Quand Dumbledore entra dans son bureau, il ne fut pas surpris d'y découvrir un tas de chiffon sanglottant dans un fauteuil.

En soupirant, il s'approcha de la masse sombre agitée de soubresauts. Il posa une main sur son épaule et Bellatrix enfouit son visage dans ses robes.

Albus Dumbledore n'avait jamais été père mais à cet instant il regardait la sorcière comme si elle était issue de son propre sang.

"Là, là."

Ce n'était plus une enfant, ou même une jeune femme. C'était une adulte aguerrie. Elle avait vu des horreurs innommables, était même responsable, au moins en partie, pour certaines d'elles.

Et elle sanglottait contre le vieil homme impuissant. Ses larmes semblaient impossibles à tarir, son âme impossible à guérir.

"Je ne pensais pas que... Je ne savais pas... Il... Sirius..." bredouillait-elle entre deux hoquets en passant incessamment les mains dans ses cheveux.

Ses propos étaient à peine cohérents. Dumbledore lui fit avaler une Potion de Sommeil Sans Rêves mais elle ne ferma pas l'œil pendant un moment.

Et elle pleura jusqu'à s'endormir, le cœur en miettes.

Le lendemain, quand elle ouvrit les yeux, Dumbledore était toujours éveillé et répondait à des missives abandonnées sur son bureau.

"Je suis enceinte." lui révéla Bellatrix sans y mettre de formes.

Elle était lasse de tous les non-dits, de toutes les dissimulations.

Aucune émotion ne transparut dans l'expression du vieillard mais ses yeux se concentrèrent sur elle. Elle le prit, à juste titre, comme une invitation à poursuivre son propos.

Elle prit une grande inspiration et s'assit un peu plus confortablement.

"Cela n'aurait jamais du arriver. Cependant toutes les potions ne sont pas infaillibles. Peut-être qu'avec le temps celle que j'avais prise pour ne jamais porter d'enfants a perdu de sa puissance. Je poursuivrais bien son fabriquant en justice mais je n'en ai ni le loisir ni l'envie. Vous devriez peut-être retourner dans votre bureau officiel. Le meurtre de Sirius et la réapparition de Voldemort ont dû faire beaucoup de bruit."

Elle se leva pour partir, ne voulant pas déranger plus longtemps. Et puis Rodolphus allait remarquer son absence. S'il était rentré. Ce dont elle pouvait douter. Hier était une nuit de réjouissance pour les Mangemorts, et il était rare pour ces hommes -étaient-ils vraiment humains ?- de célébrer quoi que soit avec leur maisonnée. Il devait encore traîner sur l'Allée des Embrumes, ce qui convenait parfaitement à sa femme.

"Savez-vous de qui est l'enfant ?" demanda Albus Dumbledore avec douceur.

Il se doutait donc de la réponse.

"Pas de Rodolphus." répondit-elle.

Ce qui revenait à dire que Sirius était le père, ils le savaient tous les deux, mais aucun ne le releva.

"Avez-vous pris une décision ?" lui demanda le Directeur de Poudlard.

Il n'y avait pas de pitié dans ses yeux.

"Je devais informer Sirius de ma grossesse demain. Je voulais en parler avec lui. Maintenant..."

Elle joua avec sa baguette pour retenir ses larmes. Elle ne pleurerait plus jamais.

"Vous ne savez plus." comprit Dumbledore.

Elle releva la tête et plongea son regard dans celui, plus lumineux, du maître d'oeuvre de l'Ordre.

"Il aurait fait un bon père" remarqua-t-elle à voix basse en déplaçant un bibelot sur le bureau face à elle.

Elle réalisa à ce moment qu'elle voulait cet enfant. Elle voulait cette partie de l'homme qu'elle avait aimé. Sa résolution fit briller ses yeux et elle posa sa main sur son ventre, toujours plat pour le moment.

"Vous..." commença Dumbledore.

Elle l'interrompit, de peur qu'il émette un jugement n'allant pas dans son sens. C'était sa décision à prendre.

"Je sais que ce sera difficile et dangereux mais je n'ai longtemps cru que je ne pourrais pas avoir d'enfants. Sirius en a toujours voulu, lui. Mais je ne le fais pas pour lui. Maintenant que je sais que c'est possible, je veux vraiment de cet enfant. Cependant... Pourrais-je compter sur vous pour le protéger s'il m'arrive quoi que ce soit ?"

"Vous avez ma parole, Bellatrix." lui affirma doucement Dumbledore avant de serrer sa main fine dans la sienne.

Elle avait donc son soutien. Tant mieux. C'était sans doute le seul soutien sur lequel elle pouvait compter.

"Je suis un vieil homme. A qui voudriez-vous le confier si je ne suis plus en mesure de veiller sur lui ?"

Elle n'y avait pas pensé. Le vieux professeur lui avait toujours semblé immortel. Elle eut un mouvement d'inquiétude puis se détendit.

"A Remus Lupin. Ou à Andromeda s'il refuse."

Dumbledore n'eut même pas la galanterie de paraître surpris que Remus soit son premier choix. Le sorcier était-il venu lui parler depuis sa visite impromptue au manoir d'été des Rosier ? Elle choisit de ne pas demander de plus amples explications. Si Remus était malin, ce dont elle ne doutait pas, il ne serait pas allé le voir. Mais sa stupide loyauté l'y avait peut-être poussé.

Le Directeur de Poudlard contempla la sorcière plongée dans ses pensées quelques secondes avant de reprendre la parole.

"Et si les Mangemorts gagnaient la guerre ?"

Il se doutait de la réponse mais préférait avoir confirmation. Il y avait de toute manière de fortes chances qu'elle lui survive si la guerre prenait bientôt fin.

"A Narcissa, j'imagine." répondit Bellatrix sans l'ombre d'une hésitation.

Elle ne voyait pas à quelle autre famille de Mangemorts elle pourrait bien confier l'enfant.

"Puis-je vous conseiller de considérer Severus comme une option éventuelle également ?"

L'étonnement pur s'afficha sur son visage mais elle prit le temps de considérer la question.

"Je doute fortement des capacités de Severus à éduquer un enfant, plus particulièrement ma progéniture et celle de Sirius mais soit. Il ne mettrait jamais la vie d'un enfant en danger volontairement, ce qui est assez rare chez les Mangemorts."

"En effet. Si je venais à mourir de façon totalement inopinée et que vous êtes toujours là, ce dont je ne doute pas, je vous demande de faire confiance à Severus."

Bellatrix hocha la tête. Elle savait que Severus travaillait pour l'Ordre, mais n'avait aucune idée du degré de confiance qu'elle pouvait lui accorder. D'après Dumbledore, il était le plus fiable des membres de l'Ordre, s'il lui conseillait de lui faire confiance dans la pire des situations. Elle se demandait quelles motivations il avait pour que Dumbledore soit aussi certain de son dévouement à leur cause.