Chapitre 9
Il courait, les larmes ruisselant sur ses joues, le souffle court, ses pieds battant la terre chaude et poussiéreuse de Grèce. Shun était terrorisé, les ténèbres envahissaient son cœur et cette voix dans sa tête qui ne cessait de lui répéter ceci :
- Tu es à moi ! Ne fuis pas ! A moi !
- Non ! cria Andromède, désespéré.
Il sentait le cosmos d'Hadès l'appeler, tenter de percer le sien pour atteindre son cœur, son corps, son esprit. Lui. Shun résistait, le repoussait, y mettait toute sa force dans son cosmos ! Mais il avait l'impression que plus il tentait de lui résister plus le Dieu des Enfers parvenait à pénétrer son âme et le froid et la noirceur de la mort serrait son cœur. Et Shun pleurait, sentant la colère faire vibrer son corps comme la peur. Il n'avait pas assez de force pour lui résister il n'était pas encore assez fort !
Soudain, sans qu'il ne lui en ait donné l'ordre, son corps se figea sur place en plein élan manquant de peu de le faire basculer en avant. Tout autour de lui des volutes de fumées noires dansaient, agressives, l'obligeant à se protéger le visage et cette présence, cette voix qui lui scandait encore et toujours :
- Tu es à moi … à moi !
Son corps tout entier se tendit, les yeux révulsés, Shun fit flamber son cosmos dans un dernier soubresaut, une dernière tentation fugitive pour reprendre le contrôle de lui-même mais l'énergie même d'Hadès semblait s'abreuver de sa force, se nourrir de son aura pour gagner encore plus de puissance. Soudain, ses pieds quittèrent le sol et il se sentit flotter, tous les muscles tendus à lui en faire mal, il n'avait plus aucun contrôle sur rien pas même sur sa respiration. Il ne pouvait que voir le ciel bleu, la tête renversée en arrière, et sentir en lui comme un serpent qui ondulait dans sa chair en laissant dans son sillage une sensation de brûlure intense, de souillure.
En entendant ce cri, le sang de Shaka se figea dans son corps. Shun était en danger et le cosmos d'Hadès remplissait l'atmosphère, baignait le Sanctuaire d'un sentiment d'insécurité, de danger. Tout autour de lui, les onze autres Chevaliers d'Ors l'entouraient, polluant l'air de leurs cosmos. Un nouveau cri, plein de haine, de douleur et de terreur. Le Dieu des Enfers s'en prenait à son protéger ! Shaka partit encourant sans se demander ce qu'il ferait une fois devant la Mort elle-même, sans même y penser. Ses compagnons d'armes le suivirent, tous près à se battre.
- Faites attention ! leur cria Athéna derrière eux.
Peu importe qu'ils affrontent Hadès lui-même, celui-ci avait souillé le domaine sacré de leur Déesse, c'était un affront, une provocation ! Lorsqu'ils parvinrent un peu plus loin, là où se regroupaient des colonnes délabrées, dernier vestige d'un ancien temple écroulé des centaines d'années plus tôt, ce qu'ils virent les figèrent sur place. Plusieurs mètres au-dessus du sol, entouré d'une brume opaque sombre qui semblait l'attaquer, traverser son corps et le dévorer, Shun avait l'air mort. Hadès était là, Hadès avait prit le contrôle, Hadès leur faisait face. Le cri qui s'échappa de la gorge de ce pauvre garçon les tétanisa, il était rauque et languissant, puissant. La fumée noire arrêta de virevolter et tournoyer autour de lui avant de former une aura palpable, figée, aussi lumineuse qu'un cosmos et froide que la mort.
Shun se redressa, flottant toujours dans les airs, braquant sur eux un regard vert d'eau sans pupille, troublant, profond, effrayant. Ses cheveux avaient pris une teinte rouge sang dérangeante, son visage était froid et figé, sa peau plus blanche et terne que jamais. Devant eux se dressait le Dieu des Enfers.
- Faites attention ! s'écria Athéna en brandissant son sceptre. Il est faible mais il reste Hadès, le Dieu des Morts !
La pression que Shaka ressentait autour de lui était effrayante et allait même jusqu'à étouffer son propre cosmos pourtant si puissant. C'était comme au palais d'Hadès, aux Enfers, lorsque la divinité maléfique avait prit possession du corps de Shun pour la première fois. Le Chevalier de la Vierge était là à ce moment là, pas loin en tout cas. Tout se déroulait comme à l'époque, sauf que cette fois le garçon résistait, luttait contre l'emprise. Et c'était dangereux, bien trop dangereux ! La voix rauque et glacial raisonna aussi bien à leurs oreilles que dans leurs têtes :
- Athéna … Athéna !
La Déesse s'avança entre ses Chevaliers, tous en position de combat près à lutter mais tous troublés et indécis. Attaquer Hadès pour défendre leur Déesse certes, mais attaquer Hadès pour blesser Shun non ! Le petit était leur compagnon, leur ami, leur petit frère pour certain, ils ne pouvaient lui faire du mal.
- N'attaquez pas ! Vous le blesseriez, leur dit Athéna d'une voix forte en faisant face au Dieu des Enfers. Tu ne recommenceras pas Hadès ! Je t'empêcherais de te servir de l'un des miens pour avoir ce que tu veux !
Shaka fronça les sourcils. L'aura d'Hadès était de plus en plus faible, de toute évidence il n'était pas aussi puissant qu'avant, bien moins qu'avant en fait, et le cosmos de Shun continuait de briller comme une bougie malmenée par les vents d'une tempête. La voix rauque répéta encore une fois :
- Athéna …
Cette tonalité qui sortait de la bouche de son ami troubla la jeune femme qui en trembla de colère. Plus jamais elle ne laisserait l'un de ses amis souffrir ainsi ! Elle avait cru que ce qu'avait vécu Shun l'avait endurci, elle avait cru qu'il avait réussi à surmonter cette épreuve et faire de sa faiblesse une force. Mais elle s'était trompée. Le jeune Andromède avait été profondément meurtri par cette épreuve, au plus profond de lui-même et elle n'avait vu sa détresse que bien trop tard. C'est pleine de colère qu'elle brandit son sceptre face à Hadès.
- Laisse-le ! hurla-t-elle avec force.
Son cosmos, d'ordinaire si chaleureux et plein d'amour, jaillit de son sceptre plein de fureur et de puissance pour frapper le cosmos noir du Dieu des Enfers de plein fouet. Le corps de Shun s'arqua en arrière, poussant un cri indéfinissable. De la rage ? De la douleur ? De la surprise ? Petit à petit, alors que la brume sombre et opaque s'échappait du corps de Shun, la voix se transformait. De rauque et colérique elle passa au strident et démuni. Andromède reprenait le dessus alors qu'Athéna continuait de frapper l'âme noire de son cosmos doré. Tous les Chevaliers étaient sur le qui-vive, Shun réapparaissait devant eux alors que l'aura se divisait de son corps, enveloppé dans le puissant pouvoir de leur Déesse. Soudain, tout contact se brisa entre le jeune homme et Hadès, tout lien fut rompu et le cri cessa sans plus de formalité.
Shaka ne sentait que très faiblement le cosmos de son protégé et le vit tomber de ces quelques mètres de hauteur avec horreur. La voix d'Athéna fusa :
- Aiolia !
Et le Chevalier de la Vierge ne vit même pas son homologue du Lion partir en courant et intercepter le jeune homme avant qu'il ne touche violemment le sol, alors que lui-même voyageait quand même à la vitesse de la lumière ! La vitesse d'Aiolia avait quand même du bon parfois. Aussitôt, l'âme noire se mit à hurler. C'était effrayant et cela fit monter des frissons dans le dos de tout le monde. Se libérant tout à coup de la cage dorée improvisé par Athéna, la brume noire se jeta sur Shun alors dans les bras d'Aiolia. Mü surgit et, tout en écartant les bras, il fit apparaître entre eux et le Dieu des Enfers sont mur de Crystal indestructible. L'aura obscure s'y heurta dans un cri et le cosmos d'Athéna l'enveloppa de nouveau.
- Empêchez-le de s'enfuir ! s'écria-t-elle alors que les dix autres Chevaliers formaient un cercle autour des Dieux. Aiolia ! Emmènes Shun près de la statue il sera en sécurité là-bas.
Ni une ni deux, encore une fois sans que personne ne le voie bouger, le Chevalier du Lion disparut dans un éclair d'or en direction du palais du Pope. Quelques secondes plus tard il réapparut au pied de la statue d'Athéna comme le lui avait ordonné sa Déesse. Rapidement, il tenta de déposer Shun au sol, le croyant inconscient, mais dans un sursaut désespéré le jeune homme s'accrocha autour de son cou en enfouissant son visage contre son torse recouvert de son armure d'or.
- Non ! s'écria-t-il en larmes.
Il tremblait des pieds à la tête, tétanisé et épuisé. Aiolia, exaspéré, tenta de le faire lâcher prise en grognant.
- Lâches-moi gamin ! rugit-il en entendant au loin une explosion qui fit trembler le sol. Mais lâches-moi bordel !
Mais Shun s'agrippait à lui avec la force du désespoir, pleurant toutes les larmes de son corps, se blottissant dans ses bras puissants pour s'en faire un rempart contre la menace.
- Non ! implora-t-il entre deux sanglots. Pitié ! Il est là … il va revenir !
- Mais …
Dans ses bras musclés Aiolia sentait nettement le corps de Shun trembler de frayeur et entendait clairement ses sanglots. Les mots lui manquaient, il était incapable de le laisser là seul, incapable de se résigner à l'abandonner ici alors qu'il le suppliait. Petit à petit il sentit son cœur fondre face à cette détresse et cette fragilité, il ne pouvait lutter contre son propre regard qui s'accrochait au visage en larme blottit contre son torse. Il raffermit sa prise autour de ce corps tremblant qui lui demandait aide et protection pour le coller plus fort encore contre lui. Comment dire non ?
- J'ai essayé, sanglota Shun en remontant enfouir son visage dans le creux de son cou, j'ai essayé de résister mais… mais je …
Les pleurs eurent raison de lui et il se remit à sangloter de plus belle, il tremblait tellement que les vibrations s'en ressentaient même dans le corps d'Aiolia au travers de son armure. Celui-ci ne pensa plus à autre chose qu'à ce corps, cet être si fragile dans ses bras qui avait besoin de sa force, de sa chaleur, de sa présence. Tout doucement, le cœur battant à tout rompre, Aiolia leva une main douce pour éloigner les cheveux fins du visage de Shun afin de mieux pouvoir l'observer. Ses cheveux étaient si doux et légers qu'un frisson délicat parcourut sa main pour remonter le long de son bras.
- Ça va aller, dit-il doucement en se penchant vers son oreille, tout va bien se passer …
Il se redressa, le cosmos en alerte. Brusquement, celui d'Hadès venait de disparaître. Avait-il quitté le Sanctuaire ? Un frisson brutal et incontrôlable s'empara du corps de Shun qui en trembla d'avantage et ses dents se mirent à claquer. Le Lion passa alors ses doigts sur son bras glacé avant de réaliser avec horreur que le cosmos de Shun n'était plus qu'une petite lueur vacillante et tremblante. Mourante.
- Shun ?
Aucune réponse. Vivement, Aiolia le plaqua d'avantage contre lui et alluma son cosmos pour le réchauffer. Cet enfant venait de lutter contre un Dieu jusqu'à mettre sa propre vie en danger, à présent il était froid comme la mort et ne semblait plus réagir à sa voix.
- Accroches-toi.
Avec plus de tendresse que ce dont il se croyait capable, Aiolia caressa ce visage qui semblait seulement assoupi, sentant que le cosmos de Shun répondait au sien, l'entrelaçait et s'y accrochait pour ne pas s'éteindre. Le Lion eut un sourire en passant sa main dans le dos de son cadet avec douceur pour le réchauffer sous sa caresse. Ce cosmos, son aura était si douce, si triste, si paisible, si tendre et plein d'autre chose qu'il ressentit le sien s'apaiser, s'attendrir. S'apprivoiser.
Lorsque Shaka parvint aux pieds de la statue, la scène qu'il découvrit là le laissa sans voix. Assit sur le sol pavé, Aiolia tenait Shun dans ses bras comme on porte un enfant endormit et faisait resplendir son cosmos brûlant tout autour d'eux, les enveloppants. Le Lion releva la tête vers lui et leur regard se croisait. Baigné dans ce halo doré, ses yeux vindicatif et provoquant étaient plus bleus que jamais, le Chevalier de la Vierge en fut troublé.
- Il est gelé, lui dit alors son camarade, je crois qu'il est en train de mourir.
Shaka se précipita sur eux en alluma son cosmos à son tour avant de constater avec effroi que, effectivement, l'aura de Shun ne s'accrochait à la vie que par miracle, ou peut-être grâce à l'aide d'Aiolia. En quelques secondes, le reste de la Chevalerie apparut, Dohko déposa Athéna au sol qui tenait dans ses mains une urne d'ivoire et, accompagnée de Sion, elle courut jusqu'à Shun qui semblait continuer de s'éloigner, petit à petit.
- Sion ? demanda la jeune femme, plus inquiète que jamais.
En réponse, le Grand Pope concentra son cosmos dans sa main et parcourut le corps glacé du garçon toujours blottit dans les bras d'Aiolia. Son visage se crispa.
- Si tu perds le contact avec lui, dit-il en braquant son regard dans celui du Lion, il y a de grandes chances qu'il meurt. Il va falloir que tu me suives jusqu'à l'infirmerie du palais, je le soignerais là-bas.
- Donnes-le moi je vais prendre le relais plutôt, lança Shaka en tentant de reprendre son élève des mains d'Aiolia.
- Ça va ça j'sais faire ! répliqua celui-ci avec force.
A peine fut-il sur pied qu'il disparu de nouveau dans cet éclair doré, celui de quelques microsecondes par Sion. Le silence régna alors, seul un vent léger se leva pour faire mouvoir les mèches de cheveux et les pensées que tous désiraient évacuer. Leur jeune camarade avait survécu à la Guerre Sainte, allait-il mourir maintenant ? La voix de leur Déesse les sortit tous de leurs sombres pensées :
- Dohko ? Gardes cette urne avec toi, mon sceau devrait tenir le temps que j'aille sur l'Olympe informer Zeus et les Dieux de ce qu'il vient de se passer.
- A vos ordres.
Le Chevalier de la Balance, en quelque sorte « Pope en second »,saisit l'urne fermement et se dirigea illico presto vers le palais pour le mettre en sureté. Le premier sceau n'avait pas fonctionné longtemps mais avait tenu prisonnier le Dieu des Enfers pendant un peu plus d'un an. Hadès avait attaqué le Sanctuaire muni de si peu de pouvoir que c'en avait été presque suicidaire. Qu'avait-il voulu faire si faible ? C'était insensé, même de sa part.
- Nous devrons peut-être monter la garde près de l'urne Athéna ! lança Shaka avec calme.
Mais au fond de lui, il bouillait de colère !
- Non, ça n'est pas la peine, répondit leur Déesse leur regard baissé, quelque chose … quelque chose me dit qu'Hadès se tiendra tranquille … et Shun n'a besoin de personne d'autre que de Sion. Retirez vos armures. Hadès ne tentera rien, je le sais.
Et elle se détourna d'eux, s'éloignant avec prestance. Elle avait rendez-vous avec le Dieu des Dieux. Tous ses Chevaliers en restèrent bouche bée. Elle leur avait clairement demandé de baisser la garde alors qu'un Dieu maléfique se trouvait en ce moment dans le plus haut palais du domaine sacrée ?
- Un ordre est un ordre mes amis, dit doucement Mü en s'approchant de Shaka qui n'avait pas bougé d'un centimètre depuis le départ d'Aiolia qui emportait son protégé.
- Ouais bah moi je vais près de Dohko, répliqua Shura en faisant volte-face.
Saga et Kanon le suivirent sans un mot, Camus hésita un instant avant de faire de même et Milo soupira en se grattant le haut du crâne, partagé entre obéir à un ordre direct et accomplir son devoir de Chevalier.
- Et merde !
Finalement, il suivit docilement ses camarades. Tous les autres restants amorcèrent la descente vers leurs maisons respectives. Avec de si bon Chevaliers pour monter la garde, Hadès n'oserait certainement pas rompre de nouveau le sceau, il était inutile de s'inquiéter d'avantage. Tout doucement, sans que personne ne le voie, Mü saisit la main crispée et tremblante de Shaka, seule témoin de la rage qui animait son être.
- Ça va ? demanda doucement le Bélier.
Aucune réponse.
- Je sais qu'Aiolia est ton ennemi naturel sur le plan astral mais est-ce une raison de lui en vouloir de la sorte ? Il a sauvé Shun.
- Il en a fait sa propriété.
Mü poussa un rire discret en tournant le visage de Shaka vers lui.
- Aussi fier l'un que l'autre, dit-il en lui caressant la joue, si différents et si semblables ! C'est pas étonnant que passiez votre temps à vous tirer dans le lard.
Shaka serra sa main plus fort, Mü sentait tous les sentiments qui s'entrechoquaient dans sa tête, confus, isolés, incompris, étranges. Shaka comprenait-il seulement ce qui lui arrivait ? Ça, le Bélier en doutait.
- Allez viens, dit-il dans un murmure en le tirant doucement, t'as besoin de te détendre.
Le Chevalier de la Vierge le suivit docilement et en quelques minutes, ils atteignirent son temple, ses appartements, sa chambre. Mü ferma les fenêtres, les volets, les rideaux et alluma les bougies alors que son compagnon se déshabillait doucement avec de lents mouvements absents. Il était ailleurs. Evoluant comme s'il était chez lui, le Bélier sortit tout un kit professionnel de massage d'un placard et l'installa sur la table de nuit, près du lit où Shaka était assit, puis il retira son armure à son tour. D'ordinaire très soigneux envers elle cette fois Mü la laissa éparpillée sur le sol en morceau, tout près de celle de la Vierge qui se trouvait dans le même état.
- Allonges-toi, dit-il doucement en poussant son homologue sur le matelas, cette fois c'est moi qui mène la danse.
Et Shaka obéit, s'allongeant nonchalamment sur le dos alors que son compagnon prenait place sur ses hanches avec grâce et légèreté. Avec des gestes lents et précautionneux, Mü ouvrit un pot en bois d'où s'échappa alors une odeur sucrée, puis enduit généreusement ses mains de la mixture épaisse et fraiche qu'il contenait, les frottant les unes contre les autres avant de les poser sur le torse chaud et musclé de Shaka. Celui-ci prit une grande inspiration, puis expira, les yeux fermés, tentant d'évacuer tout ce trop plein de rage de son corps. Un silence précieux s'installa entre les deux hommes alors que le Bélier commençait à caresser le corps alanguit sous lui et que la Vierge s'en délectait.
Au bout de quelques minutes, alors que tout le torse de Shaka brillait à présent grâce aux soins prodigués par Mü, celui-ci se pencha sur lui et déposa un baiser dans son cou. La Vierge ouvrit les yeux et leurs regards s'accrochèrent pour ne plus se lâcher.
- Qu'est-ce qu'il m'arrive ? demanda Shaka dans un murmure. J'ai eu envie de le frapper, de le voir mourir rien que pour qu'il le lâche.
Mü eut un petit sourire et se redressa, quitta les hanches de son ami pour s'assoir sur ses genoux et commencer les massages sur ses cuisses fermes mais tendres, évitant soigneusement son sexe.
- Tu tiens beaucoup à Shun, dit-il finalement sans le quitter des yeux.
- Beaucoup comment ?
- A toi de me le dire.
Court silence, mais rien n'était pesant entre les deux hommes. Ils prenaient leur temps, tout leur temps et appréciaient même ces instants de calme et de réflexion.
- Tu es peut-être jaloux, tenta Mü avec douceur avant de lui demander plus fermement : retournes-toi.
- Jaloux ! répliqua vivement Shaka en obéissant et s'allongeant sur le ventre cette fois. Et de qui, de cette brute épaisse qui pense avec ses muscles ? La bonne blague…
Mü s'installa doucement sur les fesses de son compagnon, les sentant rondes et musclés sous lui, avant de doucement pousser les cheveux blonds et reprendre un peu de cette crème à l'odeur apaisante avant de continuer ses massages doux sur le dos offert à lui. Et finalement, il se pencha à son oreille pour lui murmurer :
- Tu es jaloux Shaka.
- Oui, bien sûr que je le suis, c'était à moi de le protéger c'est mon disciple c'était ma tâche Aiolia n'avait pas à s'en mêler !
Cette fois Mü ne put s'empêcher de rire et se redressa.
- Je ne parlais pas forcément d'une jalousie de ce point de vu, dit-il amuser en sentant alors son ami se tendre sous lui.
- Que les choses soient claires ! répliqua vivement Shaka en s'arquant pour pouvoir le regard dans les yeux. Le premier qui touche à Shun d'une façon dégradante je lui fait avaler son slip !
- Bah quoi, tu veux être le seul et l'unique à pouvoir le toucher c'est ça ? A moins … que ça ait un rapport avec cette pureté que tu imagines c'est ça ?
- Je ne l'imagine pas.
- Quoi que tu en dises, Shun n'est pas un Dieu Shaka, il a été choisit par le Dieu des Morts comme des centaines d'enfant avant lui c'est différent.
- Mais, Il me l'a dit.
- Qui ça ? Qui t'a di quoi ?
- Bouddha, il m'a dit que Shun devait rester pur.
Cette fois Mü ne sut quoi répondre, il se focalisa alors sur ses mains qui parcouraient le corps de son compagnon, descendant plus bas sur son corps et parcourut ses fesses douces et blanches de ses caresses. Il descendit sur les cuisses, prenant bien soin d'enduire les muscles tendu pour détendre entièrement le Chevalier de la Vierge, puis termina le long des jambes. Shaka disait-il la vérité ou bien s'inventait-il une excuse pour tenter de lui faire croire qu'il ne ressentait rien de physique pour le jeune Andromède ? Car Mü commençait à se douter que le problème ne se trouve ici. Que Shaka éprouve quelque chose pour Shun ne le dérangeait pas outre mesure, il n'en avait rien à faire en fait, mais que Shaka dénigre ses propres sentiments était tout de même étrange. Ça n'était pas comme ça qu'il raisonnait. Il disait donc la vérité ?
- Si tu le dis, murmura-t-il seulement.
Tout doucement, il commença par déposer de doux baiser sur le creux des genoux, ce qui fit immédiatement frissonner Shaka. Zone très érogène. Il remonta le long des cuisses, ses baisers restaient chastes, puis sur les fesses, le long de l'échine avant de remonter, enfin, dans le creux du cou et promener cette fois sa langue humide sur cette peau qui avait désormais un goût sucré délicieux. Tout concentré qu'il était sur ces baisers, il fit tout de même attention à ne pas toucher le corps de son ami avec son sexe qui commençait déjà à se dresser, Shaka détestait ça et ça le braquait tout de suite.
- Qu'est-ce que t'as pensé d'Hadès toi ? demanda-t-il le visage enfouit dans ses cheveux dorés pour en respirer le parfum d'orange chaude.
Détourner l'attention, que Shaka soit occupé à penser pour ne pas remarquer son excitation. Shaka aimait les caresses, la détente, le contact peau contre peau mais il n'aimait pas tant que ça le sexe. Enfin seulement de temps en temps, quand il était d'humeur et quelque chose lui disait qu'il ne l'était pas trop aujourd'hui. Mais Mü aimait le sexe lui, quand il ne se retrouvait pas en-dessous – quoi que des fois, il aimait changer – et Shaka était un très bon amant.
- Comment ça ? répliqua celui-ci sur le qui-vive.
- Bah son attaque, qu'est-ce que t'en as pensé ? C'était osé quand même.
- Inutile, et pourtant Hadès est loin d'être un Dieu stupide. Pour preuve cette fois il a choisit un futur Chevalier d'Athéna pour mieux la déstabiliser et la toucher. Ce qui a faillit réussir d'ailleurs !
Mü avait continué ses baisers, sa langue parcourant chaque parcelle de ce corps chaud qui frissonnait déjà alors que sa main était descendue sur son propre sexe pour le caresser. Soit Shaka était véritablement obnubilé par le sujet soit il se fichait pas mal de ce que Mü pouvait bien trafiquer et alors, peut-être était-il d'humeur finalement.
- En fait je pense plutôt qu'il a fait ça pour nous parler.
Le Bélier s'arrêta et redressa le visage.
- Tu crois ? demanda-t-il.
- Oui, il a voulu nous informer de quelque chose mais il n'a pas eu le temps. Ou bien se faire enfermer dans l'urne ne le dérange pas, il ne s'est pas trop débattu. Peut-être qu'ici il arrivera plus facilement à communiquer avec Athéna.
- Mmh …
Discrètement, Mü s'était approché pour surplomber le corps de Shaka du sien. Ainsi au-dessus de lui, il repartit à l'attaque de sa gorge et tout doucement, il descendit son bassin sur les fesses offertes sous son corps. Son érection se colla dans le bas du dos, caressant les reins. Shaka se redressa d'un coup et approcha son visage du sien, comme pour appeler un baiser mais à la place, il lança sèchement :
- Tu fais quoi là !
- Mmh à ton avis ?
- Tu crois vraiment que c'est le moment ?
- Ce que je crois c'est que t'as besoin de penser à autre chose.
Mü approcha d'avantage son visage dans le but de coller ses lèvres aux siennes mais Shaka les lui cacha et roula sur le côté pour l'éloigner de lui, ce qui fonctionna.
- Tout ce que je peux te proposer c'est une fellation, déclara la Vierge en l'allongeant à son tour.
Ainsi sur le dos, son érection bien évidente à l'air libre, Mü lui sourit. Bon, il aurait tenté. Il bascula soudainement sur le coté, fixant Shaka de ses yeux de jade et fronça les sourcils.
- Tu penses vraiment ce que tu dis pour Hadès ? Il avait un message à nous délivrer ?
- Je ne vois que ça comme explication.
A son tour de s'emparer du pot et d'en enduire ses mains.
Près d'une heure plus tard, Aiolia quitta le palais du Pope en vacillant, la vue trouble. Sion était resté près de lui pour l'aider mais étant donné qu'il avait été le premier à venir en aide au cosmos mourant de Shun, celui-ci s'était accroché à lui avec force pour ne plus le lâcher. Jusqu'à ce que Sion déclare que le jeune garçon était tiré d'affaire et qu'il prendrait la relève, Aiolia avait du laisser son cosmos allumé, pulsant dans son corps et celui de Shun pour le maintenir en vie. En d'autres termes, il était épuisé.
Il tangua dangereusement et un vertige brouilla entièrement sa vision qui devint noire. Persuadé qu'il ne tiendrait pas plus longtemps debout, Aiolia se laissa glisser le long d'une colonne aux pieds du palais et ferma les yeux, le souffle court, pour partir soudainement dans le pays des songes.
Qu'est-ce qui le réveilla ? Un mauvais rêve ou un bruit ? Impossible de mettre le doigt dessus mais lorsque le Lion reprit connaissance, le corps tendu et meurtri assit sur la terre sèche et dur, il mit quelques secondes à faire la mise au point. Dans un soupir, il se frotta les paupières alors que son estomac criait de protestation. Peut-être que c'était ça qui l'avait réveillé ? Ou bien encore le soleil de Grèce en ce début d'après-midi qui tapait bien trop fort. Mais non, en fait il s'agissait d'éclats de voix. Aiolia tendit l'oreille et ne mit pas longtemps à identifier celle de Marine. Souriant, il se redressa, les jambes tremblantes légèrement et avança vivement. Mais il y avait une autre voix. Il se figea. Mais qu'est-ce qu'il faisait là lui ?
- Comment va-t-il ? demanda Marine.
- Sion dit qu'il s'en remettra, on l'a échappé belle.
Silence. Aiolia en profita pour s'approcher doucement. Son cosmos était tellement épuisé qu'il douta que les deux Chevaliers l'aient remarqué, mais il prit quand même soin de le cacher. Il n'avait pas spécialement besoin, ou ni même envie d'espionner la femme dont il était amoureux. Mais, la curiosité peut-être. Ou la peur. Après tout, depuis son départ et son retour au Sanctuaire, Aiolia n'avait pas eu l'occasion de parler à Marine de ce petit soucis qui avait provoqué cette mini-dispute un mois et demi plus tôt.
- Dis-moi, reprit la jeune femme, avec le retour d'Aiolia … les choses vont changer n'est-ce pas.
- Oui, répondit l'homme dans un soupir.
Aiolia se figea. Devant lui, ils s'étreignaient. Marine avait réfugié son visage dans le creux de son cou et le Lion pouvait tout à loisir voir le visage de cet homme. La colère monta en lui, provoquant un nouveau vertige et il serra les poings à s'en faire mal.
- Il faut arrêter là, reprit le Chevalier en ramenant le visage de la jeune femme en face du sien, on savait toi comme moi que ça finirait comme ça.
- Non … non Aioros, parce que c'est toi que j'ai choisi.
Aiolia avait envie de détourner le regard, mais c'était impossible. Devant lui, enlacés jusqu'à se fondre l'un dans l'autre, son grand frère Aioros et Marine s'embrassaient à perdre haleine, chacun cherchait de sa langue celle de l'autre. Colère. Tristesse. Désespoir. Tout ceci mélangé soulevait son estomac, brisait son cœur, faisait bouillir son sang. Il avait envie de hurler, de pleurer, de tuer, de fuir, de mourir. Tout ça à la fois. Face à cet entremêlement de sensations et de ressentis, Aiolia restait figé sur place, paralysé, ne sachant que faire finalement.
Cet homme et cette femme devant lui, il les connaissait, il leur avait fait confiance, il les avait même aimé. Et eux, ils le trahissaient, le poignardaient dans le dos. Marine lui avait demandé du temps et il lui avait laissé du temps, elle lui avait fait croire que ça n'était pas finit entre eux et il l'avait cru. Aioros l'avait serré dans ses bras en le retrouvant, lui avait demandé pardon, lui avait promis qu'il ne souffrirait plus, qu'il ne le laisserait plus jamais seul. Mais cette trahison était pire que l'abandon. Et ils ne se lâchaient plus, ils continuaient de se toucher avec leurs mains, leurs doigts, leurs langues et Aiolia avait mal il avait envie de hurler et de se jeter sur eux pour se venger comme il avait envie de pleurer et de fuir. Alors il restait là à les regarder et à souffrir en silence, les poings serrés.
Finalement, Aioros et Marine se séparèrent sans toutefois désunir leurs mains.
- On ne peut pas, murmura Aioros en posant son front sur celui de la jeune femme, je ne veux pas qu'il souffre.
- Mais moi non plus ! s'écria Marine en se blottissant dans ses bras. Mais c'est toi que j'aime !
Le souffle d'Aiolia se coupa, il crut que son cœur allait exploser tellement la douleur était forte. La femme qu'il aimait venait de le trahir, elle caressant un autre homme en scandant son amour pour lui et dénigrant le sien. Et pourtant il n'arrivait pas à la détester, cette femme il l'aimait, il lui avait fait l'amour et lui avait promis une vie longue à ses côtés.
Soudain, oubliant qu'il était là totalement visible au soleil, il se figea lorsqu'il rencontra le regard de son aîné. Dans ces yeux à la couleur tellement proche des siens, il vit briller une lueur de peur, de honte et de culpabilité. Aioros se sépara totalement de Marine, les yeux écarquillés, figé, la bouche ouverte dans un cri muet. La jeune femme suivit la trajectoire de son regard, se retourna et présenta son visage découvert à Aiolia. Elle recula, les mains posées sur son cœur et ses yeux se teintèrent de larmes. Plutôt que de l'attendrir cela fit naître dans le cœur du Lion une colère sourde et brûlante.
- Qu je t'attende hein ! lança-t-il avec fougue. Tu t'es bien foutu de moi !
- Non …, tenta Marine dans un sanglot.
- Alors qu'est-ce que tu comptais faire ? Continuer de sortir avec moi tout en allant te faire sauter par mon frère ?
- Aiolia, tenta celui-ci d'une voix douce, calmes-toi tu ne te rends pas compte de ce que tu dis.
- Oh si je m'en rends compte ! Et je réalise que cette conne m'a baisé simplement parce que je te ressemblais !
Tout en parlant, Aiolia s'était rapproché les poings serrés et, sans qu'il ne s'en rende compte, ses capacités étant nettement diminuées par la fatigue et la colère, Aioros s'était jeté sur lui pour lui envoyer un crochet du droit directement dans la mâchoire. Epuisé et choqué, Aiolia s'écroula au sol, le visage douloureux et un goût cuivré dans la bouche. Du sang s'écoula d'entre ses lèvres. Marine laissa échapper un sanglot et enfouit son visage dans ses mains.
- Non, gémit-elle abattue, je ne voulais pas !
Aiolia se redressa, toutes griffes dehors, les derniers résidus de son cosmos fatigué l'enveloppant d'un halo doré.
- Ta gueule ! rugit-il avec force. Espèce de sale pute !
Allumant à son tour son cosmos, Aioros brandit son poing de nouveau et se jeta en avant. Cette fois, le Lion réagit au bon moment et para son attaque avant de le repousser dans un rugissement bestial. Les deux frères s'apprêtaient à engager un combat terrible – et inégal– mais Marine s'interposa entre les deux.
- Je vous en prie ! supplia-t-elle en larme. Arrêtez…
Aiolia rencontra ses yeux et sentit son cœur s'enflammer sous la colère. Elle osait lui faire face et le regarder dans le blanc des yeux alors qu'elle l'avait purement et simplement trompé ! Il avait envie de la tuer et même temps, de la serrer fort contre lui pour la faire sienne de nouveau. Ne sachant finalement que faire, il serra les poings à s'en faire mal en intensifiant d'avantage son cosmos – ou du moins autant qu'il put. Un grognement d'avertissement fit vibrer son aura doré alors que son regard se teintait d'une lueur meurtrière. Aioros posa sa main sur le bras de Marine, tous les sens en alerte.
- Fais attention, dit-il tendu, quand il est comme ça il est pire qu'un fauve excité par l'odeur du sang.
Et il avait raison, à cet instant Aiolia ressemblait d'avantage à un véritable lion sauvage et dangereux avide de proies et de sang.
- Je t'en prie, insista tout de même la jeune femme en s'approchant prudemment, pardonnes-moi … Aiolia c'est lui que j'aime.
- La ferme ! cria le Lion dans un rugissement.
De rage, il envoya son poing dans un malheureux rocher qui se trouvait là et se brisa en mille morceaux. Sans rien ajouter, il fit volteface et s'en fut, le cosmos pulsant de colère qui laissait derrière lui un sillon d'avertissement qui disait : attention danger ! Ne pas approcher. Comme un lion qui marquerait son territoire. Marine s'élança pour le rattraper, le visage baigné de larmes, mais Aioros la tira à lui.
- Non, dit-il tristement, quand il est dans cet état là il n'écoute rien ni personne, il risquerait même de te faire du mal.
- Je m'en fiche ! répliqua la jeune femme en envoyant son poing contre son torse. Il souffre … oh mon Dieu je lui ai brisé le cœur !
- Laisses-le tranquille il va se calmer.
- Mais qu'est-ce que tu en sais toi hein ? Tu ne le connais pas ! Tu es mort il n'avait que sept ans tu ne l'as pas vu grandir ! Alors que moi si … et je l'ai trahi …
- C'est un homme maintenant, il devrait être capable de comprendre que ton cœur a choisit un autre chemin.
La jeune femme éclata en sanglot et se blottit dans les bras du Sagittaire, dépitée, abattue, pleine de honte. Elle avait osé, elle avait dépassé les limites. Il y a presque deux mois, elle avait demandé à Aiolia de ne pas la brusquer, de lui laisser le temps et il avait accepté. Il était partit en mission sous les ordres d'Athéna elle-même et du Pope, lui laissant ainsi tout le temps qu'elle désirait. Au début, elle voulait mettre ce temps à profit pour réfléchir, se convaincre elle-même de son amour pour le Lion.
Mais un jour, Aioros était venu la voir en arborant un sourire magnifique. Il avait apprit par Saga que la jeune femme avait prit soin de son jeune frère après sa mort, devenant son amie, sa confidente, son amante. Ils avaient passé des jours ensembles à parler d'Aiolia, Marine lui racontant comme son frère avait grandit, comment il avait fait face seul, l'homme qu'il était devenu. Et même s'ils n'avaient fait que parler du Lion tout ce temps, la jeune femme l'oublia complètement au profit de son frère. Aioros lui ressemblait tellement physiquement que c'en était troublant au début mais à part ça, il n'y avait aucune ressemblance entre les deux hommes. Aioros était calme comme Aiolia était impulsif, la sérénité face à l'impétuosité, la patience et la fougue. Se trouver près de lui rassurait la jeune femme, la calmait, reposait ses sens et sa tête. Et se fut son cœur qui la trahit. Ils avaient fini par s'embrasser, se sourire plus tendrement et puis, il y a trois nuits, ils avaient fait l'amour. Une fois encore, la différence entre les deux frères avait détonné. Dans les bras d'Aiolia, Marine se sentait vulnérable, totalement soumise à tout ce qu'il voulait et ça sans qu'elle le veuille, simplement parce que la présence et l'aura du Lion imposait ce respect et cette soumission. Alors qu'avec Aioros, elle se sentait femme, elle se sentait respectée, aimée. Non pas que le cadet était violent ou autre, c'était simplement ce qu'elle-même ressentait. Par l'âme, Aiolia était un roi, un dominant, un véritable mâle par nature à l'aura plus animale qu'humaine. Alors que l'aîné était un homme tout simplement. Soudain, la voix retentissante de Shina brisa leur étreinte.
- J'ai croisé Aiolia, lança vivement la jeune femme, il avait l'air en rogne.
Elle se figea, fixant Aioros et Marine derrière son masque de fer.
- Je vois, reprit-elle d'un ton ironique, tout s'explique. Faut que je vous laisse vous bécoter ou je peux te parler ?
Marine se tourna vers Aioros, le visage bas, l'air désolé. Le Chevalier passa tendrement une main sur sa joue dans un sourire triste puis partit, sans un bruit. Un court silence s'installa entre les deux jeunes femmes. Shina étant en service, elle portait une courte tenue d'entraînement et son masque inexpressif alors que Marine était en short et tee-shirt, le visage découvert.
- Tu as fini par lui dire, reconnu Shina en croisant les bras, je te l'avais di qu'il le prendrait mal.
- Je ne lui ai pas dit, il nous a vus nous embrasser.
- Ça craint.
- Aioros et moi venions de prendre la décision d'arrêter, de ne pas lui faire de mal !
- Vous avez raté si tu veux mon avis.
Accablée, Marine enfouit de nouveau son visage dans ses mains et laissa les larmes amers couler sur ses joues.
- J'ai honte Shina ! Si tu savais comme j'ai honte !
- J'aurais honte moi aussi à ta place.
- Je me rends compte … que j'ai aimé Aiolia par défaut. Il ressemble tellement à son grand frère tel qu'il était dans mes souvenirs de petite fille que je me suis accrochée à lui sans réfléchir.
- En même temps tu ne pouvais pas savoir qu'Aioros reviendrait à la vie.
- Ça n'est pas une excuse ! Aiolia est mort lui aussi c'est à lui que j'aurais dû rester fidèle !
- Pitié ! On est au vingt-et-unième siècle tu sais, tu choisis l'homme que tu veux.
- Je lui ai fais du mal …
- Et alors ? C'est un grand garçon il va pas en crever.
Marine se tut et finit par s'assoir, les mains tremblantes. Et Shina finit par conclure :
- Tu veux que je te dise ? De toute façon Aiolia n'était pas assez respectueux des femmes pour toi, ni pour aucune autre femme d'ailleurs. Ça n'aurait pas marché.
De son côté, Aiolia avait continué sa fuite, laissant dans son sillage cette trace dorée, comme une empreinte. Il était plein de fureur, plein de haine, il avait envie de tuer, de sentir et voir le sang couler. Ne sachant trop où aller, n'ayant surtout pas envie de croiser quelqu'un, il pénétra dans son temple et monta sans attendre dans ses appartements. A peine eut-il pénétré dans le salon qu'il envoyé valser une lampe d'un coup de poing, la regardant se fracasser au sol, le visage crispé de colère. Et Milo qui lui avait dit que ça n'était rien, que Marine l'aimait, qu'elle lui avait juste demandé du temps. Du temps ! Son poing s'écrasa dans le miroir de la salle de bain, le striant de fissures qui s'étendirent sur le mur. Du sang coula doucement et la douleur ne fut qu'une information de plus qui vint s'ajouter à celle qu'il ressentait en provenance de son cœur brisé. Il était tellement en colère qu'il en était incapable de pleurer.
Il ne leur avait fallu qu'un mois et demi pour en arriver à se rouler des pelles ! Ça n'était pas beaucoup, ils n'avaient pas perdu leur temps. Soit ils étaient amoureux avant la mort d'Aioros et ça, il en doutait car Marine n'avait que trois ans à l'époque, soit c'était elle qui était amoureuse de son aîné depuis toute petite. Alors pourquoi s'être attaché ? Elle l'avait trompé, trahi ! Pourquoi lui avoir demandé du temps si elle se savait amoureuse d'Aioros ? Se fixant dans les yeux au travers du miroir, le Lion poussa un cri de rage qui se répercuta sur les murs comme le rugissement d'une bête sauvage, se maudissant d'avoir été aussi bête, aussi aveugle !
- Je savais que je te trouverais ici.
Le Chevalier croisa le regard de Shina au travers du miroir, elle avait retiré son masque malgré l'interdiction établie sur les heures de travail.
- Ça fait presque trois semaines que ça dure entre Marine et Aioros, avoua-t-elle sans peur, elle m'en a parlé dès que ça a commencé. Je n'ai pas tenté de l'en empêcher, je lui ai plutôt conseillé de continuer. Deux hommes comme toi et ton frère dans son lit c'est pas rien.
Sa franchise eut pour effet de faire sourire Aiolia et il se tourna vers elle.
- Pourquoi t'es là ? demanda-t-il vindicatif.
- Je ne sais pas, certainement pour profiter de la situation.
Elle s'avança sans le quitter des yeux et Aiolia la regarda approcher, sur le qui-vive. Avec cette femme, il fallait s'attendre à tout. Lentement, elle leva la main pour venir recueillir du bout de ses doigts une perle de sang qui s'était cristallisé sur le coin de ses lèvres, puis elle le porta à ses lèvres et suça son doigt. Le Lion la fixait, le regard brûlant. Il n'avait pas spécialement besoin de ça, mais ça lui ferait du bien.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Aiolia avait mena Shina jusqu'à sa chambre, ils s'embrassaient goulument, s'humectant leurs lèvres et le contour de leur bouche. Ça n'était que du sexe, ça n'avait toujours été que du sexe avec elle. Lorsque Marine avait eut Seiya en tant que disciple, elle avait de ce fait eu beaucoup moins de temps à lui consacrer. Afin de calmer ses pulsions de mâle des plus primitifs, Aiolia avait dû avoir recourt à un procédé. Et Shina, savait tenir sa langue. Et puis, pour être tout à fait franc avec lui-même, le Lion n'avait pas tiré un seul coup depuis sa résurrection ! Autrement dit, ça ne pouvait lui faire que du bien.
Il eut vite fait de retirer son armure et de la jeter au sol avant de s'occuper du léger habit de la jeune femme. Il la poussa ensuite sur le lit et s'allongea sur elle, appréciant le contact de ce corps chaud contre le sien. Il frissonna de plaisir. Que c'était bon ! Cette chaleur, ces frissons, ce contact. Alors que sa bouche partait en exploration de ce corps féminin qu'il commençait à connaître, son excitation sembla perdre de son intensité. Aiolia se sentait frustré. Pourquoi ? Parce qu'il avait l'impression d'avoir été en contact avec un corps plus chaud, plus intense, plus tendre et fragile. Mais ça n'était pas Marine, pourtant à part elle – et Shina oui – Aiolia n'avait pas connu d'autres femmes. Alors qui était-ce ? Un corps fragile, frissonnant contre le sien, demandant force et protection, blottit dans ses bras. Aiolia se redressa jusqu'au visage de la jeune femme. Elle le fixait, le regard voilé par l'excitation et la peau du Lion cessa de frissonner, elle réclamait un autre corps que celui-ci, elle réclamait quelqu'un d'autre, mais qui ?
- Ne te sens pas coupable, murmura Shina en attirant son visage au sien, prends-moi-même en la voyant elle ça ne me dérange pas.
Oui, elle avait raison, Aiolia était simplement frustré du tour qu'elle venait de lui jouer. Il se pencha sur la jeune femme et s'empara voracement de sa bouche. Il n'avait besoin que de ça, de sexe. Il commença à se frotter contre son corps, la faisant gémir et s'accrocher à son cou pour plonger son visage dans le creux de la clavicule. Le Lion eut un frisson de délice en sentant ce souffle sur sa peau et sa voix lui revint en mémoire. Ses supplications, son abandon total, son odeur, la douceur de sa peau, de ses cheveux, la force de ses bras fragiles.
Tout doucement, Aiolia s'introduit en elle, persuadé d'avoir sous lui une toute autre personne que son corps désirait sans que son âme ne sache de qui il s'agisse. Ainsi accroché l'un à l'autre, ils commencèrent à s'abandonner au plaisir. Le Lion serra plus fort ce corps qui se donnait au sien, respirant à fond son parfum de volupté. Sa peau se souvenait du contact, d'un contact bref mais brûlant qui avait laissé sa marque, comme un tatouage de feu sur son corps. Et cette voix suppliante qui raisonnait dans sa tête. Ou bien, peut-être pas ?
- Je t'en prie …
Cette voix, était-elle vraiment celle de Shina ?
- Ne me laisse pas …
Aiolia releva le visage et se figea. Shun le fixait, les yeux brumeux de plaisir, la bouche entrouverte et ses cheveux, ses cheveux verts si doux éparpillés sur les coussins, autour de son visage. Le Lion se redressa en poussant un cri, quittant le corps brûlant du jeune homme et lui tourna le dos, assit sur le lit, essoufflé. Que s'était-il passé ?
Shina resta sans bouger, allongé sur le dos elle fixait le plafond, puis poussa un soupir et s'appuya sur ses coudes pour regarder Aiolia.
- Je t'ai di que tu pouvais la voir, elle, dit-elle doucement en attrapant son bras, ça ne me dérange pas.
Le Lion resta figé et muet. Si seulement c'était Marine qu'il voyait ! Mais non, celui qu'il voyait c'était Shun, un garçon qu'il exécrait et pour lequel il ne ressentait rien. Du moins, c'est ce qu'il croyait. Son corps voulait faire l'amour à Shun, c'était insensé ! Prudemment, il se retourna et poussa un soupir rassuré en croisant le regard de Shina et son visage à elle.
- 'Scuses, minauda-t-il en passant ses mains dans ses cheveux, c'est pas simple, elle…
Elle quoi ? Elle rien, Marine était loin de son esprit, Shun l'accaparait entièrement. Sans même qu'il s'aperçoive de la tournure que prenait ses pensées, son corps se mit à réagir au souvenir du corps du garçon contre le sien, frissonnant et fragile. Son sexe devint plus dur encore et il poussa un soupir désespéré. La trahison de Marine l'avait plus chamboulé que se qu'il avait cru. Il s'approcha de Shina qui se recoucha, l'accueillant au-dessus d'elle en ouvrant les jambes qu'elle noua autour de ses hanches.
- Vas-y.
Et Aiolia obéit, il la pénétra de nouveau en poussant un râle de plaisir. Cette chaleur était délicieuse, c'est tout ce qui lui fallait pour le moment. Il commença ses va-et-vient en soupirant d'aise, fixant le visage de la jeune femme sous lui. Il s'agissait bien de Shina, l'hallucination qu'il avait eu tout à l'heure n'était dû qu'à la fatigue, la rage, la tristesse. Rien d'autre. Son corps se détendit soudainement, le plaisir devint plus intense et Aiolia releva la tête en fermant les yeux puis poussa un rugissement, obnubilé par l'extase. Lorsqu'il les rouvrit pour regarder sa partenaire, son visage n'était plus le même.
Mais cette fois, Aiolia ne s'arrêta pas. Shun lui était totalement soumit, abandonné, et son visage était transformé par le plaisir. Ses yeux étaient encore plus brillants, d'un vert plus intense encore et le rouge teintait doucement ses joues. Aiolia ralentit un peu le rythme et prit son temps pour l'admirer, pour sentir plus encore la chaleur de son corps frêle et soumis.
- Je t'en prie …
Encore cette voix suppliante et délicieuse, qui raisonnait à ses oreilles comme une mélodie. Mais pourquoi lui ? Toute la colère qu'il avait accumulée jusqu'alors se transforma en désir fiévreux, tout ce qu'il avait emmagasiné de rage se mua en passion inexpliquée et violente. Brutalement, il se retira du corps du garçon et le retourna sur le ventre d'un geste fébrile avant de s'allonger sur lui. Shun poussa un cri qui fit bouillir le sang du Lion dans ses veines.
- C'est ça que tu veux ? s'écria-t-il en attrapant les cheveux de Shun pour tirer son visage jusqu'au sien.
Nouveau cri, puis des larmes alors qu'Aiolia le pénétrait dans un soupir rauque avant de s'allonger entièrement sur lui. A demi tourné vers lui, le visage de Shun était un ravissement pour ses sens. Sa bouche légèrement ouverte qui laissait échapper des petits cris de douleur mêlés de plaisir, ses yeux d'émeraude qui laissait perler quelques larmes et ses cheveux doux, parfumés, souples. Aiolia y plongea son visage avec délice en reprenant ses coups de reins avec plus de vigueur. Peu importe que se soit Shun, il avait besoin de passer sa colère sur quelqu'un et ce petit garçon était parfait pour ça.
Lorsque vint pour lui le summum du plaisir, Aiolia tira de nouveau sur ses cheveux pour faire venir son visage près du sien, lui arrachant un nouveau cri avant de s'enfoncer d'avantage en lui dans un rugissement. Il se laissa venir dans ce corps brûlant et respira son odeur à fond, les cheveux doux collés à son visage par la sueur. Ce corps tremblant, frissonnant, c'était à devenir fou ! Il se retira de lui, lâcha les cheveux et roula sur le côté, le souffle court. Près de lui, Shun était essoufflé et ne bougeait plus d'un millimètre.
Tournant le visage vers lui, Aiolia admira son corps blanc et tendit la main pour venir caresser son dos. Le corps frissonna.
- Ça va ? demanda le Lion entre deux souffles.
Le corps bougea et tourna la tête. Le visage de Shina apparut et Aiolia se redressa sous le coup de l'étonnement, en sursautant presque. La jeune femme se redressa, réprimant une grimace.
- T'inquiètes, dit-elle d'une voix rauque, c'était pas ma première sodomie je m'en remettrais.
Aiolia accusa le coup et regarda la jeune femme se lever sans aucune gêne. Qu'est-ce qu'il venait de se passer là, exactement ?
...
Aha ! Alors verdict ? Notre Lion deviendrait-il accroc ? ( ou : à croc ? )
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Rédemption - chapitre 18 partie C (Rédemption - saison 1 ( terminé ))posté le mardi 21 septembre 2010 13:08
- Il va s'en remettre les gars !
Des soupirs de soulagement, la tension qui descend d'un cran et un Milo tout feu tout flamme qui fait les cent pas dans la salle du trône du palais du Pope. Dohko, qui revenait de l'infirmerie, répondit à sa question muette :
- Aiolia va bien, il est partit se reposer.
- Manquerait plus qui lui soit arrivé une couille ! scanda le Scorpion sans s'arrêter de gigoter.
Camus leva les yeux au ciel et croisa les bras sur sa poitrine recouverte de son armure d'or. Se rendre intéressant, encore et toujours, tel était la devise de Milo du Scorpion. Avec eux se trouvaient Shura, Saga et Kanon. Certes, ils avaient reçu l'ordre directement d'Athéna de ne pas se faire de soucis à propos d'Hadès mais, ils étaient des Chevaliers têtus. Ceux qui étaient redescendus conformément aux ordres, étaient plus obéissants cela va de soit. Habituellement, le Verseau faisait partit de cette catégorie mais, depuis leur résurrection à tous, il avait plutôt tendance à passer de l'autre côté.
- Putain j'en ai ras-le-cul de toutes ces conneries !
Et il commençait à se dire que peut-être Milo y était-il pour quelque chose.
- Surveilles ton langage, répliqua Dohko en se laissant aller dans le trône, et fermes un peu ta gueule.
Shura rigola et Camus leva les yeux au ciel de nouveau. De son point de vu, c'était tous des hommes grossiers, injurieux et rustres. Enfin, pour la plupart. Pour sa part, être revenu à la vie pour faire de nouveau face au Dieu des Enfers ne le dérangeait pas tant que ça. C'était son devoir, après tout. Il passait pour un coincé, un glaçon, un asocial auprès des autres mais il s'en fichait éperdument. Sauf que depuis quelques temps…
- Mais j'en ai marre ! lança Milo en s'arrêtant face à Dohko toujours confortablement installé. Si les Dieux ne se bougent pas l'arrière train j'en fais de la pâté pour cochon !
Et bien depuis quelques temps, Milo accaparait beaucoup trop son attention et peut-être était-ce dû au fait que depuis leur retrouvaille devant le mur des lamentations et leurs vacances forcées dans le néant, il agissait d'une drôle de façon avec lui. Lorsqu'ils étaient compagnons d'armes avant la bataille du Sanctuaire, Camus et Milo s'évitaient soigneusement. Lorsqu'ils se croisaient par inadvertance c'est à peine s'ils se regardaient, ne se disaient même pas bonjour et passaient leur chemin. Mais tout cela avait changé. Milo passait son temps à le rabrouer, le remettre à sa place et l'humilier comme lors de la soirée du mois dernier. Et Camus ne comprenait pas pourquoi. Se vengeait-il de sa trahison lors du combat contre Hadès ? Dans ce cas pourquoi agissait-il ainsi uniquement avec lui ? Saga et Shura aussi auraient dû être ses cibles. Camus avait envie de crier à l'injustice mais il était bien trop fier pour cela. Comme il était bien trop fier pour admettre que cela lui faisait du mal. Après tout lui, tout ce qu'il voulait depuis le début, c'était être son ami.
- Qu'est-ce qu'il se passera à ton avis ? demanda Shura alors accompagné des deux Gémeaux.
- Tout ce que je sais c'est que si l'Hadès de bouse là, répondit Milo avec vivacité, il ramène sa fraise, je le démonte en pièces détachées !
Tous les trois étaient réunis là, de leur côté, et Camus suivait les choses seul, de l'autre côté. Cela avait toujours été ainsi. Camus n'avait pas vraiment d'amis, il n'avait que des collègues. Des hommes qui lui adressaient un vague salut lorsqu'ils se croisaient dans le domaine ou qui avaient tout de même la décence de l'inviter lorsqu'ils préparaient tous une petite fête. Mais le Verseau s'était toujours sentit à l'écart, car il l'était. Les Chevaliers des Glaces l'étaient toujours. Alors que Milo, tout le monde l'appréciait – Shaka peut-être un peu moins que les autres – tout le monde le trouvait drôle et attachant. Et Camus était là, éternel spectateur. En réalité, il était jaloux. Et donc, en colère.
Un Chevalier des Glaces, comme le lui avait apprit son Maître et comme lui-même l'avait apprit à ses élèves, devait oublier et canaliser tout sentiment pour ne plus être qu'un Chevalier entièrement dévoué, une machine de guerre obéissante. Camus l'avait toujours été, depuis toujours il obéissait aveuglement aux ordres, peu importe ce qu'il pouvait bien penser, il obéissait, point barre. Mais, les choses avaient été différente dès le jour où il avait apprit que son meilleur disciple, Hyôga, se rebellait contre le Sanctuaire et s'apprêtait à l'attaquer. Camus avait mi les ordres de côté, pour la première fois de sa vie, et avait fait passé l'instruction de son disciple avant le Pope et Athéna, qu'il croyait protéger à l'époque. Ensuite, il avait rejoint les rangs d'Hadès pour se dresser contre sa Déesse. Désobéissance, encore. Il se sentait souillé, salit. Il avait déshonoré le rang des Chevaliers des Glaces. Maintenant qu'il voulait racheter sa conduite, voilà que les agissements de Milo le mettait en colère ! Encore un sentiment que son entraînement lui avait apprit à oublier, mettre de côté. Sa froideur était sa force. Mais plus aujourd'hui. Aujourd'hui il était en colère et jaloux de Milo du Scorpion, ce qui le rendait encore plus méchant ! Comment un homme pareil pouvait-il effacé tous ses principes !
Son regard ne parvenait plus à quitter le Scorpion. Celui-ci discutait avec ses trois camarades et ne faisait pas du tout attention à lui. C'était ainsi. Dès leur première rencontre huit ans plus tôt, lorsque Camus avait hérité de son armure d'or et était donc venu au Sanctuaire présenter ses hommages au Pope, il avait rencontré Milo. Se fut bref et d'un banal à pleurer. Tellement banal en fait qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il s'en souvienne ainsi. Et pourtant, il n'avait rien oublié.
C'était l'été, il suffoquait. Il avait grandi ses cinq premières années en France, dans une région appelé l'Auvergne mais il n'en avait gardé aucun souvenir. Ensuite il avait été emmené en Sibérie Orientale où il avait suivit son entraînement avec le dernier intermédiaire du Verseau et s'était sentit comme chez lui dans ce pays de neige éternel et de vent glacé. Il y était resté dix ans avant de partir pour la Grèce, la première fois de sa vie qu'il y mettait les pieds et il avait détesté la première impression. Il faisait beaucoup trop chaud ! En montant les marches qui devaient le mener au palais du Pope, il avait dû prendre sur lui pour ne pas fuir et partir se réfugier à l'Isba. Et il se sentait mal mais, dignement, il s'était agenouillé devant son supérieur pour se présenter. La rencontre avait été brève puis il était sortit de la salle du trône. Là, adossé au mur près de la lourde porte, se tenait Milo. Vêtu en tout et pour tout de sa tenu d'entraînement élimée, un brin de paille dans la bouche, les cheveux en bataille et un sourire ironique aux lèvres, il lui avait adressé la parole pour la première fois :
- Alors comme ça t'es Français ?
Camus n'avait pas répondu, persuadé qu'il avait à faire à un garde ou un inférieur. Il l'avait regardé du haut de son petit mètre soixante dix alors que Milo devait bien déjà faire dix centimètres de plus que lui à l'époque. Il se souvenait encore parfaitement du sourire que Milo eut à cet instant. Un sourire supérieur, amusé, moqueur et démoniaque mais en même temps terriblement sexy. La première fois que Camus voyait un sourire pareil et aussi la première fois que son cœur avait battu si vite. Milo s'était décollé du mur pour s'approcher de lui. Ce regard bleu si intense le figea sur place, Camus se retrouva vite paralysé, il fut incapable de bouger alors que Milo tendait sa main pour venir caresser l'une de ses mèches de cheveux et sa joue.
- Ouais, t'es Français, dit-il alors en arborant toujours ce sourire, avec ton petit teint de porcelaine et ton visage délicat. T'es sûr d'être un Chevalier ?
Camus avait vu noir et, sous l'intensification de son cosmos, il put de nouveau bouger. Si tôt que son aura doré s'alluma autour de lui, la température ambiante chuta de plusieurs dizaine de degré et le Scorpion avait reculé de quelques pas, les sourcils froncés.
- Ne m'adresse même pas la parole, avait-il répliqué alors.
Et encore ce sourire, un sourire que Camus n'avait jamais oublié depuis ce jour. Toujours aussi dignement, il avait fait volteface et s'en fut sans rien ajouter.
Leur deuxième rencontre s'était effectué deux jours plus tard. Il faisait chaud, bien trop chaud et Camus se sentait de plus en plus mal. Dès qu'il était seul, il intensifiait son cosmos pour se rafraîchir mais cela l'épuisait d'avantage. Un jour, il n'avait pas fermé l'œil de la nuit et avait utilisé son pouvoir des heures d'affilé, il s'était évanoui dans l'une des arènes d'entraînement en plein soleil. Lorsqu'il était revenu à lui, la première chose qu'il vit fut le visage de Milo juste au-dessus de lui et ce sourire ironique, encore et toujours.
- Alors, on tient pas la chaleur le petit Français ?
Camus sentit son sang affluer dans ses joues lorsqu'il réalisa que le Scorpion le tenait dans ses bras et avait aspergé son visage d'eau. Il se redressa vivement, encore confus de par son malaise.
- Il rougit en plus, avait continua Milo en s'approchant, il a du mal avec le climat local ?
Et ce sourire !
- Je t'ai di ne pas m'adresser la parole compris !
Camus s'était redressé, furieux et mal à l'aise, et avait laissé le jeune homme ici. Dès lors, celui-ci avait obéit aux doigts et à l'œil et ne lui avait plus jamais adressé la parole. Jusqu'à sa trahison envers Athéna, lorsqu'il avait rejoint les rangs d'Hadès. Milo s'était acharné sur lui, manquait de peu de l'étranglé juste devant la statue d'Athéna. Cette scène-ci aussi, était gravée dans sa mémoire. Depuis sa mort et son retour à la vie, il avait le sentiment que Milo tentait de lui dire quelque chose d'où la manie qu'il avait de lui parler sans arrêt et pour lui dire des choses idiotes en plus !
Le Chevalier du Verseau n'eut plus le temps de s'attarder là-dessus car Sion réapparut enfin, sortit de l'infirmerie, le visage inquiet. Il était tendu. Tous se figèrent, Dohko se redressa et ils attendirent.
- Athéna vient de me contacter, dit-il d'une voix blanche, retournez tous à vos temples vous serez convoqué demain à la première heure ici même pour rencontrer Zeus. Les Dieux ont quelque chose d'important à nous dire.
