Merci pour les reviews ! Elle va bien finir par comprendre que les apparences sont trompeuses... :3 Le Hayffie va mettre du temps à se mettre en place, c'est surtout ça, en fait xD Et pour la mère d'Effie, je dirait que c'est une maman... Mais oui, une fouine. XD
Bonne lecture pour ce dixième chapitre !
A LA CROISÉE DES CHEMINS - Chapitre 10
Tout le long du chemin entre l'hôtel de justice et la gare, Effie ne cessa de babiller avec entrain à propos de toutes les choses fabuleuses que Tabitha et Soren, respectivement quatorze ans et seize ans, allaient voir. Toutes ces choses dont ils allaient profiter et qui étaient "rien que pour eux".
En fait, parler empêchait Effie de penser. Cela parvenait à la distraire des larmes que Tabitha ne parvenait de toute évidence pas à retenir. Cette jeune fille était très jolie et la douceur se ressentait dans chacun de ses traits. Ses cheveux blond cendré étaient coupés courts, à la garçonne et ses yeux d'un gris clair. Quant à ce jeune garçon qui lui était brun aux yeux noirs, il avait l'air déterminé, malgré une peur évidente et compréhensible.
En effectuant sa première moisson, Effie s'était rendu compte de quelque chose. Il serait difficile de considérer ces enfants comme des tributs, maintenant qu'elle les côtoyait personnellement. Bien entendu, elle se garda bien de confier ce sentiment à quiconque : au mieux, on lui rirait au nez. Au pire… Eh bien Effie ne préférait même pas y songer. Avant, quand elle parlait des Jeux, elle n'employait que le mot "tributs", une dénomination froide et impersonnelle. Maintenant, c'était tout autre chose.
« Tu peux prendre tous les vêtements que tu désir ! »
C'est avec ravissement que l'hôtesse avait accompagné la jeune fille jusqu'à ses appartements, une fois dans le train. Tabitha semblait s'être un peu calmée, mais ses yeux étaient toujours rouges et gonflés. Effie faisait semblant de ne pas le remarquer, tout en continuant à parler, parler et encore parler. Après tout, c'était une seconde nature chez elle et on pouvait dire que son prénom, "Euphemia", avait été merveilleusement choisi par ses parents : il venait d'un peuple ancien, les grecs et pouvaient se rapporter à une "élocution soignée" ou encore à une "bonne réputation".
La jeune fille semblait plutôt intéressée par les vêtements, ce qui fit sourire l'hôtesse. Cette adolescente n'avait pas dû avoir beaucoup d'occasions de porter ou de toucher de telles étoffes.
Effie fini par prendre congé, non sans avoir conseillé une tunique bleue à Tabitha.
Elle découvrit Haymitch avachi sur le canapé du salon, en train de siroter un verre d'un des onéreux spiritueux du Capitole.
« Alors, Princesse, on est fière d'avoir envoyé ses premiers tributs à la mort ? »
Le ton était imbibé d'une ironie froide. De toute évidence, Haymitch n'avait pas chômé sur la bouteille depuis tout à l'heure.
Effie haussa un sourcil, interloquée, autant par le "Princesse" que par les propos généraux du mentor.
« Je vous demande pardon ?! »
Il lui offrit un sourire sans joie.
« Laissez tomber. »
Il n'avait pas franchement envie de perdre son temps à discuter avec cette marionnette du Capitole. De toute évidence, elle avait la tête vide et un manque évident de répartie.
« Non, j'aimerais comprendre ! »
Mains sur les hanches, elle se tenait debout devant lui, attendant une explication de sa part. Haymitch se contenta de ricaner.
« Je ne vois pas ce qu'i comprendre ici, cher Ange de la Mort. Vous venez avec vos p'tites ailes blanches tirer les noms de pauvres gamins pour les envoyer à l'abattoir. Je vous demandais simplement si vous étiez fière de vous. »
L'hôtesse cligna des yeux, avant de regarder autour d'elle. Puis elle lui jeta un regard qui de toute évidence, se voulait méprisant mais qui aurait été encore plus crédible s'il était venu d'un chaton.
« Vous êtes ivre. »
« Vous avez deviné ça toute seule, Princesse ? »
Il sentait qu'elle commençait à perdre son calme et il adorait ça.
« Cessez donc de m'appeler "Princesse", c'est ridicule ! »
« Pas autant que votre robe, croyez-moi. Et dommage, j'adore donner des surnoms, il va falloir vous y habituer. »
« Je… Je… »
Haussant un sourcil, il prit une gorgée de son verre avant d'adopter un ton plus badin, toujours moqueur à l'égard de l'hôtesse qui se décomposait de plus en plus.
« Oui ? »
« Je ne vais pas rester ici me faire insulter plus longtemps ! »
Aussitôt qu'elle eût prononcé ces mots, Effie Trinket se détourna de lui, le dos bien droit et le menton levé afin de s'éloigner vers ses appartements, avec toute la dignité et la prestance d'une dame. Du moins, c'est sans doute l'effet qu'elle recherchait. Pour le mentor, elle ressemblait plus à un sucre d'orge coiffé de barbapapa, le tout juché sur des échasses qui se déplaçait en se dandinant. En bref, rien d'humain.
L'heure du diner était arrivée et toute la tablée fut silencieuse durant la majorité du repas. A l'exception de quelques mots échangés sur le menu qui était délicieux et de quelques remontrances. En effet, si Tabitha était issue d'une famille de marchand qui avait relativement de quoi manger à sa faim, Soren avait tendance à ne pas s'embarrasser de fourchette et de couteau pour manger, puisque pour lui, ce festin constituait une occasion unique. Mais ceci avait le don de perturber grandement la digestion de l'hôtesse, qui ne manqua pas de le souligner.
« Très cher, les couverts ne sont pas là pour faire joli ! Pense donc aux autres présents à table. »
Haymitch ne pouvait décemment pas louper cette occasion.
« Mais oui, très cher, écoute-la donc, elle qui ne sait pas ce que c'est que d'avoir faim. »
Effie s'abstint de tout commentaire, voulant éviter de perturber plus le diner, mais une fois encore, si un regard pouvait tuer, il serait sans doute déjà à terre. Haymitch ne sembla même pas le remarquer, continuant de boire et grignotant plus qu'il ne mangeait.
Après le repas, Haymitch s'éclipsa rapidement, à l'instar des deux jeunes. Au moins, le couvre-feu serait facile à donner, puisque le lendemain, ils devraient se lever tôt. Effie se dirigea donc vers ses appartements pour la nuit. Cela avait été une journée éprouvante pour tout le monde et l'hôtesse était tombée de bien haut en découvrant son idole… Qui se révélait à peine supportable. Il ne faisait aucun effort de sociabilité et lorsqu'elle essayait de lui parler, il se moquait d'elle ou était tout simplement froid et méprisant.
Mais en retirant sa perruque et son maquillage, elle décida que ce ne serait pas ça qui l'empêcherait de faire son travail et qui prendrait le pas sur son enthousiasme.
Après tout, si ses tributs gagnaient cette année, peut-être pourrait-elle être promue à un district où le vainqueur était digne de ce nom ? Son cœur se serra légèrement à cette pensée. Visiblement, le temps du beau et fier jeune homme qu'était Haymitch Abernathy il y a quinze ans était bien loin, maintenant.
Ses pensées s'arrêtèrent là et elle ne préféra pas penser à comment quelqu'un pouvait changer autant. De toute façon, ce n'était pas comme si elle l'avait réellement connu un jour, peut-être était-il déjà détestable à l'époque. Même si ça n'avait pas du tout été l'impression qu'il lui avait donné en restant avec Maysilee Donner en train d'agoniser.
Malgré qu'il le lui ait demandé, elle ne préféra pas joindre Seneca, ce soir-là. Ils se verraient bientôt et puis elle n'était pas trop d'humeur à parler. Elle savait qu'il ne la jugerait pas d'avoir défendu bec et ongles un alcoolique insupportable, mais il n'en penserait pas moins. Et elle n'avait pas envie de ça.
Effie évitait d'adresser la parole au mentor, sauf si cela était absolument nécessaire. Et la situation semblait parfaitement convenir à l'homme, qui passait ses journées affalé, à dormir ou à boire.
Néanmoins, le train allait bientôt arriver au Capitole et la jeune femme rompit le silence qui régnait dans la salle où ils étaient tous rassemblés.
« L'arrivée est proche, nous ferions mieux de nous préparer ! Il va y avoir de nombreuses équipes de tournage à la gare. »
Son regard s'était particulièrement attardé sur Haymitch, débraillé, qui leva un sourcil.
« Vous voulez vous remettre un peu plus de maquillage sur la figure ? Allez-y. Ce n'est pas comme si vous ne ressembliez pas déjà à un clown. »
Devant les deux tributs qui les regardaient avec des yeux ronds, Effie se contenta de sourire de façon forcée.
« Je pensais plutôt à vous. Je pense avoir saisi que votre apparence n'est pas très importante pour vous, mais faites au moins un effort pour ne pas nous embarrasser, les enfants et moi ! »
Haymitch ne répondit pas. Il aurait bien eu une pique bien sentie sur le fait que c'était plutôt elle et ses tenues grotesques qui les embarrassaient mais quelque chose dans ses mots le bloqua. Ancharia Vane n'aurait pas dit ça. Les autres hôtesses ne semblaient pas dire ce genre de chose non plus. "Les enfants". Néanmoins, il décida de ne pas s'y accrocher tant que ça. Peu importe, ce n'était que des mots.
Le train fini par arriver au Capitole. Ils furent accueilli par la foule, tandis que les tributs ne savaient pas trop s'ils devaient saluer ou pas, se tenant timidement près de leur hôtesse et de leur mentor qui pouvaient se frayer un chemin grâce aux Pacificateurs qui les attendaient pour les escorter jusqu'au centre d'entrainement.
Là-bas, les tributs seraient lavés, poncés et pomponnés avant d'être présentés à leur styliste.
Haymitch gardait de mauvais souvenirs de cette étape. Et encore, pour le coup, il était plutôt heureux de ne pas avoir été une fille car souvent, c'était sur elles que les préparateurs et stylistes passaient le plus de temps. Toutes ces choses n'avaient jamais été la tasse de thé de Haymitch, alors que lui aussi, en tant que mentor, avait une styliste. Heureusement, cela n'avait rien à voir avec le temps où il était à la place de Soren : maintenant, il était un grand garçon et on ne le manipulait plus dans tous les sens, on se contentait seulement de lui poser la tenue à mettre sur son lit. Et c'était très bien.
Haymitch et Effie laissèrent donc leurs tributs se faire préparer pour le défilé. Comme d'habitude, il s'agissait de stylistes à l'imagination aussi pauvre qu'un habitant de la Veine et les gamins allaient être vêtus de costumes de mineurs peut-être encore pire que celui auquel Haymitch avait eu le droit. Tout bonnement fantastique.
Il regarda à peine le défilé, comme les autres années. Dans le train, il n'avait quasiment pas parlé à ces deux jeunes. Il savait qu'il était censé leur donner des conseils. Mais après tous ces échecs, il ne se donnait qu'au minimum. Surtout que lorsqu'il discutait avec ces gosses, c'était le meilleur moyen pour s'y attacher et mieux souffrir de les voir mourir sous ses yeux alors qu'il était impuissant.
C'était égoïste, peut-être. Mais c'était un moyen comme un autre de tenir.
Il se contentait d'échanger quelques mots avec Chaff, qui comme lui, se montrait plus blasé qu'autre chose.
Il ne fut rappelé à l'ordre qu'une fois que les tributs furent arrivés.
Effie semblait assez satisfaite de la performance des deux jeunes, bien que tout le monde savait que personne n'avait réellement fait attention à eux. Comme d'habitude, les chariots des districts Un et Deux avaient eu beaucoup de succès, mais cela avait été celui du Quatre qui avait le plus remué les foules. Il est vrai que lorsque l'on regardait le tribut masculin, on comprenait pourquoi : il ne devait pas être âgé de plus de quatorze ou quinze ans mais avait déjà un charme ravageur. Il semblait fort, avait confiance en lui et un très beau sourire, le tribut aimant à sponsors, en somme.
« Haymitch, les enfants attendent ! »
Chaff observa la nouvelle venue d'un œil approbateur. Certes, elle était pouvait sérieusement faire concurrence dans le concours de l'hôte ou de l'hôtesse le plus ridicule, mais lorsque l'on regardait de plus près, Effie semblait plutôt jeune, elle n'était certes pas grande mais avait de jolies jambes… Bref, elle ne ressemblait en rien à la vieillie hôtesse aigrie et immonde du district Onze.
« Tu nous présente, 'Mitch ? »
Le susnommé soupira, blasé.
« Je pense qu'elle est assez grande pour se présenter seule, n'est-ce pas, Princesse ? »
Une fois de plus, la jeune femme jeta un regard noir au mentor du Douze – c'est que ça allait devenir une habitude – et sourit gentiment à Chaff. Elle se présenta donc avant de finalement tirer Haymitch par le bras.
« Je vous prie de nous excuser mais nous avons des tributs à rejoindre. »
« Mais moi de même, bonne journée mademoiselle Trinket ! »
Chaff lui sourit d'une façon qui se voulait probablement charmeuse, mais avec tout l'alcool qu'il devait avoir dans le sang, ça ne fit pas vraiment beaucoup d'effet à Effie.
