10.
En un ultime sursaut, Alérian se remit debout, l'esprit au-delà de la douleur et incapable d'enregistrer plus de souffrances.
- Tu as tué ce pauvre bébé qui ne demandait qu'à découvrir la vie ! Tu es monstrueux !
- Je suis le Dominateur, je suis là pour faire régner ma terreur. Mais j'avais quelques obstacles sur mon passage. J'ai fait crever de faim les Dragons. Anaëlle, au nom de la pureté de la race de la République Indépendante, a commis suffisamment d'atrocités que pour que nous finissions par nous retrouver face à face ! Elle t'a affaibli, je peux t'achever !
En dépit de la rage qui l'agitait, Alérian ne pouvait que céder à sa faiblesse générale, aux blessures qui lui faisaient perdre son sang. Mais dans les derniers éclairs de lucidité, il parvint à demeurer en position verticale.
Sans surprise, le Dominateur ricana, ne pouvant que savourer une victoire qui ne souffrait aucune contestation possible.
- Recommande ton âme aux Enfers de toutes les croyances, Alérian Rheindenbach !
Alérian demeura bras ballants, incapable de la moindre action ou réaction.
- Alie, baisse-toi ! hurla une voix inconnue.
Par réflexe, ou toutes forces l'abandonnant, le jeune homme obéit et s'écroula plus qu'il ne s'aplatit au sol.
Une immense ombre survola Alérian, fonçant droit sur le Dominateur. Il y eut un puissant grondement, caverneux, et dans l'ambiance glaciale, ce fut un bref instant la fournaise.
Se forçant à rouvrir les yeux, Alérian chercha à découvrir ce qui s'était passé.
Si le Dominateur avait disparu, il y avait à la place un Dragon noir d'une vingtaine de mètres de hauteur, long de près de cinquante, et de plus d'une centaine avec l'envergure de ses ailes déployées.
- Zunia… ?
Le regard d'or de la Dragonne se posa sur le jeune homme toujours au sol.
- Oui, c'est moi, Alérian. Je me suis nourrie de l'énergie du Dominateur, ça m'a permis d'atteindre ma taille adulte ! Mes pouvoirs s'éveilleront avec le temps. Mais je peux enfin communiquer avec toi par télépathie, te protéger, tout comme toi tu as pris soin du bébé que j'étais !
- Le Dominateur ?
- Le Feu de mes entrailles est une force à laquelle rien ne peut résister ! Mon feu, son énergie, là c'est moi qui l'ai vaporisé !
- Tu es incroyable. Tu es si forte ?
- Je suis une Dragonne !
- Merci, Zunia. Mais il reste Anaëlle, et j'ai à l'affronter, question d'honneur !
- Alie, tu ne tiendras pas ! s'affola la Dragonne.
- Je l'emporterai avec moi dans la mort, si je n'ai pas d'autre solution… C'est d'ailleurs tout ce qu'il me reste à faire. Je ne suis pas en état, comme tu viens de le rappeler…
En automate, presqu'inconscient de ses actes et de son environnement, agissant par réflexe et expérience de ses précédents combats, le jeune homme se releva, sa jambe brisée affichant un angle anormal plus inquiétant que jamais !
- Viens au combat, toi et moi en face à face au plus près, Anaëlle – Spectre – qu'on en finisse !
- Oui, bonne idée ! gronda la jeune femme à la crinière violette et aux prunelles marron. J'aurais rêvé, sincèrement, d'un autre corps à corps, mais je vais finir le travail, tu ne tiens plus debout, Alérian Rheindenbach, immonde pourriture au sang étranger à mon royaume !
- Ce n'est plus un royaume, c'est une République !
- La ferme, avec ces détails sans intérêt ! Allons-y !
Et témoignant une confiance en elle parfaite, Anaëlle se précipita sur Alérian.
Le jeune homme parvint à encaisser le choc, son corps soudé à celui de son adversaire qui le serrait au plus près.
Anaëlle eut un grand sourire.
- Avant de me défier au plus près, tu aurais dû te souvenir de ce que j'avais fait à ton déviant de second !
- De quoi ?
La jeune femme rit à gorge déployée, faisant sortir des poignards des manches de son manteau à capuche, frappant à la gorge et enfonçant l'autre lame jusqu'à la garde dans le flanc gauche d'Alérian.
- Finalement, une méthode bien naturelle et Humaine pour une saloperie n'ayant même pas le droit de vivre dans ces univers ! Je te saigne à blanc, Alérian, crève, fais-moi plaisir !
Le jeune homme s'effondrant, Anaëlle se tourna vers Zunia.
- Je suis une Humaine moi aussi, une native du royaume Indépendant. Tu ne peux m'attaquer, ce serait inégal et contraire aux lois ! Tu ne peux que te dresser contre le surnaturel ! Et j'ai la satisfaction d'avoir ouvert les tripes de ton cher ami à deux pattes ! Je me replie à mon véritable QG, mon Sanctuaire. On se reverra, Dragonne, j'ai à finir la tâche de mon Dominateur et à t'éliminer toi la dernière de ton espèce !
Anaëlle disparue, et avec elle la trentaine de Sbires, Zunia vint se coucher, très prudemment, auprès d'Alérian.
« Merci, Zunia… ».
Abandonné de toute énergie, Alérian s'affaissa contre le flanc de la Dragonne, le sang continuant de s'écouler de ses blessures et surtout de celle à son côté perforé de part en part.
