Bonjour très chers reviewers: Virtualjbgirl, Marionpc84 et Alienore777. Je conçois que je vous fais tourner chèvres, et ça ne va pas s'arranger dans l'immédiat. Pour que vous puissiez toutefois vous préparer, il reste trois chapitres après celui-ci. Courage, vous avez fait le plus gros du chemin.
Et merci merci merci pour vos formidables commentaires, ils sont mes vitamines pour me donner de l'élan et poursuivre mon processus d'écriture.
Amicalement, Lyxie.
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Chapitre 9
Castle était assis au comptoir de la cuisine. Il regardait Kate préparer leur repas du soir. Il savait qu'une fois de plus, il y toucherait à peine. Il regardait les mains expertes de la jeune femme découper les légumes et repensa à toutes les fois où il avait cuisiné en compagnie d'Alexis, des lunettes de ski sur le visage pour se protéger des effluves agressives des oignons. Dieu, il donnerait n'importe quoi pour avoir aujourd'hui les larmes aux yeux à cause de ces satanés oignons, et non parce qu'elle lui manquait si cruellement ! Les crêpes maternelles qui dépassaient les limites du tolérable lui manquaient tout autant. L'absence des excentricités adorables de Martha et la douceur décidée d'Alexis avait creusé un tel vide dans le loft que Castle ne s'y sentait plus vraiment chez lui. Le lieu était devenu un passage obligé pour se doucher, dormir et errer comme une âme en peine. Il lui arrivait même souvent, lorsque Beckett n'était pas là, de dormir sur le canapé. Il commençait peu à peu à abhorrer tout ce qui pouvait lui rappeler son succès : un appartement de haut standing, des tonnes de livres dont bon nombre d'amis romanciers, ses propres romans qui s'étaient vendus à des millions d'exemplaires, les cadeaux luxueux des admirateurs non moins fortunés, des tableaux de prix tellement immenses qu'on pouvait s'y perdre rien qu'en les regardant, surtout l'escalier, qui lui donnait à présent le vertige.
L'étalage de tout ce faste faisait monter en lui une nausée qui menaçait de le submerger. Il voulait être ailleurs, dépouillé de tout signe de richesse, seul, peut-être sur le quai d'une gare, attendant un train hypothétique qui lui ramènerait celles qu'il aimait le plus au monde.
Mais il était là, installé dans son appartement confortable, magnifiquement aménagé, dans une cuisine super équipée, en compagnie d'une femme extraordinaire qui lui concoctait un bon petit plat. Et il n'en avait plus rien à f…
- Castle ?
La voix lointaine de Kate lui parvint comme à travers de l'ouate. Il avait les yeux fixés sur Kate, mais il semblait ne pas la voir.
- Rick ? Ça va ? dit-elle en le regardant avec inquiétude.
- Oui. Ça va.
- Je sais ce que tu ressens, Bébé.
- Ne m'appelle pas « Bébé » !
- Mais qu'est-ce qui…
- Ne m'appelle plus « Bébé », c'est tout !
Il se leva brusquement et partit se réfugier dans son bureau, dont il pouvait fermer la porte pour ne pas être vu. Une fois seul, il laissa librement couler ses larmes. Son « Bébé » à lui était perdu, quelque part dans la nature et il se sentait si désemparé que cette fois, il ne parvint plus à contenir son chagrin. Il s'assit à son bureau et enfouit son visage dans ses mains. Il avait mal au ventre, mal au cœur, mal à en mourir. Il y a quelques mois, l'adrénaline l'avait boosté en permanence jusqu'à ce qu'il se retrouve à genoux devant le canon d'une arme qui allait mettre fin à ses jours. Ce n'est qu'à cet instant-là qu'il avait pris conscience de la terrible fragilité de son existence. Puis était venu le moment d'agir en compagnie de son père et une fois de plus, l'adrénaline avait fait son office.
Dans le cas présent, il sut qu'il ne pouvait plus compter sur ses effets : il n'avait aucune piste à suivre, aucun indice pour les mener vers les disparues, rien, tout s'effaçait au fur et à mesure devant lui, de manière vicieuse et macabre.
Le pire, c'est qu'il ne parvenait même plus à supporter la compassion de Kate et des collègues. Ils avaient probablement tous pitié de lui et la pitié était bien la dernière chose dont il avait besoin. Il avait toujours géré sa vie seul. Depuis sa jeunesse, il savait ce qu'il voulait devenir et il avait tout fait pour parvenir au sommet de son art. Il avait parfois triché mais avait fait amende honorable et s'était racheté en travaillant davantage.
A quoi tout cela servait-il à présent ? Pourquoi avoir amassé cet argent s'il ne pouvait servir à acheter la liberté des siens ? Comment allait-il pouvoir construire une vie avec la compagne de ses rêves quand ses rêves s'écroulaient si lamentablement ? Comment allait-il seulement pouvoir survivre à une telle horreur ?
Il entendit Kate gratter à la porte. Elle l'appela d'une voix douce.
- Castle, s'il te plaît, ouvre.
Il ne répondit pas.
- Castle, ne fais pas ça. Ne me laisse pas en dehors, je t'en prie.
Castle haussa les épaules.
- Ça te va bien de dire ça ! répondit-t-il brutalement.
- Castle, non, ne va pas dans cette direction! Tu sais tout comme moi pourquoi j'ai agi ainsi autrefois. Mais j'ai changé. Pour toi. Alors ne me repousse pas, pas aujourd'hui.
- Je n'ai plus rien à donner, dit-il, la voix soudain voilée.
- C'est faux ! Tu as tellement à offrir.
- J'en doute.
- Oh que si. Je le sais, je le sens au plus profond de mon être. Tu es un homme bon, plein de ressources, d'humour, d'amour.
Castle se tut. Il regardait une photo sur son bureau. On l'y voyait de dos : il marchait dans la rue et tenait une petite fille par la main. Son cœur se serra si fort qu'il crut qu'il allait défaillir. Il ouvrit la bouche, cherchant l'air péniblement, comme s'il allait étouffer. Il se laissa tomber à genoux sur le sol, les poings serrés, les jointures blanchies. Il crut hurler de toutes ses forces mais aucun son ne franchit ses lèvres. Les yeux fermés, il sombrait dans une obscurité rassurante où les images ne l'assaillaient plus.
- Castle, appela-t-elle en essayant d'ouvrir la porte, en vain. Castle avait fermé à clé. Castle ! Arrête ! Ouvre-moi !
Il parvint de nouveau à respirer normalement. Il ouvrit les yeux. Les larmes avaient cessé de couler. Il desserra les poings. Se releva péniblement, en prenant appui sur le bureau. Il prit la photo et la retourna pour ne plus voir l'image.
- Beckett, ça ne sert à rien, tout ça ne sert à rien, j'en ai assez de faire semblant !
- Semblant de quoi ?
- D'être à la hauteur ! De prétendre que je peux tout régler !
- Tu dis n'importe quoi ! Ouvre cette p…
Il entendit le téléphone de Beckett sonner de l'autre côté de la porte. Il l'entendit décrocher et parler quelques instants.
- Castle, Ryan vient d'appeler, ils ont du nouveau. Ouvre cette porte, pour l'amour de Dieu !
Castle se traîna jusqu'à la porte, posa la main sur la clé et hésita un long moment avant de la tourner.
Kate se tenait derrière. Il vit sur son visage une expression qu'il ne reconnut que trop bien. Un mélange de détermination et de colère. Elle était à cran, comme lors de ces missions où elle était sur le point de conclure une enquête en force et en beauté. La seule différence, c'est que cette colère était à présent dirigée vers lui. Il le ressentit comme un coup de poignard. Le plus étrange, c'est que seule la sensation physique de la lame semblait réelle. Il n'y avait aucune douleur, comme s'il était anesthésié. La douleur était soudain devenue un souvenir lointain. Son corps réagissait, mais il ne ressentait plus rien.
- Ryan a trouvé des informations sur la sœur de Walsh. Viens, on va aller voir ce que ça donne.
- Si tu veux, répondit-il d'un ton monocorde.
Kate hésita à s'approcher tout contre lui. Elle voulait l'embrasser, tendrement, mais ce qu'elle vit sur son visage la fit hésiter. Les traits de Castle étaient durs, froids, son expression impassible, comme s'il était devenu un étranger. Mais elle ne voulait pas abandonner. Elle voulut lui prendre la main. Il réprima un frisson et la retira aussitôt. Kate n'osa pas insister.
-Allez, viens, dit-elle simplement.
Castle la suivit comme un automate.
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Kate aurait très bien pu demander à Ryan de lui exposer les éléments nouveaux de l'enquête par téléphone. Mais elle voulait que Castle sorte de son appartement... et son apathie. L'entraîner à sa suite était ce qu'elle pensait être un exutoire à une dépression qui menaçait de le submerger. La jeune femme connaissait les réserves infinies de patience, de courage et de détermination de son fiancé et quelque part, elle souhaita de toutes ses forces qu'une étincelle allait ranimer tout cela sous peu.
- La sœur de Walsh, Sarah, est vétérinaire, annonça Ryan. Mais on n'a pas pu la localiser. Elle faisait des consultations à domicile jusqu'à il y a quelques semaines. Depuis, plus de nouvelles.
- Est-ce qu'on a pu trouver des traces via sa carte de crédit ou un téléphone portable ? demanda Kate.
- Non. On a fouillé toutes les pistes possibles. Rien. Nada. C'est comme si elle s'était évaporée. On a interrogé quelques-uns de ses clients, rien de ce côté non plus, nada, des nèfles!
- C'est impossible, il doit bien y avoir une piste, il faut qu'elle loge quelque part, qu'elle mange.
- C'est certain. Mais si elle a vraiment voulu disparaître, ça peut nous prendre des lustres avant qu'on ne mette la main dessus, rétorqua Esposito, avant de se rendre compte de ce qu'il venait de dire. Il regarda Castle et eut l'impression que celui-ci était absent. Le romancier regardait dans le vide, debout à côté d'eux, son manteau replié sur ses bras croisés devant lui.
- J'ai demandé qu'on fasse une recherche dans nos dossiers, poursuivit-il, pour vérifier si elle est par hasard fichée quelque part. J'ai aussi demandé qu'on épluche tous les échanges entre son frère et elle. On a identifié le numéro de Sarah Walsh, mais soit son portable est éteint, soit il n'y a pas de couverture réseau là où elle est, donc aucun moyen de le localiser… pour l'instant, ajouta-t-il, pour tenter de minimiser les mauvaises nouvelles. On ne peut même pas la prévenir que son frère est mort.
Castle n'eut aucune réaction, ce qui commença à inquiéter tout autant Ryan et Esposito. Beckett, quant à elle, se garda bien de dire tout haut ce qu'elle pensait tout bas : que Castle était hors du coup, qu'il était déconnecté, qu'il ne voulait plus faire partie de l'équipe, qu'elle ne parvenait plus à l'atteindre et au final, qu'elle était très inquiète pour lui.
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Durant le trajet qui les menait, Kate et lui, vers la station de métro qu'ils avaient déjà visitée, Castle ne put s'empêcher de repenser à ce que Ryan avait trouvé à propos de la sœur de Walsh. Elle était vétérinaire. Elle avait disparu, elle aussi. Il réprima un frisson. Infirmière ! Sans savoir pourquoi, il imagina le pire, que Walsh avait peut-être engagée pour leur faire du mal, en ayant recours à ses connaissances médicales. Le fait que son esprit semblait recommencer à élaborer des théories sans fondement ne fut pas pour le rassurer, bien au contraire. Tout ce qu'il imaginait était empreint d'une connotation tellement dramatique qu'il se sentit encore plus mal. Pourquoi Matthew Walsh avait-il été victime d'un banal accident de la circulation alors qu'il sortait d'un interrogatoire ? Que représentait-il pour Alexis ? Et pourquoi cette dernière ne lui avait-elle jamais parlé de lui ? Pourquoi la sœur de Walsh demeurait-elle introuvable ?
Il inspira longuement et poussa un soupir. Beckett tourna la tête un instant pour l'observer, mais ne dit pas un mot.
Il n'avait pas ouvert la bouche depuis leur passage au poste, sauf pour dire à Beckett qu'il voulait retourner à la station où les deux femmes avaient été aperçues pour la dernière fois. Beckett savait pertinemment qu'ils n'avaient rien trouvé, mais elle n'eut pas le courage de refuser. Elle craignait seulement que Castle veuille arpenter l'endroit, et finisse par considérer la station comme un lieu de pèlerinage.
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Ils descendirent à nouveau sur les quais. Kate ne savait quoi chercher, où regarder. Castle, quant à lui, déambulait lentement, observant le sol avec attention, comme s'il s'attendait à y trouver un foulard… une chaussure… quelque chose… n'importe quoi…
Durant plus d'une heure, il arpenta la longueur des quais dans les deux sens. Kate finit par perdre patience et allait lui dire qu'il fallait rentrer quand elle le vit fixer, bouche bée, le mur près d'un escalier qui menait en surface.
Elle s'approcha doucement et regarda dans la même direction. Elle ne vit rien de spécial, mis à part des graffitis. Elle se tourna vers Castle et remarqua qu'il tremblait. Il tendit le doigt vers le mur.
- Là ! dit-il simplement
- Quoi ? Tu as trouvé quelque chose ?
- Regarde, le dessin.
- Lequel ?
Castle s'approcha du mur et mit le doigt sur un motif en particulier. Il représentait deux petites lignes parallèles traversées par une flèche perpendiculaire. Son cœur avait eu un raté quand il avait repéré le motif. Sa fille était passée par là. Comment avait-elle trouvé l'opportunité de dessiner ça ?
- Qu'est-ce que c'est ?
- C'est Alexis !
- Quoi ?
- C'est sa marque !
- Comment ça, sa marque ?
Castle caressa le motif, avec douceur, comme s'il passait les doigts dans les doux cheveux de sa fille.
- Tu en es certain ?
- Elle avait l'habitude de signer comme ça les petits mots qu'elle me laissait sur le bureau quand elle était enfant. C'était son signe de reconnaissance pour dire «signé : ta petite Sagittaire». Kate, ça veut dire qu'elle est passée par ici!
Kate sortit son portable et prit une photo du dessin.
- OK, donc elle a eu le temps de laisser un indice. Si on en cherchait d'autres ?
Castle ne répondit pas, commença à monter quelques marches et se dirigea très lentement vers la surface, tout en scrutant attentivement les murs de chaque côté. Lorsqu'il fut à l'air libre, il fit le tour de l'entrée de la station, à la recherche d'un dessin similaire. Il n'en trouva pas. Alors il marcha quelques dizaines de mètres en amont, puis en aval tout en observant les murs et le sol. Beckett traversa le passage pour piétons et fit la même chose de l'autre côté de la rue.
Au bout de dix minutes, elle entendit Castle hurler son nom. Elle accourut à toute vitesse. Castle pointait le doigt sur un deuxième dessin, mais cette fois, son expression était empreinte de terreur. Elle comprit pourquoi en regardant le dessin : il y avait une trace de sang dans les lignes.
(À suivre…)
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PS: 4 reviews de moyenne par chapitre, c'est pas mal. Mais je me demande toujours comment font certains auteurs pour obtenir des centaines de reviews pour une seule histoire! La plupart du temps, ce sont bien sûr de très longues fics. J'irai y jeter un oeil, mais comme vous le savez, je ne lis que les fics en statut "COMPLETE", tout simplement parce que je tiens pas la route côté suspense (contrairement à ce que je fais subir à mes lecteurs). Donc je dois vous rendre grâce doublement de vous prêter au jeu de l'attente des "à suivre", jour après jour et de me laisser vos impressions de façon quotidienne. C'est aussi la raison pour laquelle je ne publie une histoire que quand elle est terminée, et que je poste très régulièrement pour ne pas vous faire (trop) soufrir :-).
A bienôt, mes fidèles lecteurs et reviewers.
Amicalement, Lyxie.
PS2: le "signe" en question était ma propre signature durant des années...
