18 avril 2004, Sioux Falls, Dakota du Sud … en soirée.

Un pick-up sombre roulait rapidement sur un chemin de terre complètement cabossé, se prenant des nids de poule en plein dans les amortisseurs et des cailloux qui volètent dans les jantes. Mais le conducteur n'avait pas l'air de s'en préoccuper plus que ça puisqu'il gardait le regard fixé droit devant lui à travers son pare-brise. Un regard sévère et sombre comme la nuit qui s'est désormais installée depuis quelques temps maintenant.

Plus loin, beaucoup plus loin pour ne pas se faire repérer, un vieux pick-up assez déglingué roulait d'une manière plus mesurée sur la terre dénivelée. Mais le conducteur avait le regard plus inquiet maintenant qu'il savait que la direction que le premier pick-up confirmait ses craintes, la vieille casse-auto n'était plus très loin devant eux maintenant.

-bon, Rufus vient de me prévenir qu'ils ne sont plus très loin et qu'à la manière dont roule ton père, ils ne devraient vraiment plus tardé. Dit Bobby en rangeant son cellulaire dans la poche de sa veste de chasse.

-ok, bon je vais monter Sam en haut. Dit Dean en quittant la cuisine pour se rendre dans le salon.

Depuis qu'ils s'étaient réveillés en fin de matinée juste avant le repas, Dean avait répété avec Sam ce qu'ils allaient devoir faire pour se préparer à l'arrivée de leur père. Sam était actuellement dans le salon, c'était la pièce qu'il préférait le plus dans la maison de Bobby à cause de la vieille télévision qu'il pouvait rester des heures durant à regarder.

Quand son grand-frère pénètre dans la pièce avec le regard sombre, Sam sait que c'est le début du signal et se lève du tapis sur lequel il était assis avant que Dean ne vienne l'aider.

Son frère voit bien qu'il est fatigué mais les circonstances ne lui donnent pas le temps de le faire se reposer. Plus tard, quand le père Winchester ne sera plus une menace, là Dean pourra se permettre de laisser son frère tranquille mais pour le moment, c'est plutôt l'état d'urgence.

-l'est là papa ? demande Sam alors que son grand-frère l'aide à monter les escaliers.

-oui mon grand, il arrive mais tu te souviens que je dois te cacher dans la salle de bain pour qu'il ne puisse pas te trouver et surtout pour qu'il ne te fasse pas de mal, tu te souviens Sam ? Dit doucement Dean pendant leur ascension.

-oui D'e, me souviens.

Ils marchent un peu pour se rendre dans la salle d'eau où Dean, après avoir préparé un coin le plus confortable possible plus tôt dans la journée, installe Sam près de la baignoire, sur une couverture où il avait déposé Monsieur Happy et sa suce pour l'occuper. Sam était comme un enfant d'une dizaine d'années, il fallait l'occuper pendant qu'il allait devoir s'absenter et surtout ne pas lui faire ressentir trop de stress. Pour parer le coup, Dean l'avait même changé une heure plus tôt avec des vêtements chauds au cas où ils devraient partir précipitamment, et lui avait mis une couche pour adulte. Quand Sam avait extrêmement peur, il lui arrivait de s'oublier. Quelques fois, même si cela rester assez rare, il mouillait son lit après avoir fait un cauchemar vraiment prenant et rester grognon pour le reste de la journée.

Une fois assis par terre, Dean voit que Sam tremble un peu alors il part lui chercher son manteau qu'il lui enfile aussitôt puis il s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.

-bon Sam, tu te souviens de ce qu'on s'est dit tout à l'heure. Tu restes là et tu ne bouges surtout pas. Quand on sera sûr qu'il n'y a plus de danger, je viendrais te chercher moi-même. Si quelqu'un d'autre que moi vient, tu ne dois surtout pas sortir. Oncle Bobby et Jim sont au courant, je dois être le seul à venir te chercher d'accord ?

-oui D'e … partir que avec toi … D'e

-oui c'est bien Sammy, dit Dean en le prenant dans ses bras et de l'embrasser sur le front. – maintenant, je vais retourner en bas mais toi tu restes là. Même si tu as peur, tu ne bouges pas d'accord. Je viendrais te chercher le plus vite possible. Je t'aime mon grand.

-t'aimes aussi beaucoup D'e. Dit Sam en faisant, pour la toute première fois, un bisou sur la joue de son frère dont les joues rosissent aussitôt, étonné et surpris.

-merci Sammy, chuchote Dean en étreignant son frère une fois de plus, content du cadeau de son petit frère.

Ils se quittent peu après et Dean referme la porte derrière lui, porte sur laquelle était tracée un pentagramme anti-démon ainsi que d'autres plus petit pour arrêter les esprits et autres forces du mal. Sans même le savoir, Sam était assis sur un pentagramme géant que Bobby avait lui-même tracé sur le sol et même sur la couverture en-dessous. L'intérieur de la pièce avait entièrement été recouvert de symboles en tous genres. John Winchester était un humain mais, si jamais il était possédé comme Dean gardait l'espoir que ce soit le cas au plus profond de lui, il ne pourra pas atteindre Sam malgré toute sa bonne volonté.

Quand il redescend en bas, un pick-up sombre passe l'entrée de la vieille casse-auto et Bobby lui jette un fusil chargé que Dean rattrape d'une seule main, le regard dur mais une tristesse permanente dans le fond des yeux, il allait devoir combattre son père, ce n'était pas rien quand même.

Dehors, l'ambiance est pesante. Alors que le père Winchester ferme la portière de son véhicule, Rufus fait son entrée sur le terrain où les vieilles carcasses de voitures font office de populace. Le premier attrape son fusil dans sa cachette secrète en-dessous de la plage arrière extérieur du pick-up avant d'avancer vers la maison de son vieil ami Bobby. Rufus quant à lui, sort précipitamment de son propre véhicule dont il ne referme même pas la portière, trop occupé qu'il est à pointer son collègue chasseur de son arme.

-DEAN ! JE SAIS QUE TU ES LA ! MONTRES-TOI !

-laisse-les tranquille Winchester, ces gosses ne sont plus sous ta responsabilité et ce, depuis longtemps. Grogne Rufus, son arme toujours en joug.

-et nous ne l'avons jamais vraiment été de toutes façons, n'est-ce pas papa ! crie Dean en sortant, arme au poing, de la maison de Bobby qui était resté à l'intérieur en compagnie du père Jim pour protéger Sam, toujours assis dans la salle de bain.

-tu es un très bon fils Dean, pourquoi être parti ?! demande John en pointant à son tour son fils de son arme.

Les deux chasseurs, père et fils, se font désormais face. Les canons de leurs fusils également. Derrière eux, Rufus tient toujours en joug le père Winchester. Dans la maison, Bobby et Jim sont près des fenêtres pour voir ce qu'il se passe dehors alors que Sam n'ose pas bouger. Terrifié comme il est, sa suce en bouche qu'il tète ardemment, espérant détourner ses émotions, il n'ose même pas lever la tête vers la petite fenêtre pour savoir ce qu'il advenait de tout le monde. Les cris de son père lui avait fait peur, comme quand il le frappait, avant.

-tu te demandes encore pourquoi est-ce que je suis parti ? Non mais, franchement, tu le fais exprès. Tu es possédé peut-être, pitié dis-moi que c'est ça que je puisse t'exorciser sur le champ et retrouver le père que j'avais avant l'incendie. Sinon, je crains que tu ne comprennes jamais la raison de mon départ.

-je ne suis pas possédé fils. Aucun de ces démons de malheur ne parviendra jamais à prendre possession de moi aussi facilement, pas comme toi mon fils.

-comment ça ? Tu crois que moi je suis possédé ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité là !

-non, tu n'es pas possédé, je le sais. Malgré le temps et la distance, je suis encore capable de voir si tu vas bien ou pas. Mais tu subis l'influence du mal depuis trop longtemps, toi comme Bobby, comme Jim et même comme Rufus. Vous subissez tous son influence et vous êtes tombés du mauvais côté, et j'en suis vraiment désolé.

Le silence s'installe après cette déclaration. Le père Winchester secouant la tête de dépit face à l'ignorance qu'il juge flagrante de son fils ainé. Et Dean face à la stupidité de son père et au cheminement qui se fait dans son esprit.

-tu parles de Sam n'est-ce pas ? Tu penses que c'est lui qui est possédé et qu'il nous influence depuis qu'il est né…

-je ne le pense pas Dean, je l'affirme ! Depuis que ce démon a détruit notre vie, tout a changé. Tu as changé depuis que je t'ai dit ce qu'il était advenu de ton frère … si c'est bel et bien toujours ton frère qui est dans ce corps. Excuse-moi de ne plus trop y croire ! Ce gosse m'a tout pris, tu es tout ce que j'ai Dean et il t'a pris avec lui !

-C'EST MOI QUI AIS DÉCIDÉ DE PARTIR AVEC LUI ! TU NE TE SOUVIENS DONC PAS DE TOUTES LES FOIS OU TU LE FRAPPAIS SANS MÊME N'AVOIR AUCUNES RAISONS POUR CA !

-ce n'était pas mon fils que je frappais Dean. Mon fils cadet est mort en même temps que ta mère dans cet incendie démoniaque. D'ailleurs, ce démon que je continue de poursuivre nous l'a pris mais jamais tu n'as voulu l'accepter ! Accepter que celui que tu aimes et que tu penses être ton frère n'est rien d'autre qu'un suppôt de ce démon qui grandit insidieusement à l'intérieur de l'enveloppe charnelle de ton frère.

-MAIS TU TE RENDS COMPTE DE TOUTES LES CONNERIES QUE TU DIS PAPA !

-ça a été long mais j'ai fini par faire le deuil de mon fils cadet parce que je sais que celui qui est à l'intérieur de cette maison n'est pas lui. Mon deuxième fils est mort et rien ne pourra le ramener … mais je ne tiens pas à te perdre toi non plus. Je t'ai déjà presque perdu mais je suis parvenu à te retrouver malgré tout et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour te ramener sur le droit chemin, te faire revenir à moi et en même temps, tuer ce suppôt qui se prétend ton frère et qui t'induis dans la tromperie. Dit son père en tirant une petite manette d'une des portes extérieures de sa veste.

-qu'est-ce que c'est que ça ? demande Dean dont l'inquiétude le gagne de plus en plus, sentant qu'il ne tenait plus le contrôle de la situation.

Mais, sans même se donner la peine de lui donner une réponse, John Winchester appui sur le petit bouton rouge et, immédiatement après, la voiture de Rufus explose dans un raffut assourdissant, projetant son propriétaire à plusieurs mètres de là, inconscient et blessé.

Dean hurle son nom alors qu'il tire avec son fusil mais, il ne parvient pas à toucher son père qui lui tire une fléchette anesthésiante dans la jambe. L'effet est immédiat et quand l'engourdissement le prend complètement, l'aîné des frère Winchester ne peut rien faire d'autre que s'écrouler par terre en pensant une dernière fois à son frère qui devrait maintenant compter sur Bobby et Jim pour le protéger mais aussi à son père qui était devenu complètement cinglé, avant que le noir ne le plonge dans les abîmes profond du sommeil forcé dont il fait office.

Quand Bobby et Jim voient ça, ils comprennent que la situation de John est irréversible. Il est persuadé qu'il doit tuer Sam pour retrouver Dean. Après un regard échangé, chacun d'entre eux prend sa position. Bobby se poste dans la cuisine près de la fenêtre pour empêcher John d'entrer et Jim reste en bas des marches pour l'empêcher, dans le cas contraire, d'atteindre son fils cadet.

Mais c'est sans compter sur John Winchester qui a déjà tout prévu pour avoir ce démon qui a pris le corps de son fils. Il retourne vers son véhicule est y prend des explosifs qu'il dispose autour de la maison. Quand il les fait exploser … le nuage de poussière ne révèle plus qu'une moitié de baraque qui tient encore debout, les corps de deux chasseurs au sol, sans la possibilité de savoir s'ils sont encore en vie. Mais le patriarche Winchester n'en a que faire, il prend son calibre 45 et se dirige vers la partie sud de la maison qui n'a pas souffert des explosions, là où se trouve certainement ce suppôt de Satan.

De son côté, Sam n'en menait pas large, loin de là. Entendre son frère crier ainsi que son père lui avait fait tellement peur qu'il avait arraché sa suce de son support en plastique et attraper Monsieur Happy qu'il tordait de toutes ses forces, les larmes coulant librement sur ses joues … mais quand les premiers coups de feu avaient retentit ainsi que les explosions, il n'avait pu retenir plusieurs sursauts d'affilés et s'était oublié dans la couche que son frère lui avait mis. Il était actuellement mort de peur et son cœur manque un battement quand la porte de la salle de bain s'ouvre sur quelqu'un d'autre que Dean.

Dehors, les explosions ont redonné conscience à l'aîné des frères Winchester qui sort doucement de sa léthargie après la seringue soporifique de son père. Quand son esprit se remet en place, les derniers souvenirs avant le trou noir lui reviennent en pleine face. Malgré tous ses membres engourdis, il sort comme il le peut du véhicule dans lequel son père l'a mis plus tôt, dans son pick-up. Une fois dehors, il entend un cri familier en provenance de l'intérieur de la maison … ou plutôt de ce qu'il en reste … et qui venait de son frère. Son bébé-frère était en danger et ça, Dean Winchester ne pouvait pas l'accepter. Il attrape des armes dans le coffre de l'Impala toujours garée dehors et marche le plus vite possible malgré son engourdissement général, vers la maison, vers son frère.

-alors comme ça tu as peur ? Mais est-ce que tu as mal, hein, dis-moi tu as mal suppôt de démon ! Crache John Winchester en donnant un nouveau coup de pied dans les côtes de celui qu'il ne pense plus être son fils.

-'rrête papa … D'e … pleure Sam face contre le carrelage de la salle d'eau, crachant du sang.

-que j'arrête, même pas en rêve démon. Tu as osé prendre le corps de mon fils mort pour assouvir tes desseins. Je savais les démons malsains mais à ce point, jamais je ne l'aurais imaginé. Dit-il en brisant cette fois-ci le deuxième bras de son fils qui pousse un hurlement de douleur qui retentit tout autour des ruines de la maison.

Depuis qu'il était dans cette salle de bain, John Winchester n'avait plus qu'une idée en tête, faire avouer ce démon qui avait pris le corps de son fils avant de le tuer, et ainsi prouver qu'il avait raison. Et quel meilleur moyen pour faire parler quelqu'un que la torture ?!

Quand Dean arrive dans la salle de bain en compagnie de Jim qu'il avait vu bouger dans les décombres, c'est une scène d'horreur qui se déroule sous leur yeux.

John Winchester debout face au corps immobile de Sam dont les bras et les jambes formaient des angles bizarres, du sang s'écoulant autour et en-dessous du corps alors que les yeux voilés de son petit-frère dont le visage est recouvert de sang se posent sur lui dans une supplique muette que Dean n'a même pas besoin d'entendre pour comprendre. « À l'aide Dean »

La rage s'emparant de lui, Dean pointe son revolver vers la poitrine de son père qui se retourne au même moment. Quand son regard tombe sur le canon de l'arme, son visage se décompose au moment même où la balle tout juste tirée vient se loger dans son cœur. Durant un dixième de secondes, le père Winchester reste debout immobile alors que son regard se vide de toute vie et que son corps ne retombe sur le sol, inerte, mort.