« Saffra Grainjer , 17 ans, District Dix »

Alors que les trois autres s'empiffrent comme des porcs, je repense au résumé des Moissons, en jouant avec ma fourchette. La faible lueur d'espoir que j'avais de revenir vivante s'est désintégrée devant les Carrières. De toute façon, depuis que la rumeur comme quoi ils bénéficiaient d'un meilleur entraînement que nous est fondée, les vingt tributs qui leur font face se démoralisent rien qu'en les voyant à l'écran. Je parie que le blaireau à côté de moi n'y pense même pas, trop fasciné par la bouffe pour penser à autre chose. Etant le fils du maire, pas besoin de chercher longtemps pourquoi les gens ont décidé de l'envoyer mourir. Il est riche, il est insolent, il est gras. Moi, j'essaie de ne pas penser à ce que j'ai pu leur faire de si mal pour mériter ça. Surement à cause de mon nom de famille. Apparemment, même une simple réputation peut pousser les gens à vouloir votre mort. Boarf, depuis le temps que j'ai arrêté de parler, j'ai appris à refouler mes émotions. Je ne vais pas dire que ça me fait ni chaud ni froid, mais à quoi bon s'embrouiller la tête, alors que je sais que je vais mourir. J'espère juste que ça sera rapide. J'ai bien réfléchi, et l'empoisonnement ne me paraît pas trop mal. Mais une mort douce aux Hunger Games, ce n'est pas un luxe offert à tout le monde. Peut-être qu'en évitant le bain de sang, j'aurai la chance de pouvoir m'éloigner assez pour ne pas tomber sous les lames des Carrières. Mais avec l'arène remplie de « surprises », Expiation oblige, la fuite dans les fins fonds de l'arène ne sont guères plus tentants. Mon hôtesse, Cicci, s'arrête de s'empifrer quelques secondes pour me demander d'un air étonné :

Ma chérie, tu ne manges rien ?

Je la regarde d'un œil noir, et je secoue la tête. Je ne prends même pas la peine de lui adresser la parole. Cicci secoue lentement la tête, comme si elle était déjà fatiguée de la semaine qu'elle va passer avec moi. Mais quand ce sera fini, elle pourra rentrer tranquillement chez elle en attendant d'escorter à nouveau des enfants à la mort. Mon retour se fera dans un cercueil en bois. Ca me prends d'un coup, je m'écarte brusquement de table, je pars en renversant la chaise et je vais m'enfermer dans mon compartiment. Ce n'est pas le moment de penser à ça, mais les gens du Capitole, quel qu'ils soient, me dégoutent. Je m'allonge sur mon lit. Je reste bien vingt minutes à marmonner des insultes quand on frappe à ma porte. J'envoi un cadre en verre posé sur ma table de chevet contre la porte, qui se fracasse et s'explose au sol. Je replonge la tête dans mon cousin, et je pleure pour de bon. J'hurle, je donne des coups de poing dans le matelas, et je mors la taie d'oreiller pour éviter d'hurler. J'ai envi de les tuer. Tous. Cicci. Placcus. Iule. Le président.

Quand je me réveille, j'ai tout de suite envi de me rendormir. A travers les fenêtres, je vois des lumières éclatantes passer. On est dans un tunnel. Nous sommes donc au Capitole. On frappe à nouveau à ma porte, plus violemment. Iule m'appelle et m'ordonne de sortir tout de suite. Je traîne un peu, pour ne pas donner l'impression que je lui obéis, puis j'ouvre la porte. Iule, Cicci et le blaireau m'attendent, depuis un moment apparement.

- On arrive, marmonne Placcus.