Merci à tous pour vos reviews et bienvenues aux nouveaux :-D
Vous allez sûrement être très inquiets en voyant le titre de ce chapitre, mais pas de panique, grâce à vous il s'en remet très vite !
Où Rusard est désespéré.
mercredi 15 octobre
06h00
Quelqu'un était penché au-dessus de mon lit quand je me suis réveillé ; j'ai attrapé mon traversin et j'ai commencé à en rouer de coups l'intrus, qui s'est mis à crier :
- Par les pustules de Griselda, arrêtez, Rusard ! C'est moi !
Je n'ai pas été dupe : n'importe qui pourrait dire « c'est moi », je ne suis pas plus avancé.
- Prenez-moi la vie, vous n'aurez jamais ma liberté ! me suis-je exclamé avec ferveur.
- Je ne veux pas de votre vie, bougre d'imbécile, je ne suis pas désespéré à ce point ! Je veux juste récupérer l'oeil de crapaud qui m'a glissé des mains !
Là j'ai compris qui était le « moi » et j'ai bondi hors de mon lit (sans oublier de m'enrouler dans mon drap, étant donné que je dors dans le plus simple appareil) en hurlant :
- Un oeil de crapaud dans mon lit ? Un oeil de crapaud dans mon lit ? Un oeil de cr...
Je me suis soudain retrouvé muet comme un carpaccio et Rogue m'a fait :
- Qu'est-ce que vous êtes chochotte, alors. Je vous rends la parole si vous arrêtez de hurler comme une jeune fille.
J'ai hoché la tête avec dégradance et j'ai senti ma voix revenir.
- Qu'est-ce que vous faites avec un oeil de crapaud à six heures du matin ? Vous êtes frappé, vous !
- J'en prends un tous les matins au lever, c'est bon pour mon teint.
Fichtre. Cet homme a d'étranges habitudes.
06h10- Je vous préviens, Argus, je prends la salle de bains pendant une demi-heure tous les matins, sauf le dimanche où je n'y reste que vingt minutes. A vous de vous arranger en conséquence.
Je suis sur le point de m'exclamer qu'il ne manque pas d'air, mais le souvenir de l'oeil de crapaud baladeur est encore frais dans mon esprit et je ne peux m'empêcher de penser qu'un jour je pourrais me réveiller avec bien pire dans mon lit.
La cohabitation s'annonce difficile.
06h25
Rogue est sous la douche.
06h26
C'est le moment ou jamais d'apprendre ce qu'il fait de ses cheveux ! Ce mystère m'a toujours laissé perplexe. Je savais bien que le trou que j'ai percé dans le mur entre ma chambre et ma salle de bains s'avèrerait utile un jour.
06h28
Vision d'horreur ! Rogue est chauve comme un oeuf ! Même sous la couche de mousse qui lui recouvre le crâne, on voit bien qu'il n'a pas l'ombre d'un poil sur le caillou !
Ça alors, qui se serait attendu à ça ?
06h29
Pas moi.
06h40
Je suis choqué. J'en ai assez, assez ! Depuis le début de cette année je ne fais que découvrir des choses innommables à propos de mes collègues, alors que je ne demande rien à personne ! Nom d'une boulette asphyxiante, mais qu'ai-je fait pour mériter ça ?
06h45
Rogue vient de pousser un effroyable cri de douleur. Un rapide coup d'oeil par le trou m'apprend qu'il vient de se prendre la barre du rideau de douche sur la tête. Hahahahahahahahahaha, bien fait, ça lui apprendra à me révéler ses plus noirs secrets contre mon gré.
On va rigoler, il aura une bosse sous sa perruque. Tiens à propos, où est-elle, sa perruque ? Ah oui, je la vois, elle est posée sur le bord du lavabo. Je vais regarder comment il l'enfile, ça peut être marrant.
06h47
Mais ? Mais ? Mais ? Il lave sa perruque avant de la mettre ! Alors que je ne lui ai jamais vu de cheveux propres ! Quel est ce mystère ? Je me dois de le résoudre, et je le fais pour tous les concierges opprimés par leurs collègues de par le monde.
06h48
Mystère résolu. Rogue lave soigneusement ses cheveux, puis il les enduit à l'aide d'un pinceau n°5 en poils de martre d'une pâte visqueuse ressemblant à s'y méprendre à du cirage. J'ai toujours dit que ce type n'était pas net. Oups, il sort.
07h00
Je brûlais d'envie de l'interroger à propos de l'affaire Attributs Capillaires Graissés à Dessein, mais bien évidemment je ne suis pas censé avoir vu ce que j'ai vu. Surtout qu'il m'a crié dessus pendant cinq bonnes minutes à cause de la barre du rideau de douche. Comme si c'était ma faute si le scotch n'est pas assez costaud pour la tenir bien collée au mur. Monsieur a des goûts de luxe, il veut une barre solidement fixée. Ah celui-là, on voit bien qu'il n'a pas été élevé à sept dans la gamelle du chien.
07h15
J'ai entendu la porte claquer, je peux sortir sans risque de la salle de bains. J'ai l'impression que cette cohabitation ne va pas être de tout repos.
AÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏE ! Je viens de donner un coup de pied dans un de ses sales bouquins qu'il laisse traîner partout dans l'espoir que je m'imagine qu'il sait lire.
07h16
Severus Fowler Bertram Rogue
Mon journal.
07h17
Severus Fowler Bertram Rogue tient un journal. Je ne sais pas ce qui me retient d'exploser de rire. Peut-être la douleur lancinante dans mon gros orteil.
Quelle tafiole, ce type ! Un journal intime, à son âge !
07h20
Juste au moment où j'allais me plonger dans la lecture de cet ouvrage ô combien édifiant, Rogue est entré en trombe dans ma chambre. Pas trouvé d'autre moyen de me débarrasser du journal que de le jeter par la fenêtre, qui, comble de malchance, était fermée. Le journal a rebondi lamentablement sur le carreau et il m'est retombé sur les pieds - comme par hasard, sur l'orteil qui avait déjà fait sa connaissance quelques minutes auparavant. Rogue m'a jeté un coup d'oeil soupçonneux (honnêtement, est-ce qu'il sait faire autre chose avec ses yeux ?) et il s'est approché du livre. J'ai en toute habileté posé négligemment mon pied (l'autre, le valide) dessus en sifflotant un air de ma composition, dans le but avoué d'avoir l'air nonchalant.
Malheureusement il a compris que je lui cachais quelque chose (ce type est très fort) et il a arraché le journal de dessous mon pied. Il n'a rien dit mais il m'a jeté un coup d'oeil énervé (j'ai la réponse à ma question), il a fourré l'objet du délit dans sa manche, il a pris un bocal dans son armoire et il est parti.
07h30
Nom d'un phonographe à mandibules, j'ai déjà :
1° failli me faire agresser par un oeil de crapaud
2° découvert encore un secret par le plus pur des hasards
3° manqué une occasion de bien rigoler
et me suis déjà mis un collègue-colocataire à dos. Et il n'est que sept heures et demie.
J'espère que mon horoscope se montrera plus optimiste.
09h30
« Il y a des jours où tout se passe bien et où tous vos souhaits semblent vouloir se réaliser. Aujourd'hui n'est pas un jour comme ça et vous feriez mieux de rester couché, conseil d'ami ».
Si même Glenda le dit, je ne demande qu'à obéir.
09h40
À peine m'étais-je confortablement installé au lit avec un des livres de Rogue (Une histoire comparée du napel dans les potions - j'aime apprendre) que j'ai entendu un énorme vacarme au-dessus de ma tête. Puisque Peeves a sûrement été viré du château, c'est encore un coup de ces têtes de pioche d'élèves. Y a des heures de retenue qui se perdent.
09h50
Peeves n'a pas été renvoyé du château. Je vais voir Dumbledore.
10h00
De mieux en mieux !
Dumbledore m'a dit qu'il n'avait aucun moyen de faire partir Peeves, mais en plus alors que j'allais partir, il m'a lancé :
- Au fait, mon cher Argus, je me suis laissé dire par Severus que vous possédiez votre propre piste de bowling, dans votre chambre.
- Ah ? Euh, vous ne le savez peut-être pas, mais le professeur Rogue a tendance à lever le coude à la moindre occasion...
- Lui aussi ? C'est fâcheux. On dirait que l'éthique de l'équipe enseignante n'est plus la même que dans le temps... Pourtant Severus avait l'air tout à fait lucide en me parlant de cette piste...
J'ai nié de toutes mes forces mais rien n'y a fait. Ce soir, vingt-et-une heures, Dumbledore vient chez moi pour un petit tournoi de bowling « entre potes ».
Parfois je me dis que se débarrasser de ce vieux fou serait accomplir un acte d'intérêt public.
14h00
Croisé Bumi et McGonagall (alias Boit-sans-soif) qui gloussaient comme des dindes. Quand je suis passé devant elles BSS m'a lancé un regard triomphant mais je l'ai ignorée du mieux que j'ai pu et je les ai dépassées d'un air très digne.
Puis je me suis pris les pieds dans un tapis et je me suis retrouvé les quatre fers en l'air.
17h00
J'ai passé l'après-midi à clouer tous les tapis au sol, mais au moins maintenant je suis certain que plus rien de regrettable ne m'arrivera à cause d'eux. Comme de juste, j'ai oublié ma boîte à outils sous le dernier tapis et il a fallu que je le décloue et que je recommence tout, mais j'aurais dû m'y attendre, puisque c'est une journée « sans ». C'est même étonnant que ça ne me soit pas arrivé à chaque fois.
20h58, heure de la soirée "super fun" moins deux
Rogue et moi fixons avec appréhension la porte de ma chambre, qui d'un instant à l'autre devrait résonner d'un coup franc et massif nous annonçant l'arrivée du directeur vénéré de cette école.
21h00
Pas de coup franc et massif.
21h03
nombres de soupirs exaspérés : vingt-sept.
nombres de coups d'oeil nerveux allant du réveil à la porte : cinquante-deux.
nombre de raclements de gorge embarrassés : douze.
nombre de coups francs et massifs à la porte : zéro.
21h10
- Il est gonflé quand même ! m'exclame-je avec indignation. Déjà qu'il nous fiche la soirée en l'air, voilà en plus qu'il n'est pas capable d'arriver à l'heure !
- Je suis absolument d'accord, approuve Rogue. Et ce malgré le fait que vous ayez failli poser vos yeux indignes sur un objet à très forte valeur personnelle de ma possession.
Il aurait mieux fait de se taire, j'ai presque oublié cette histoire. Enfin, depuis environ une demi-heure, parce qu'avant qu'il n'arrive j'ai remué la pièce de fond en comble pour voir s'il n'avait pas un autre journal caché quelque part. Héhéhé.
21h15
- Me voilà ! dit Dumbledore d'un ton guilleret. Pardonnez mon retard, j'ai dû faire un détour par les Trois Balais.
Il nous a montré les bouteilles qu'il avait apportées et Rogue s'est écrié :
- Vous êtes tout pardonné !
Et à voir ses yeux gourmands, je n'ai peut-être pas inventé de toutes pièces cette réputation de soûlard, en fin de compte.
23h00
Qu'est-ce qu'on rigole ! Le Whisky Pur Feu coule à flots et les potes ne sont pas mauvais du tout au bowling, ça rend la partie plus corsée que quand je joue contre moi-même.
Pour ne rien gâcher, la perruque de Rogue s'est un peu soulevée au moment où il lâchait la boule, et Dumbledore et moi avons échangé un clin d'oeil entendu.
23h03
Doux Jésus, j'espère qu'il ne s'est pas mépris sur ce clin d'oeil. S'il a cru que je lui faisais des avances, on n'est pas sortis de l'auberge.
23h10
Ah non, ça va. Comme il est un peu saoul il s'est mis à me parler de son amour fou pour McGo. Le pauvre, oserais-je lui avouer que l'élue de son coeur a déjà le palpitant qui bat pour quelqu'un d'autre ?
23h20
Par les favoris de Louis XIV, un plan diabolique vient de germer dans mon esprit malfaisant ! Je vais aider Dumby à faire craquer McGo, et Bumi n'aura plus qu'à tomber dans mes bras ouverts ! Parfois j'ai envie de me prendre moi-même dans mes bras. Mais là, tout de suite, ça pourrait paraître bizarre à mes nouveaux amis. Je vais donc attendre qu'il fasse noir.
23h30
Résultat des courses, on a chacun gagné une partie (mais moi je ne suis jamais arrivé dernier, contrairement à mes chers potes, hahahahahahaha). On s'est trouvé des petits surnoms : Dumby est "Roi du Spare" (il aurait préféré "Roi du Strike", mais il faut être lucide), Rogue "La Quille Carmagnole" et moi "Boule ravageuse".
Mercredi bowling, jeudi danse de société, j'ai vraiment une vie sociale (et physique) des plus actives.
jeudi 16 octobre
06h30
J'ai fait un rêve très étrange, que je me suis empressé de raconter à Severus (mon nouvel ami).
J'étais dans la jungle et je tranchais des lianes qui formaient un barrage inextricable devant moi. J'avais beau trancher et trancher, j'avais l'impression que le noeud ne se défaisait pas d'un pouce. Or, il fallait absolument que je m'enfuie car les hommes violets chaussés de souliers à roulettes allaient finir par me rattraper. Puis soudain un homme seulement vêtu d'un pagne (l'impudent) arrivait, accroché à une liane, en hurlant ce que je retranscrirais à l'oreille comme à peu près : "Aaaaaaaïaïaaaaaa-ïaïaaaaaaa !". Il m'emmenait dans son village perché, chez les êtres aux cheveux de plumes, et là je rencontrais un esprit qui me disait :
- Fais le bien autour de toi, Patronyme.
- Mais qui êtes-vous ? demandais-je alors d'une voix brumeuse tout en effectuant un petit pas chaloupé (je ne sais pas pourquoi, c'était un rêve, hein).
- On m'appelle O'kkattang Kat'tang Bri.
Je restais abasourdi, la bouche ouverte, mais avec beaucoup de style, car j'étais dans un rêve et je faisais ce que je voulais, puis il ajoutait :
- Fais le bien.
Et il disparaissait en un million de gouttelettes dorées.
Severus est resté perplexe. Puis il a dit :
- Ah.
Ce que j'ai trouvé d'un secours salutaire, il va sans dire.
10h00
Nom d'une huître velue, je suis devenu gentil ! Comme quand Severus m'avait fait boire cette potion anti-poux, sauf que là je ne rends pas service aux autres à contrecœur ! Il n'y a que dans de rares moments de lucidité comme maintenant que je me rends compte que j'agis mal. Ohnonohnonohnonohnon, mais qu'est-ce qui m'arrive ? C'est sûrement à cause d'O'kkattang Kat'tang Bri. Il faut que je fasse quelque chose.
Mais qu'est-ce qui me prend d'écrire tout ceci ? Faire le bien, c'est bien. Je suis heureux d'aider les autres et j'espère rester gentil toute ma vie.
11h00
Rogue m'a trouvé près de son bureau, en train d'aider un élève à ramasser ses affaires qu'il avait éparpillées dans le couloir.
Il m'a secoué comme un prunier et m'a dit :
- Mais pourquoi vous n'avez pas donné un coup de pied dans ses livres et écrabouillé ses plumes ?
J'avais sûrement l'air d'une loque, mais il n'en a rien dit, le délicat homme. Je lui ai expliqué ma théorie de l'envoûtement d'O'kkattang Kat'tang Bri, après avoir donné une Suçacide à ce charmant première année, et j'ai ajouté :
- Aidez-moi, Severus. je n'en peux plus. J'ai mal aux joues à force de sourire tout le temps.
Il m'a regardé dans les yeux et il m'a dit :
- Je vous aiderai, Argus. Je vous aiderai.
Quel chic type. Je suis certain que si les élèves devaient voter pour leur prof préféré, c'est lui qui gagnerait. Et haut la main.
