Un chapitre de transition qui n'était pas censé exister à la base. Normalement nous aurions du tout de suite passer à Black Star, à la suite du dimanche de Kid dans le chapitre 9 et je pensais faire une description de la suite de la semaine de Maka qui venait de commencer —le chapitre 8 se déroulant un lundi, soit 6 jours avant le chapitre 9— dans son prochain chapitre... Sauf que cela prendrait trop de place et cela couperait le rythme de l'action, vu que cela me forcerait à revenir très en arrière. Du coup j'ai créé ce petit chapitre pour qu'elle rattrape les autres au niveau de la ligne temporelle.

Bonne lecture, les commentaires et critiques sont les bienvenus.


Maka s'écroula sur son lit, enfouissant son visage contre son oreiller et laissant les muscles de ses bras et ses jambes se relâcher. La semaine qu'elle avait vécue lui semblait être la plus longue de sa vie.

Après avoir fait l'expérience d'une première journée en tant que professeur catastrophique, les jours suivants ne lui avaient pas parus aussi mauvais alors qu'elle gagnait en motivation et assurance mais le travail n'en était pas moins extrêmement éprouvant, surtout quand elle y ajoutait la surveillance de sa chère partenaire.

La petite leçon que celle-ci lui avait donné le lundi soir l'avait fait souffrir mais s'était avérée utile et l'avait libéré d'une partie des pensées qui pesaient sur sa conscience. Médusa était restée calme les jours suivants et leurs nouvelles tentatives concernant le maniement de la lance se déroulaient beaucoup mieux.

Peut-être était ce à cause de ces derniers événements que Maka décida qu'elle pouvait se permettre de dormir un peu plus que d'habitude ce samedi afin de profiter du week-end. Elle désactiva la fonction réveil de son horloge puis enfila son pyjama et se glissa sous la couette.

«J'ai tué Crona.»

Depuis qu'elle l'avait avoué pour la première fois, elle se l'était répété chaque soir avant de se coucher. La phrase la brisait un peu plus chaque fois tout en l'aidant à se reconstruire et comme Maka ne voulait plus jamais avoir à se bercer d'illusions, ce motto était un moyen de se rappeler plus d'une erreur.

Elle commençait à avoir l'impression de se forcer à culpabiliser, ce qui n'était pas exactement une bonne chose non plus mais pour le moment, elle continuait de prendre part à ce petit rituel.

J'ai tué Crona, j'ai tué Crona, j'ai tué Crona...


La lumière du jour passait à travers les volets mal fermés pour tomber sur ses pieds nus qui dépassaient de la couverture, la vitre augmentait la chaleur des rayons du soleil et sa peau lui donnait l'impression de la brûler, la forçant à quitter les limbes du sommeil. Dans un grognement, Maka décala ses jambes pour qu'elles quittent la zone éclairée et se redressa. Elle passa une main dans ses cheveux pour dégager quelques mèches gênantes aillant glissé devant ses yeux puis regarda son réveil.

Les aiguilles indiquaient dix heures, Maka attrapa les premiers vêtements de son armoire qu'elle pouvait atteindre et se rendit dans la salle de bain attenante au couloir. Sous l'eau chaude coulant du pommeau de douche, elle laissait son corps et son esprit finir de se réveiller tout en songeant à la manière dont elle occuperait sa journée.

Dix minutes plus tard, elle prenait le chemin de la cuisine, une serviette enroulé autour de ses cheveux humides pour éviter de faire tomber la moindre goutte sur le parquet. La jeune femme manqua de sursauter en repérant Médusa assise sur le canapé du salon, en train de lire, avant de se rappeler que c'était elle-même qui l'avait fait venir dans son propre appartement. Maka repensa à l'histoire du serpent d'hiver, que la sorcière lui avait raconté lors de leurs retrouvailles, puis haussa les épaules. Ce ne serait sûrement pas la dernière fois qu'elle douterait de son plan mais il n'y avait de toute manière pas de marche arrière possible.

«Bonjour.», lança-t-elle en traversant la salle, allant se chercher de quoi grignoter pour tenir jusqu'à midi. Il faudrait qu'elle ajuste la longueur d'âme de sa partenaire mais elle pouvait bien prendre le temps de manger quelque chose avant.

Médusa lui répondit par un bref marmonnement tout en tournant la page du livre qu'elle avait pris. Au moins, elle n'avait pas l'air d'avoir profité du sommeil prolongé de sa meister pour se lancer dans un projet machiavélique.

Tout en tartinant une tranche de pain de mie avec du beurre, Maka jeta un coup d'œil à la liste de courses pour vérifier qu'elle n'avait besoin de rien d'urgent. Ne voyant aucun élément particulier requérant son attention, elle s'attela à manger sa tartine et se servit un verre de jus de fruit afin de compléter un petit-déjeuner maigre mais suffisant étant donné l'heure qu'il était.

Une fois cela fini, la blonde retourna dans le salon et observa quelques instants la sorcière toujours plongée dans sa lecture, cherchant la moindre faille, la moindre expression particulière cachée derrière son air absorbé. Ne trouvant rien, elle l'aborda.

«Je compte passer par quelques librairies pour chercher certains ouvrages en début d'après-midi. Tu devras venir avec moi.

-D'accord»

Elle lui avait répondu sans même détourner les yeux de la page qu'elle fixait.

«Je te laisserais peut-être choisir un livre à prendre...»

Maka laissa sa phrase en suspens, le temps que les deux iris marrons trouvèrent les siens et ses lèvres s'étirèrent légèrement sous le plaisir d'avoir trouvé comment attirer l'attention de l'autre.

«Si tu avances dans ton travail en cours d'ici le déjeuner.»

Soupirant légèrement, Médusa referma puis rangea son livre dans la bibliothèque avant de retourner à sa table de travail. Maka en aurait presque fait des petits pas de danse, avoir pour une fois le contrôle sur la sorcière pouvait s'avérer jouissif mais mieux valait ne pas trop s'emporter pour peu de choses. Sa partenaire était une spécialiste pour retourner les situations à son avantage et il lui fallait donc rester sur ses gardes, voir peut-être éviter de la titiller. Maka n'avait eu qu'un bref aperçu d'une Médusa en colère lors de ce lundi soir damné et ne tenait pas particulièrement à recommencer.

Tandis que la brune s'attelait à sa tâche, sa meister regagnait la cuisine. Elle avait envie de manger tôt aujourd'hui, de plus il s'agissait du dernier jour de sa semaine de cuisine alors elle voulait préparer quelque chose de spécial. Maka n'avait aucune idée de la manière dont sa partenaire cuisinait et avait même du mal à l'imaginer en train de s'y adonner. Cependant, tant que le résultat était mangeable et n'avait pas été empoisonné, elle supposait qu'elle survivrait. Maka considérait que Soul et elle-même avait un niveau à peu près identique en cuisine ; jamais excellent mais bon en général, la seule différence étant que Soul était plus paresseux et avait un répertoire moins varié, se reposant donc plus souvent sur ses acquis alors que Maka aimait bien expérimenter de nouvelles recettes quand elle en découvrait.

Après avoir examiné l'intérieur du frigidaire et des placards, elle attrapa son manteau et son portefeuille pour passer à l'épicerie au coin de la rue récupérer quelques ingrédients supplémentaires.

«Je descend quelques minutes, annonça-t-elle à l'intention de la sorcière, ne bouge pas.»

Elle ne pensait pas que celle-ci tenterait quelque chose maintenant mais ne pouvait s'empêcher de vouloir prendre toutes les précautions même si elles semblaient inutiles. Car si sa partenaire s'aventurerait à s'enfuir, Maka pourrait la retrouver facilement avec ses capacités de lecture d'âme.


Le déjeuner avait été basé sur une recette que Tsubaki lui avait apprise l'année dernière, composée de légumes sautés et de tranches de bœuf caramélisé. Maka n'avait pas lésiné sur le sucre mais elle adorait ce mélange atypique avec la viande salée. Cela ne semblait pas particulièrement déranger Médusa qui restait aussi inexpressive que les fois précédentes où sa partenaire lui avait fait à manger. La jeune femme s'était demandé un instant si la sorcière détestait le sucre, sûrement à cause de ce cliché voulant que les adultes, personnes sérieuses et démoniaques ne l'appréciaient pas mais la non-réaction de celle-ci l'avait déçue.

Dommage que je ne connaisse aucun plat ultra épicé...

En guise de dessert, Maka avait sorti quelques pots de glace non-finis restés dans le réfrigérateur. Octobre était arrivé mais à Death City, il faisait toujours un temps idéal pour se rafraîchir avec un bon sorbet, les vendeurs de glace faisaient d'ailleurs fortune dans la ville.

Une fois la vaisselle essuyée par Médusa, elles sortirent directement pour visiter quelques boutiques d'ouvrages comme l'avait prévu Maka.

La majorité des rues de la ville étaient pavées, au point qu'il fut impossible de faire passer des voitures dans près de la moitié de la cité. Une grande partie des maisons étaient anciennes ou construites dans un style traditionnel faisant passer Death City pour un lieu figé dans le temps, aussi frileux du changement que son créateur.

De temps en temps, des plaintes se faisaient entendre à ce sujet mais comme de gros problèmes n'avaient que rarement lieu, les constructions, modification ou réparations de routes n'avançaient pas beaucoup et en moyenne il n'y avait qu'un gros chantier par an dans la ville. Le côté désuet et fantasque de la ville était de toute manière bon pour le tourisme.

Nombreuses étaient les boutiques dans le quartier entièrement pavé de Death City, dont notamment les librairies préférées de Maka. Le soleil illuminait le titre du magasin inscrit en poudre d'or sur la jolie pancarte en bois ciré d'une d'entre elles, qui se balançait légèrement au gré de la brise de ce début d'après-midi. À l'intérieur du magasin, la lumière traversant les vitres se découpait en longs rectangles vifs éclairant les allées bordées de longues étagères remplies de livres. Sur une petite table recouverte d'une nappe à motifs fleuris se trouvaient quelques livres placés en valeur, des petites pancartes affichaient fièrement les meilleurs ventes et les coups de cœur du propriétaire de la boutique. Tout devant, dans la vitrine, les dernières nouveautés figuraient au premier rang pour que les passants puissent y jeter un œil. Maka lut les titres avant de pousser la porte de la boutique, faisant tinter la petite clochette de fer qui y était accrochée.

«Bonjour !», lança énergiquement le gérant de derrière le bureau où il avait installé sa caisse, sur la gauche. Ses lèvres sombres s'étirèrent en un sourire quand il reconnut une de ses plus fidèles clientes.

Maka le salua avec joie et s'approcha du comptoir pour parler un peu, Médusa à sa suite.

«Comment allez vous monsieur Badji ? Tout se passe bien ?

—Parfaitement, avec la rentrée des classes encore récente, pas mal de jeunes ont besoin de livres divers donc je fais des affaires comme chaque année. Niveau santé non plus il n'y a pas de problèmes. C'est une nouvelle amie à toi, la petite brune ?»

La meister se retourna un instant vers Médusa qui les écoutait silencieusement, un air sage et ingénu collé sur le visage.

«C'est ma partenaire depuis quelques jours. Medoly.

—Oh, le garçon aux cheveux blancs n'est plus avec toi donc ? Ahlala, c'est fou ce que le temps passe vite. Enfin, visitez à votre bon plaisir mon humble palais.»

Ceci dit, il rit et étendit ses bras pour englober l'ensemble de sa boutique.

«Est-ce que tu as quelque chose que tu as à me conseiller ? Des nouvelles pour l'Hiver passé ?

—Ha ! La bonne blague, deux ans déjà que notre cher conteur nous annonce penser pouvoir le finir pour les fêtes de fin d'année. Décembre est venu puis passé et toujours pas de nouveau tome. Ma foi, c'est le plus long hiver que j'ai jamais vu et j'en viens à douter que cette histoire se finisse un jour.»

L'homme se gratta l'arrière de la tête, tandis que Maka riait nerveusement. Une fois décembre revenu, à coup sûr, de nombreux clients viendraient en demander des nouvelles au grand dam du libraire qui, bien que lui même amateur de la série, devrait se répéter plus d'une fois sur la question.

Pour le moment, il tapotait distraitement le bois de son bureau de ses doigts bruns calleux, signe qu'il réfléchissait.

«Quelque chose de neuf à te conseiller, quelque chose de neuf à te conseiller...»

Soudain il se leva et un grand sourire laissa apparaître ses dents blanches.

«Oh, oui. Ce n'est pas neuf du tout mais il y a des chances que tu n'en ai jamais entendu parler et comme je sais que tu aimes le genre fantastique...»

Interrompant sa tirade et repoussant sa chaise, il se dirigea vers une porte au fond de l'allée et sortit une petite clé de son pantalon en jean délavé.

«Je crois qu'il est dans la remise, je vais le chercher. Profitez en pour jeter un coup d'œil à la boutique les filles !»

Il disparut ensuite rapidement de l'autre côté, sans même fermer complètement la porte.

Maka fit signe à Médusa qu'elle pouvait observer les lieux et se dirigea elle-même vers une étagère afin de regarder les ouvrages disponibles. Cependant, son esprit n'était pas entièrement concentré à cela et elle jetait de temps à autre un coup d'œil à la sorcière qui feuilletait tranquillement des magazines dans son coin.

Quelques minutes plus tard, le gérant revient et elles passèrent à la caisse.


L'horloge d'une église toute proche sonna deux heures peu après qu'elles aient quitté la boutique. La jeune femme avait accepté de prendre le premier tome de la série atypique que lui proposait le commerçant, elle avait aussi récupéré quelques livres qui pourraient l'aider pour ses cours et dans ses propres études.

Médusa avait, elle, jeté son dévolu sur une revue scientifique. Maka l'avait feuilleté un peu avant de payer ; cela avait l'air de concerner des innovations et découvertes récentes. Les articles ne semblaient pas trop difficiles à lire mais elle n'avait pas eu l'occasion de les consulter en détail.

Elles se dirigeaient vers l'appartement quand elle aperçut Soul à l'autre bout d'une rue. Celui-ci aussi l'avait vue et il vint à leur rencontre.

«Hey Maka !»

Les mains dans les poches de sa veste en cuir, il n'avait pas l'air bien différent de d'habitude. Quoique la jeune femme avait l'impression qu'il avait encore pris quelques centimètres.

«Salut Soul.»

Quand ils étaient partenaires, ils n'avaient pas eu de rituel particulier lorsqu'ils devaient se saluer. Ils n'en avaient pas exactement eu besoin puisqu'ils passaient la plupart de leur temps ensembles. L'arme démoniaque n'était cependant pas forcément très expressive lorsqu'il s'agissait de dire bonjour, il n'y avait guère qu'avec Black Star qu'il montrait une affection physique. Maintenant qu'ils n'étaient plus partenaires et se voyaient moins, ils se saluaient étrangement plus souvent et cela leur semblait bien inhabituel.

Après s'être rendue compte qu'elle évitait ses amis, Maka avait évidemment voulu corriger le tir mais cela ne s'était pas avéré si facile et la jeune femme avait hésité entre faire comme si rien ne s'était passé ou s'excuser d'avoir pris de la distance sans prévenir. La deuxième solution semblait plus honnête mais pouvait attirer un peu trop l'attention sur ses actions qui auraient menées à ce choix et donc risquer de mettre en valeur ses secrets. Finalement elle ne tenta rien ni le mardi, ni le mercredi et ce ne fut que le jeudi soir qu'elle tomba finalement par hasard sur Soul et Kid au détour d'un couloir, après son entraînement avec Médusa.

Une conversation s'était lancée, maladroite au début mais tout avait ensuite semblé redevenir bien vite comme avant. Enfin, si l'on exceptait la présence de sa nouvelle partenaire qu'elle avait finalement du leur présenter.

«Salut Medoly.»

De retour au présent, la faux démoniaque penchait la tête sur le côté en direction de la jeune fille qui se trouvait derrière elle. Médusa hocha légèrement la tête.

«Bonjour.»

Maka resserra sa prise sur le sac en plastique où elle avait stocké ses livres. Du point de vue de Soul, il saluait tout simplement une autre élève de l'école mais de son point de vue, la situation lui donnait envie de grincer des dents. Elle savait que Médusa pourrait bluffer tout Shibusen sans trop de problèmes mais participer à cela la faisait se sentir un peu mal.

J'aurais presque envie de lui dire qu'il est en train d'essayer de faire copain-copain avec Médusa mais ma propre peau est en jeu.

«Tu reviens de la librairie ? Ne va pas utiliser toute ta paye pour acheter des livres non plus.

—Je sais très bien comment gérer mon argent, merci... Mais qu'est-ce que tu fais dans le coin au fait ?

—Moi ? Oh rien. Je pensais, enfin, je me baladais c'est tout.»

Une moue dubitative s'afficha sur le visage de la jeune femme mais son ancien partenaire l'ignora et se remit à marcher.

«Je vais continuer d'ailleurs, bonne journée.»

Sur ce il reprit tranquillement son chemin, ses chaussures claquant sur les pavés ronds de la vieille rue. Maka regarda en arrière quelques secondes puis les deux partenaires firent de même, dans la direction opposée.