Commentaire : Bonsoir ^^ ! J'espère que tout le monde va bien et que vous avez passé un bon week-end. Allez, je vous laisse lire tranquille...


La réaction de Bella fut, à peu de choses près, celle qu'Edward avait imaginée - et redoutée - faisant qu'il avait préféré taire, dans un premier temps, ce qui était arrivé à Jasper et Alice.

- Co... Comment ça, ils ont été attaqués ?!, s'écria Bella, stupéfaite, sans s'inquiéter du bruit qu'elle pouvait faire dans le salon, son père n'étant pas là pour le moment. Tous les quatre ? Mais comment est-ce que ça a pu arriver, une chose pareille ?
- Comme je viens de te le dire, répondit calmement Edward, nous n'en savons encore rien. C'est pour ça que nous aimerions recueillir un maximum d'informations sur ce qu'il se passe alentours – cela nous aiderait peut-être à comprendre. Pourrais-tu faire ça pour nous, s'il te plaît ?
- Bien sûr que je peux !, s'exclama Bella, encore sous le choc, avant de prendre une pose réfléchie durant quelques secondes. Déjà, je ne pense pas qu'il y ait eu des attaques ou des disparitions dans les environs - Charlie ne m'a parlé de rien et en plus, il rentre à la maison à des heures normales, en ce moment. Mais ne t'en fais pas, assura-t-elle, je vais me débrouiller pour savoir les choses avec plus de certitude.
- Merci. Et pour les loups... Tu crois que Jacob voudrait bien...?, demanda Edward, plus incertain.

Il avait, tout comme Bella, encore en mémoire leur dernière rencontre qui ne s'était, comme trop souvent, pas très bien passée.

- Il n'est pas nécessaire que Carlisle aille sur leur territoire si cela les dérange, précisa Edward. Il s'agirait simplement qu'il puisse s'entretenir avec Sam.
- D'accord. Compris.

La soirée commençait à tomber, Bella consulta sa montre.

- Au plus vite nous saurons, au mieux ça sera pour vous - ou pour nous..., dit-elle en fronçant les sourcils. Je vais aller à la réserve de suite. Je te tiens au courant.

Edward eut alors un mouvement réflex pour la retenir, mais il se ravisa, se rappelant que si Bella s'en allait, c'est parce qu'il venait de lui demander de lui rendre un service qui l'imposait.

- Et oui, je serai prudente, dit soudain Bella en se retournant sur le pas de la porte, avec un petit sourire moqueur.
- Ouais..., grommela Edward. Et évite les sujets qui fâchent !, lança-t-il alors qu'elle montait dans sa Chevrolet.


- Bien reposée ?, demanda une voix douce.

Assline n'ouvrit un œil qu'en début de soirée, en ayant quelques difficultés à comprendre pourquoi elle se réveillait à une heure où, normalement, les gens s'apprêtaient plutôt à aller se coucher. Elle regarda alors Embry, qui l'avait veillée tout le restant de la journée, l'air incertain.

- Euh... oui, s'étira-t-elle en se frottant les yeux. Quelle heure est-il ?
- Sept heures passées. Tu avais à récupérer...
- Hein ?, se redressa subitement Assline avant de lancer un profond soupir.
- Quoi ?
- Vue l'heure qu'il est, c'est une nuit blanche qui s'annonce. Je vais mettre trois jours à recaler mon sommeil.

Embry ricana.

- Hé ! C'est pas drôle !
- Non, pardon, s'excusa-t-il. C'est vrai... ce n'est pas drôle, dit-il en perdant tout à coup son sourire, prenant une expression singulièrement grave.

Assline se raidit. Maintenant qu'elle était à peu près réveillée et que son cerveau se remettait lentement en marche, les raisons pour lesquelles sa journée était aussi désordonnée lui revinrent en mémoire et elle craignait qu'Embry lui reproche son comportement passé.

- Je sais ce que tu vas me dire, dit-elle alors tout bas en baissant la tête. J'ai encore fait n'importe quoi ; je n'ai pas plus de jugeote qu'une gamine de cinq ans et je te cause décidément bien du soucis à être aussi... insouciante.

Elle entendit Embry soupirer.

- Oui, en gros, c'est ça, dit-il.
- Je suis vraiment désolée...

Re-soupir.

- Assline, pourquoi n'es-tu pas venue me chercher, hier soir ?, demanda Embry. Moi, ou même Seth, Jacob, ou n'importe qui d'autre, si tu avais envie d'aller te promener ?

Assline releva la tête en même temps qu'un sourcil. Elle était sur le point de lui demander s'il était bête ou s'il le faisait exprès à laisser sous-entendre qu'il n'avait pas compris que c'était avec lui qu'elle désirait passer son temps, mais vue sa situation, elle garda tout ça pour elle et grimaça en expliquant seulement que :

- C'est que… initialement, je venais te voir, mais chez toi, tout était éteint. Je n'allais quand-même pas risquer de vous réveiller, ta mère et toi, simplement parce que j'étais dehors.
- Eh bien je crois que tu aurais dû, répliqua Embry.

Assline remua alors doucement la tête en songeant qu'il était bien ambitieux de penser qu'elle irait deviner un truc pareil – d'autant plus, qu'à ce moment-là, elle ne savait pas encore ce qui allait suivre. Mais une pensée en entraînant une autre, en devinant ô combien Embry était attaché à sa sécurité, Assline se mit à réfléchir tout à coup à autre chose. Elle ne sut pas trop d'où ça lui vint, mais les interrogations se bousculèrent brusquement dans son esprit.

- Dis, je ne t'ai pas demandé, mais depuis combien de temps étais-tu au lac, ce matin ?

Embry haussa les sourcils, étonné, mais surtout pris de cours.

- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Pour savoir...

Il réfléchit alors rapidement à quoi dire. Et le plus simple restant le plus plausible,

- Pas longtemps. Je venais voir si Harry était là, mais plutôt que lui, c'est toi que j'ai trouvée. Et à peine je me suis approché pour voir ce que tu faisais que tu es partie en arrière.
- Donc, tu ne sais pas ce qu'il s'est passé hier soir, près du lac ?, demanda Assline en fronçant les sourcils.

Embry parut légèrement mal-à-l'aise.

- Non, dit-il en remuant la tête. Et ce, pour la simple raison que si j'y avais été, je ne t'aurais certainement pas laissée passer la nuit accrochée à un tronc d'arbre.

Assline grimaça. Rien que de s'imaginer la scène, elle se sentait stupide. Elle ne perdit cependant pas le fil de sa pensée.

- Et l'autre fois, poursuivit-elle, quand nous étions dans la forêt, avec Mike et Éric...
- Oui ?, demanda Embry en avalant sa salive avec difficulté.
- Comment se fait-il que tu sois arrivé à ce moment-là ? Et aussi que tous les autres aient été là aussi...?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je comprends que Bella soit venue puisque apparemment, elle avait demandé à Mike où nous allions pour pouvoir nous rejoindre. Mais vous ? C'était loin de la réserve, en plus, pourquoi est-ce que...
- Que... ?
- Que tu aies été là ?

Embry afficha tout à coup un drôle de rictus.

- Tu sais, j'ai presque l'impression que tu me reproches ma présence. Je pensais pourtant que ça t'avait fait plaisir de me voir – surtout dans un moment pareil.
- Oh mais oui, bien sûr !, s'exclama Assline en se redressant complètement dans son lit, faisant s'envoler la couette, sentant ses joues s'empourprer. Ce n'est pas ça, je t'assure ! Au contraire, je suis très heureuse que tu aies été là à chaque fois qu'il m'est arrivé quelque chose !

Elle baissa soudain la voix.

- Je me demandais simplement pourquoi tu étais justement là chaque fois que... j'étais « en danger »...

Embry se rapprocha d'elle et pour la première fois, lui prit doucement les mains. Assline ressentit aussitôt cette douce chaleur qui lui avait tant manqué et qui se propageait maintenant jusqu'à son cœur.

- Peut-être les choses sont-elles ainsi, dit-il en plongeant ses yeux noirs dans les siens. Je suis là pour veiller sur toi...
- Veiller sur moi ? Tu voudrais dire en fait que...?

Mais un bruit de moteur les interrompit. Intrigué qu'un véhicule circule dans le centre du village - surtout à une heure pareille -, Embry lâcha les mains d'Assline et sortit voir ce qu'il se passait. Assline se leva juste derrière, enfila à la hâte un pull-over et le suivit.

- C'est Bella, marmonna Embry en reconnaissant au loin la camionnette. Je me demande ce qu'elle vient faire ici.

Assline ne perçut pas l'animosité qui pointait dans les paroles d'Embry. À ses yeux, Bella n'était qu'une jeune fille on ne peut plus normale et sympathique.

- Bah... C'est une amie de Jacob, non ? Tiens, regarde : il arrive.

Et il n'y avait pas que Jacob qui arrivait. Sam le suivait de près et juste à côté d'eux, sur son balcon, Seth venait également d'apparaître. En passant devant le studio, Sam fit un bref signe de tête vers Embry qui se tourna aussitôt vers Assline, lui demandant de retourner à l'intérieur.

- Pourquoi ?, s'étonna Assline.
- Parce que pour le moment, je préfèrerais que tu restes dedans. Ils ont à discuter et...
- Et ça ne me regarde pas, c'est ça ?, termina Assline, partagée entre la discrétion et la bouderie.
- Euh... Oui, préféra alors répondre Embry, quitte à devoir supporter et gérer la mauvaise humeur de la jeune fille plus tard.

Assline lança un dernier regard curieux vers la rue, haussa les épaules puis accepta bon gré mal gré sa condition d' « étrangère ». Elle alla s'assoir sur son lit en prenant soin de ne pas regarder Embry, qui referma doucement la porte sur lui.

- Ah, salut Jacob… Sam..., dit Bella, contente de tomber de suite sur eux.

Contente, mais pas très à l'aise non-plus.

- Bella, répondit Jacob avec un petit sourire. Ça fait un moment qu'on ne t'avait plus vue ici – surtout à une heure pareille.
- Euh... ouais. C'est que j'avais quelque chose d'urgent à te demander... Voir même carrément à demander à Sam, dit-elle en regardant le garçon qui était resté légèrement en retrait derrière Jacob.
- Très bien. Dans ce cas, suis-moi Bella, dit Sam en faisant un geste de la main.

Soulagée de voir que Sam était enclin à l'écouter, Bella les suivit, lui et Jacob, sans se poser de question, jusque chez Billy où elle retrouva également Paul (qui continuerait de squatter chez les Black, tant que Rachel s'y trouverait). Billy l'invita alors à s'asseoir autour de la table où les autres prirent également place.
La nuit tombait et il fallut éclairer les lumières. Dans la petite cuisine surchargée, leur présence à tous transforma soudain la tranquillité d'un paisible début de soirée en réunion secrète où l'atmosphère se chargea brutalement.

- Alors Bella, commença Sam, que se passe-t-il qui nécessite une telle visite « officielle » ?

Bella sourit sans trouver pour autant la question déplacée. En arrivant à point d'heure, avec un air impatient et en demandant à s'entretenir avec Sam, à l'évidence parce qu'il était le chef de la meute, elle ne pouvait guère s'attendre à mieux comme entrée en matière. Aussi, elle préféra jouer immédiatement carte sur table.

- Eh bien voilà, dit-elle en sentant sa gorge se serrer légèrement, je suis ici à la demande d'Edward...

Elle sentit les mâchoires environnantes se crisper brusquement.

- Ou plus exactement, celle de Carlisle.

Là, se furent les sourcils qui se levèrent.

- Le chef du clan Cullen ?, s'étonna Sam. Que se passe-t-il ?
- Il aimerait pouvoir s'entretenir avec toi au sujet de... certains évènements qui se sont passés dernièrement.
- C'est à dire ?, interrogea Jacob.
- Je... Je ne sais pas trop, marmonna Bella.

Ce qui n'était pas vrai. Ce qui l'était, en revanche, c'est qu'en ignorant comment Carlisle comptait leur en parler et s'il leur dirait également tout, elle ne voulait pas risquer de compliquer les choses avant même qu'elles n'aient eues lieu. Cependant...

- Vraiment ?, fit Sam en la fixant avec une intensité dérangeante.
- Allons, Bella, ajouta Jacob en ricanant. Ne me dis pas que ton cher buveur de sang ne t'a rien dit. Il t'aurait simplement envoyée nous demander si on serait d'accord pour les rencontrer sans te donner d'explications ?
- Non, j't'assure, balbutia Bella. Je...
- Et parce qu'évidemment, toi, tu ne lui as rien demandé non-plus, renchérit Jacob en se penchant vers elle avec un petit rictus moqueur.

Bella soupira, acculée, et croisa le regard sceptique de Billy – avant de réaliser que tous la fixaient de la même manière.

- Bon, admettons, reconnut-elle de mauvaise grâce. Mais je n'ai pas vu Carlisle, donc je ne suis pas certaine qu'Edward m'ait tout dit, ni d'avoir tout compris correctement.
- Pfff... Tu douterais donc de lui ?, la piqua Jacob.
- Bien sûr que non !, répliqua aussitôt Bella. C'est simplement que...
- Les faits Bella, s'il te plaît, l'interrompit Sam dans un calme seulement apparent.
- Ah... Oui, pardon. Donc, d'après ce que j'ai compris, il semblerait que les Cullen aient récemment subi des attaques.
- Des attaques ?, répéta Sam en fronçant les sourcils. De quel genre ?
- Apparemment, des coups… très violents – aussi rapides que violents. Mais ils ne savent pour le moment pas grand-chose à ce sujet. Ça s'est passé lors de chasses dans la forêt, dans les environs de Forks. A deux reprises déjà, ils se sont faits agresser par une « chose ». Mais aucun d'eux n'a été capable de voir de quoi il s'agissait.

Paul ricana discrètement, mais pas assez pour passer inaperçu. Les autres ne le reprirent évidemment pas pour sa moquerie ouverte et Bella, compte tenu de la situation et de l'aide qu'elle venait leur demander, s'abstint de toute remarque. Mais là encore, elle ne fut pas étonnée d'une telle réaction. Loups-garous et vampires se détestaient cordialement et même si sur Forks, les Cullen et les Quileutes avaient signé un traité de paix, ils n'en demeuraient pas moins des ennemis.

- Le docteur Cullen voudrait donc savoir…, commença Sam en laissant à Bella le soin de terminer la phrase.
- Si vous sauriez quelque chose à ce sujet ou s'il n'y aurait pas également eu des agressions semblables ou autres faits inhabituels sur votre territoire.
- Il voudrait savoir si les Cullen sont les seuls visés, n'est-ce pas ?, demanda soudain Billy de cette voix grave que Bella ne lui connaissait pas trop et n'appréciait pas plus.
- Oh, les seuls, je ne pense pas, dit-elle avec une certaine conviction. Je ne vois pas pourquoi seuls eux...

Mais elle s'arrêta en ayant brusquement un doute qu'elle n'arriva pas à identifier.

- Bref, reprit-elle. Ainsi, certainement Carlisle souhaiterait-il vous rencontrer pour pouvoir en discuter avec vous.
- Ou bien, voudrait-il entendre de notre propre bouche notre version des faits pour se faire une idée sur notre éventuelle implication dans l'affaire, dit Jacob sur un ton piquant.

Bella le regarda avec des yeux ronds.

- Ah non ! Ça, Edward m'a dit qu'ils étaient persuadés que ce n'était pas vous ! En plus, tu crois que s'il avait eu le moindre doute à votre sujet, il m'aurait laissé venir ici, seule ?
- Eh bien, siffla Paul avec un sourire mauvais. Il semblerait qu'ils commencent à te déteindre dessus, niveau arrogance, les sangsues...
- Pardon ?!, s'énerva Bella en se redressant, les poings sur la table, son regard furieux pointé sur Paul qui restait tranquillement assis sur sa chaise à lui sourire.
- C'est bon, on se calme !, imposa Sam en regardant à tour de rôle Paul puis Bella, qui se rassit lentement sans lâcher Paul des yeux. Si les Cullen sont persuadés que nous n'y sommes pour rien, pourquoi cette rencontre ?
- Je vous l'ai dit, répondit Bella, en s'efforçant de recouvrer son calme, pour savoir si vous sauriez quelque chose à ce sujet.

Sam et Billy échangèrent alors un regard que personne à part eux ne sut interpréter. Sam reprit ensuite la parole.

- Je peux t'affirmer qu'aucune agression de quelque sorte que ce soit n'a été perpétuée sur notre territoire – en dehors des attaques devenues trop fréquentes de ceux de leur race. D'ailleurs, ils sont certains que ce n'est pas un nouveau groupe de nomades qui s'en prendrait à eux ?
- Certains, affirma Bella. Même si les vampires sont rapides et agiles, ils laissent toujours des traces de leur passage. Mais dans le cas présent, il n'y a absolument rien. Rien de ce qu'ils connaissent n'explique ce qu'il s'est passé. C'est pour ça qu'ils ont pensé que...
- Que chez les Quileutes se trouvait peut-être la solution, glissa Paul. Raté. Ceci-dit, je serais bien curieux de savoir qui attaque nos chers vampires. Ça pourrait être intéressant.
- Paul !, intervint à nouveau Sam. Je crois t'avoir déjà dit de te taire !

Sam se tourna ensuite vers Bella.

- Je suis désolé, Bella. Mais j'ai bien peur que nous ne puissions rien faire pour toi. Et dans la mesure où nous avons un peu trop tendance à chasser des vampires ces temps-ci, je ne pense pas qu'il soit utile qu'on y rajoute encore une rencontre avec l'un d'eux.
- Mais...

Naïvement, malgré les interventions de Paul, Bella avait eu l'impression que ce qu'elle venait de leur raconter les avait intéressés et que de ce fait, ils accepteraient de parler avec Carlisle. Mais apparemment non.

- Si dans l'avenir, des agressions touchent autre chose que des vampires, nous t'en tiendrons informé – libre ensuite à toi de faire passer ou non le message, déclara Sam. Mais ce sera tout.

Bella n'abandonna cependant pas aussi facilement.

- Vous n'avez donc aucune idée de ce qui peut être à l'origine de tout ça ?, insista-t-elle.
- Nous te tiendrons informée, répéta alors lentement Billy avec une fermeté inquiétante. Rentre chez toi maintenant, Bella. Si ce que tu nous rapportes est vrai, je ne voudrais pas que tu sois la première victime humaine de cette... chose.

Bella comprit qu'elle n'avait plus rien à attendre d'eux et plus rien non-plus à faire là. Elle se leva et balaya l'assemblée d'un regard sombre.

- Et moi, je ne voudrais pas que la prochaine victime soit une personne à laquelle je tiens, lança-t-elle.
- Dans ce cas, accroche-toi aux bonnes, lui répondit Paul.

Bella se retint de répliquer et préféra partir sans attendre qu'on la raccompagne. Elle était furieuse. D'abord contre elle-même, parce qu'elle n'était censée venir que pour proposer une rencontre qui n'aurait finalement pas lieu parce qu'elle en avait certainement trop dit - ou pas comme il fallait -, mais aussi furieuse contre les indiens. Elle partait avec cette horripilante impression qu'ils lui cachaient quelque chose et pire, que s'ils apprenaient comment mettre un terme aux attaques dont étaient victimes les Cullen, ils n'interviendraient que si des humains se retrouvaient également menacés. Stupide qu'elle était ! A quoi pouvait-elle donc s'attendre de leur part ? Ils ne seraient jamais alliés !


Entre-temps, Seth était venu rejoindre Embry et Assline, au studio. Quand il était arrivé, l'ambiance donnait dans la « soupe à la grimaces ». En deux regards lancés des bons côtés, Embry lui fit comprendre pourquoi Assline n'avait jamais été aussi silencieuse et tournait les pages du magazine qu'elle était partie lire au fin fond de son lit, avec une violence qui menaçait de déchirer l'ouvrage à chaque seconde. Prudent, Embry avait préféré rester assis sur une chaise, à quelques mètres, vigilant aux bruits qui lui parvenaient du dehors.
Fort heureusement, la venue inopinée de Seth détendit tout le monde - surtout Assline, qui commença par écouter d'une oreille distraite ce que le garçon avait à raconter (apparemment, son père avait failli mettre le feu à la maison en oubliant d'éteindre la gazinière, après avoir fait cuire son steak), avant de laisser définitivement sa mauvaise humeur de côté pour venir s'asseoir à table avec eux et soupirer de faiblesse devant le tendre regard que lui lança Embry – Embry qui se prit tout de même un coup de magazine à la première occasion défendable, histoire qu'Assline se défrustre d'être ainsi tenue à l'écart des préoccupations de ses amis. Depuis, tout allait pour le mieux.

Passé un moment, n'ayant toujours pas eu de nouvelles, Seth et Embry prétextèrent avoir faim et besoin d'aller chercher de quoi faire chez eux pour s'absenter sans éveiller les soupçons d'Assline – à qui ils demandèrent de préparer des boissons chaudes, histoire de la savoir occupée un minimum de temps. Ils n'eurent cependant pas à aller bien loin pour savoir de quoi il retournait, car ils venaient à peine de refermer la porte que Bella passait devant eux, le pas pressé et énervé, dans l'objectif de retourner à sa camionnette au plus vite pour aller rapporter sa désastreuse entrevue. Mais quand elle aperçut Seth et Embry, elle ralentit machinalement son allure. Et lorsque la porte s'ouvrit brusquement sur Assline, qui pensait avoir à courir après les deux garçons pour leur demander s'ils sucraient ou non leur chocolat, Bella s'arrêta net et la dévisagea. Ces impressions étranges qu'elle avait et dont elle n'arrivait pas à se dépêtrer, le sentiment que les Quileutes lui cachaient des choses, les malheurs qui s'abattaient sur les Cullen... Et là soudain, devant elle se tenait la personne, qu'à tort ou à raison, elle reliait d'une manière inconnue à tout ça.
Loin de se douter que Bella se méfiait à ce point d'elle, dès qu'elle la vit, Assline afficha un large sourire.

- Hé ! Salut, lança-t-elle. Contente de te revoir.
- Oui, moi aussi..., répondit Bella en forçant son sourire.

… qui dégénéra en grimace quand elle vit Embry et Seth aller se placer discrètement mais efficacement d'un côté et de l'autre d'Assline. Fixant sans ciller Bella, ils ne la saluèrent que par un bref signe de tête. Mais leur attitude, leur silence, leurs sourcils froncés... Tout ne fit que renforcer l'impression de Bella que les choses n'étaient pas aussi claires qu'ils voulaient le laisser paraître. Songeant toutefois qu'elle n'était pas en position de force, elle fit comme si de rien n'était.

- Alors, ça y est ? Tu es installée, dit-elle sur le ton de la conversation.
- Oui, dit Assline, ravie, en faisant un geste de la main vers son logement. Tu veux visiter ?

Mais la noirceur soudaine du regard d'Embry tint lieu d'avertissement.

- Non, je te remercie, s'excusa poliment Bella. Il est tard et je dois rentrer. Peut-être une prochaine fois…
- Ah…, fit seulement Assline, déçue. Oui, une prochaine fois, alors… Bonne soirée.
- Salut.

Et Bella regagna sa camionnette sans se retourner.
Elle avait quitté la Push depuis plusieurs minutes quand Jacob émergea brusquement des profondeurs de la forêt et se plaça au beau milieu de la route, lui barrant ainsi le passage. Surprise, Bella pila et s'arrêta à seulement quelques centimètres de lui. A travers le pare-brise, elle observa Jacob sans bouger. S'il avait quelque chose à lui dire, il devrait encore prendre la peine de venir jusqu'à elle - elle n'avait pas l'intention d'en faire davantage pour le moment. Jacob contourna donc le véhicule et vint du côté de Bella, qu'il trouva la mine boudeuse, pianotant avec impatience sur son volant.

- Je ne pouvais pas te laisser partir comme ça, dit-il d'un ton plus amical qu'un peu plus tôt, quand ils s'étaient vus chez lui.
- Pourquoi ?, répondit abruptement Bella qui avait eu sa dose de loups pour la journée. Tu as autre chose à me dire ? Si oui, fais vite. On m'attend.
- Bella, insista doucement Jacob avec un sourire charmeur. Tu sais, ce que t'a dit Sam est vrai : nous…
- Vous quoi ?, s'énerva Bella. Vous ne nous direz rien s'il n'y a que les Cullen qui morflent ? Je te remercie, mais j'avais compris. Inutile d'avoir perdu ton temps pour venir me le répéter.
- Non, Bella, continua posément Jacob. Ce qui est vrai, c'est qu'il ne s'est véritablement rien passé de tel sur notre territoire ou même de porté à notre connaissance. Ne t'en va pas en pensant le contraire – ce serait injuste.

Bella soupira profondément et prit quelques secondes pour réfléchir à ce que venait de lui dire Jacob.

- Hum… Il ne s'est donc rien passé de votre côté, ces temps-ci – tu me le promets ?, demanda-t-elle, une fois calmée.
- Euh… Non, répondit Jacob avec une pointe d'hésitation qui remit le doute à Bella.
- Jacob… Tu es sûr ?
- Oui, puisque je te le dis, assura le garçon.
- Alors quoi : il y a eu autre chose ? Réponds-moi, s'il te plaît, insista Bella avec un regard suppliant.

Jacob se frotta la nuque, mal-à-l'aise.

- Bah… Il se pourrait effectivement qu'il se soit passé un phénomène…« inhabituel », il y a peu, avoua-t-il. Mais rien qui soit en rapport avec tes Cullen, donc qui te regarde.

Bella se mordit les lèvres.

- Et... est-ce que ça aurait à voir avec elle… ?

Le visage de Jacob se ferma brusquement.

- Je t'ai déjà dit de la laisser tranquille, il me semble, grogna-t-il.
- Mais bon sang ! Pourquoi le prends-tu aussi mal dès que j'en parle ?, explosa Bella. C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'elle a de particulier, cette fille ? Elle se pointe d'on ne sait où, obtient l'autorisation de s'installer dans la réserve et dès qu'on s'en approche, vous sortez les griffes ! Il est où le problème ?!
- Et toi, Bella : il est où ton problème, à sans arrêt vouloir tout ramener à elle ?, demanda froidement Jacob. Tu ne veux donc pas lui foutre la paix ? Elle ne t'a rien fait, que je sache !

Mais Jacob n'entendait même pas obtenir une réponse à sa question. Sans laisser le temps à Bella de dire quoi que ce soit, il disparut dans les bois environnants, laissant Bella seule au milieu de la route, tellement contrariée et frustrée qu'elle ne fit même pas attention à Edward qui venait de prendre place sur le siège passager.

- Eh alors, dit-il tout bas avec un sourire espiègle, on s'est encore chamaillé ?

Bella sursauta.

- Edward..., soupira-t-elle en posant une main sur son cœur, avant de reprendre, énervée : « Et oui, je me suis encore chamaillée, et non, vous ne pourrez pas voir les Quileutes parce que j'ai tout foiré et non non-plus, ils n'ont aucune idée de ce qu'il se passe – enfin, officiellement – et de toute façon, ils ne nous donneront des nouvelles que s'il y a d'autres personnes que des vampires qui sont attaquées ! Ça te va ? ».
- C'est parfait, répondit Edward avec un sourire amusé et agaçant. Allez, rentrons chez toi maintenant : Charlie y est depuis un moment et si j'ai bien su interpréter ses pensées, il n'y a aucun problème dans sa ville ou une autre.

Bella nota que le sourire d'Edward s'était sensiblement figé.

- Ce qui veut dire ?, demanda-t-elle.
- Ce qui veut dire qu'on va avoir du mal à compter sur d'éventuelles informations que pourraient avoir tes copains les loups, parce qu'apparemment, nous sommes les seules personnes visées.
- Mais qu'est-ce que vous allez faire, alors ?, s'inquiéta Bella.

Edward lui lança un coup d'œil, devinant la nature de son angoisse.

- Dans un premier temps, nous allons élargir notre périmètre de chasse. Parcourir de plus grandes distances pour nous nourrir n'a jamais été un problème. Et en même temps, en nous rendant en différents endroits, ça nous permettra de savoir si ce phénomène se localise sur une zone précise ou pas, dit Edward.
- Pourquoi parles-tu de « phénomène » ?, releva Bella, soulagée d'apprendre que les Cullen n'avaient pas l'intention de déménager.
- Eh bien, parce que pour le moment, nous n'avons pas réussi à identifier nos agresseurs et que la seule chose de concrète, ce sont les attaques – donc, des phénomènes. Pourquoi, le terme te dérange ?
- Non. C'est que sur le coup, ça m'a fait penser à…
- A… ?
- Zut ! J'ai oublié.

Edward se mit à rire.

- J'ai oublié, c'est bon, quoi !, se vexa Bella.
- Mais oui, c'est bon - ne t'en fais pas. Allons voir ton père, maintenant.


Plusieurs jours étaient passés, les Cullen étaient partis de nombreuses fois en extérieur - et ce, sur de longues distances - et ils pouvaient désormais affirmer ceci : compte tenu de l'absence d'autres victimes, c'était bel et bien à eux-seuls que l'on en voulait. Mais plus encore, ils étaient rapidement arrivés à la conclusion que les attaques pouvaient avoir lieu n'importe où dans la périphérie de Forks et uniquement lorsqu'ils chassaient. Ainsi, afin de se nourrir convenablement, ils se retrouvaient obligés de partir si souvent et si loin, qu'un jour, agacée, Rosalie finit par demander s'il ne serait pas plus confortable qu'ils quittent carrément la région. Edward eut alors beau jurer à Bella qu'elle n'avait rien à craindre et que cela n'avait été que des paroles en l'air, rien n'y fit : Bella vivait désormais dans l'angoisse que le clan s'en aille du jour au lendemain. C'est pourquoi, en désespoir de cause, sans demander son avis à Edward, elle retourna à la réserve pour demander aux Quileutes de faire quelque chose – si, comme elle en était persuadée, c'était en leur pouvoir.

- Je comprends que vous les considériez comme vos ennemis et que vous n'ayez pas envie de les aider. Mais, je vous en prie... Vous savez aussi bien que moi qu'ils sont pacifiques et que ce qui leur arrive est injuste... Oh, s'il vous plaît !, supplia Bella.

Imaginer perdre une nouvelle fois Edward lui était insupportable.
Elle ne leur demandait pas d'aimer les Cullen ni de combattre à leurs côtés pour se débarrasser du mal qui rôdait sur Forks : tout ce que Bella souhaitait, c'était un peu d'aide pour que tout redevienne comme avant.
Arrivée à la Push, elle s'était directement rendue chez Jacob. Et si ce dernier ne s'y trouvait pas, Sam et Billy, eux, y étaient – ce qui n'était pas plus mal, ces deux-là étant les deux membres les plus influents de la meute. Malheureusement, même après avoir plaidé sa cause...

- Bella, répondit Sam, grave. Notre situation n'a pas changé depuis la dernière fois : rien ne s'est passé ici qui nous permette de savoir avec certitude ce qui arrive actuellement aux Cullen... Et cela ne nous touche pas non-plus.

Bella réagit comme un ressort.

- Mais même si ce n'est pas de manière certaine, vous avez bien une idée, quelque chose, non ?, affirma-t-elle plus qu'elle ne le demanda.

Sam soupira.

- Bella, il faut que tu comprennes qu'il est des choses face auxquelles on ne peut s'opposer.
- Qu'est-ce… Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle sentit un frisson lui parcourir le corps. En même temps qu'elle sut que Sam allait enfin lui parler, elle redouta de l'entendre.

- Que même si nous étions sûrs de ce qu'il se passe, je ne pense pas que nous pourrions faire quoi que ce soit.

Bella resta interdite. Alors il savait… Mais comment pouvait-il dire une chose pareille ? Et de quoi parlait-il, d'abord ?

- De quoi s'agit-il Sam ?, implora-t-elle. Même si on ne peut rien faire contre, je t'en prie : dis-moi de quoi il s'agit.
- De la Nature, répondit alors Billy.

Bella se tourna vers lui, incrédule.

- De la nature ?

Billy croisa ses mains sous son menton et prit quelques instants de réflexion.

- Il arrive encore que de nos jours, la Nature rappelle à l'homme qu'il n'a aucun pouvoir sur elle. Que si elle reste docile et accepte beaucoup de choses, lorsqu'il va trop loin, elle se réveille et réduit à néant tout ce qu'il a entreprit – parce qu'il ne la respecte pas. Souvent, la Nature subit, reste muette et ligotée, mais parfois, des pouvoirs opèrent. N'oublie pas où tu te trouves Bella : tu es sur la terre sacrée de nos ancêtres… Beaucoup de chose sont à l'œuvre ici.
- Quels pouvoirs ? Mais de quoi parlez-vous ?, se perdit Bella. Vous voulez dire, ceux des chamans, vos ancêtres ?
- Hum… Ça aurait pu, sourit doucement Billy, effrayant un peu plus Bella. Mais il ne s'agit cependant pas de cela – bien que le résultat soit le même. Et face à cela Bella, toi, moi, eux… Nous sommes tous impuissants. C'est une chose face à laquelle on ne peut lutter… et on ne doit pas lutter.

On ne peut rien contre… On ne doit pas lutter… Quelles horreurs ces paroles signifiaient.

- Vous voulez dire que plus jamais les choses ne redeviendront comme elles l'étaient ?, demanda Bella dans un souffle, tout en refusant d'y croire.
- Je crois que maintenant, il faudra attendre que l'équilibre se rétablisse, répondit par une nouvelle énigme Billy, sous le regard attentif et silencieux de Sam. La Nature est un cercle de vie : comprends que celui-ci doit être préservé. C'est tout ce que nous pouvons te dire.
- Rentre chez toi maintenant, Bella, lui conseilla Sam sans menace mais avec fermeté.

Sans un mot et très confuse, Bella les quitta. Elle avait peine à comprendre tout ce que Billy lui avait appris, mais elle n'en était pas moins terrifiée. Quand elle était arrivée à Forks, elle ne croyait pas à tous ces contes et légendes qui n'avaient jamais existé pour elle que pour faire peur aux enfants ou entretenir des mythes. Mais aujourd'hui qu'elle aimait un vampire et avait pour meilleur ami un loup-garou, comment aurait-elle pu refuser de croire en un autre pouvoir ?... quel qu'il soit.
Et si c'était vrai – non : puisque c'était vrai, que restait-il comme solution aux Cullen ? Attendre ? Mais ils attendaient déjà depuis si longtemps… Les choses étaient devenues si pénibles pour eux. Ainsi, Bella avait l'impression que Billy venait de lui annoncer que les vampires n'avaient pas lieu d'être sur Terre et que la nature, aujourd'hui, avait enfin acquit la force nécessaire pour s'en débarrasser.

Toujours proche de la maison des Black, Bella eut besoin de s'appuyer quelques minutes contre la barrière qui délimitait ce que Jacob appelait son jardin, pour tenter d'assimiler tout ça. C'était si abstrait. Elle se demandait ce que pouvait bien être ce pouvoir ; comment il se manifestait exactement... Qu'est-ce qui pouvait avoir suffisamment de force, de vitesse pour réussir à atteindre des êtres exceptionnels comme les vampires ? Et ce pouvoir, d'où venait-il ? Les indiens – et donc les Quileutes – étaient des hommes de la nature, mais après avoir entendu Billy, Bella était convaincue qu'ils n'en étaient pas à l'origine – ils lui avaient même dit qu'ils étaient impuissants face à ça. Pourtant, Billy lui avait également dit que le résultat était le même que la magie de leurs ancêtres… Il était donc tout à fait envisageable qu'un humain puisse...

Et là, enfin, tout se mit en place dans son esprit.

Bella en fut si choquée, qu'elle manqua subitement d'air. D'un coup, tout s'emboîta. Les dates, la façon dont Billy l'avait regardée la première fois qu'il l'avait vue, cette chose qu'elle pensait que lui seul était parvenu à voir en elle, pourquoi les Quileutes l'avait accueillie, pourquoi ils restaient toujours à ses côtés et la défendait, ce qui la dérangeait sans qu'elle ne parvienne à trouver quoi, ce qui lui avait traversé l'esprit quand Edward avait parlé de « phénomène »… Bella se décida sur l'instant. Si elle avait ce pouvoir, elle avait certainement aussi celui de ramener « l'équilibre » plus vite qu'en laissant les choses se faire naturellement.

Bella partit alors au pas de course vers la maison des Clearwater, sous le regard invisible de Sam et Billy qui l'avaient observée depuis la fenêtre du salon.

- Embry est avec elle ?, demanda doucement Billy.
- Oui.
- Bien. Tu devrais également y aller... et les laisser ensuite seuls...


Commentaire : Alors comme d'hab' : la suite (et en l'occurrence, seconde partie) sera là dès qu'elle sera prête. D'ici-là, bonne continuation à tout le monde :) !