Jack Harkness aimait s'enorgueillir d'être préparé pour n'importe quoi. Depuis sa découverte des filles (et du fait que cela n'avait aucune importance si elles avaient un petit-copain ou non,) il avait appris à reconnaître tous les signes qui signifiaient que s'il n'était pas prudent, il allait se manger un poing dans la figure. Il savait chercher ces signes sur le visage d'un petit-ami, par conséquent il savait comment se dédire avec dignité et s'en aller discrètement afin de ne prendre aucun autre coup.
Cela ne lui était jamais arrivé de chercher ces signes sur la personne qui voulait être le petit-ami en question et qui était extrêmement jaloux que Jack ait réussi le premier et progressait très bien. Il ne pensait pas qu'il aurait du.
Particulièrement quand il s'agissait de son meilleur ami.
Avec le recul, il aurait du s'admettre que c'était une mauvaise idée, lorsque que Donna avait posé de la glace sur son œil blessé, sur sa joue entaillé et sa lèvre ouverte. Ou peut-être qu'il était allé trop loin. Il pensait qu'il avait réussi à se faire comprendre lorsqu'il avait eu une conversation avec le Docteur, lui disant que c'était une bonne chose qu'il soit amoureux de Rose. C'était il y a deux mois et depuis, le Docteur n'avait toujours pas fait un geste. Jack avait donc eu l'idée brillante de rendre le Docteur assez jaloux pour le faire réagir et lui faire avouer à Rose qu'il l'aimait.
Le problème était que Jack était trop bon dans ce qu'il faisait. Flirter était la chose qu'il faisait le mieux, et il avait tendance je se jeter à cent pourcent dans chaque fille sur qui il tombait. Même lorsque la fille en question était Rose.
Bien sûr, elle fut surprise de la soudaine intensité de son flirt, car normalement c'était bref et joueur avant de revenir au sujet. Mais Jack semblait très sérieux au lieu de jouer. Comme s'il essayait vraiment de l'avoir. Mais… ça ne se pouvait pas. Il savait qu'elle était amoureuse de John. Amoureuse du Docteur.
Rose leva les yeux vers le ciel, décoré par des millions de petits points brillant qui indiquaient les étoiles et les planètes. D'autres mondes, comme disait le Docteur. Et comme toujours quand son esprit dérivait vers John Smith, elle ne put s'empêcher de sourire. Elle se rappelait du regard sur son visage quand elle lui avait choisi son nouveau surnom, ''Le Docteur'' après qu'il lui ait raconté son rêve de devenir un docteur. Et honnêtement, elle n'aurait pas pensé que cela deviendrait si important pour lui. Mais maintenant, c'était quelque chose qu'ils partageaient, une sorte de lien qui semblait se renforcer à chaque fois qu'ils étaient ensemble, même lorsque la seule chose qu'ils faisaient était de regarder des films gores sur son lit et de se jeter des popcorns.
Cependant… les choses avait commencé à changer entre eux. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, ils n'avaient pas passé plus de deux jours séparés, que ce soit tous les deux ou avec Donna et Jack. Depuis qu'ils avaient quatorze ans, ils étaient attachés à la hanche, vivant toutes ces grandes aventures pendant l'été et devenant des agents secrets pendant la période scolaire, se glissant furtivement dans les couloirs vides et se donnant rendez-vous à la fontaine ou aux toilettes, s'échangeant des notes et vérifiant les alentours avant de hocher la tête et de retourner en cours. Donna trouvait que c'était un peu absurde, la façon dont ils se comportaient l'un avec l'autre. Jack insistait pour faire partie de ces ''rendez-vous'', mais John lui disait que c'étaient des documents secrets que Rose et lui s'échangeaient.
Et de plus, « Ce n'est même pas Rose et moi, » lui avait expliqué John. « C'est le Docteur et le Méchant Loup qui s'échangent des documents. »
Rose rit bêtement pour elle-même. Méchant Loup. Son nom de code pour leurs aventures secrètes. Ils regardaient un film en biologie sur les instincts et la biologie des animaux. La part sur les loups s'accouplant une seule fois dans leur vie avait paru absurde pour Rose.
« Est-ce que vous êtes en train de me dire que les loups ont uniquement un seul partenaire pour toute leur vie ? » Interrogea-t-elle, incrédule. « Comme dit le diction ''ami pour la vie'', »* la taquina John dans un sourire. Elle lui lança un sourire et le frappa gentiment sur son torse avant de se retourner vers son professeur. « Mais ils n'en ont jamais marre ? De rester avec une seule… louve pendant toute leur vie ? »
« En effet, Rose marque un point. C'est impossible pour un loup d'être satisfait d'une seule louve. Si elle continue à lui prendre son dîner, alors il devrait certainement se révolter, et aller chercher une autre louve. »
Rose lui lança un regard noir. « Quoi ? » Demanda-t-il, levant les mains en feignant la reddition, « Je suis d'accord avec toi ! » insista-t-il.
« Tu penses juste comme un mec, » lui lança-t-elle.
John leva un sourcil. « Si tu ne le remarque que maintenant, alors tu as un plus gros problème qu'un loup qui continue de rester sans attaches et qui a envie de liberté. » Rose froissa une feuille de papier sur laquelle elle avait griffonné et la jeta sur John, qui n'eut pas assez de temps pour éviter le projectile volant. « Hey ! » protesta-t-il.
« Bref, » Les coupa leur professeur, tentant de ramener leur attention sur le film. « Seul le mâle alpha est monogame. »
Rose fronça les sourcils.
« Ça veut dire qu'il n'a qu'un partenaire. Il est parfaitement heureux avec la louve qu'il a. » l'informa John.
« Alors, dans ce cas, tous les autres loups peuvent avoir plusieurs louves ? » demanda-t-elle, offensée.
« Vois-le dans ce sens, Rose, » commença le professeur, « John est le mâle Alpha, » John poussa un cri de joie. « Et toi, Rose, tu es sa partenaire, la louve Alpha. »
« Ha ! » répondit Rose triomphalement, en regardant John.
« Vous faites tous les deux la loi dans la meute. Vous traitez tous les problèmes, tous les jugements ; les punitions et ainsi de suite sont votre boulot. Vous êtes égaux. »
« Aucun argument contre ça, » flirta John avec un clin d'œil. Rose rougit et ignora le 'ooh' de Jack.
« Poursuivons la comparaison, Rose. Tous les autres mâles de la meute seraient… disons, Jack. »
« Vous dites ça comme si c'était une mauvaise chose, » répliqua Jack, et la classe rit.
À ce moment-là, l'enseignant réussit à les faire revenir au film. John se pencha et chuchota dans l'oreille de Rose « Tu ne ferais pas un si méchant loup, Tyler. » ** Elle le regarda par-dessus son épaule et il sourit doucement. Elle fondit et décida à cet instant qu'elle l'aimerait toujours.
Rose fut sortie de ses pensées par le glapissement surpris de Jack et le cri choqué de Donna. Elle se précipita dans la maison. Elle s'arrêta à côté de Donna, choquée, qui regardait John Smith tabasser son meilleur ami, hurlant à tous poumons que Jack était allé trop loin. Jack eut finalement une chance cogner John à l'estomac, lui faisant perdre son souffle. À ce moment là, M. Harkness apparut dans la pièce et sépara les deux garçons. « Jardin. » Dit-il durement, en les lâchant. Donna prit le bras de Jack, le guidant vers la cuisine, le réprimandant d'une voix hystérique de s'être battu. Pendant ce temps, Rose attrapa la main blessée de John et le traina vers la porte, acceptant la glace que lui tendait Donna.
Rose le fit s'assoir sur la chaise en bois avec force, tirant sa main blessée vers elle et posant le pack de glace dessus. Il gémit de douleur et Rose lui lança un regard noir.
« Qu'est-ce que tu as foutu John ? » demanda-t-elle en colère.
« Affaire d'hommes, » répondit-il avec défi.
Elle gifla l'arrière de sa tête. « Qu'est-ce qui t'as pris d'hurler sur un ami comme ça ? »
« Ce n'est pas mon ami ! » répliqua John furieusement.
« Pourquoi ? » voulu savoir Rose.
John sourit avec mépris. « Durant les deux dernières semaines, il ne t'a pas lâché Rose. Il te draguait comme si c'était la fin du monde. Jack sait ce que je ressens pour toi, alors, qu'il me fasse ça, je ne l'accepte pas, » expliqua-t-il, ne réalisant pas ce qu'il disait. « Il sait très bien que ça me tue de te voir flirter avec d'autres mecs, surtout quand c'est lui ! Il sait- »
« Exactement comment te rendre tellement jaloux que tu n'arrive plus à voir juste, » dit Rose calmement. John déglutit et fuit son regard.
« John, » dit-elle doucement, levant la main pour la poser sur sa joue afin qu'il tourne la tête vers elle. « Pourquoi es-tu si jaloux ? » Il baissa les yeux avant de la regarder. Il avait l'air tellement perdu et tellement jeune.
« Je ne sais pas quoi faire avec ces sentiments, Rose. Je n'ai jamais ressenti ça avant – la façon dont tu me fais me sentir. Ça m'effraie Rose. Et je réagis. Mal. »
Elle a toujours su que le Docteur avait des sentiments pour elle, mais l'entendre de sa proper voix rendait les choses complètement différentes.
« Jack, il… Je suppose qu'il essayait à sa manière de m'aider. Mais ça me tue, Rose, de te voir avec un autre type, » dit-il la voix tremblante.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle, le forçant à la regarder.
« Parce que… Je t'aime. »
Rose était tellement folle de joie que John ait enfin admis qu'il l'aimait. « Je t'aime aussi, espèce de crétin, » taquina-t-elle.
Le sourire de John aurait pu illuminer le monde entier. Il la rapprocha de lui, et posa sa tête sur son ventre, enfouissant son visage dans son t-shirt, son sourire trop grand pour être caché entièrement. Elle embrassa le haut de sa tête avant de lui faire lever les yeux. Elle baissa la tête et il la rencontra à mi-chemin, dans un baiser doux mais passionné qui scella le lien sans fin et indestructible entre eux.
Jack sourit du mieux qu'il put à la scène, considérant l'état de son visage. Tout allait finalement parfaitement bien dans le monde.
*'partenaire' et 'ami' peut se dire 'mate' en anglais. C'était le même mot dans les deux phrases, mais le dicton est bien 'amis pour la vie' en français. Il est censé y avoir une certaine ambigüité dans ce que dis John, mais je ne peux pas vraiment la retransmettre sans changer le dicton…
**Encore une corsée. La phrase d'origine étant « You wouldn't make such a bad wolf, Tyler », elle s'interprète de deux manières :
-Rose ne ferait pas une mauvaise louve (dans le sens 'partenaire')
-elle ne serait pas un 'Méchant Loup' (clin d'œil à la série)
Et pour essayer de transmettre ces deux phrases en une seule, j'ai du mal à trouver autre chose. Le seul souci est que si je la réarrange, une des deux interprétations sera moins évidente (voire absente) dans la phrase en français.
