Yosh yosh yoshi ! /PAN/
Bon voilà le chapitre 10 que j'ai réussi à sortir plus vite cette fois hoho normalement il est moins drama que le dernier que d'ailleurs petite anecdote j'avais écrit tout d'un coup comme quoi l'inspiration ça part ça revient mais en tout cas c'est étrangement fort quand il s'agit de violer les feels des gens ! Donc à propos du chapitre ben pas grand chose quoi à part que je commence à soulever un pan de l'histoire ! Je pense qu'on a déjà passé la moitié de l'histoire, mais je saurais pas dire si la fic fera vers les 15 ou 20 chapitres, entre les deux en tout cas. Jvais essayer de pas trop la faire durer non plus surtout que le background que je développe un peu là dedans sera complété par d'autres fics. Bref, sur ce, j'aime bien blablater pour rien dire mais vous êtes pas là pour lire ma vie dooonc bonne lecture avec ce chapitre 10 ! o/
Le messager qui l'attendait dans sa maison lui annonça que le Grand Pope l'attendait pour son rapport dans la soirée. Bien qu'à peine arrivé, Shura ne protesta pas, et se mit même immédiatemment en route. Il ne s'était même pas arrêté à l'infirmerie pour ses blessures, ne portant que peu d'intérêt à la jambe qu'il traînait derrière lui ni aux pincées de douleur que cela lui causait. Il se contenta de se taire et de se diriger tel quel vers la salle du Grand Pope, répondant à peine à Camus et à Aphrodite qui s'étaient, comme les autres, enquis de son état.
Qu'est ce que ça pouvait leur faire. L'époque où ils se pressaient autours de son lit pour l'entendre raconter sa première mission était loin maintenant.
Quand il arriva en haut, on lui dit qu'on ne l'attendait pas de si tôt, que le Grand Pope était encore dans son bain. Shura attendit. L'annonce suivante le surprit : Saga l'invitait à le rejoindre. Mais encore une fois, pas de protestations. Il suivit le serviteur, calme, lentement, et passa le rideau sous le regard confus du pauvre homme.
Aussitôt les vapeurs l'assaillirent, faisant monter la température de plusieurs degrés et couvrant la peau de l'espagnol de fines gouttes d'eau. Il y avait une odeur discrète de lavande dans l'air que Shura inspira profondément pour se détendre les muscles. Cela sembla marcher... Même s'il n'était pas vraiment tendu de base. Il était juste...vide.
Vide, comme cette immense salle remplie par le bain et quelques décorations aussi inutiles que rare, et que seul un homme utilisait.
Saga lui tournait le dos.
Assis dans l'eau, adossé contre le rebord, il se taisait, à peine perceptible à travers la vapeur, sa touffe de cheveux bleus enfin disciplinée sous l'eau qui faisait un doux bruit cristallin.
Shura le brisa, ses pas résonnant sur le sol alors qu'il s'approchait.
-Shura du Capricorne...Au rapport.
La silhouette dans le bain ne bougea qu'à peine. Les cheveux bleus. C'était Saga...Celui qu'il avait toujours connu. L'espagnol ne savait même plus si ça le désolait ou si ça le rassurait.
-Shura...
-J'ai vaincu l'ennemi. Il est... mort.
Un long silence s'installa. Puis le bruit de l'eau revint. Saga s'était voûté.
-...Je suis désolé.
Le Capricorne ferma les yeux.
-Saga...
-... Je suis désolé. J'ai essayé de l'empêcher. De toute mon âme... De toute mon âme... Du moins, de ce qui m'en appartient encore...
Il serra les dents. Sa gorge s'était serrée à nouveau. Dans sa tête revenaient les souvenirs du combat, et ils tournaient, tournaient vicieusement. Les derniers instants. La mort... La mort de son maître...Ses mots.
« Quelqu'un comme toi ne peux pas être maléfique »
-Saga, ce n'est pas de ta faute, s'il te plaît...
-Bien sûr que si !
Le Gémeaux avait élevé la voix. Et peu après, Shura l'entendit se recroqueviller encore plus. Un sanglot discret.
« Je ne peux plus le supporter... Aioros...Athéna...et maintenant, c'est à toi qu'il s'attaque, et il rit, il rit, il rit... Je ne peux pas supporter qu'il te fasse du mal... Pourquoi Shura ? Pourquoi tu lui obéis ? Oh, Shura... Pourquoi tu ne me tue pas ?
Un violent frisson déchira l'échine du Capricorne qui serra compulsivement les poings.
-Ne dis pas ça, Saga. Je ne peux pas te tuer.
Silence.
-... Je peux le retenir pendant que tu me tue. Tu es fort. Je sais que tu peux le faire.
-Je ne parle pas de ça !
Encore un silence. Shura se mordit la lèvre inférieure pour ne pas crier à nouveau. Saga restait désespéramment immobile. Désespéramment silencieux. Désespéramment recroquevillé, se maudissant lui même, comme à chaque fois.
-Je ne peux pas te tuer. Je ne pourrai jamais le faire.
-...Pourquoi ?
La voix du Gémeaux s'était faite rauque, morne. Le cœur de Shura se serra. Se serra si bien qu'il y porta la main. Comme s'il pouvait faire quelque chose à cette douleur. Cette douleur qui le prenait si souvent face à Saga... Si fort, si noble, si fragile, si triste...
-Parce que... Parce que... Je...
Il s'était mis à trembler. Pourquoi était-ce si dur de le dire ? De l'exprimer ? De le comprendre ?
« Je... je ne veux pas te perdre, Saga.
Encore ça. Encore ces mots... Ces mots que le destinataire ne comprenait toujours pas, refusait, oh, Saga, pourquoi ne comprenait il pas le poids de ces mots ? Ces mots qui arrachaient à Shura sa langue à chaque fois ? Il secoua la tête, ramena ses jambes contre lui comme pour se cacher.
-Pourtant c'est ce qui arrive ! Il... Il prends du terrain, il me mange de l'intérieur, il prends le pas sur mes sentiments sans même que je m'en rende compte ! J'ai... ressenti de l'amusement en t'envoyant en mission, il m'a fait sentir de l'amusement ! Ce n'est pas moi, Shura, ce n'est pas moi... Pourquoi tu le croie lui et pas moi ? Qu'est ce que tu lui trouve... ?
Il avait l'air si faible. Si innocent, si enfantin ainsi replié sur lui même, parlant d'une voix que la détresse tordait. Oui. Ce n'était pas lui. Ce n'était pas cet homme digne, fort qui était venu le voir, son modèle, ce n'était pas le Saga qu'il admirait profondément.
Mais il avait le même nom. Les même yeux. Les même cheveux. Le même cœur, le même cosmos, puissant, mais pur...Si pur, au fond... Même cette version de Saga, Shura ne pouvait pas la perdre.
-Il te protège.
Pour le bien de Saga. Il le lui avait dit. Ce Saga soi disant maléfique avait le pouvoir de faire respecter la justice. Et il y mènerait son double. Alors il pourra revenir. Son Saga reviendra. Shura le savait.
Mais le grec refusait de comprendre. Refusait d'entendre. Il cria à nouveau.
-Ce n'est pas vrai ! Il ne me protège pas ! Il me maintient à peine vivant ! Il ne me maintient conscient que pour me faire souffrir ! Pour me forcer à voir ce qu'il fait en prenant mon corps, mes mains ! Il ne m'a pas protégé en tuant le Grand Pope ! Il ne m'a pas protégé en tentant de tuer Athéna ! Il ne m'a pas protégé en ordonnant la mort d'Aioros, en me forçant à sentir son cosmos, le cosmos de mon meilleur ami s'éteindre ! Il ne me protège pas... Il ne me protège pas en te faisant du mal... En te changeant ! En t'arrachant à moi !
Il s'était retourné. Alors Shura vit. Les larmes sur ses joues. La douleur dans ses yeux bleus. La douleur. N'y avait il que de la place pour la douleur, dans ceux qui d'océans étaient passés à mornes miroirs ? N'y avait il que la douleur ?! Shura serra à nouveau les poings. Avant qu'il puisse comprendre qu'il agissait, il s'était élancé en avant, s'était jeté à genoux, avait étendu ses bras pour les refermer... Serrer...
Il avait pris Saga dans ses bras. Avait plongé son nez dans ses cheveux trempés.
Sa peau mouillée était chaude. Il sentait la lavande, comme la salle. Son cœur hurlait. Mais il ne pleurait pas... Shura ne pleurait pas.
Saga resta immobile un moment, avant de bouger et de rendre au Capricorne son étreinte.
« il va te détruire... il va te détruire toi aussi... Pitié, Shura... Je préfère que tu m'arrache la tête pendant que je suis encore conscient plutôt qu'il te détruise comme il a tout détruit autours de moi !
Shura secoua la tête.
-Ne dis pas des choses aussi horribles...
-Tue moi ! Je t'en prie, puisque moi j'en suis incapable, ôte moi la vie ! Tant qu'il est encore temps pour les choses de se réparer, tue moi !
-Non...
-Tue moi, Shura !
-Non !
-TUE MOI !
-TAIS TOI !
Shura avait hurlé plus fort, cette fois, il s'était détaché de Saga pour le regarder dans les yeux.
« Je ne peux pas ! Je ne peux pas te tuer ! Alors pourquoi tu me le demande ? Pourquoi être aussi cruel que lui avec moi ? Je ne peux pas ! Je ne veux pas... Qui que tu sois, Saga... Je ne veux pas te perdre !
Le Gémeaux le regarda longuement, ses lèvres tremblèrent un instant, puis les larmes réinvestirent ses yeux. Encore la douleur. Shura sentit ses jambes trembler une dernière fois. Il tomba à genoux. Saga accompagna sa chute. Le Capricorne baissa la tête.
« Je veux pas... Moi aussi, j'ai tout perdu... Si ce n'est une raison de combattre...et toi... Alors... Ne m'enlève pas ça aussi...
Silence. Puis soudain, des doigts relevèrent son menton. Surpris, Shura regarda Saga. Lui ne le regardait pas. Le grec n'osait pas. Il ferma les yeux.
Puis ce qui arriva... arriva, sans que rien au monde ne puisse l'expliquer.
Ce ne fut qu'un contact.
Un contact doux. Humide. Les lèvres de Saga se pressèrent doucement contre les siennes. D'un mouvement subtil, elles ouvrirent un passage pour sa langue, qui se faufila, glissa comme de l'eau dans la bouche du Capricorne pour y rencontrer sa jumelle.
Ce ne fut qu'un contact, mais il électrisa tout entier le corps de l'espagnol. Pas comme un coup de fouet. Mais comme un frisson qui commençait tout doucement et gagnait en ampleur de seconde en seconde, partant de cette bouche pour se concentrer dans sa poitrine, l'écraser impitoyablement dans un sentiment que Shura serait incapable, incapable de définir : ce serait décrire une couleur qui n'existe pas que de décrire ce qu'il ressentait. Et ce serait une incroyable perte de temps, semblèrent lui dire les mains qui se posèrent sur ses joues, la langue qui vint chercher plus loin, vint guider une danse timide mais sensuelle à laquelle l'espagnol ne pouvait que se plier.
Inutile...Inutile... lui dit le corps qui vint se presser contre lui, les bras qui descendirent sur son cou et son dos, des ongles qui griffèrent légèrement l'armure d'or...
Inutile, inutile lui dit cette même armure qui quitta son corps, tandis que les bras l'entraînaient, le tiraient en avant.
Deux corps tombèrent alors dans l'eau. Dans un grand bruit, le liquide s'écarta pour faire de la place avant de revenir prendre la sienne par dessus, les deux corps disparurent dessous puis réapparurent en un souffle, un seul et unique...
Deux corps, deux silhouettes noires dans le contrejour de la fenêtre, qui du regard se posaient une question et se livraient une réponse, des mains se touchaient, se caresser doucement comme pour s'assurer de la réalité de l'instant, des bouches qui se rejoignirent une seconde fois et fusionnèrent encore.
Deux corps qui se collèrent, se serrèrent, qui dans la solitude la plus extrême, dans les ténèbres les plus noires, au fin fond de la plus faible, la plus misérable de toutes les lumières, qui au cœur de la rose fânée s'étaient rencontrés et ne se lâcheraient probablement plus. Du moins, ne se lâcheraient que quand la mort aura pourri les bras et les jambes qui les retenaient, du moins ne se lâcheraient que quand le temps aura jeté sa dernière malédiction sur le destin de ces deux âmes qui ce soir n'était plus qu'une.
Seule, seule, seule à se noyer sous l'eau pour remonter au dernier moment, souffler et replonger, seule, seule dans une bulle, une petite bulle, une minuscule bulle de chaleur au milieu du plus froid des déserts.
Ils étaient sortis. Avaient rejoint la chambre de l'un pour ne pas être dérangés.
Ils avaient vite retrouvé une intimité proche. L'un hésita. L'autre lui caressa la joue pour le rassurer, puis l'embrassa doucement à nouveau. Un baiser chaste, auquel l'autre répondit en l'approfondissant. Il lui bascula dessus. Plongea sa main dans ses cheveux, les caressa, s'y perdit pour mieux s'y retrouver. Il laissa descendre ses lèvres le long de sa joue, laissa choir son visage dans son cou : il ne se sentait pas prêt, pas encore, mais ça, l'autre savait comment faire avec. Il fit basculer à nouveau leur union, pour se mettre au dessus, et mener la danse.
Il n'était pas question d'aller déjà très loin, il se contentait de caresser, d'embrasser avec une chaude douceur cette peau hâlée, comme si l'être qu'il avait en dessous de lui risquait de se briser à tout moment. Ses doigts s'engouffrèrent sous ses vêtements et trouvèrent le chemin de son torse musclé, terrain vierge où ils s'aventurèrent dans chaque recoin, entre chaque rebond, chaque muscle, et en dessous l'autre respirait plus profondément, frissonnant, serrait légèrement les épaules de l'un, effrayé par ces nouvelles sensations, effrayé par l'étendue d'eau sombre où il était invité à plonger. Mais la sirène en son sein l'y encourageait, encore et encore, enroulait sa voix comme des liens sur le pauvre humain qu'il était, un chant mélancholique mais magnifique, un hymne à l'amour, un hymne à la découverte et à l'abadon. Il avait peur de cette sirène. Peur de sa beauté, de ses doux cils qui battaient et de ses délicates lèvres qui souriaient. Mais plus que tout, il avait peur de ses mains qui caressaient son corps... il entrouvrit les lèvres pour demander grâce, mais la sirène, non, l'homme au dessus de lui en profita pour y fondre les siennes, le faire taire, car son chant à lui n'était pas aussi beau que celui de la sirène, car il avait beau avoir peur, car il avait beau douter, son corps marchait vers le lac qui l'attirait, car son corps le voulait, le voulait, car son corps brûlait ! Et il avait chaud sous ses vêtements, que des mains habiles remontaient, enlevaient, mais il avait alors encore plus chaud, alors il tendit la main vers l'eau froide, à son tour enleva le haut de son partenaire, mais découvrit alors que l'eau était chaude, que l'eau était bouillante, il se sentit suffoquer mais il comprit qu'il aimait ça, qu'il aimerait ça. Car ce torse nu au dessus de lui lui donnait envie de mourir, de revivre, l'un des deux ou les deux, de toute façon, où étais la différence ? Il se fichait d'entendre son cœur battre ou s'arrêter, car il voulait entendre le sien, juste le sien, s'y perdre, devenir sourd à tout autours de lui pour mieux l'entendre. Mais ce corps n'était pas d'accord, il lui sourit, il se déroba à sa vue et reprit son art.
Cela ne le dérangeait plus de sentir son torse caressé, et pourtant il se tendit à nouveau quand une langue chaude y déposa une trace et se mit à descendre... Il se remit à appréhender, mais n'eut pas le temps d'y réfléchir car des ongles se posèrent sur son entrejambe, brusquement ou doucement il ne le savait pas car la réaction était la même : la vague de chaleur qui le balaya était encore plus puissante que toutes celles qu'il avait ressenti depuis le début, par réflexe d'auto défense il voulut serrer les jambes, mais l'autre l'en empêcha. L'autre leva le regard.
Et ces yeux le calmèrent instantanément. Car c'était les yeux de la sirène.
Il sourit. Et ses doigts se débarrassèrent de la barrière de tissu, attrapèrent leur cible, alors l'homme en dessous laissa échapper un gémissement, le premier, pas le dernier mais son premier, gémissement de plaisir, il ne sentait plus la chaleur comme danger, comme attaque, mais comme part de lui, elle avait englouti son être son corps son âme et au lieu de repartir comme une vague et de le laisser frissonnant elle resta, l'entoura de bras amoureux :
Les lèvres chaudes se posèrent sur son sexe tendu.
Et la sirène l'emporta au fond de l'eau.
-Ruan est mort.
La phrase éclata dans le silence serein des Cinq Pics. Dohkô baissa la tête. Mû, assis à côté de lui, regardait tristement l'horizon.
-Je l'ai senti. Répondit le vieil homme.
Le jeune adolescent de treize ans aux cheveux lilas se tourna vers le Vieux Maître. Deux générations complètement différentes qui se rencontraient et pourtant s'entendaient dans une solitude recherchée en Chine.
Saga ne les cherchait pas. Il ne cherchait pas à les tuer. Et seul le Sanctuaire direct, c'est à dire les Chevaliers d'Or et quelques Argents, savaient à propos de leur « trahison ». Le reste...L'affaire avait été étouffée. Sûrement pour éviter les soupçons. Car nombreux seraient ceux qui soupçonneraient Dohkô, réputé pour sa sagesse, de ne pas être le traître que les rumeurs décrivaient. Trop dangereux. En conséquence, le Grand Pope ne pouvait agir. Mais en retour, le vieux Chevalier de la Balance et celui du Bélier restaient cachés. Isolés. Incapables d'agir. Car s'il y était forcé, Saga n'hésiterait pas à les écraser.
-N'a t-il pas été assez discret... ? Demanda doucement Mû, une main passée dans les fins fils fouettés par le vent de ses cheveux pour les éloigner de son visage, ses yeux jades brillant légèrement.
Dohkô secoua la tête.
-Je crains que non. Il avait beau être intelligent... Il n'avait pas la sagesse suffisante pour retenir sa passion. Il ne pouvait pas rester en dehors de cette affaire.
Le Bélier regarda ses jambes qui pendaient dans le vide.
-Pourquoi... ? A cause de Shura, seulement ?
-C'est déjà une raison énorme, Mû. Shura n'était pas seulement son élève qu'il affectionnait plus que tout.
Le tibétain leva des yeux de jade surpris sur son interlocuteur.
-C'est à dire ?
Le Vieux Maître ferma ses paupières lourdes de ride pour se souvenir de l'ancienne génération de chevaliers. Il en avait vu passer tant...
-Il aurait du être l'élève de son meilleur ami, Ule du Capricorne.
Mû avait repassé ses jambes sur la terre ferme pour y poser son menton.
-Ule de Capricorne... Mon maître m'en avait parlé, je crois... évoqua t-il avec une pointe de tristesse dans la voix et les yeux.
Son maître... lui aussi était mort. Est ce que Shura ressentait la même chose que lui, en ce moment ? Ou était-ce complètement différent pour lui, qui avait tué en toute lucidité celui qui lui avait tout appris ? Dohkô rouvrit des yeux, tout aussi affligés. Shion était son ami après tout. Son meilleur ami... Le seul qui lui restait de la Guerre Sainte qu'il avait vécue. Des camarades, qu'il avait perdu, les uns après les autres. La douleur, l'immense douleur que l'on ressentait, à chaque fois que l'on sentait un cosmos s'éteindre, ce vide, comme si on arrachait une partie de notre être, Dohkô ne le connaissait que trop bien. Et même si, attaché à ce rocher comme à sa mission, il ne pouvait pas autant se rapprocher des Chevaliers d'Or comme autrefois, il sentait, à chaque fois, leur cosmos s'éteindre...
Et il se souvenait bien de l'ancienne génération.
Malheureusement.
-C'était un Chevalier naïf mais honorable. Il était doté de cette bonté pure et vraie qui est en chaque homme, mais qui ne ressors que rarement. Il est mort pour éviter de tuer l'élève d'un de ses frère d'armes... Avant d'avoir le temps de transmettre Excalibur, avant d'avoir pu choisir lui même son apprenti. Alors Excalibur a choisi seule son maître...
-Shura. Compléta le Bélier, absorbé par le récit de la Balance qui acquiesça.
-Shura. Alors Ruan s'était démené pour obtenir le droit de l'entraîner lui personnellement. C'était sa manière à lui de combler le vide qu'avait laissé la mort de son ami. Ruan et Ule étaient vraiment très proches. Et je pense que Ruan éprouvait plus que de l'amitié : une véritable et profonde admiration.
-Alors... est ce qu'il a échoué ?
La question était posée sans méchanceté. Juste avec un réalisme triste. Le réalisme d'un Chevalier d'Or qui est devenu un traître. Excalibur a choisi pour son maître un traître. Qui l'utilise pour le mal. Mais Dohkô secoua la tête.
-Non. Ce n'est pas la faute de Ruan. Mais celle de Saga... C'est parce qu'il a suivi Saga que Shura a tourné ainsi. Leurs destinées sont liées... Ruan l'avait senti et m'en avait fait part : je ne peux que constater la véracité de ses dires.
A côté de lui, Mû se crispa. Il était calme, d'ordinaire très calme, mais la colère venait brusquement d'allumer ses yeux. Une colère froide.
-Saga...
-Mû.
Le tibétain se reprit soudainement, regarda Dohkô, puis baissa les yeux.
-Désolé Vieux Maître. Je sais que toute la faute ne lui revient pas mais... Je ne peux pas lui pardonner si...facilement.
-Je comprends.
Le Bélier soupira, puis se détourna.
-...Je ne comprends pas. Que se passe t-il... ? Cet Autre n'est il vraiment que la manifestation du mal absolu de Saga ?
Un silence passa, alors que la Balance réfléchissait aux mots qu'il devait employer.
-...C'est la question que je me pose.
Il pleuvait fort.
La pluie, si rare en Grèce, martelait impitoyablement l'endroit comme si elle voulait le transpercer de milliers de trous pour mieux le noyer ensuite. Une brume s'était même levée, et la température d'habitude si chaude était descendue d'une bonne dizaine de degrés.
Ses bruits de pas étouffés par l'averse, une silhouette avançait doucement au milieu des pierres dressées. Son regard passait de l'une à l'autre, y lisant les noms, les noms des Chevaliers d'Athéna morts : C'était le cimetière du Sanctuaire.
L'homme portait une lourde cape dont la capuche rabattue ne laissait voir que de sublimes yeux violets où des reflets bleus dansaient, malgré la pauvreté de la lumière et le mauvais temps. Il marchait, marchait, comme s'il cherchait quelque chose, et s'arrêta finalement devant une pierre où il s'accroupit.
« Pasiphae, Chevalier d'Or du Taureau »
Il esquissa un léger sourire et y passa une main.
-ça faisait longtemps...
-Oui, en effet.
L'homme à la capuche sursauta et se leva brusquement, ses bras levés en position de défense.
-Qui est là ?!
-Ce n'est que moi.
Il se détendit en voyant avancer une silhouette mince mais grande. C'était un autre homme a la peau noire et aux cheveux chocolats finement tressés. Il marchait les yeux fermés, sans que cela ne semble le déranger le moins du monde : même la pluie qui glissait sur son crâne et visage n'avait pas l'air de l'intéresser. L'autre homme sourit et croisa les bras.
-Kalpila ! Si je pensais te recroiser un jour. Est ce la coïncidence qui t'as mené ici en même temps que moi ?
Celui qui se nommait Kalpila arriva à sa hauteur et baissa la tête vers les pierres tombales, comme si il les voyait à travers ses paupières.
-Tu sais bien que non. J'ai eu une vision de ta venue il y a quelques jours, alors je suis venu aussi, Phrixius.
Phrixius laissa échapper un petit rire.
-Vraiment ? Ça me flatte que tu ai eu envie de me voir ! Qu'est ce qui t'as pris ? Je te pensais bien installé en Afrique.
Kalpila haussa doucement les épaules, faisant tinter les énormes boucles dorées qui pendaient à ses oreilles.
-Je le suis. Mais cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de vision. J'ai considéré que c'était le signe que nous devions nous retrouver un jour ou l'autre.
Sur ces mots, il entrouvrit les paupières, laissant voir des pupilles bleues pâles troubles, puis les referma. Le sourire de Phrixius se fit triste et il se retourna vers les pierres.
-C'est vrai. Il ne reste que nous. Nous... Et Milan, mais je ne sais pas où il a disparu, lui. Enfin. Pourquoi tu ne te protège pas de la pluie ? T'as pas froid ?
-La pluie a un effet purgatoir dont il est important de profiter. Mais trêves de digressions. Qu'est-ce que tu es revenu faire au Sanctuaire, Phrixius ? Tu sais très bien que cet endroit nous est...fortement déconseillé.
Nouvel éclat de rire.
-Je le sais bien ! Phrixius lui répondit, hilare sans raison particulière, avant de reprendre brusquement son sérieux. « Je le sais bien... Mais j'ai senti une perturbation très forte. Je suis venu voir ce qu'il se passait. Tu as du le sentir aussi, non, Kalpila ?
L'homme aux yeux troubles resta silencieux. Un silence éloquent, qui fit froncer les sourcils de Phrixius.
« ...Non, tu ne l'a pas senti. Tu l'as vu, hein ?
Seul un hochement de tête lui répondit. L'homme encapuchonné tiqua et posa ses mains sur les épaules de son interlocuteur.
« Tu l'as vu ! Et tu ne dis rien ! Que se passe t-il ici ? Je n'ai jamais senti tel cosmos sombre depuis...depuis tu sais quoi...
Il avait serré les doigts et les dents. Il tremblait. Kalpila ne le rejetta pas. Il posa sa main fine sur celle de Phrixius.
-Calme toi. Je l'ai vu, oui, et je n'ai rien dit, oui. Car ce n'est plus notre affaire.
L'autre releva des yeux horrifiés de surprise et de colère.
-Plus notre affaire ? Plus notre affaire ?! Tu plaisante j'espère ?!
-Est ce que je plaisante souvent ?
Phrixius le lâcha, le poussant presque et lui tourna le dos, tournant en rond.
-Plus notre affaire ! Mais qu'est ce que tu raconte ? A l'instant où ce cosmos est apparu, ma marque s'est mise à brûler ! J'ai attendu... J'ai attendu car j'ai cru que ce n'était que moi, mais récemment, elle s'est remise à brûler de plus belle et je n'ai pas pu me voiler la face plus longtemps ! Cette histoire nous concerne, Kalpila, et je sais que je n'ai pas besoin de t'expliquer pourquoi ! Je sais que nous avons été déchus, je sais que nous ne devrions disparaître d'ici, mais ma loyauté va toujours à Athéna ! Je ne peux pas laisser passer ça ! Il explosa, accompagnant ses dires de grands mouvements qui finir par faire tomber sa capuche, délivrant une longue chevelure ondulée châtain foncée. Avec un juron, ses yeux brillant de colère, il releva le vêtement pour se protéger de la pluie.
Kalpila était resté parfaitement calme pendant toute sa déclaration.
-Ce n'est plus notre affaire. Nous avons été bannis de cet endroit il y a bien longtemps. Nous appartenons à une génération passée, fantôme, et nos pouvoirs ne nous donnent plus la possibilité d'intervenir. Tu te rappelle du devoir des Chevaliers d'Or, Phrixius, n'est ce pas ? Des mots d'Hélios ? Si tu te sens encore un peu Chevalier d'Or, au fond de toi, alors tu devrais suivre ces mots au lieu de piétiner leur mémoire.
Si sa déclaration aurait du avoir un effet calmant sur l'ancien Chevalier d'Or, l'effet fut inverse puisqu'il répliqua aussitôt d'une voix acide :
-Je ne suis plus Chevalier d'Or. Mais je crois encore en notre cause. Mon cosmos brûle encore. Et cette génération... Cette génération est trop jeune. Elle ne réussira jamais à faire face à cette menace. Je refuse de rester les bras croisés.
Il se détourna, tous les muscles serrés, se taisant pour réprimer sa colère. Mais Kalpila, s'il savait que le raisonner serait impossible, continua tout de même :
-«L'humanité n'est qu'une suite de ponts, de points de passage. Chaque génération se battant pour transformer un monde qui saura accueillir la suivante et perpétuer l'humanité, la justice et l'amour » Je sais que tu croyais en ces mots Phrixius. Notre devoir était de préparer le monde, et maintenant il n'est plus que d'observer et de laisser les choses aller. Le combat leur appartient. C'est ainsi que vont les choses. Et tu sais que briser l'ordre des choses est dangereux... tu le sais.
Un silence s'installa. Phrixius semblait s'être détendu. Mais quand il parla à nouveau, sa voix était morne.
-...je sais. Mais il est trop tard pour l'équilibre, car nous avons brisé cet ordre et échoué dans notre mission. Avant de mourir... Je veux réparer nos erreurs. Tu ne pourra pas me faire changer d'avis. Je crois que c'est la dernière fois que l'on se voit... Adieu, Kalpila.
Kalpila resta immobile et silencieux alors que son ancien frère d'arme s'éloignait à grands pas, disparaissant dans la brume épaisse, comme un souvenir s'égarant dans les parties sombres de l'inconscient humain, la partie immergée de l'iceberg.
-Je refuse. Sa voix était puissante, froide. Elle avait éclaté dans la salle comme le tonnerre. -Laisse, Vulcain. Le Gémeaux sentit son cœur se serrer au même moment que ses dents. -Hélios, je ! -Laisse. Il s'avança. Comme un pantin. Sous les yeux des autres Ors. Vulcain attrapa sa main. -Hélios, ce n'est pas à toi de faire ça ! -Alors à qui ?! Le Lion dégagea sa main d'un geste brusque mais qui manquait de force. Il avait maigri ces derniers temps. Et son cosmos changeait de plus en plus. Les yeux bruns qu'il posa sur son ami semblèrent s'illuminer légèrement de...de quoi ? De culpabilité ? « C'est le devoir d'un Chevalier d'Or. Se battre pour la paix et la justice. Quoi qu'il en coûte. Hélios marcha encore vers les autres Chevaliers. « Allez y. Tous se regardèrent, comme hésitant sur la marche à suivre, jusqu'à ce que s'avance Victoria. Son habituelle démarche confiante n'était plus. Elle marchait comme une aveugle. Doucement. Son masque cachait toute émotion. Arrivée au niveau d'Hélios, elle leva la main sans un mot. -HELIOS ! Le hurlement de Vulcain résonna vainement dans la salle. Le bras de Victoria avait traversé, couvert de sang, la poitrine du Lion. Peu de temps passa avant qu'il ne s'effondre sur le sol. Et que son cosmos ne s'éteigne. -C'est fini. Oui. Ca l'était. Dans l'espoir de sauver les générations futures, ils avaient damné la leur.
L'oeil unique de Vulcain lançait de terribles éclairs, brûlait des mêmes flammes que celles du Dieu dont il portait le nom latin. Il regardait autours de lui. Chaque Chevalier. Un à un. Il n'y voyait que des airs résolus, désolés parfois. Ils étaient juste à côté, mais ils avaient l'air loin, plus loin que jamais. Le lien qu'il y avait toujours eu entre eux, depuis le début, ce lien si profond et fort de confiance malgré leur désaccords était brisé. Piétiné. Il n'existait plus.
Phrixius du Bélier. Pasiphae du Taureau. Victoria du Cancer. Kalpila de la Vierge. Astral du Scorpion. Rithe du Sagittaire. Milan du Verseau. Judas des Poissons.
Tous le regardaient sans le voir. Tous. Et Vulcain avait mal. Mal de ne plus voir l'amitié dans leurs yeux. Mal de voir...Que tout était définitivement fini. Et il avait beau se sentir seul, terriblement seul, il savait que c'était le cas pour ses compagnons aussi. Tous étaient tristes, derrières leurs apparente détermination. Personne n'osait réellement se regarder dans les yeux.
Avec Ule qui était mort depuis longtemps.
Ule lui... Aurait peut être osé. Ule les aurait regardé. Ule se serait mis entre les Chvealiers pour tenter de calmer le jeu. Mais... Il était mort.
Vulcain jeta un coup d'oeil derrière lui.
A l'homme derrière lui. L'homme au regard éteint, pas affligé, pas énervé, pas confus ou joyeux ou apeuré ou quoi que ce soit. Juste vide. Hélios du Lion.
Il se détourna avant que Vulcain ne puisse comprendre.
Puis la fondit vers son cœur.
Vulcain sentit que son être était coupé en morceaux.
Chacun regarda alors ce qui n'était pas que l'oeuvre de la Chevalière du Cancer.
C'était leur œuvre à tous.
Ce jour là, ils avaient commis l'interdit.
Ils n'avaient pas seulement tué leur compagnon d'arme de sang froid au sein même du Sanctuaire, dans sa propre maison. Ils l'avaient fait de leur propre initiative pour faire obstacle à une malédiction.
Obscure malédiction.
Ils avaient fait obstacle aux Dieux. Et tous, ici, tous sans exception, savaient qu'est ce que ça impliquait. Kalpila le premier s'avança de quelques pas, ses yeux fermés mais tout son être débordant de son désarroi. Il s'agenouilla à côté d'Hélios.
