Aujourd'hui :
Gin tourne autour de moi. Il me toise, puis passe dans mon dos. Je n'ose me retourner, et fixe le mur.
« Les deux personnes qui sont avec nous sont déjà des agents , siffle-t-il. »
L'épreuve ultime te confrontait à eux. Tu devais mettre au moins l'un d'eux en danger de mort, l'autre protégeant le second. Comme tu l'a compris, la femme devant toi a essayée de t'amadouer, afin que tu lui offre ta vie. Premier piège. C'était ensuite elle qui fallait que tu tente de tuer en priorité. »
Des gardes de l'organisation arrivent. Gin se tait. On m'enfile un sac sur la tête, pour ne pas changer, et deux armoires viennent me soulever par les bras pour m'emmener dans un véhicule et m'y attacher, avant que j'entende un moteur démarrer. Au revoir l'hôpital psy.
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On s'arrête, puis le sac qui me masque la vue depuis plusieurs heures m'est enfin retiré. Je n'était pas dans la même voiture que Gin. Je ne sais même pas où je suis. J'ai la vue dans le flou artistique, mais elle s'améliore. Je suis dans un parc d'immeuble d'habitation, qui à l'air plutôt paisible. Tant mieux. Je commençais à en avoir marre de l'hôpital Psy. Je ne suis pas déçue de retourner dans des lieux plus...familiers.
Un homme s'approche de moi. Plutôt baraqué, avec un air de gorille, une cigarette, et le même accoutrement que Gin.
« Alors c'est toi la nouvelle, hum ? Pas mal ! »
Je n'ai même pas envie de lui répondre, préférant garder un air contrit et suffisant à son égard. Cette personne est plutôt nonchalante à ce que je vois, et je me trompe peu souvent à ce propos.
« C'est quoi ton nom ma jolie ? Me lance-t-il, lubriquement, en essayant de garder sa cigarette dans sa bouche, pinçant le coin des lèvres.
- Mizunashi Rena. C'est mon nom.
- Bien. Tu vois cet appartement au premier étage ? Eh bah c'est le tient à partir d'aujourd'hui. Tout est prêt pour ton arrivée. Tient toi bien. C'est compris ? , me dit-il en me tendant les clés.
- Compris...
- Je vais repasser te chercher ce soir à 20 heures. Tient toi prête. »
Il s'en va sans rien dire plus, remontant lourdement dans sa voiture qui repart, me laissant seule.
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Le bougre n'avait pas menti, il y a vraiment tout. Vraiment tout. Cet appartement était habité il y a peu par quelqu'un d'autre, c'est sûr. Il y a des piles de magazines sur la table basse, devant la télé, le frigo est plein, il reste des cendres dans le cendrier.
Ces gens n'ont même pas pris la peine de masquer cette appartenance antérieure. Est-ce qu'il se transmet de recrues en recrues ? Non, je ne pense pas, c'est trop grand. À mon avis je vais rester ici un bon moment, ce n'est pas un appartement de transfert. C'est donc que la personne qui était là avant s'est faite exproprier sans plus de précautions que par la mort, je ne le craint.
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J'ouvre le frigo, le ventre tordu par les épreuves que je vient d'enchaîner. La lumière jaunâtre de l'ampoule intérieur illumine deux sachets de pancakes que j'attrape. Le beur de cacahuète n'est pas loin à côté, mais j'y suis allergique, je me rabat donc sur la confiture, et prépare ma bonne vieille recette. Ou plutôt celle de ma mère, qu'elle me préparait quand j'étais petite.
Je décide de me poser au bord de la fenêtre pour déguster, et observe l'agitation au contrebas. Les voitures circulent, les piétons rentrent chez eux. La soirée arrive. Les colosses du centre boursier gardent l'entrée de la ville au loin, avant de disparaître dans le brouillard de pollution.
Moteurs, klaxons, discussions.
Le monde tourne.
Ma mission est de faire en sorte que ça ne s'arrête pas.
Alors je vais là où personne ne veut aller. Je vais chez les démons. Les dieux du mal qui s'immiscent insidieusement dans notre société, dans nos rues, nos entreprises, pour frapper furtivement, sans laisser de traces.
Qui sont-ils ?
Depuis quand existent-ils ?
Mon dossier était maigre, avec plus d'informations incertaines que de certitudes. D'autres agents américains ont déjà intégrés l'Organisation. Mais aucun n'a réussi à s'approcher assez près du cercle sacré qui gravite autour du grand chef. Aucun n'a réussi à obtenir une confiance suffisante de la part des autres membres. Tous démasqués ou tués.
( note de l'auteur : je me contre-fiche du père d'Hidemi, je n'en tient pas compte dans cette fic )
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20H00
On frappe à la porte.
Je vais ouvrir.
Le gars est là, toujours avec une cigarette, à croire qu'elle lui est greffée.
« Tu me suis, je t'emmène à ton cocktail de bienvenue, dit-il enjoué, tandis qu'il se dirige vers la voiture.
- Pas de sac sur la tête cette fois-ci ?
- Non, pas cette fois ci, se content-il de répondre. »
Il s'installe au poste conducteur, et m'invite à prendre « la place du mort » selon ses dires, autrement dit, à côté de lui. Plus simple pour me garder à l'œil...
En suivant les panneaux, je me rend compte qu'il se dirige sur la voie rapide. On va sortir de la ville.
« Retient bien le chemin qu'on fait, tu devra l'emprunter souvent.
- On va au QG ?
- Non, on va pas au QG on va dans UN QG. D'ailleurs celui-ci est plus destiné à la formation et à l'entraînement. On ne met pas tous les œufs dans le même panier. Et ne dit pas QG, ça fait débile. »
Donc je vais à mon « cocktail d'accueil »... Qu'est-ce que c'est que cette chose encore ? J'hésite à demander. Je ne voudrait pas paraître trop curieuse. Et puis demander voudrait dire que je m'inquiète.
L'ambiance à l'extérieur est loin d'être idyllique. On roule maintenant dans un dédale de zones industrielles où les hangars en taules ondulées et rouillées s'imbriquent comme dans une partie de tétris. pas mal d'entre-eux sont abandonnés. L'endroit idéal je suppose. Pas de patrouilles de police, pas de voisins gênants, trop loin des habitations pour qu'il y est des junkies. C'est vraiment un désert urbain. Le seul risque serait qu'un des hangars soit racheté, mais j'imagine que l'organisation à suffisamment de moyens pour palier à se genre de souci technique.
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La voiture s'engouffre dans un hangar.
Les ténèbres nous dévorent.
Le gars ne prend même pas la peine d'allumer ses phares.
« La véritable épreuve d'entrée commence maintenant, ma jolie, me lance-t-il tout sourire. »
Il y a six mois :
La roue ralentie peu peu sa rotation frénétique, émettant le même bruit qu'un turboréacteur qui s'arrête, ce qui ne manque pas de rappeler à Hidemi les aventures qu'elle vient de vivre.
Le système s'arrête, et son corps commence à ressortir du tube. La jeune femme retire le masque sur son visage, puis comme à l'accoutumée, dégage l'arceau avant de relever son buste doucement, essayant de contenir sa nausée traditionnelle.
Elle a la tête qui tourne, avec l'impression d'avoir le sang dans les pieds, et une boule de bowling à la place de la tête.
« WHOOO ! » Crie Hugues, venant juste de sortir de son caisson de simulation.
« D'habitude l'avion il reste entier ! C'était incroyable !»
Hidemi regarde sa montre, qui lui indique que la simulation n'a durée qu'une demie heure. Pire que le jet-lag, pour elle à chaque fois le retour est une véritable gifle spatio-temporelle.
Doucement, l'horizon arrête de danser.
« C'est bon, j'ai eu ma dose Huges !
- Oh, petite nature ! De toutes façon je vais bien être obligé de te ficher la paix, je part !
- Hein ? Quoi ?
- Je pensais pas que ça te ferais cet effet là, répond-il amusé !
- T'es lourd Mike... Bon, tu va où ?
- Aucune idée. J'ai le test final, puis j'aurais ma première affectation, et bon vent !
- On se reverra ?
- Je ne sais pas. Moi je ne suis qu'un analyste de terrain. Mon travail c'est d'observer et déduire. Pas tellement d'agir. Donc ça va. Mais toi, vu que tu es dans un cursus pour rejoindre le Service Action, c'est une toute autre histoire.
- Oui je sais. Nouveau nom, nouvelle vie, que du toc.
- Voilà. T'aura peut-être même pas le droit de m'adresser la parole si on se revoit. Mais t'inquiète, d'ici là on a encore un peu de temps.»
Mike referme le zip de son sac, salue Hidemi puis s'en va. La jeune femme éprouve un mauvais pré-sentiment. Elle ne sais pas vraiment quoi penser de lui. Une auréole de danger plane au dessus de sa tête. Hidemi ne sais toujours pas pourquoi il est venu vers elle le jour ou elle l'a rencontré. Et ce n'est pas faute de lui avoir demandé à maintes reprises.
Hidemi éteint les lumières puis s'en va à son tour.
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le lendemain :
TUE LE !
TUE LE !
TUE LE !
L'instructeur crie sur Hidemi qui court à travers la pelouse, slalomant entre les obstacle, un SIG dans les mains. Elle doit toucher chaque cible en courant. Des petites plaques en métal qui sonnent à chaque fois qu'un tir les atteint.
Viser – tirer.
DEFONCE LES !
ALLER, PLUS VITE !
Son souffle s'écourte, et son chargeur tombe en rade. Elle presse le petit bouton sur le bord gauche de la carcasse de son arme, ce qui a pour effet de libérer le magasin vide, qu'elle a un peu de mal à fait sortir, dans la précipitation, rendant le mouvement moins impressionnant et fluide que ceux que l'on peut voir dans les films.
*Claq*
Elle fait un mouvement de recharge et reprend sa progression. Enchaînant les cibles jusqu'à la fin du parcours.
« 2'19. C'est à chier ! » Lui annonce le moniteur en bout de course, bien que son temps soit réglementaire.
Hidemi ne prend pas la peine de lui répondre, et part rejoindre le groupe qui a déjà terminé. Un homme en costume s'approche du groupe. Sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, encore en train de récupérer, il se rapproche d'elle.
« Mademoiselle, vous pouvez me suivre ? »
L'homme, qui approche de la soixantaine, fait bien plus jeune de par sa musculature, apparente dessous l'ensemble bleu foncé. Ses yeux sont perçants, d'un regard à la foi triste et déterminé, celui d'un homme qui a du se battre longtemps.
« Peter ?! Balbutie Hidemi, surprise de voir son parrain apparaître si soudainement.
- Lui même jeune fille. Je viens de finir un gros dossier, et comme j'avais un peu de temps libre avant ma pause déjeuné, me voici.
- Merci, c'est sympa ! Lui répond-t-elle, accompagné d'un sourire. »
Peter, ou plutôt Hartwin Emil Peter, de son vrai nom, connaît Hidemi depuis son plus jeune âge, ayant côtoyé sa mère, avant qu'elle ne décède. Adolescente elle avait passé beaucoup de temps chez lui, et fait de facto partie du petit groupe de personnes qui connais sont nom complet. Pour les autres Mr Emil est simplement connu sous le nom Peter. Point.
Il a naturellement décidé de la prendre sous sont aile quand Hidemi intégra l'école, étant devenu un agent basier, qui ne part plus en mission, restant dans les bâtiments du centre de formation pour une mission administrative, en attendant une retraite bien méritée.
Chaque élève a un parrain, mais peu en ont un du rang de Peter, et Hidemi sait, en le regardant fixer le lointain, que les yeux de cet hommes ont vus des choses extraordinaires, qu'elles soient magnifiques ou effrayantes.
« Alors, comment ça se passe à La Ferme ? Demande l'agent, aimant bien ce surnom couramment donné à l'école de la CIA.
- Ça se passe... Répond la jeune femme, esquissant un sourire à la fois ironique et triste.
- Dis moi, j'ai eu vent qu'un personnel masculin passait pas mal de temps avec toi ces dernier temps... Tu ne veut pas me remplacer quand même ! Lance-t-il avec une fausse pointe de sévérité suivie d'un rire.
- On ne peut rien vous cacher Peter ! Il ne fait que m'aider...
- Oui...hum. Marmonne-t-il. Méfie-toi.
- Vous n'êtes pas mon père Peter ! Lui répond-t-elle sur le ton de la rigolade. »
Cependant, Hidemi avait apprit à écouter son parrain qui ne disait jamais rien au hasard. Il sait faire passer des messages sans trop en dire, parfois pour pas grand chose, mais la jeune femme savait ô combien les petits conseils de ce vieux loup pouvait être précieux, sans qu'il n'ai eu à faire de grand discours. Avec lui, il faut toujours lire entre les lignes. Cela-dit, avec Hidemi, il avait toujours eu cet manière d'être, toujours un peu protecteur, à veiller de loin. Parfois elle pensait qu'il prenait peu être un peu trop son rôle à cœur, mais pour son bien, et puisqu'elle a confiance en lui, elle préfère l'écouter.
« Peter, je peux vous poser une question ?
- Pourquoi demander, tu sais bien que oui !
- C'était plus pour vous prévenir que j'allais vous demander quelque chose de sensible, et donc de vous y préparer.
- Ah, tu ne changeras jamais, toi ! Bon, aller, vient là bas, on sera à l'ombre, ça cogne en Virginie à ces heures là ! »
Peter fait un signe aux instructeurs de la classe d'Hidemi pour lui permettre de ne pas renter avec le reste du groupe, ces derniers commençant à s'agacer.
« Peter, vous n'êtes pas sans savoir que ma famille est très impliquée dans ce que ma mère appelait 'Eux'
- Oui, continue... Dit-il perplexe, comme si il s'apprêtait à entendre quelque chose qui ne lui plaît pas.
- Autrefois, elle a connu un agent, il lutait contre cette organisation.
- Je ne vois toujours pas de question... Qui était-il ?
- Je ne sais pas, il est mort il y a longtemps. Mais ma question c'est : Sachant que la CIA s'intéresse à cette organisation, et que ma famille est profondément impliquée dans celle ci, est-ce que vous pensez que je pourrais rejoindre cette opération ?
- Hum. Faillait bien qu'elle sorte un jour cette question... Normalement ce genre de choses sont classifiées, mais bon, tu as l'air d'en connaître déjà un bon morceau...Je sais dans quel pétrin vous êtes fourrés dans votre famille. Je connaissais bien ta mère, donc ce que je sais, je le sais par elle. Je n'ai que très peu d'informations sur cette opérations, ou bien même, sur ce que tu appelles 'Eux', mais honnêtement, ce truc, c'est pas sain. Il y a mieux, crois moi.
- Par ce que vous croyez que le contre-terrorisme c'est mieux ?
- Je n'ai pas dit 'dangereux', j'ai dit 'pas sain'... De ce que j'ai pu entendre...
- ou écouter... !
- Ne me coupe pas ! Donc de ce que j'ai pu entendre, cette opération est tellement pourrie que personne ne se presse pour y aller. Donc contente toi de réussir ta formation, et au moment venu, si tu veux toujours faire ça, on avisera. »
Hidemi sait que Peter connaît plus de choses qu'il ne veux bien en dire, et sa mise en garde à peine dissimulée l'inquiète.
Pourquoi tente-t-il de l'empêcher de participer à cette opération en particulier ? Hidemi sait que cette organisation est puissante et dangereuse, mais le danger c'est l'essence d'un agent, et qui plus est d'un agent du Service Action. Que renferme cette organisation, qui la rend si répugnante ?
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Mike arrive sur le parking des élèves. Sa vielle Volvo, garée sous un arbre avait réussie à éviter la chaleur du soleil de Williamsburg durant la matinée, mais s'était retrouvée totalement sous le coup de l'astre l'après-midi. Donnant quelques légers coups de pieds dans le bas de la portière, dont les joints étaient devenus collants, celle-ci fini par daigner s'ouvrir, expulsant un ouragan de chaleur, restée pigée à l'intérieur.
Faisant fi de la fournaise, et des sièges brûlants, Mike prend place au poste conducteur. Mais avant qu'il n'ai eu le temps de démarrer son portable sonne.
Il décroche.
« Bien. Je vous rejoint ».
Après tant d'attente le voici ! J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu, et que vous n'êtes pas trop perdus dans l'histoire ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
Je pense que le prochain chapitre sera sur la fic Face Cachée , donc restez connectés !
Merci à Dr Mad and Co et a Eyto pour leurs reviews !
Pyro
