Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~
Euh… pour précision (parce que beaucoup m'ont imaginée plus sadique encore que je ne le suis! O.O) Ichigo n'a pas détruit le mauvais papier… Il a laissé celui qui compromettrait Aizen et a détruit celui qui ferait échouer Grimm. C'était sa manière de participer au combat. :)
De Profundis Clamavi
CHAPITRE 10
Aizen était silencieux, pensif. Il avait rarement ce genre de comportement. Aujourd'hui, il cachait mal le fait qu'il était préoccupé. Oui, plusieurs détails lui indiquaient clairement que quelque chose se tramait, l'ennui était là : si son meilleur espion, en l'occurrence Syazel Aporro, ne lui disait rien, c'était qu'il n'y avait rien à dire.
Et pourtant…
C'était pour cette raison qu'Aizen avait enfermé Ichigo. Il savait que le jeune homme gardait encore de sa personnalité. Il était parfaitement au courant du fait que Grimmjow, malgré ce qu'il en disait, n'était pas un homme simplement intéressé par le corps du danseur. Aizen laissait courir, s'amusant de voir jusqu'où Grimmjow irait dans l'espoir de lui voler son Ichigo. Il s'amusait du reste. Il s'amusait de voir l'espoir renaître dans les yeux de son protégé… pour mieux le réduire à néant.
Mais cette fois, Aizen avait senti quelque chose. Et il ne pouvait plus se permettre de jouer avec Ichigo. En l'enfermant seul dans cette pièce il mettrait à bout le peu de résistance qui restait au jeune homme. Il le briserait. Et après, oui après, Ichigo ne serait plus qu'à lui. Obéissant, docile…
Aizen jeta un coup d'œil à l'éphéméride qui trônait sur la commode de son bureau. Un jour. Cela faisait déjà une journée complète qu'Ichigo était enfermé dans cette cave. Il devait paniquer. Il devait sans doute être terrorisé. Sans doute.
« Aizen-sama, votre rendez-vous est arrivé.
-Bien. Faites-le entrer. »
Mais Aizen le sauverait.
CCC
Grimmjow parcourait le salon de long en large depuis un bon quart d'heure maintenant. Stressé ? On aurait pu le dire ainsi. Mais Grimmjow était spécial. Il cachait ce stress, cette peur panique d'échouer et de devoir abandonner Ichigo. Car inutile de le nier, s'il ne parvenait pas à éloigner Aizen avec certitude, Ichigo ne pourrait jamais s'en sortir. Il ne pourrait jamais revivre en sachant qu'une ombre planait au-dessus de sa tête.
« Monsieur, calmez-vous…
-ça sert à rien de t'énerver ! »
Le jeune PDG lança un regard noir à son frère. Il avait déjà détruit une commode à force de frapper dessus. Il avait besoin d'extérioriser et chez lui, cela se traduisait par un besoin irrépressible de destruction. Shaw-Long avait appris à faire avec. Grimmjow était ainsi depuis tout petit, c'était ce qui lui avait valu quelques séjours en maison de redressement. Une colère difficilement maîtrisable.
« Il doit y avoir une raison valable…
-Ah bon ? Et laquelle ? ça fait depuis un mois que je vois Ichigo tous les soirs et, comme par hasard, deux jours avant qu'on décide de lancer la grande offensive, il tombe malade et j'peux pas le voir ?
-Mais…
-C'du foutage de gueule ! Aizen prépare un sale coup et moi j'dois rester immobile. Ça m'fait chier !
-Et que voudrais-tu faire alors ? »
Grimmjow serra les dents et frappa un grand coup, heureusement dans le vide. On sentait qu'il était sur la défensive, on sentait même qu'il en souffrait.
« Et putain c'est quoi c'bruit qui m'casse les oreilles d'puis tout à l'heure ?
-C'est votre téléphone, Monsieur. »
Le jeune homme grogna, mécontent, et attrapa l'appareil qui traînait sur la table.
« Quoi ?
-…
-Qu'est-ce tu veux ?
-Si tu ne commences pas par te calmer, je viens et le fais moi-même. »
Au grand étonnement du public, Grimmjow pâlit en entendant la voix au téléphone. Et, toujours pour les surprendre, ils observèrent la boule de nerfs s'asseoir sur le canapé et tenter de reprendre le contrôle de lui-même.
« Pourquoi t'appelles, Ulqui ?
-Je prenais de tes nouvelles.
-Trop gentil d'ta part.
-Et je te préviens que le plan est en bonne voie. Aizen effectue les placements qu'on aurait pu attendre.
-ça fait au moins une bonne nouvelle aujourd'hui.
-J'ai appris pour Ichigo. Aizen nous cache quelque chose ?
-Evidemment ! cracha le bleuté.
-Que t'ai-je dit ? Si tu ne te calmes pas, je le fais moi-même. »
Grimmjow ravala sa colère, vexé mais peu enclin à essuyer la colère du capitaine de police.
« Il n'est pas sorti de Las Noches, tu peux donc te rassurer au sujet d'une fuite.
-Ouais. T'as pas mieux ?
-J'ai pu nouer contact avec le maître d'hôtel. Il croit savoir où est Ichigo mais il ne peut y aller.
-Il sert à rien c'type.
-Si tu avais quelqu'un à protéger, dirais-tu la même chose ?
-… Y'a un truc dont tu veux me parler ?
-La méthode bourrin contre Aizen ne fera que te tuer. C'est ce qui est arrivé à Zaraki Kenpachi.
-Qui c'est ?
-Un tueur à gages qui n'a pas trop plu à Aizen. Il a voulu le dénoncer, Aizen a tué sa fille.
-C'est le gars qui a attaqué Las Noches l'autre jour ?
-Exact.
-Et donc ce Yumichika le connaissait ?
-Oui. C'était son mentor. Yumichika recherche quelqu'un à Las Noches, c'est pour ça qu'il n'est jamais beaucoup intervenu.
-Et tu l'as retrouvé le gars en question ?
-Hum. Ainsi que Kira. »
Grimmjow devint blanc comme un linge.
« Que…
-J'ai dit à Gin de venir chez toi, j'arrive avec lui.
-Mais pourquoi, chez moi… ?
-Parce que tu es notre leader, Grimm. A tout de suite. »
Grimmjow raccrocha ensuite, tout à coup trop calme aux goûts d'Ilforte et de Shaw-Long. Il raconta ce qu'il avait entendu d'une voix blanche, lointaine. Kira. Il était porté disparu depuis des mois maintenant. Au départ, il travaillait pour Ulquiorra à la police et s'était porté volontaire pour une mission sous couverture. Et on avait perdu le contact.
« Monsieur, Ichimaru-san est là. »
Le jeune roi se redressa pour accueillir son ami mais ils n'étaient pas en état de se saluer réellement. Ils s'échangèrent tout juste une poignée de main et quelques mots. Les autres ne tardèrent pas. Rangiku fut la seconde à arriver, tout aussi troublée que Gin. En même temps, le contraire n'aurait pas été normal. Rangiku avait toujours montré énormément d'affection envers Izuru qu'elle considérait comme son petit frère. Même si elle lui en faisait baver la plupart du temps…
Mais Rangiku n'avait jamais su ce qui liait vraiment Gin à Izuru. Une très profonde amitié sans nul doute. Rangiku connaissait Gin depuis son enfance et elle avait appris à composer avec le caractère parfois effrayant de l'homme aux cheveux argentés. Izuru, lui, avait rencontré Gin au poste de police, un jour où il rendait visite à Ulquiorra. Curieusement, Gin avait dû avoir une sorte de béguin car le jeune policier devint vite son nouveau bouc émissaire.
Et puis il avait disparu au cours de cette mission…
La sonnerie retentit, faisant sursauter les différents protagonistes. On aperçut d'abord la porte s'ouvrir sous l'action du majordome, puis, lentement, Ulquiorra entra. Il s'avança dans la pièce et tendit une main se voulant rassurante à un jeune homme.
« Viens. »
Gin approcha d'un pas quand la silhouette de son ami se présenta devant eux.
« Izuru… »
Rangiku avait plaqué une main sur sa bouche, n'osant y croire. Ulquiorra la retint d'un geste. Il secoua la tête, l'air grave.
« Il est amnésique. »
Gin fronça les sourcils et serra les dents. Grimmjow lui jeta un coup d'œil, conscient de n'avoir jamais vu dans un tel état de colère contenue. Oui, cet homme ne criait jamais, il ne s'énervait jamais. Sa colère était froide, en alliance avec un cœur qu'il avait rôdé contre les coups du destin qui le frappaient sans cesse.
Rangiku crut qu'elle allait pleurer, mais la main réconfortante de son ami dans la sienne l'encouragea.
« Bonjour… Je m'appelle Kira Izuru, je suis… enchanté de vous rencontrer. »
Le jeune homme rougissait légèrement, comme s'il était d'une timidité maladive.
« Schiffer-san m'a dit que j'avais perdu la mémoire… Mais je, je serais ravi de pouvoir revenir parmi vous… »
Grimmjow baissa les yeux. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer Ichigo à cette place. Ichigo qu'il n'avait pas vu depuis une journée, Ichigo qui était sûrement en danger. Et lui, lui impuissant. Le jeune roi avait une furieuse envie de hurler, mais plutôt que d'effrayer le nouveau-venu ressuscité, il lança :
« Vous pouvez rester au manoir autant que vous voulez. J'dois y aller. »
Sur ces mots, Grimmjow fuit proprement la pièce à la recherche d'un exutoire. Il aurait dû rester comme soutien pour Gin et Rangiku, mais il en était incapable. Pour la première fois de sa vie, oui, il se sentait faible. Il avait envie de se réfugier quelque part et de laisser quelqu'un le protéger.
Après de longues minutes seul où il crut avoir été oublié, Grimmjow entendit la porte grincer. Il reconnut le pas du capitaine, il soupira. De tous, Ulquiorra était bien le plus dangereux pour lui. Il était le seul à avoir réussi à percer sa carapace. Il n'était plus le seul maintenant, il y avait aussi Ichigo, mais Ulquiorra avait été le premier.
« … Tu vas m'ignorer longtemps ? »
Assis dans un angle de mur, tête dans les mains et coudes en appui sur les genoux, Grimmjow ne répondit pas.
« … Il a eu quoi ?
-Il a survécu à l'exécution programmée d'Aizen. »
Grimmjow eut un rire nerveux.
« Survivre… ça sert à quoi si c'est pour être dans cet état ? »
Ulquiorra soupira et posa une main sur la tête de Grimmjow, dans ses cheveux. Le plus grand se détendit imperceptiblement.
« Tu vas y arriver.
-…
-Grimm, je te connais. »
Le concerné se tendit.
« Et je ne t'ai jamais entendu dire que tu aimais quelqu'un. A fortiori, je ne t'ai jamais vu dire 'je t'aime' à quelqu'un. »
Grimmjow se recroquevilla sur lui-même.
« Même alors que nous étions ensemble.
-…
-Alors je te l'assure. Tu ne peux qu'y arriver.
-Mais je…
-Tu ne vivais qu'à travers la destruction des autres. Tu as appris à te contrôler, à la contrôler. Je t'ai aidé à la diminuer. Mais avec Ichigo, tu n'as pas besoin de t'en débarrasser. Il la transforme en création. Alors tu ne peux que y arriver. »
Grimmjow leva enfin la tête vers les yeux émeraude. Son regard était perdu, et cette fragilité était belle bien qu'étonnante chez un homme comme Jaggerjack. Il demeura encore silencieux un moment et soupira finalement.
« Oui. 'Scuse. Je me reprends.
-Bien. »
Ulquiorra tendit la main à son ami qui la saisit pour se redresser. Debout, Grimmjow s'ébouriffa les cheveux, comme pour remettre de l'ordre dans ses idées. Il inspira longuement et retourna dans la grande salle. Gin, Rangiku et Izuru faisaient connaissance. Le courant avait l'air de passer, comme les année précédentes. Mais quelque chose serait à jamais perdu.
Grimmjow serra les poings. Jamais il ne laisserait Ichigo tomber. Il le tirerait de Las Noches, le tirerait de la drogue. Il le remettrait sur le bon chemin et le soutiendrait jusqu'à ce qu'il le rejette.
CCC
« Tu entends des voix maintenant ? »
Des souffles rauques qui effleurent sa peau. Un froissement dans un coin de la pièce. Des grincements qui résonnent dans les murs. Le balancement d'une ampoule dénudée au plafond. Le lent va-et-vient de sa peur, un torrent de terreur qui se déverse… Et l'obscurité, l'obscurité oppressante. Les ténèbres.
Il était fou.
« Des voix… Des voix, il me parle… »
Ichigo était enroulé dans la couverture, la tête cachée par ses bras et aucun millimètre de sa peau n'avait de contact avec l'air ambiant. Il avait chaud ainsi dans ce cocon, ça lui donnait soif, mais il était hors de question qu'il laisse ces épaisses ténèbres l'enlacer. Jamais non… Il avait bien trop peur.
Il tremblait, il tremblait de tous ses membres depuis des heures. Ses muscles étaient engourdis de fatigue d'être ainsi sollicités pour un usage si insolite. Mais les bruits… Il y avait quelque chose dans cette pièce. Forcément ! Comment expliquer tout ce qu'il sentait, tout ce qu'il entendait ?
Des rats peut-être ? Ichigo ne pouvait pas savoir. Alors il gardait la tête dans ses bras, essayant de se dire que s'il avait les yeux fermés, il ne voyait pas le danger. Et peut-être que s'il ne le voyait pas, lui non plus ne pouvait pas le voir. Quel raisonnement puérile.
Il y a un monstre sous le lit.
Mon Roi, ne te met pas dans cet état…
Ichigo sursauta et se crispa plus encore. Cette voix. Il l'entendait depuis des heures. Elle essayait de lui parler, de s'adresser à lui. Mais il l'ignorait. Parce que s'il ne l'entendait pas, elle n'existerait sûrement plus.
Je suis là, moi…
« Non, non, non… Fou, je suis fou… »
Le jeune homme se remit à pleurer. Depuis combien de temps était-il là-dedans ? Combien de temps serait-il encore là-dedans ? Allait-il être laissé pour mort ? A combien de temps Aizen évaluait-il sa résistance ?
« Sôsuke-sama… Venez… Je vous en prie… »
Les mains d'Ichigo se tordaient autour de sa tête. Tout son corps se tendait, perclus de courbatures. Il avait mal, il avait faim, il avait soif, mais par-dessus tout, il voulait sa dose. Il voulait sa drogue pour se calmer, pour s'offrir une petite heure de paradis. Juste ça. Il aurait moins froid comme ça, il dormirait mieux, il serait moins paniqué, il…
Tu n'irais pas mieux.
« Nooon… gémit Ichigo. Non, Sôsuke-sama… »
Pourquoi tu l'appelles, lui, mon Roi ? Il t'a enfermé ici…
« Sôsuke-sama… »
Non. Non non, dis plutôt son nom. Tu sais, son nom.
Ichigo eut un sursaut, comme un dément. Il se griffait les avant-bras de ses ongles, s'infligeant une nouvelle douleur pour se déconcentrer des autres. Qui était cet autre ? Il n'y avait que Sôsuke-sama. Le seul qui le torturait et le guérissait. Oui, il viendrait et il le soignerait. Parce qu'il l'aimait, il le disait.
Lui aussi, il t'aime. Et lui, il ne te force pas à le dire.
« Il est pas là… Il peut pas… »
Dis son nom. Majesté, dis-le quand même.
Le jeune homme poussa un cri de rage et de douleur. Quand est-ce que ça s'arrêterait ? Cette voix le harcelait ! Même seul dans une cellule plongée dans le noir, il n'était pas seul. Quel paradoxe ? Oui, un paradoxe !
Dis-le…
« G… Grimm-jow… »
Oui, c'est ça. Il y a lui aussi.
« Il y a Grimmjow et… et Sôsuke-sama… Sôsuke-sama va me sortir de là, il me sauvera… Il va être là, il… »
Mais il y a aussi Grimmjow, Majesté. Il est là ?
« O-Oui, il est là… Aussi, il est là… »
Au fond de ton cœur. Il te sauve aussi.
« Oui… aussi… »
Ichigo sembla se calmer un peu, il avait cessé de crier par intermittence, gémissant doucement.
« Sôsuke-sama… »
Une clé dans une serrure...
CCC
Grimmjow froncait les sourcils, il marchait d'un pas rapide et déterminé traduisant son énervement et son excitation. Aujourd'hui était le dernier jour. Celui où il se battrait directement contre Aizen pour savoir lequel des deux s'occuperait d'Ichigo : l'amoureux ou le bourreau.
Le jeune roi trépignait en attendant le départ pour Las Noches. Le manoir était animé depuis le retour de Kira. Il y avait du monde, il ne pouvait se sentir seul. Heureusement car dès que ses pensées se heurtaient au silence, il voyait Ichigo. Ichigo seul dans le néant, abandonné de Dieu.
Il mourrait d'envie de le serrer contre lui, de passer un bras autour de son épaule, l'autre sur sa tête pour le protéger. Grimmjow n'avait jamais éprouvé un tel besoin d'aimer quelqu'un et par extension, il n'avait jamais autant espéré que ce quelqu'un l'aime en retour.
Mais comment savoir? Ichigo était traumatisé, deviendrait-il fou avant? Arriverait-il à sauvegarder suffisamment pour être ranimé?
Grimmjow était mort d'inquiétude, mais il ne voulait rien lâcher pour se faire croire qu'il était fort. Parce que l'échec n'était pas permis mais loin d'être hypothétique.
Il entra à Las Noches dans le plus grand silence, le regard dur et concentré. Il remarqua à peine, et ce malgré lui, le maître d'hôtel qui le salua avec toujours autant de respect. L'atmosphère à Las Noches avait changé. A force de fréquenter l'endroit, le jeune PDG avait appris à reconnaître l'air du lieu. Et l'air qu'il sentait était chargé de peur et d'angoisse.
« Ichigo est sorti, mais il est… »
Grimmjow tiqua et lança un coup d'œil intrigué à Yumichika.
« Il est devenu fou… »
L'homme fronça violemment les sourcils et serra les poings à s'en rendre les jointures blanches de colère. Mais il réunit tous les efforts du monde pour rester calme et maître de lui. Il était maître de la situation, oui. Si Aizen avait vu l'entourloupe, il aurait blindé son empire financier, pas séquestré Ichigo on ne savait où pendant deux jours.
« Grimmjow, quel plaisir de vous voir. »
Le susnommé se raidit, sur la défensive. Il avait quelque peu appris à décoder certains tons employés par le maître de Las Noches, et ce ton mielleux et chaud ne présageait absolument rien de bon. Et Grimmjow comprit à quel point il avait raison quand il aperçut une silhouette collée au bras de l'homme.
Ichigo ?
« Je comprends votre étonnement… Ichigo-kun a subi bien malgré moi un traumatisme il y a deux jours et il en est ressorti passablement bouleversé. »
Grimmjow serra le poing droit et allait le coller directement dans le visage d'Aizen accompagné d'un bon juron mais la voix de Shaw-Long le coupa :
« Sans vouloir manquer de respect, Aizen-sama, nous sommes venus ici pour un rendez-vous. Monsieur Jaggerjack est un homme très occupé par son travail. »
Aizen haussa un sourcil, pas le moins du monde intimidé Grimmjow essaya de prendre sur lui, reconnaissant de l'action de son majordome. Il se passa discrètement une main dans les cheveux pour les ébouriffer et tenta de faire rapidement le point.
Ichigo était littéralement englué à Aizen. Il se collait à lui comme si l'homme était une sorte de sauveur. Ce qui était étonnant, c'était cette absence de peur. Depuis son arrivée dans cette histoire, Grimmjow avait toujours vu de la peur dans les yeux d'Ichigo quand on évoquait celui qui le torturait chaque jour. Aujourd'hui, aucune peur, presque un immense… amour ? Reconnaissance ? Grimmjow n'aurait su dire, cela le troublait trop.
Et s'il était arrivé un jour trop tard ? Si Ichigo était déjà mort ?
« Monsieur… courage… »
Grimmjow entendit le murmure de Shaw-Long mais n'y répondit pas. Il se rappela tout à coup du poids qui pesait sur ses épaules. S'il faisait tomber Aizen, il sauverait beaucoup de gens. Mais s'il devait perdre Ichigo, cela ne valait pas le coup. Il était égoïste, oui. Egoïste, impatient et brutal. Mais quand il voyait les reflets dorés de ces cheveux d'incendie… il avait envie de réussir coûte que coûte, au moins pour pouvoir, plus tard, regarder en face la photo d'Ichigo sur sa tombe.
« Prenez un siège, je vous en prie. »
Grimmjow tira le fauteuil et s'y installa, observant silencieusement le comportement d'Aizen et d'Ichigo. Ce dernier s'était assis sur un fauteuil plus large, le jeune homme immédiatement à côté de lui, ses bras enroulés autour de celui de l'homme.
« Je suppose que cette conversation est d'ordre privé ? »
Le PDG de Pantera Inc. acquiesça. Ichigo eut une moue inquiète et regarda Aizen.
« Ichigo-kun, tu veux bien m'attendre dans notre chambre ? »
Le jeune homme crispa ses doigts dans la veste, comme s'il suppliait qu'on ne l'abandonne pas seul. Aizen lui sourit gentiment et lui caressa les cheveux avant de l'embrasser délicatement sur le front.
« Je reviens très vite, Ichigo-kun. Je te le promets. »
Ichigo finit par relâcher sa prise et sortit de la salle silencieusement, suivi par Shaw-Long. Une fois les deux dirigeants seuls dans le bureau, un silence s'installa. Grimmjow fulminait intérieurement mais il arrivait à contenir sa rage. Il devait faire confiance à Ichigo. Il avait forcément réussi à conserver une partie de lui.
« Hé bien, quel est l'objet de votre visite ? commença Aizen.
-Il est simple. »
Grimmjow avait adopté une attitude glaciale.
« Quelle est votre avis sur le sujet, Aizen ?
-Vous convoitez Ichigo-kun. »
Le plus jeune des deux esquissa un sourire. Juste aux coins de ses lèvres.
« C'est une erreur partielle, Aizen. »
L'homme haussa un sourcil, nullement impressionné quoiqu'intrigué.
« Hueco Mondo est sur le point de s'effondrer. »
Aizen tressaillit. La menace de Grimmjow était loin d'être faite de vent.
« Il me semblait pourtant que vous aviez dit avoir abandonné Pantera. »
Grimmjow afficha un sourire carnassier.
« J'ai menti. »
Aizen fronça les sourcils.
« Et alors ? Pantera Inc ne peut faire tomber seule Hueco Mondo.
-Oui, je le sais. J'suis jeune, j'ai pas d'expérience, mais j'ai de nombreux alliés. »
Le maître de Las Noches lança un regard suspicieux à son interlocuteur.
« Que…
-Ichigo a beaucoup d'amis, vous savez. Enfin, je pense que non sinon vous auriez réfléchi à deux fois avant de vous attaquer à lui mais bon…
-Venez en aux faits.
-Kuchiki ? ça vous dit quelque chose ? »
Aizen tiqua et saisit son téléphone portable immédiatement pour blinder son empire mais le rire pour le moment maintenu de Grimmjow le coupa dans son élan.
« Il est trop tard, Aizen. Nous avons déjà le contrôle de la branche principale.
-Comment avez-vous fait ?
-Nous avons transmis de faux documents à votre espion : Syazel Aporro Grantz. »
Aizen crispa discrètement ses mains sur la coque de son téléphone, dissimulant avec brio sa rage furieuse.
« C'est ce qui arrive quand on regarde que à droite avant de traverser. On s'fait écraser par les voitures qui viennent à contresens.
-La métaphore me va droit au cœur. Persifla Aizen. L'idée n'est pas de vous, je suppose. »
Le jeune roi étouffa un rire amusé.
« J'ai pas beaucoup d'mérite à vos yeux, hein ? En même temps, c'pas comme si j'étais étonné.
-… Et quel est votre marché ? Si vous n'avez pas détruit Hueco Mondo maintenant, c'est que vous voulez marchander.
-Exact. Ichigo.
-Comment ?
-Nous voulons Ichigo. En échange, nous vous rendons le pilier de votre empire. Honnête, non ? »
Grimmjow affichait un sourire goguenard, pas peu fier de pouvoir mettre son plus grand ennemi dans l'embarras. Aizen sembla réfléchir de longues minutes, trop longues même, nota Grimmjow. Et cela lui instilla le doute. Aizen avait-il un plan de secours ?
« Soit. Reprit le bourreau avec un sourire. Mais je pose une simple condition.
-Vous n'êtes pas en mesure d'imposer quoi que ce soit, Aizen.
-Laissez Ichigo choisir s'il veut partir avec vous ou rester avec moi. Respecter sa volonté me paraît correct, non ? »
Grimmjow fronça violemment les sourcils, comprenant qu'il y avait anguille sous roche. Quitter le monstre qui le torturait était le rêve d'Ichigo depuis des mois ! Qu'est-ce qui pouvait donner tant d'assurance à Aizen ? D'où lui provenait ce regain de superbe ?
« Je vous conduis à notre chambre. »
Les deux hommes quittèrent la pièce silencieusement en direction des appartements privés. Cette marche de cinq minutes fut la plus longue de l'histoire de Grimmjow. Chaque pas était un nouveau foisonnement de questions, de doutes, d'hésitations. Un vif espoir qu'il savait sur le fil du rasoir.
Devant la porte de leur chambre, Aizen invita son interlocuteur à entrer le premier. Grimmjow fit quelques pas et sursauta à l'entente d'un froissement de tissu soudain. Ichigo s'était dressé d'un bond derrière le lit, clairement sur la défensive. Il ne paraissait pas inquiet de la présence d'Aizen, non, c'était le nouvel arrivant qui l'effrayait.
Aizen avança dans la pièce et tandis sa main au plus jeune. Ichigo se précipita vers elle et la saisit de ses deux mains avant de la poser sur son visage. Progressivement, il se blottit contre le maître de Las Noches comme un petit animal apeuré se réfugierait derrière son maître.
« Ichigo-kun, cet homme veut t'emmener loin de moi… »
La voix d'Aizen était douce, emplie d'amour. La scène donna à Grimmjow envie de vomir tout son sang.
« Est-ce que c'est ce que tu souhaites ? »
Grimmjow comprit à ce moment qu'il n'avait jamais eu un coup d'avance. Quand Ichigo le regarda avec une immense peur et répondit d'un non horrifié, il comprit. Ichigo était déjà mort. Ichigo n'avait pas réussi à survivre deux jours de plus. Il l'avait perdu.
Aizen affichait maintenant un large sourire. Il tourna la tête vers l'étranger et déclara sur un ton victorieux :
« Je crois que la réponse est claire, non ? Je ne vous laisserai pas enlever Ichigo-kun. »
Le jeune PDG était comme figé, incapable d'entendre ce qu'on lui disait. Comment décrire ce qu'il ressentait ? Un immense vide. Oui, quelque chose comme ça. Un vide déchirant et hurlant. Il regarda encore Ichigo et murmura, surprenant tout le monde et surtout Ichigo dont les yeux se perdirent dans les océans électriques.
« J'implore ta pitié… Toi, l'unique que j'aime… »
Grimmjow ne savait pas d'où venait cette phrase, il savait encore moins le sens qu'Ichigo lui donnait, mais il était sûr qu'elle pourrait atteindre le cœur d'Ichigo, ou du moins, les restes s'il en demeurait encore. Il crispa les poings, retenant sa douleur dans sa gorge et s'apprêtait à faire demi-tour quand Aizen l'interpela.
« Rendez-moi le contrôle de Hueco Mondo. »
Grimmjow fronça les sourcils, son regard électrique brillant d'ire.
« Vous l'avez tué. Il n'y a pas de marché. »
Aizen frémit malgré lui, comprenant que la menace n'était pas creuse.
« Maintenant que je sais ce que vous manigancez, je peux réagir. »
Grimmjow toisa son ennemi du regard.
« Je vous détruirai. »
Ce jour-là, en quittant Las Noches, Grimmjow ne dit pas un mot et Shaw-Long s'inquiéta du silence de son jeune maître. Il se serait attendu à l'entendre hurler dès leur retour au manoir. Il avait pensé qu'il détruirait à nouveau une partie de mobilier, ivre de douleur, mais il n'y eut rien. Et cela l'effraya.
Son maître franchit le seuil de la porte seul, traversa le salon principal et croisa ses amis réunis dans l'expectative sans un mot, et il rejoignit sa chambre où il s'enferma.
Shaw-Long ne savait que faire. Il était convaincu que son protégé avait besoin d'être seul un moment, mais il savait aussi qu'il devait comprendre qu'il était soutenu. Ilforte fut le premier parmi tous à vouloir se lever et monter dans la chambre de son frère, ne comprenant pas pourquoi ça avait raté, mais le majordome les avait arrêtés.
« Ichigo… est mort. »
Et tout le monde demeura immobile, brisé. Kira ne comprit pas exactement les tenants et les aboutissements, mais il savait que la chose était dramatique juste en regardant l'attitude de Gin : le regard triste et éteint. Rangiku était proche de pleurer, Ilforte était bouche-bée tandis que Renji serrait les poings en se forçant à retenir ce qui semblait être un cri de rage.
Shaw-Long laissa les invités dans le salon à surmonter l'épreuve et s'approcha de la chambre de Grimmjow. Il entrouvrit à peine la porte, restant discret, et aperçut la silhouette de son jeune maître. Et ce qu'il vit acheva de le briser.
Grimmjow pleurait.
Ah euh... s'il vous plaît! Ne mettez pas de comm' juste pour dire 'oh noooon, t'es méchante d'avoir fait ça à Ichi' ou des 'omg je savais qu'Ichi finirait mal' c'est pas que je n'aime pas, mais c'est un peu démoralisant de voir que c'est le seul truc retenu... Enfin, faites comme vous voulez après et merci d'avoir lu!
