangloter.

Pourquoi les sentiments sont-ils aussi compliqués?...

La pluie - qui s'était arrêtée - retombe à grosses gouttes et Bella frissonne sans bouger d'un millimètre. Je la détache doucement de moi et elle soupire... de déception?

" Rentrons. " Lui dis-je en me levant.

Elle fait de même en s'essuyant les yeux et se précipite à l'intérieur. Doucement, je la suis et enlève mon manteau une nouvelle fois en le posant à l'entrée. Je me dirige vers le salon où elle s'est recroquevillée en serrant contre elle une boîte de mouchoirs. Les larmes continuent à couler doucement le long de ses joues et je me force à regarder ailleurs, mal à l'aise. Je reste debout sur le pas de la porte, ne sachant pas où m'assoir quand elle murmure:

" Tu peux venir à côté de moi, si tu veux. "

Je lui jette un bref coup d'oeil et m'exécute, faisant attention à ne pas la froler.

" Et si on reprenait tout depuis le début? Finis-je par chuchoter au bout d'un moment en regardant droit devant moi.

_ Comment ça?...

_ Si on devenait... ou qu'on essayait de devenir... amis... et que tu me parlais de ça... de ton histoire avec... Jacob? "

Pourquoi je lui propose ça, soudain, alors que ça fait un mois environ que je la fréquente et que je ne lui prêtais pas la moindre attention avant? Je ne sais pas. Mais son mal être plus le mien, c'est trop difficile à gérer pour moi alors autant essayer de faire un effort.

Elle se redresse complètement les yeux secs tout à coup, la bouche entre-ouverte, le regard plein de questions.

Je sens mes joues rougir - une manie quand je suis auprès d'elle - et soutiens tant bien que mal son regard. Puis, elle me tend timidement la main et me dit d'une voix éraillée:

" Bella Swan, coeur éclaté en mille morceaux, enchantée. "

J'ouvre la bouche, surpris et ses yeux me supplient d'accepter sa comédie.

" Edward Cullen... Coeur en partie déchiré... " Finis-je par murmurer en lui serrant doucement la main.

Elle se raidit sous la chaleur de ma paume et un rire nerveux s'échappe de sa gorge.

Je retire ma main et fixe à nouveau le mur en face de moi. Son regard s'attarde sur mon visage, puis, elle se met dans la même position que moi, en essuyant les larmes sèches sur ses joues.

" Je connais Jake... depuis tellement d'années que j'ai l'impression d'avoir passé toute ma vie avec lui. Commence-t-elle en hésitant. Pour moi, très vite - et pour mon père, surtout - il est devenu celui qui incarnerait mon idéal, le père de mes futurs enfants. On est devenus amis, puis meilleurs amis et avec le temps... "

Elle s'arrête et prend une grande goulée d'oxygène.

Je connais cette histoire... J'ai vécu la même chose.

Je me plonge dans la nostalgie de mon passé: la première fois que j'ai vu Rosalie, la première fois que l'on s'est embrassés... que nous avons fait l'amour...

" Tu es restée combien de temps avec lui?

_ Six mois... "

Je la regarde, surpris.

" Officiellement. Je ne pense pas que les baisers volés doivent être pris en considération. "

Le silence retombe et elle me jette un regard en coin. Elle attend sans doute que je fasse ma part du marché. Sauf que je n'ai jamais parlé de ça avec qui que ce soit...

" Euh... J'ai... J'ai connu Rose au cours d'un de mes concerts à Miami et je...

_ Tu faisais des concerts? " Me coupe-t-elle, impressionnée.

Je la regarde un peu froidement qu'elle m'ait interrompu puis me détends en voyant ses joues rougir violemment.

" Désolée. Murmure-t-elle rapidement.

_ Non... C'est rien je... Je n'ai pas l'habitude... de parler de ça. Oui, je faisais des concerts. Au conservatoire, notamment, c'est là que je l'ai rencontrée. Ses parents l'y avaient traînée... Je crois que... Je suis tombé amoureux d'elle à la première seconde où je l'ai vue. "

Silence à nouveau. Interminable. Fait de malaise et de pensées.

J'imagine ce que j'ai envie de vivre avec Rosalie, l'idéal que je veux construire avec elle et ma gorge se serre. J'ai envie de pleurer... Les ailes de mon nez se dilatent et Bella me presse tout à coup la main. Je me tourne une nouvelle fois vers elle, désemparé, le coeur battant plus vite. Inconsciemment, j'observe le coeur de son visage, la nuance de ses yeux, la couleur de sa peau... Le carmin de ses lèvres. Je me recule soudain, incapable d'en détacher mon regard et finis par me lever.

Sur le qui vive, elle se lève à son tour, bouleversée quand elle voit les larmes couler sur mes joues.

Comme un animal traqué, je regarde dans tous les coins si je ne peux pas trouver une issue. Elle s'avance et tend un bras hésitant vers moi.

J'ai le coeur au bord des lèvres en réalisant que mes rêves sont en train de s'écrouler petit à petit.

Les larmes coulent toujours et je les essuie rageusement, la respiration difficile.

Elle fait un pas vers moi, hésite, puis un second et... je me précipite dans le couloir pour prendre mon manteau et sortir le plus rapidement possible de la maison. Dehors, je m'appuie contre la porte, les yeux encore humides, respirant par la bouche.

A l'intérieur, aucun bruit. Comme si elle n'avait pas bougé. Puis des pas indistincts qui montent dans l'escalier. Et la culpabilité qui nait dans mon ventre. Je serre des dents et m'éloigne de la maison, partagé entre l'envie de partir et celle d'aller m'excuser.

C'est moi qui lui ai proposé que l'on soit amis, et c'est moi qui fuis...

Encore une fois, j'ai foiré sur toute la ligne...

Arrivé dans la voiture, mon portable vibre. Un message de Rose.

" Où es-tu? R. "

Mon estomac se tord sans que je ne comprenne pourquoi. J'hésite à ne pas lui répondre et finis par lui dire que je suis sur la route.


BELLA



Je n'avais pas tout compris à ce qui s'était passé.

Il y avait eu cette électricité entre nous ; je l'avais bien sentie.

Pendant un moment, j'avais eu besoin qu'Edward me serre fort contre lui. Vraiment fort. Au point de m'étouffer ; de me faire mal. Je ne comprenais pas cette pulsion qui m'avait prise ; j'avais besoin qu'il s'accroche à moi, comme jamais personne ne l'avait fait.

Et il avait fini par me repousser.

Instantanément, l'image de Rose m'était apparue ; évidemment, je n'étais pas elle.

Je ne pourrai jamais être elle, ou comme elle. Je savais très bien que jamais je n'aurai une chance de séduire Edward ; soyons francs, comment pourrait-il s'intéresser à moi après l'avoir connue elle ?

Il était parti la rejoindre.

Et, au fond de moi, je me pris à souhaiter que tout s'arrange entre eux. Tant qu'ils seraient ensemble, je m'interdirai de penser à lui en tant que…

Que quoi ? Potentiel amoureux ?

Non, je n'étais pas amoureuse de lui. C'était impossible, impensable. La première raison étant que ça ne faisait qu'une heure à tout casser qu'on avait décidé de devenir amis. Et en plus, ça ne s'était pas terminé très calmement.

Il fallait que je tourne la page. Celle de Jake, et celle d'Edward aussi.

J'attrapai mon téléphone, et cherchai dans mon répertoire un numéro que j'y avais enregistré peu de temps auparavant.

James.

Je l'appelai tout de suite ; si j'attendais un peu, je savais très bien que je n'oserai pas le faire.

« Allô ? » Fit une voix masculine.

Mon cœur se mit à battre à tout rompre.

« Allô ? Répéta-t-il.

- Euh, salut, euh… James ? » Fis-je.

Silence.

« Oui ?

- Bonsoir, c'est… C'est Bella. On s'est rencontrés, en boîte, l'autre soir.

- Oui, bien sûr, Bella ! Je commençais à désespérer de recevoir ton appel. Tu vas bien ? »

Je me mordis la lèvre, l'estomac noué.

« Ou… Oui. »

Il y eut à nouveau un silence au bout du fil. Puis James reprit d'une voix douce.

« Bella, on ne se connaît ni d'Ève ne d'Adam, mais là, tout de suite, j'ai l'impression que tu me mens, et que tu ne vas pas si bien que ça. »

Il fait une pause, puis reprit.

« Veux-tu qu'on se voie ? Tu connais le petit bar, à Port Angeles ? Celui en face de la librairie ? »

La librairie, je voyais très bien où elle se trouvait.

« Euh, oui. J'y serai dans… une heure et demi.

- D'accord. À tout à l'heure, Bella. »

Je raccrochai ; je ne savais pas pourquoi j'avais accepté si vite de le revoir. Ça ne me ressemblait pas ; mais sa voix m'avait hypnotisée.

J'allai me préparer en vitesse et partis en direction de Port Angeles.

Quand je poussai la porte du bar, j'avais un quart d'heure d'avance.

Pourtant, James était déjà là ; j'avais eu peur de ne pas le reconnaître, un instant ; mais même de dos, il avait une telle prestance qu'on ne pouvait pas passer à côté de lui.

Je me dirigeai vers lui ; il se retourna avant que je n'arrive à sa hauteur, me reconnut, et me sourit.

Deuxième soulagement. J'avais eu peur qu'il fronce les sourcils, fasse une grimace, ou toute autre expression même de courte durée qui aurait trahi une certaine surprise devant ma banalité. Quoi ? Il se pouvait très bien que l'autre soir, en boîte, il ait été un peu… embrouillé par l'alcool, et se soit fait un faux souvenir de moi.

Visiblement, non. Il arborait un air amical.

« Salut, Bella.

- Salut », bredouillai-je.

Il se leva, et me serra brièvement la main dans une douce étreinte. Sa paume était plutôt froide ; mais sa poigne était réconfortante. Je frémis.

Je commençai à m'asseoir sur le tabouret à côté de celui qu'il occupait, mais il m'arrêta avec un sourire.

« Voyons, fit-il d'une voix veloutée, on va prendre une table on sera mieux »

Je hochai la tête, hypnotisée par ses yeux.

Il nous guida dans un coin un peu à l'écart.

« Alors, Bella. Qu'est-ce que tu fais dans la vie, quand tu ne fréquentes pas les boîtes et les bars ? » Demanda-t-il avec un sourire amusé.

Je devais bien avouer que je m'attendais à ce qu'il me parle de notre conversation téléphonique ; mais visiblement, il ne voulait pas jouer les boulets à me faire parler de choses privées. Je le remerciai intérieurement.

« Hé bien… Je suis encore au lycée. Dernière année. Et toi ?

- Fac de sociologie, deuxième année. Tu vas faire quoi après la remise des diplômes ? »

Je souris, me détendant peu à peu.

« Rien ne dit que je l'aurais, ce diplôme. »

À son tour de sourire.

« Admettons. Donc peut-être que l'année prochaine, tu seras encore au lycée. Et si tu avais ce diplôme, qu'en ferais-tu ?

- Je tenterai bien une fac de Lettres.

- Tiens, une littéraire ?

- Je ne sais pas. J'aime les Sciences, aussi.

- Intéressant.

- Non, absolument pas, fis-je dans un petit rire. »

Il secoua la tête, visiblement amusé de ma réponse pudique. Mais changea de sujet.

« Des passions ? »

Je haussai les épaules.

« La lecture.

- Tiens donc. Auteur préféré ?

- Je n'en ai pas.

- Tes réponses m'étonnent, sourit-il.

- Et toi ? Des passions ?

- L'escalade. Et l'anthropologie.

- Ouh. Je vais finir par avoir peur d'être un sujet d'étude, quand je te parle. »

Son sourire dévoila de belles dents blanches.

« Ne t'en fais pas, je ne mélange pas études et vie professionnelle. De plus, je ne suis pas psychologue.

- Tu aurais pu être moins diplomate et me répondre que m'étudier n'avait aucun intérêt.

- Mais ça aurait été vexant et surtout, plutôt faux. »

Décidément, il m'épatait. Il avait réponse à tout ; et ses réponses semblaient naturelles, dénuées d'arrière-pensées.

« Je n'aurais pas été vexée, soufflai-je.

- Qui t'a donné l'impression que tu ne valais pas la peine de te montrer de l'intérêt, Bella ? »

Alors là, je restai sans voix.

Il m'avait amené sans que je ne m'en rende compte sur le point qui me torturait depuis… un certain moment.

Et le pire, c'est que malgré le fait que je ne le connaissais pas, j'avais envie de lui répondre.

Peut-être était-ce plus facile avec un inconnu ? Ou était-ce parce que c'était lui ?

« Mon ex, qui m'a trompé, commençai-je à répondre malgré moi. Et, plus récemment, ce garçon qui me méprise et n'arrive même pas à me supporter une heure quand on est seuls. »

J'avais parlé dans un murmure ; mais James m'avait écouté. Et il ne me fuyait pas ; il restait là, à me sonder de ses yeux noirs.

Il attrapa ma main, par-dessus la table, en un geste doux.

« Ok. Un gars qui trompe sa copine, pour moi, n'est pas digne de crédit. Et l'autre garçon, qui est-il au juste pour porter un tel jugement à ton encontre ?

- Pas grand-chose. Je veux dire, je l'aime bien, mais je ne le connais pas depuis si longtemps.

- Bien. Dans ce cas, s'il semble si exaspéré par toi alors qu'il ne te connaît depuis peu, c'est que c'est peut-être lui qui ne mérite pas ton intérêt. »

Nos regards se croisèrent par-dessus la table.

Quand il me raccompagna à ma camionnette, un moment plus tard, et qu'il me quitta avec un simple et chaste baiser sur la joue, il avait réussi l'exploit de me réconforter et à la fois de me calmer contre Jacob et de me remonter contre Edward.

oOo

Quand je rentrai chez moi, il était 23h passées. Je filai à la salle de bains ; puis j'attrapai mon portable resté dans mon sac tout en allant me glisser sous ma couette.

Tiens, j'avais un message d'un numéro que je ne connaissais pas.

« Pour un début d'amitié, j'ai vraiment foiré. Edward. »

Edward ?! Comment avait-il eu mon numéro ?

Un peu sonnée, je fixai mon portable quelques secondes ; puis me renfrognai, et décidai de lui renvoyé un message bien senti.

« T'inquiètes. Bonne nuit. B. »

Je posai sèchement mon portable sur ma table de chevet.

Il ne mit pas longtemps avant de vibrer.

« C'était à ce point foiré ? Edward. »

Putain, il m'énerve.

« On ne peut pas être bon en tout », lui envoyai-je sarcastiquement.

Je reposai mon portable, puis le saisit à nouveau, et composai un nouveau message.

« Écoute, te force pas. Si t'as pas envie qu'on soit amis, je survivrai »

Voilà. James pourrait être fier de moi.

« Je pourrais te retourner la remarque. Edward. »

Mais il avait décidé de me pourrir ou quoi ! Quelques instants, je ne sus que répondre. Puis la lassitude l'emporta.

« En effet. Je ne suis pas douée pour grand-chose en même temps. Sur ce, j'aimerai bien dormir, si tu permets. À lundi. XX, B. »

J'éteignis mon portable, et me couchai.

Lundi serait un autre jour.

oOo

Le dimanche, je reçus un message de James.

« Hey, Bella. Il y a une comédie qui a l'air sympa qui passe au ciné en ce moment. Me ferais-tu l'honneur de m'y accompagner cet après-midi ? »

Je souris rien qu'à la lecture de ce message. Pas besoin d'y réfléchir.

La séance était à 20 heures ; à 19h 30, j'étais devant le ciné.

James me rejoint cinq minutes plus tard.

J'insistai pour payer ma place ; il haussa les épaules et céda, à condition qu'il paie le pop-corn. Son insistance m'arracha un rire joyeux.

Nous nous installâmes au fond de la salle sombre.

La comédie était amusante ; je passai beaucoup de temps à rire. Mais la proximité de James me troublait ; et ce, encore plus quand le couple, juste devant nous, commença à s'embrasser et se câliner.

Je me tripotais les mains, n'arrivant pas à me décider si j'avais envie que James en fasse autant, ou non.

Il se tourna vers moi ; je me raidis. Mais le seul geste qu'il fit fut de m'attraper une main pour m'apaiser, et de se retourner à nouveau vers l'écran.

Il ne tenta rien d'autre durant le film.

Quand nous sortîmes, je riais encore des derniers instants de la comédie ; et, évidemment, je ne vis pas la petite marche.

James, amusé, me rattrapa avant que je n'atteigne le trottoir.

« Euh, oui, je t'ai pas prévenu… Je ne suis pas franchement quelqu'un de très… équilibré », fis-je en riant à mes propres mots.

Il rit avec moi, et me raccompagna à ma camionnette, gardant un bras autour de ma taille.

Ça me picotait, là où son bras me touchait, et j'avais une drôle de sensation au creux du ventre. Un peu comme de… l'appréhension.

Arrivée à ma portière, je me retournai vers lui, n'ayant soudain plus aucune envie de rire ; je levai la tête vers lui.

Il faisait nuit, mais grâce à la faible lueur d'un lampadaire non loin de nous, je pouvais distinguer ses traits, et je plongeai mon regard dans ses yeux troublants.

Inconsciemment, je me mis à triturer mes clés. Il était proche de moi. Si proche, que nos corps se frôlaient presque ; je pouvais presque sentir la chaleur émaner de son torse.

Je voulais qu'il m'embrasse. Mais n'osais pas faire le premier pas, me rapprocher sensiblement de lui.

C'est lui qui mit fin à ma torture, m'attrapant doucement par les hanches tout en se penchant vers moi, et en posant ses lèvres contre les miennes.

Ce simple baiser fit voleter des tas de papillons dans mon ventre ; pourtant, il ne l'approfondit pas. Il se recula doucement, et me fixa avec douceur.

« Rentre bien, Bella », fit-il d'une voix voilée.

Tremblante, je restai figée quelques secondes ; puis je montai dans ma camionnette, démarrai, et quittai le parking.

Dans le rétroviseur, je vis qu'il me regardait partir.

Arrivée chez moi, la première chose que je fis fut d'appeler Alice.


EDWARD



Lorsque je pousse la porte de chez moi, mon père est déjà rentré et Rose met la table dans le salon. Elle suspend son geste en posant un verre pour me regarder avant de se détourner rapidement.

" Edward! Tu es rentré! " Me dit mon père par dessus son journal. " Tu étais où? "

Mon père et sa curiosité... M'exaspèrent.

Je soupire silencieusement et lâche:

" Chez Bella. "

Rosalie laisse tomber une fourchette par terre et mon père lui jette un regard surpris lorsqu'elle se baisse précipitamment en rougissant.

" La fille du chef Swan?... Je ne savais pas que tu la fréquentais.

_ Elle était chez Jasper, la dernière fois quand on est allés voir l'aurore boréale.

_ Oh! La petite brune avec les cheveux dans tout les sens?... Elle est jolie. "

Je hausse les épaules et monte les escaliers pour me mettre à l'aise.

Derrière moi, des pas précipités. Je jette un bref regard, agacé; Rose. Arrivée dans la chambre, elle ferme la porte d'un coup sec.

" Depuis quand tu vas tout seul chez Bella? " Me demande-t-elle presque sèchement.

Je la regarde, à moitié amusé.

" Ne me dis pas que tu es jalouse...

_ De Bella? Me dit-elle sarcastiquement avant de se détourner, un peu honteuse.

_ Pourquoi pas?

_ Non. "

Le silence tombe et l'espoir revient, sournoisement.

" Alors?... Depuis quand tu vas tout seul chez elle? Me redemande-t-elle en planta ses yeux dans les miens.

_ Son ex et... Emmett sont passés. "

Sa bouche s'entre-ouvre, mais elle ne répond pas.

" Elle a pleuré, je l'ai juste consolé. "

Elle me jauge, semblant estimer la valeur du mot " consolé " puis se détourne et sort sans un mot de plus.

Je souris, fier de moi sans savoir pourquoi. J'enlève mon manteau et mon regard se pose sur le portable de Rose. Elle déteste l'avoir sur elle quand on est à la maison. Hésitant, je finis par le prendre et soupire de soulagement lorsque je constate qu'il est toujours allumé. Je vais dans le répertoire et cherche le numéro de Bella. Une fois trouvé, je le mémorise et l'entre dans mon portable, avant de reposer celui de Rose là où je l'ai trouvé.

M'asseyant sur mon lit, je soupire puis écris le message suivant:

" Pour un début d'amitié, j'ai vraiment foiré. Edward. "

A moitié satisfait, je presse la touche et envoie le sms.

oOo

Quelques heures plus tard, après un repas lourd de silence comme je m'y attendais de la part de ma mère et Rose, coupé seulement par les remarques de mon père sur l'actualité du jour, j'essaye de me concentrer sur la partition que je suis en train d'écrire avec plus de mal que d'habitude, depuis l'arrivée de Rose, quand mon portable vibre. Je jette un coup d'oeil à l'heure: minuit moins le quart.

" T'inquiètes, bonne nuit. B. "

Je reste un moment devant l'écran sans bouger. Puis, machinalement je réponds:

" C'était à ce point foiré? Edward. "

La réponse ne se fait pas attendre:

" On ne peut pas être bon en tout. "

Je serre les dents, mi agacé, mi coupable, quand je reçois un nouveau message:

" Ecoute, te force pas. Si tu n'as pas envie que l'on soit amis, je survivrai. "

Elle m'agace. Si elle veut jouer à ça, on peut être deux:

" Je peux te retourner la remarque. Edward. "

" En effet. Je ne suis pas douée pour grand chose en même temps. Sur ce, j'aimerais bien dormir, si tu permets... A Lundi. XX B. "

Je jette le portable sur le piano, définitivement énervé. Je regarde les clés devant moi, mes partitions et comprends vite que je n'arriverai à rien ce soir. Je grogne, excédé, et finis par me lever pour aller me coucher.

Arrivé à l'étage, je vois la lumière sous l'interstice de la porte s'éteindre brusquement.

Non... Ce n'était vraiment pas ma journée, aujourd'hui.

A suivre...