Cet OS a été écrit à l'occasion d'une Nuit du FoF, sur le principe d'une heure pour un thème. Le thème de 22h était "Caramel" et voilà ce qui est sorti de ma petite tête. Les Nuits ont lieu chaque mois, n'hésitez pas à nous rejoindre ! =D


Angela ouvrit des yeux gonflés de sommeil et grimaça. Le soleil n'était pas encore levé et pourtant une alarme sonnait. Elle jeta un regard assassin à son réveil matin, mais celui-ci indiquait trois heures et vingt-cinq dans un silence imperturbé.

Elle se redressa sur son lit, perplexe. Le bip-bip régulier (et perçant) provenait d'en dehors de sa chambre. Elle hésitait. Ses doigts trituraient machinalement les tissus de ses draps et de sa chemise de nuit. Elle avait envie d'ignorer le bruit et de se rendormir, mais sa curiosité…

Angela s'extirpa du confort de son lit avec un reniflement résigné. Elle chercha à tâtons la poignée de la porte, puis l'interrupteur du salon. La soudaine lumière lui fit plisser les yeux. Son petit deux-pièces était à son image : simple et démodé. Gardant les yeux plissés sous l'effort pour voir sans ses lunettes qu'elle avait laissées sur la table de nuit, elle chercha d'oreille la provenance de la désagréable sonnerie.

Elle finit par dénicher une boite au fond du gros sac qu'elle emportait habituellement au travail. Il lui fallut quelques instants pour se rappeler de quoi il s'agissait. Puis ses yeux s'arrondirent lorsqu'elle eut l'illumination : la montre que lui avait donnée Tony, bien évidemment !

Mais alors, cela voulait dire…

Angela ouvrit fébrilement la boite et la montre découverte se mit à hurler son alarme de plus belle. C'était insupportable, à la limite du douloureux. Avant toute autre chose, la jeune femme se mit à appuyer sur tous les boutons, jusqu'à ce qu'enfin la montre se taise. Elle en poussa un long soupir de soulagement.

Puis elle réalisa que les chiffres et nombres clignotaient de façon erratique sur l'écran. Elle plissa les yeux pour déchiffrer les symboles. Elle était certaine que l'affichage était plus calme quand Tony le lui avait montré. Mais qu'est-ce que cela voulait vraiment dire ? Elle serra les dents, inquiète, effarée même, à l'idée que, peut-être, Bruce soit en train de se changer en Hulk en ce moment-même. Ici un cœur rouge clignotait à toute vitesse, là une courbe était bloquée tout en haut de son cadran, et dans le coin des nombres et des chiffres qui se pressaient pour traverser leur zone…

Angela bondit vers son téléphone. Inutile de s'acharner sur ces choses techniques qu'elle ne comprenait pas alors qu'elle pouvait tout simplement passer un coup de fil au premier concerné, n'est-ce pas ? D'un doigt tremblant, elle composa le numéro de Bruce sur son vieil appareil à cadran pivotant. Elle avait un petit carnet contenant énormément de numéros, mais elle avait fait l'effort d'apprendre ceux des Avengers par cœur.

La première sonnerie parut lui hurler dans l'oreille, mais dès la deuxième ce fut comme si elle s'était déjà habituée. La troisième s'interrompit pour laisser la place à un bougonnement bourru qu'elle ne parvint pas à reconnaitre.

- B… Bonsoir ? lâcha-t-elle d'une voix croassante. B-Bruce ?

Il y eut un autre marmonnement indistinct, puis la personne à l'autre bout du fil toussa et ce fut une voix humaine qui reprit la parole :

- Angela ?

La jeune femme eut un sourire soulagé. C'était bien la voix de Bruce. Il allait bien, il n'était pas Hulk.

- Angela, quelque chose est arrivé ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

La voix de Banner ne cachait pas son inquiétude. Angela réalisa soudain que l'heure était plus que tardive, qu'il était normal que Bruce pense tout d'abord à un accident et qu'elle n'avait aucune raison à son appel qu'elle souhaitait lui fournir.

- Oh, rien, rien du tout, tout va bien, je… balbutia-t-elle alors. Pardon, je… Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard, je… Je te présente mes excuses, il est tard, je n'aurais pas dû téléphoner.

- Tu ne me dérange pas, Angela, calma son interlocuteur après un presque imperceptible gloussement. Je n'arrivais justement pas à dormir.

- Ah ? Moi non plus, mentit-elle.

Elle se sentait profondément stupide. Si elle avait pu simplement raccrocher et retourner se cacher dans son lit pour effacer cet appel, elle l'aurait fait. Quelle stupide idée, vraiment ! Elle était si bête au réveil !

- Je peux t'aider d'une quelconque manière ? demanda Bruce après un silence inconfortable.

- Hein ? laissa échapper Angela. Pourquoi ?

- Tu m'as appelé, expliqua-t-il patiemment, et j'imagine que tu meubles tes insomnies par ton travail. Je peux me tromper, bien sûr, mais j'ai pensé que tu avais peut-être besoin de moi pour quelque chose, et puisque je ne dors pas non plus, peut-être que je peux t'aider ?

Le truchement de l'antique appareil téléphonique rendait difficile à entendre les subtilités d'une voix, et donc délicat à deviner les émotions de l'interlocuteur. Angela ignorait s'il parlait pour se donner une raison de ne pas raccrocher ou s'il était réellement serviable à ce point.

- Angela ? appela le scientifique qui s'étonnait de ne pas recevoir de réponse.

- Ah ! Je… Je…

La secrétaire se pinça les lèvres. Elle essayait d'inventer quelque chose, mais son esprit encore embrumé de sommeil refusait de lui ouvrir les portes de l'imagination.

- Non, je… Il est très tard, Bruce, je ne devrais pas te déranger à cette heure. Ne t'occupe pas de mon travail, ce n'est rien d'important, je… je te rappellerais demain pour régler ça.

- Oh, fit Bruce, d'accord, alors.

Il y eut un autre silence. Angela ne savait même plus pourquoi elle l'avait appelé à l'origine. Elle voulait se frapper la tête contre le mur et se cacher sous la table.

- Angela ? appela à nouveau Bruce.

- Oui ? fit faiblement la jeune femme.

- J'imagine que tu ne vas pas aller dormir ?

- Eh bien, je… commença-t-elle avant de se rappeler qu'elle venait de lui mentir en lui disant qu'elle était insomniaque. Non, je ne vais pas aller dormir. Enfin, pas tout de suite. Peut-être plus tard… Je ne sais pas. Je vais… travailler.

Bruce murmura un acquiescement de l'autre côté du fil. Il lâcha une autre syllabe qui n'était pas un mot, puis ce fut le silence. Angela fronça les sourcils, se demandant si son appareil avait coupé la communication.

- Bruce ? appela-t-elle.

- Oui, pardon, fit-il. Je me demandais, puisque nous sommes tous les deux partis pour une nuit blanche… Pepper m'a donné cette boite de caramels il y a quelques semaines. Une grosse boite. Ce ne serait pas raisonnable de la manger tout seul.

Angela, bouche bée, se rendait soudain compte de son cœur qui battait la chamade.

- Que dirais-tu de la partager avec moi ? poursuivit Bruce. Je suis dans la tour Avengers, je ne suis pas très loin, ce ne sont que quelques pâtés de maisons à traverser… et je crois que j'ai besoin d'un peu d'air frais.

Elle fut immensément ravie qu'il ne soit pas là pour la voir rougir violemment, tout son corps devenant rouge sous sa chemise de nuit en coton blanc. Sur la table, la montre ne clignotait plus. Les chiffres étaient de nouveau de calmes caractères gris.

- Je prépare du thé, souffla-t-elle avec un sourire.