C'est sympa de constater que même si la fiction est en français, des lecteurs d'autres pays la lise et la commente. Merci beaucoup !
Rated M pour ce chapitre.
L'enfer, c'est de vivre sans toi.
Une lumière vive. Désagréable. Natsuki referma les yeux. Une main sur son visage, son front, ses paupières et encore cette lumière. Laissez-moi…On la secouait. Foutez-moi la paix…Mais toujours cette lumière et cette main qui la malmenait violement.
Difficilement, elle se força à se réveiller, tentant d'interpréter la situation.
Pourquoi Shizuru s'amusait-elle à lui mettre une lampe dans la gueule? Elle avait perdue la tête ou quoi ?! Et puis pourquoi semblait-elle crier ? Trop compliqué… une douleur cuisante sur la joue ramena son attention sur la jeune femme. Elle lui parlait toujours.
« Quoi ?
- Suis mon doigt.
- Hein ?! »
Une autre claque. Sans comprendre elle obéit et Shizuru sembla un instant soulagée.
« Tu as mal ? »
Natsuki n'eut pas le temps de répondre, déjà les mains de Shizuru palpaient son crâne à la recherche d'elle ne savait trop quoi.
«C'est bon, Shizuru, je vais bien…»
Un feulement de douleur : le médecin venait de toucher sa tempe.
« Rien de casser, ca a l'air d'aller, tu risques juste d'avoir un hématome. »
Shizuru s'écarta finalement d'elle pour s'assoir sur le canapé. Dans un même geste, elles se tournèrent vers la table basse, contemplant muettement le flacon d'anxiolytique et la bouteille de whisky tout deux encore ouverts.
« Regarde-moi. » La voix de Shizuru brisa leur torpeur, mais les yeux de la brune restèrent obstinément braqués sur la table.
« Natsuki. »
Elle releva timidement la tête, rencontrant le regard du médecin. Peur, colère et pire que tout : déception. Dans un silence coupable, la jeune femme attendit un mot, un geste de son amie. Un cri de reproche, un éclat de voix.
Mais rien. Désespérément rien.
Shizuru était une statue de cire assise sur son canapé, le visage ciselé par la fatigue et l'angoisse. Les mains crispées sur le bord de son déshabillé de soie violette et superbement immobile dans le jour naissant.
Une statue fixant une autre statue.
Si elle en avait eu le courage, Natsuki en aurait pleuré.
Et puis un affaissement d'épaule, ses mains qui relâchèrent son habit et Shizuru se leva.
C'est fini, réalisa soudain Natsuki. C'est fini : elle part.
Ses sauts d'humeurs, sa distance, son étrange phobie…le médecin pouvait gérer, mais Natsuki savait que jamais elle lui pardonnerait ca. "Ca'' quoi au juste ? Elle n'était même pas sûre de savoir ce qu'elle avait cherché à faire.
Ne te fâches pas, Shizuru…Ne te fâche pas.
Elle regarda, impuissante, la jeune femme s'éloigner d'elle, se diriger vers la mezzanine pour récupérer ses affaires.
« Tu ne veux pas qu'on t'aide, Natsuki. C'est aussi simple que ca. »
La voix était basse, emplie de rancune et d'amertume. Elle s'était arrêtée néanmoins, attendant peut-être n'importe quoi lui prouvant qu'elle avait tort.
Mais toujours à terre, la gorge nouée d'angoisse, Natsuki ne pouvait pas parler. Alors elle se releva, fébrile, trébuchant maladroitement vers elle, agrippant sa taille pour l'obliger à lui faire face.
L'obliger à la regarder malgré ses yeux qui s'étaient fermés à son approche.
Elle ne pouvait pas la perdre, pas après avoir comprit ce qu'elle ressentait, pas maintenant qu'elle commençait petit à petit à vaincre ses peurs.
Mais les mots ne voulaient toujours pas sortir. Alors elle l'embrassa. Gauchement. Tentant d'approfondir leur étreinte, de la retenir désespérément.
« A…arrête ça, Natsuki. »
Les mains de Shizuru se placèrent sur ses épaules afin de la repousser, doucement mais fermement.
« Tu ne sais plus ce que tu fais.
- Je t'ai embrassé. »
Un rire nerveux, et rougissante Shizuru murmura :
« Oui, je viens de m'en rendre compte.
- Non, Natsuki avoua, cette nuit je veux dire, pendant ton sommeil… »
Un instant de confusion durant lequel Natsuki, plus que honteuse, ramena son attention au sol.
« C'est pour ca que tu as voulu te suicider ?
- Quoi ?! »
Ses yeux remontèrent instantanément, dévisageant, incrédules, le visage peiné de son amie.
« Ce n'était pas un suicide ! Je voulais juste dormir, être sûre que je ne ferai rien de stupide ! Que je ne te ferais rien de mal…
- C'est ca le problème, Natsuki. » Shizuru secoua la tête, peut-être aussi lassée du comportement de la jeune femme. Elle continua tout de même:
« Tu aurais dû me réveiller, m'en parler. Mais encore une fois tu as préféré te réfugier dans ton monde. Tu réagis toujours comme une enfant…
- C'n'est pas de parler dont j'avais envie, cette nuit…
- Et je ne t'aurais pas repoussée, au contraire. »
C'était une déclaration, Natsuki en avait conscience pourtant aucune des deux femmes n'osaient bouger.
- Et maintenant ? » Natsuki finit par demander, la voix confuse mais bien plus assurée que le regard désemparé de Shizuru. C'était à elle, pour une fois, de prendre le contrôle, de lui montrer justement qu'elle n'était pas une gamine.
Ignorant son appréhension et les battements affolés de son cœur, Natsuki porta alors ses mains sur le visage immobile de son amie. Ebauchant l'arête de son nez, passant sur le pli de ses lèvres, modelant ses pommettes, le contour de sa mâchoire.
Essayant par ses simples gestes d'appréhender le corps de la jeune femme, de se rassurer aussi.
« Et maintenant, Shizuru ? »
Natsuki redemanda avec une confiance fébrile tandis que ses doigts, continuant leur découverte, glissaient sur sa gorge, traçaient la ligne de sa clavicule, de ses épaules pour courir le long de ses bras nues, marquant les muscles émaciés, s'arrêter à l'arrondie de ses coudes et repartir sur ses avants bras dans un frisson à peine contenue.
Et maintenant, Shizuru… Mais Shizuru était toujours figée, une statue qu'elle façonnait désormais à sa guise.
Ses doigts enlacèrent brièvement les siens avant de se poser sur ses hanches. Ils suivirent leurs courbes, attrapèrent le drapé de son déshabillé pour remonter lentement sur ses flancs, redessinant sa silhouette voluptueuse.
Un gémissement qu'elle prit comme un consentement et Natsuki se permit de la dévêtir, de dévoiler le grain de sa peau.
Mais toucher n'était plus suffisant. Elle avait besoin de la sentir. De la gouter.
Ses lèvres vinrent alors souligner les lignes tendues de son cou, descendirent sur sa clavicule avant qu'elle esquisse de sa langue le galbe de sa poitrine, appréciant les changements de textures, de couleur tandis que ses pouces brossaient les pointes durcies des seins.
« Tu…tu ne veux pas m'embrasser ? »
Une supplique que Natsuki se dépêcha de combler. Elle captura entre ses lèvres le souffle erratique du jeune médecin, fit taire contre sa bouche ses propres soupirs alors que les mains de la blonde enserraient fiévreusement sa taille, empoignaient avec urgence le bord de son t-shirt.
« Je…Je ne l'ai jamais fait avec une femme. » Natsuki haleta entre deux baisers et lorsque Shizuru lui répondit, elle semblait tout aussi à bout de souffle :
- Et tu es sûre de vouloir..? »
La brune se saisit de ses poignets, retenant son mouvement dans un geignement de frustration.
« Non, elle expira, non…j'en suis pas sûre. »
Pourtant son emprise se relâcha, laissant à Shizuru le soin de retirer son habit.
« …Non, mais j'en ai très envie. »
Son t-shirt tomba au sol et elle reprit ses caresses, tentant de ne faire plus qu'un avec ce corps si désirable alors que Shizuru se hâtait de découvrir le sien, d'en explorer chaque parcelle. Du creux de sa nuque aux bouts de ses seins, de ses épaules nerveuses à la cambrure de ses reins.
« On devrait monter…aller dans ta chambre. »
Un regard voilé de désir en direction de l'étage.
« Non…trop loin. »
Natsuki resserra son étreinte, poussant la jeune femme vers son canapé, l'obligeant à s'y assoir. Alors qu'elle allait la rejoindre, Shizuru l'arrêta, les mains placées sur son ventre. Avec une langueur folle, elle entreprit de lui ôter ses derniers vêtements, sillonnant du bout des doigts le plat de son abdomen, l'intérieur de ses cuisses. Bientôt, sa langue brulante vint se substituer à ses mains pour savourer sa peau jusqu'à l'embrasser intimement.
Natsuki ravala un râle de plaisir en sentant cette délicieuse intrusion. Ses mains se posèrent sur la chevelure blonde, s'emmêlant dans les mèches claires pour l'inciter à continuer. Descendirent peu à peu sur ses épaules, s'y cramponnant férocement lorsque la jeune femme attrapa ses hanches pour approfondir sa caresse. Tremblèrent inconsciemment, quand le rythme se fit plus rapide, plus vorace, presque désespéré.
« T'a…arrêtes pas… »
Mais Shizuru, les joues rougies et les lèvres gonflées de plaisir, se reculait d'elle.
« Continue….s'il te plaît. »
Sans tenir compte de sa plainte, Shizuru s'empara d'elle, la renversant sur le futon.
« Pas comme ca… »Le murmure rauque de la blonde faillit lui faire perdre la tête.
« Pas comme ca. » elle lui susurra à son oreille tandis que ses doigts fins frôlaient sa nudité, une délicieuse torture, avant de finalement accéder à la demande muette de Natsuki.
Le visage enfouie contre son épaule, celle-ci savait qu'elle ne tiendrait guère plus de temps. C'était peut-être trop rapide, trop urgent…pourtant elle n'avait plus peur. Nue contre le corps de la jeune femme, elle savait qu'elle avait perdue le contrôle : elle se sentait fragile, à sa merci. Mais également en confiance. Protégée, elle réalisa dans les limbes de son plaisir.
Elle se cambra, suivit la mesure imposée par son amie, calquant son souffle sur le sien tandis que sa main descendait sur le ventre satiné de Shizuru, s'immisçant sous la dentelle de son shorty.
« Plus tard. » La blonde lui intima en attrapant son poignet, le bloquant au dessus de sa tête. Natsuki tenta de capturer sa bouche, mais ses lèvres se dérobèrent aux siennes pour se poser sur son front. Un baiser rassurant, tandis que contre son cou Natsuki s'abandonnait silencieusement à sa jouissance.
…
Shizuru ramena un pan de couverture sur les épaules dénudées de Natsuki.
Par la verrière, elle pouvait voir le jour s'étioler alors que l'heure du soir arrivait à grand pas. Le jeune médecin eut un sourire : elles avaient passé la journée au lit, faisant l'amour, dormant un peu, refaisant l'amour pour se rendormir quelques temps…Et ca avait été étrange, déroutant et, d'une certaine façon, émouvant. Oh, rien à voir avec un sentimentalisme mièvre digne d'un roman à l'eau de rose! Non, au contraire, il y avait eu de la maladresse dans leurs échanges, une précipitation certaine…mais surtout de la spontanéité, un véritable abandon salvateur aussi.
Elle écarta quelques mèches sombres du visage endormie de Natsuki, lovée contre elle, et effleura par mégarde l'ecchymose naissante sur sa tempe.
« Hum…
- Je t'ai fais mal ? »
Elle chuchota, soucieuse, et les yeux verts de la dessinatrice papillonnèrent un instant, avant de se poser sur elle. Immenses, tellement grands qu'à cet instant Shizuru cru qu'elle pourrait s'y perdre.
« Ca va. elle murmura, encore ensommeillée.
- Je dois aller fumer, désolée.
- Vraiment Doc'… »
Avec un rire d'excuse, elle s'écarta de ce corps chaud et se leva. Un instant pour se couvrir et trouver son paquet de cigarette et elle descendit au rez-de-chaussée.
La première bouffée de cigarette lui fit tourner la tête, elle n'avait pas fumé de la journée et bien trop vite le gout de nicotine vint remplacer celui de Natsuki encore présent sur ses lèvres.
Elle entendit un grincement feutrée : la jeune femme l'avait rejointe. Et lorsqu'elle prit la parole, sa voix n'était qu'un murmure :
« J'ai perdue ma mère, lorsque j'avais 12 ans. Un accident de voiture. C'était ma seule famille, ma seule amie et du jour au lendemain je n'ai eu plus rien. Ca a mis du temps, mais j'ai fini par me reconstruire. Je suis restée en maison d'accueil jusqu'à mes 18 ans et mon entrée en école d'art. Puis j'ai décroché un job d'illustratrice chez "nobi nobi !" …C'était bien, j'avais des amis, une vie sociale. Mais j'étais une emmerdeuse. »
Elle eut un rire nerveux :
« Une vraie : obligée de pousser à bout les gens pour voir s'ils tenaient vraiment à moi, pour être sûre qu'ils m'abandonneraient …Tu te rappelles, du Tokyo Joypolis en 2009? »
Un attentat, si Shizuru se souvenait bien : des hommes armés avaient pénétré dans la grande salle d'arcade tokyoïte et ouvert le feu pour elle ne savait plus quelle revendication politique.
« Oui, elle répondit simplement.
- On n'aurait jamais dû être là. Mes amis ne voulaient pas sortir ce jour là mais j'ai fait ma chieuse. J'ai insisté. Et quand je me suis réveillée, dix jours plus tard, une fois de plus j'avais tout perdu, tout mon univers venait de s'effondrer. Alors j'ai commencé à m'isoler, d'abord sous couvert de ma convalescence, puis avec quelques mois sabbatiques. Pour finalement quitter mon travail : je ne me sentais plus dans l'ambiance de l'entreprise. Petit à petit j'ai reconstruit mon monde, à l'intérieur de ces murs. Réconfortant, sans risque mais surtout seule. Et puis tu es venue frapper à ma porte… »
Shizuru se retourna, soutenant le regard franc de son amie, lui rendant son sourire.
« Tu as changé tellement de chose dans ma vie, Shizuru. »
Elle s'avança, embrassant chastement sa chevelure noire.
Toi aussi.
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Finalement j'ai décidé de faire un épilogue, donc un prochain post devrait arriver d'ici peu (et lui, sera vraiment le dernier).
Un petit mot sinon : concernant l'agression de Natsuki, j'ai essayé de chercher un événement qui avait réellement eut lieu …bon, rien trouvé : pas d'attentat, de grosse prise d'otage, de fusillade ou autres durant ces cinq dernières années au japon. Même si Le Tokyo Joypolis existe vraiment, j'ai dû inventer le reste…mais maintenant je sais que le Japon est l'un des pays les plus sûrs au monde :)
