Chapitre 10 :

Leur avancée était lente. Il avait plu et la route boueuse n'aidait pas. Juchées sur leurs montures, les deux femmes n'avaient pas échangés le moindre mot depuis leur départ. Un léger crachin rendait le voyage sinistre. La terre mouillée et l'odeur du bois en décomposition agressaient leurs narines. Gretel jeta un coup d'œil à la femme droite comme un « i » sur sa gauche, puis souffla exaspérée :

– Pourquoi ne nous sommes nous pas simplement matérialisées là-bas ?

Drizella leva les yeux au ciel en répondant :

– Parce qu'Emma voulait que nous ayons l'air d'avoir réellement voyagé…

– La magie aurait pu arranger ça !

– Ne crois-tu pas que c'est ce que je lui ai rétorqué ? Que trois jours de voyage en ta compagnie, à t'écouter te plaindre m'enchante, Sucre d'orge ? Mais quand le Dark One ordonne quelque chose on obéit, tu devrais le savoir !

Gretel souffla à nouveau, se concentra et ferma les yeux puis cria de douleur. Drizella ricana.

– Qu'est-ce qu'il se passe avec ma magie ? S'écria la jeune sorcière paniquée.

Drizella regarda d'un œil morne la route devant elle.

– Je te l'ai dit, quand le Dark One ordonne, on obéit…

– Tu veux dire… ?

– Qu'elle nous empêche de nous dématérialiser ? Oui, pendant les trois prochains jours, nous ne pouvons pas avoir accès à notre magie, précisa Drizella d'un air sombre, comme toi je l'ai appris dès le début du voyage à mes dépends.

Gretel tira sur les rennes de son cheval.

– Et tu ne pouvais pas m'avertir ?

Drizella se tourna vers elle et lui sourit de toutes ses dents.

– Ça n'aurait pas été drôle…

Gretel marmonna une réponse, se souvenant à temps qu'elle ne pouvait pas l'attaquer avec sa magie. C'était injuste… Elle sourit intérieurement, elle se vengerait quand elle aurait retrouvé son frère.

– N'y pense même pas, l'avertit Drizella devant elle. Se mettre à dos la sœur du Dark One n'est pas une bonne idée…

Gretel se renfrogna, cette sorcière savait lire dans les pensées… Ce n'était pas la première remarque du voyage sur laquelle elle tombait juste.

Drizella s'amusait de sa compagne de voyage, si elle avait été avocate à Hyperion Heights, elle n'en aurait fait qu'une bouchée. Cette femme était si facile à lire, comment avait-elle pu berner les gens du château ou même Henry ? Elle ne répondit pas à sa propre question, ces ploucs se seraient fait avoir par un simple Moldu !

Elles retombèrent dans leur humeur taciturne pendant les deux heures qui suivirent et Gretel reprit le dialogue ne supportant plus le bourdonnement des mouches ou de la piaillerie des oiseaux pour toute ambiance sonore.

– Je ne savais pas que la princesse Emma avait une sœur…

– J'ai été adoptée, expliqua Drizella en haussant les épaules.

– …

Elle observa l'air légèrement perdu de Gretel et précisa.

– J'ai été l'apprentie du Dark One.

– De Rumplestilskin ? S'étonna la jeune femme.

– Non, d'Emma ! Suis un peu, prends des notes ! Emma est le Dark One d'un autre monde et elle est plus puissante que ne l'a jamais été Rumplestilskin.

Gretel ne releva pas la moquerie et fronça les sourcils à la place.

– Tu veux dire qu'elle n'est pas notre Princesse Emma ?

Drizella se mordit la lèvre en réfléchissant. Peut-être qu'au fond elle était allée un peu vite en besogne en la traitant d'idiote, toute cette histoire était assez compliquée…

– Si, elle est bien votre Princesse, mais disons que pendant sa disparition, elle a vécu plusieurs autres vies… euh… grâce à la magie.

Gretel la regarda d'un œil noir.

– Je sais que tu mens, ne me prends pas pour plus idiote que je ne suis ! Elle n'a pas pu apprendre tout ça pendant quelques mois seulement ! Elle maîtrise ses pouvoirs aussi bien que Rumple, il y a des choses qui m'échappent dans cette histoire mais si tu me les expliques, je ne vois pas pourquoi je ne comprendrais pas ! Moi aussi j'ai été l'élève du Dark One je te rappelle et je ne pense pas que tout le monde puisse l'être.

Drizella la regarda avec étonnement devant ce soudain accès de colère puis sourit.

– Mais c'est qu'elle mordrait… Elle se reprit en voyant que Gretel s'énerver encore plus. Ok ! Je veux bien te raconter ! Après tout la prochaine auberge n'est pas avant encore une bonne heure et nous n'avons rien d'autre à faire… Simplement je ne sais pas si je peux te faire confiance.

Gretel sourit, heureuse de sa petite victoire puis déclara :

– Tu pourras toujours effacer mes souvenirs après…

Drizella acquiesça.

– Ce n'est pas une mauvaise idée… Très bien. Tu es prête ?

Gretel se redressa sur sa selle et tendit l'oreille.

– Oui.

Drizella inspira et commença :

– Cette histoire a débuté bien avant notre naissance, dans un autre monde…

.

Elles n'avaient pas encore atteint le village et la nuit s'étendait autour d'elles. Drizella plissa les yeux et décela l'orée de la forêt à quelques mètres. Enfin. Leur destination n'était plus très loin. Une bonne nuit de sommeil dans l'auberge ne serait pas du luxe, elle n'aurait pas été contre un bon bain, un verre de vin et une comédie à la télé… Sauf que ce qui l'attendait s'apparentait plutôt à un lit plein de puces, de la vinasse et le côté audiovisuelle serait remplacé par des blagues paillardes des clients de la taverne. Elle soupira, parfois son propre monde ne l'attirait pas et celui d'Hyperion Heights, même sans magie paraissait plus féerique. Toujours dans ses comparaisons entre les deux univers, elle ne remarqua pas l'ombre qui saisit les rennes de son cheval et l'arrêta brusquement.

Elle distingua des voix masculines et la lanterne tenue à bout de bras par un homme au visage fatigué et à la barbe fournie révéla la présence d'autres hommes plus repoussants et sales les uns que les autres.

Sur sa gauche se dressait, planté sur des jambes arquées, un homme de petite taille mais de corpulence importante, dont le strabisme divergent important de l'œil gauche l'amena à se demander s'il voyait encore quelque chose de ce côté. Il tenait fermement les rennes du cheval de Gretel, et sur son crâne entièrement chauve se reflétait la flamme de la bougie emprisonnée par le lampion – la seule lumière visible dans cette forêt interminable – serré farouchement par un homme barbu aux cheveux gras, aux ongles noirâtres, au sourire édenté et au regard vicieux qui papillonnait entre elle et Gretel. À la droite du « gardien de la lumière », le troisième homme relativement grand, possédait une cicatrice effrayante courant de sa tempe droite à la lèvre supérieure passant par le nez dont une partie avait été arrachée, accentuant la laideur du personnage qui n'avait pas en plus, vraiment été gâté par la nature avant ça. Et enfin, le quatrième homme celui qui tenait la bride de son propre cheval, certainement leur chef. Plus coquet, relativement propre et curieusement même assez beau, pensa Drizella en l'observant.

– Alors, mesdemoiselles, vous vous êtes perdues ? Demanda-t-il d'une voix mielleuse.

Drizella sourit gentiment en répondant :

– Pas vraiment, mais c'est fort aimable à vous de vous en inquiéter…

Le « chef » la considéra un instant, plutôt étonné qu'elle ne paraisse pas avoir peur d'eux. Il regarda la blonde qui, elle, semblait réagir plus « normalement » à leur présence, lançant des coups d'œil méfiants à ses compagnons. Il reporta son attention sur celle en face de lui qui continuait d'une voix égale :

– … et si vous pouviez vous décaler pour que nous puissions reprendre notre route, nous vous en serions reconnaissantes…

Il sourit d'un air charmeur qui devait faire tourner quelques jeunes jouvencelles faciles à berner et susurra :

– Mais certainement, il faudra cependant payer le droit de passage…

Drizella soupira, visiblement ennuyée.

– Bien entendu, le contraire m'eut étonné. Très bien, finissons-en.

Elle descendit de cheval. Toujours en s'adressant au chef, elle tendit une main et proposa :

– Allons à l'écart...

Tout heureux de ne rencontrer aucune résistance, il attrapa sa main et s'approcha. Drizella le tira vers lui et lui envoya un coup de genou violent dans l'entrejambe. Lorsqu'il tomba à genoux sur le sol les mains plaquées contre la partie anatomique de son corps meurtri, Drizella lui saisit le visage à deux mains et lui brisa la nuque d'un coup sec. Toujours des plus concentrées, elle dégaina son poignard sur sa hanche droite et le lança dans la gorge du deuxième homme le plus proche avant que le corps de sa première victime n'atteigne le sol. Elle apprécia du coin de l'œil la réactivité de Gretel, qui en avait profité pour donner un coup de talon violent au visage du chauve qui louchait, lui brisant le nez, le mettant hors combat pendant plusieurs secondes, plus occupé à résister à sa propre douleur qu'à ces deux femmes moins innocentes qu'elles n'y paraissaient !

Le troisième homme hésita trop longtemps, ne sachant pas à laquelle s'en prendre, se retrouvant coincée entre deux furies qui le poignardèrent sans ménagement pour finir avec le plus petit, fou de rage, qui résista vaillamment, réussissant à faire tomber Gretel de cheval mais finissant la gorge tranchée par la lame de Drizella.

L'altercation n'avait durée que quelques minutes, mais les deux sorcières à bout de souffle avaient l'impression qu'elles se battaient depuis des heures. La surprise et la brutalité de ce qu'il venait de se dérouler dans cette forêt reprenaient leur droit sur leur corps soudain tremblants et fatigués. Drizella fut la première à se ressaisir.

– Il faut y aller, dit-elle.

Elle ramassa la lanterne à terre où brûlait encore vaillamment la bougie puis souffla la flamme, les plongeant à nouveau dans le nuit.

– Tu as besoin d'aide pour remonter en selle ? Demanda-t-elle à Gretel en revenant vers leur monture.

– Non...

Drizella acquiesça en silence, se hissa sur son cheval et reprit la direction de l'auberge comme si l'incident violent n'avait jamais eu lieu, sous le regard pensif et légèrement admiratif de Gretel.

Elle atteignirent le petit village un quart d'heure plus tard et attachèrent les chevaux à l'entrée de la taverne. Avant que Gretel ne franchisse la porte Drizella l'arrêta et la retourna vers elle. À lumière qui filtrait à travers les carreaux sales de l'établissement, elle examina le visage de celle qui voyageait en sa compagnie et jura :

– Pourquoi tu ne m'as rien dit ? L'accusa-t-elle en déplaçant le doigt sur la pommette meurtrie pourvue d'une croûte noirâtre de sang séché et de terre qui n'embellissait pas l'hématome qui se devinait en dessous.

– Ce n'est qu'une égratignure, crâna Gretel en la fixant droit dans les yeux.

Drizella soutint son regard un instant et lâcha :

– Peut-être... Mais, mets ta capuche, j'aimerais autant que cette « égratignure » n'attire pas les regards méfiants des autres clients.

S'étant assurée qu'elle avait été parfaitement comprise, elle poussa la porte imposante et soupira intérieurement à la pièce qui lui faisait face. Quelques tables rondes éparpillées sur toute sa largeur étaient occupées par des hommes déjà trop imbibés d'alcool à son goût. De vulgaires clients qui s' en prenaient aux serveuses lorsqu'elles se trouvaient trop près de leurs mains baladeuses, ponctuant leur manque de respect de remarques salaces et inutiles, d'œillades effrayantes à l'encontre des employées qui, heureusement, se défendaient plutôt bien et envoyaient même parfois, un coup de plateau dans la figure d'un malotru, déclenchant le rire des autres convives, amenant Drizella à se demander si cette « ambiance guillerette » n'était pas simplement... banale.

La tenancière derrière le bar, une rombière en surpoids à faire pâlir tous les clichés, au teint rougeaud et aux yeux vifs et étroits, observait ce menu fretin avec tendresse, encourageant ses « petites » à taper plus fort si besoin, souriant avec orgueil aux cris de quelques clients qui abondaient dans son sens.

Drizella regretta Hyperion Heights pour la deuxième fois de la soirée et se fraya un chemin à travers le bruit et les insultes qui fusaient autour d'elle.

L'aubergiste, une dénommée Mme Ferguson, suivit des yeux ces nouvelles clientes, scannant leurs habits d'un œil connaisseur, se réjouissant intérieurement que les Dieux aient guidé ces deux jolies pigeonnes jusqu'à son établissement. Elle finit par lever le regard vers la femme brune qui la scrutait et comprit son erreur. Il se dégageait d'elle l'aura de ceux possédant la magie. Mme Ferguson n'avait pas souvent vu de sorcier dans sa vie, mais croiser la route de telles personnes et être toujours en vie pour pouvoir en parler faisait partie d'une de ses plus grandes fiertés. Elle se souvenait encore de la Méchante Reine, une femme qui la terrorisait et hantait ses cauchemars récurrents, et à cet instant, devant elle, la nouvelle arrivée posait sur elle le même regard emplit de promesses et de tortures inoubliables que la souveraine. L'assurance d'une mort lente et douloureuse si elle ne la prenait pas au sérieux ou pensait être en mesure de la duper ou de se jouer d'elle. Mme Ferguson était peut-être une voleuse, ne rechignant pas à détrousser un vagabond malencontreusement abattu dans sa chère et tendre auberge, mais elle n'était pas idiote et jamais au grand jamais, elle ne s'engageait dans une bataille perdue d'avance, et mieux ne valait pas énerver une sorcière ! Elle imagina cette jeune femme détruire d'un claquement de doigt toute l'œuvre de sa vie, réduire à néant son établissement, brûler vif les clients et ses employés et rire du résultat. Elle se mit à trembler malgré elle, toujours épiée en silence par le regard de Drizella qui se délectait de son petit effet. Qu'il était aisé de duper ces gens ! Elle fit apparaître une rose dans sa main. Un tour de passe passe qui ravissait Alice à Hyperion Heights et la posa avec une lenteur délibérée sur le comptoir, guettant la peur sur les traits de la patronne du lieu. Elle avait vu juste, cette femme était terrifiée par la magie. Seuls ceux qui avaient survécu à un massacre engendré par des pouvoirs surnaturels réagissaient avec une telle authenticité face à des sorciers. Cette femme la craignait et le petit cri qui s'était échappé de ses lèvres en voyant la fleur apparaître par « enchantement » lui confirma ses pensées. Tant mieux, se dit-elle.

– Nous voulons votre meilleur chambre. Qu'il y soit préparé un bain, qu'on nous apporte un bon repas et après ça, nous ne voulons pas être dérangées jusqu'à demain matin.

Drizella avait ordonné d'une voix froide son exigence. Une sorcière « digne de ce nom » ne s'embarrassait pas de politesse, elle commandait et était obéie. Elle le savait et Mme Ferguson le savait. C'était la loi de la jungle, le plus fort qui mangeait le plus faible, une règle qui présidait depuis des siècles, alors pourquoi la briser ? La sorcière suivit des yeux cette virago s'exécuter avec vivacité et les précéder dans l'escalier à coup de phrases doucereuses et soumises, de courbettes inutiles et de clignements des paupières nerveux pour finir par s'effacer avec soulagement une fois certaine que les deux femmes étaient satisfaites de la chambre. Mme Ferguson redescendit l'étage et prévint sa clientèle que si l'un deux avait le malheur de s'en prendre aux nouvelles arrivées, il en répondrait personnellement d'elle, et serait à jamais banni de son établissement. Le message passa parfaitement et la tenancière respira à nouveau.

Gretel ferma la porte après le passage de la dernière servante et s'adossa à celle-ci, observant Drizella ôter son manteau, ses bottes et sa veste. Ses habits de voyage se composaient d'une chemise en lin et d'un pantalon de cuir, une tenue à peu près égale à la sienne. Des vêtements pratiques pour les longues heures à cheval et pour les rencontres désagréables, pensa-t-elle. Qu'aurait donné une bagarre en corset et robe interminable, se demanda-t-elle devant la porte de la salle de bain refermée par Drizella qui ne lui avait pas adressée la parole. Gretel marcha vers le pichet de vin et se servit un verre. Elle devait reconnaître qu'elle avait sous-estimé la femme qui barbotait dans le bain juste à côté. Cette Drizella avait exécuté quatre hommes sans ciller. Certes, elle-même avait participé à cette tuerie, mais elle se doutait qu'avec ou sans elle, la sorcière s'en serait aussi bien tirée.

Elle entendit le clapotement de l'eau à travers la porte et fronça les sourcils. La connaissant, Drizella se prélasserait dans l'eau chaude un bon moment pour ne lui laisser qu'un bain froid pour se détendre. Elle finit son verre en se disant que c'était hors de question !

Drizella aux portes du sommeil, ouvrit les yeux en sentant la présence de quelqu'un dans la pièce. Elle soupira d'agacement devant Gretel qui la contemplait sans un mot. La sorcière attendit quelques instants, puis voyant que Gretel restait toujours immobile, prit la parole, sentant l'agacement monter en elle :

– Bon, vu que tu t'es bien rincée l'œil, tu pourrais au moins maintenant m'apporter un verre de vin !

À vrai dire, elle ne savait pas comment s'y prendre avec Gretel. Visiblement, elle s'était réellement repu du spectacle, de sa nudité dans ce bain, où elle était sans défense. L'espace d'un instant, Drizella s'était même attendue à ce qu'elle l'attaque, mais non, elle était restée plantée là, victime d'une réflexion intérieure qui n'en finissait pas et quitte à être reluquée, Drizella préférait l'être avec un verre d'alcool à la main. Elle était trop fatiguée pour lutter avec elle et s'en fichait qu'elle la voit nue. Elle ferma à nouveau les yeux lorsque Gretel quitta la pièce après sa remarque, se disant que cette sorcière était complètement givrée et recommença à s'assoupir devant son absence qui se prolongeait.

Elle fut réveillée par sa voix.

– Tiens...

Drizella attrapa le verre qu'elle lui tendait et ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche devant Gretel aussi nue qu'elle qui se glissait dans le bain.

– Qu'est-ce que... ?

– Tu crois vraiment que tu allais t'accaparer toute l'eau chaude ?!

Drizella resta un instant interdite et se mit à rire. Elle ne l'avait pas vu venir ! Gretel voulait le bain ! Elle finit rapidement son verre et se leva.

– Je te le laisse...

– Attends ! L'arrêta Gretel en attrapant son poignet. Tu peux rester si tu veux...

Drizella la regarda,plissa les yeux et sourit sensuellement.

– Vraiment, Sucre d'orge ? Je te plais ?

Gretel sourit à son tour.

– Pourquoi ne pas rendre se voyage plus agréable ?

Drizella ricana et répondit.

– Et qu'est-ce qui te fait croire que j'en ai envie ?

Gretel haussa les épaules.

– Tu es à cran, et tu as un faible pour les blondes...

– Comment... ?

– Alice.

Drizella pinça les lèvres, bien sûr qu'elle savait qui était Alice, après tout elle faisait partie de l'histoire qu'elle lui avait contée. Et puis Gretel était une espionne à la botte de Rumple. Elle avait bien fait son travail jusqu'à maintenant d'après Emma, alors identifier les nouveaux arrivants dans le château des Charmant n'avait été qu'un jeu d'enfant pour elle.

– Et qui te dit que je ne préfère pas la tenancière de cet établissement ? Demanda Drizella avec sérieux.

Gretel sourit, se doutant qu'elle la faisait marcher et répliqua :

– Je préfère te prévenir... C'est un mauvais coup au pieu.

Drizella arqua un sourcil et demanda :

– Et tu le sais, car... ?

– Elle et moi, c'était du sérieux avant que je rencontre Rumple. Mais je n'ai pas pu résister au crocodile. Des écailles et des dents pourries ? Franchement de quoi faire chavirer le cœur de n'importe qui, non ?

Drizella sourit et soupira tristement.

– Malheureusement je n'ai pas les dents aussi cariées que lui et mon hygiène corporelle est un plus saine que la sienne...

Gretel se leva se retrouvant face à la sorcière, laissa son regard parcourir le corps nu à quelques centimètres d'elle, puis pencha la tête.

– Je m'en contenterai, dit-elle avant de l'embrasser.

Elle sourit en sentant Drizella l'attirer à elle.

.

Drizella allongée sur le dos dans le lit plus propre qu'elle ne l'aurait cru, réfléchissait en fixant le plafond, écoutant la respiration profonde de la femme à côté d'elle. Gretel s'était montrée étonnement expérimentée et elle devait reconnaître qu'elle avait apprécié sa compagnie et ne serait pas contre une nouvelle nuit avec elle. Il y avait eu un abandon sincère entre elles et Drizella ne s'y était pas attendue. Elle tourna la tête au bruit de Gretel qui bougeait et se rapprochait d'elle.

– À quoi penses-tu ? Lui demanda-t-elle.

– À toi, répondit Drizella en souriant légèrement aux doigts qui dessinaient des formes inconnues sur son ventre. Je ne te comprends pas... Pourquoi ne t'es-tu pas enfui, pourquoi ne pas m'avoir attaquée ? Coucher avec moi, fait-il parti dans plan machiavélique pour que je me rapproche de toi et que tu me trahisses plus facilement ?

Gretel avait arrêté de jouer avec ses doigts, remarquant l'inquiétude et une certaine tristesse bien dissimulées dans les questions de la femme qui venait de partager une intimité avec elle. Une union qui s'était révélée simple et sans faux semblants, un moment qu'elle n'aurait pas pensé partager une nouvelle fois avec quelqu'un.

– T'attaquer, répéta-t-elle, était bien mon intention...

Gretel la tête appuyée sur l'épaule de Drizella leva le regard vers elle et décela la méfiance dans les yeux plongés dans les siens.

– Mais tu m'as raconté ton histoire... Ta sœur, Anastasia, Emma, le sort noir, Hyperion Heights, ce monde sans magie qui m'étonne tellement...

– Peut-être, ais-je tout inventé...

Gretel sourit et repositionna sa tête sur sa poitrine, prêtant l'oreille aux battements réguliers du cœur de Drizella.

– Non, tout ce que tu as dit était vrai... Je pense que tu veux réellement effacer mes souvenirs dès que tu auras récupéré tes pouvoirs et c'est la raison pour laquelle tu as été si sincère... Tu es comme moi Drizella, une personne qui a dû prendre les choses en main. Tu as fui la vie de misères que te réservait ta mère. Tu as préféré choisir la voie de la magie, et devenir l'élève du Dark One...

– Toi aussi...

– Contrairement à toi je ne l'ai pas cherché... Mais d'une certaine manière j'ai eu le choix de le suivre, peu de temps pour me décider, il est vrai, mais il ne m'a pas forcé la main. En revanche, il s'est servi de moi et d'après ce que j'ai compris, ton Dark One ne l'a jamais fait.

– Non, Emma n'est pas comme ça...

Drizella se tut, Emma était le Dark One, elle avait été honnête avec elle, mais avait sûrement abusé d'autres personnes, en jouant le rôle du Ténébreux.

– Tu ne peux pas t'en aller, comprit Drizella. Tu as signé un contrat avec Rumple et il est toujours d'actualité avec Emma, il a seulement changé de propriétaire...

– Oui.

Drizella s'agita et la repoussa doucement pour s'asseoir dans le lit, suivant des yeux Gretel faire comme elle.

– Tu ne peux pas m'attaquer, ni avec ta magie, mais tu ne peux pas non plus avec une arme, souffla-t-elle. Emma t'en empêche... Comme tu ne peux pas t'enfuir...

– Oui.

Drizzela cogitait, elle connaissait Emma, quelque chose n'allait pas. Elle avait beau être l'Obscur, elle avait toujours été contre ce genre de relation. Tenir quelqu'un en esclavage la répugnait. Drizella se mit à rire. Emma savait si bien berner les gens ! Eux seuls construisaient leurs propres barreaux, elle n'érigeait jamais aucune barrière, elle semait simplement le doute dans leur esprit et ses « prisonniers » étaient seuls responsables de leur carcan psychologique ! Et elle-même s'était encore fait avoir !

– Pourquoi, ris-tu ? Demanda Gretel en fronçant les sourcils. Elle venait d'être honnête avec Drizella et voilà qu'elle se moquait d'elle !

La jeune sorcière sortit du lit et observa Gretel qui la fixait en colère et agita le poignet, faisant apparaître une bouteille de coca-cola en riant de plus bel.

Gretel sortit du lit et la rejoint, elle attrapa la bouteille qu'elle lui tendait.

– Ta magie est revenue !

– Elle n'est jamais partie, répondit Drizella d'un ton las. Tu l'as dit toi-même, Emma est un Dark One différent. Elle s'est amusée avec nous. Elle savait que je croirais qu'elle m'avait enlevé la magie... Comme elle savait que mon propre subconscient trouverait une « punition adéquate » pour m'empêcher d'y accéder pendant les trois prochains jours...

Gretel faisait tourner la bouteille dans ses mains, plus que perdue. Drizella posa deux doigts sous le menton de Gretel et l'obligea à la regarder.

– Tu es libre... Depuis que Rumple est mort, tu n'es plus l'esclave de personne. Tu peux accéder comme moi à ta magie, tu as juste cru que tu ne pouvais pas, car tu as aussi connu les colères du Ténébreux. Tu pourrais me faire du mal... Enfin ce n'est pas tout à fait vrai,se reprit-elle avec un sourire supérieure, tu n'es encore qu'un bébé qui découvre sa magie...

Gretel ne releva pas. Elle était libre ? Libérée du contrat avec le Dark One ? Elle reporta son attention sur Drizella qui lui caressait gentiment la joue.

– Qu'est-ce que tu fais encore là ? Va rejoindre ton frère. Ne fais pas la même erreur que moi, retrouve-le tant qu'il est toujours en vie...

Encore une fois Gretel fut frappée par la sincérité de la sorcière devant elle, les yeux brillants, elle lui souriait pleine d'encouragement.

– Vas-y, répétait-elle.

– Pourquoi est-ce que tu fais ça ?

Drizella ferma les yeux et inspira doucement.

– Je te l'ai dit, ton frère est en vie... Je donnerai n'importe quoi pour revoir Anastasia ne serait-ce qu'un instant...

Gretel hocha la tête puis hésita.

– Que se passe-t-il ? Demande Drizella devant son trouble.

– Tu ne vas pas effacer ma mémoire ?

Drizella tergiversa et secoua négativement la tête.

– Non.

– Pourquoi ? Je pourrais me servir de tout ce que tu m'as dit contre vous. Répéter ce que je sais à mon frère, au Roi Midas...

– Oui, tu pourrais, approuva Drizella. Mais sache que si tu le fais, tu seras le déclencheur de notre mésentente. Toi et toi seule, te seras crée une ennemie, car tu penses bien que si tu exécutes ce que tu viens de dire, je me dresserai contre toi aux côtés d'Emma et de Regina...

Gretel hocha à nouveau la tête comprenant ses paroles, agita les doigts pour s'habiller et posa la bouteille sur une table à proximité. Elle planta son regard dans celui de Drizella :

– Merci de m'avoir dit que j'étais libre, de ne pas avoir abusé de la situation...

Drizella esquissa un sourire et répondit.

– Je t'en prie, Sucre d'orge...

Drizella, toujours nue, recula de quelques pas devant le nuage de fumée rose qui emportait Gretel au loin. Elle marcha en direction du lit, le cœur un peu lourd, mais heureuse de son choix. Elle s'allongea. Elle avait besoin de dormir et maintenant qu'elle avait à nouveau accès à sa magie, Midas n'avait qu'à bien se tenir. Fini l'idée de passer pour une servante, elle aurait un entretien avec lui et découvrirait rapidement son plan. Elle ferma les yeux ne préférant pas s'attarder sur la place vide à ses côtés.

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Elle fut réveillée le lendemain matin par les rayons du soleil qui filtraient à travers les carreaux. Elle vérifia l'heure à sa montre, se félicitant d'avoir gardé cet outils si utile et grogna. Il était bien plus tard que ce qu'elle ne pensait. Elle se redressa dans le lit et faillit crier en l'apercevant tranquillement assise dans le fauteuil.

– Qu'est-ce que tu fais là ?

Gretel ne répondit pas tout de suite, parcourant son corps nu en silence avec envie. Drizella rougit malgré elle et attrapa le drap pour se couvrir un minimum provoquant un haussement de sourcil de la part de la sorcière à quelques mètres.

– Tu n'étais pas si pudique, hier soir, se moqua gentiment Gretel.

– Tu n'as pas répondu à ma question, répliqua Drizella.

Gretel s'enfonça dans le siège et murmura :

– J'ai peur...

Drizella s'apprêtait à répondre puis se tut devant son expression. Gretel la tête baissée, fixant ostensiblement le parquet déclara doucement :

– Cela fait dix ans que je n'ai pas vu Hansel, continua Gretel. Qu'est-il devenu ? Me reconnaîtra-t-il ? Et s'il ne m'aimait plus... C'est parfois plus simple de ne pas savoir...

Drizella se leva en entendant ses paroles et vint se placer près d'elle :

– Hé, regarde-moi... Tu...

Drizella cherchait désespérément des paroles de réconforts, mais n'en trouvait pas. Si les rôles avaient été inversé, elle aurait aussi été morte de peur, heureuse mais effrayée. Alors elle prononça les paroles qu'elles auraient aimé entendre.

– Je serai avec toi, Gretel, je ne te lâcherai pas, si tu as besoin que quelqu'un t'accompagne dans ces retrouvailles... Je serai cette personne.

Pourquoi disait-elle cela ? Pourquoi s'engager de la sorte auprès d'une femme que la veille encore elle méprisait. Parce que ces heures passées en sa compagnie avaient suffi à lui ouvrir les yeux, à la convaincre que cette Gretel était bien plus que ce qu'elle avait cru, qu'elle pourrait devenir amies. Des amies qui couchaient ensemble, certes...

Drizella interrompit ses réflexions en apercevant les larmes couler sur les joues de Gretel. Elle les essuya lentement avec ses pouces en cherchant le regard de la jeune femme si peu sûre d'elle tout d'un coup.

– Hé, ça va aller, d'accord ? On va le retrouver...

Gretel hocha la tête, ferma les yeux, inspira profondément et les rouvrit en soufflant :

– Merci.

Drizella sourit avec compréhension et baissa les yeux sur son corps.

– Je vais peut-être m'habiller, expliqua-t-elle, mal à l'aise en agitant le poignet.

– Non !

La main de Gretel autour de son avant bras ne lui faisait pas mal. Elle avait juste voulu arrêter son geste.

– Attends encore un peu, dit-elle en posant la main sur sa nuque pour l'embrasser.

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Le château du Roi Midas puait la supériorité. Drizella et Gretel détestèrent ne serait-ce que l'extérieur du bâtiment qui se voulait si imposant et « m'as-tu vu ». La nuit était tombée depuis plusieurs heures. Elles avaient décidé d'attendre le soir pour venir lui rendre visite, restant encore un peu dans cette chambre à échafauder leur plan. Celui-ci leur avait pris pas plus de dix minutes et elles passèrent le reste de la journée à se prélasser, parler et dormir.

Cachées derrière un bosquet à plusieurs mètres de l'entrée de la forteresse, elles suivaient des yeux, les gardes faire leur ronde.

– Franchement, des casques en or ?! Commenta Drizella. C'est totalement inutile. Un, ce doit être super lourd et deux, c'est bien trop voyant ! Enfin ?! Et Midas se demande pourquoi il n'est pas un foudre de guerre ?! Il a vraiment du bol de tout transformer en or, c'est réellement la seule chose qui le maintienne encore à flot... Ça et le fait de s'entourer de quelques cerveaux, d'après ce que j'ai compris...

Gretel hocha la tête en silence. Drizella se tourna vers elle et remarqua qu'elle était tendue.

– Tu es prête ? Lui demanda-t-elle gentiment.

– Oui...

– Alors on y va.

La chambre du Roi Midas sentait le métal, enfin, l'or. Tout était dans cette matière, jusqu'aux chaises ornées de coussins pour contrebalancer la dureté du matériaux. Drizella manqua de rire, même le pot de chambre étaient en or !

Les deux femmes se mouvaient silencieusement à travers ces richesses et finirent par s'arrêter devant le souverain qui dormait seul dans le grand lit. Lui et sa femme faisaient chambre à part, une demande spécifique de la Reine – pas vraiment étonnant lorsqu'on devait vivre dans ce genre d'endroit avec cet homme obnubilé par son pouvoir, fou de cet or, le préférant à tout être vivant.

Drizella agita le poignet et se tourna vers la chaise vide quelques instants plus tôt pour faire face au Roi bâillonné et attaché qui se réveillait difficilement. Il finit par comprendre se qu'il se passait et se mit à crier comme un forcené à travers le mouchoir qui étouffait ses appels au secours.

– Ne vous égosillez pas de la sorte, Majesté. La pièce est insonorisée... Je veux dire que personne ne peut vous entendre, précisa Drizella devant l'incompréhension manifeste de l'homme ficelé.

Elle se tourna vers Gretel et sourit en faisant apparaître une petite seringue dans sa main. Tout en s'avançant vers le prisonnier, elle commenta :

– Le monde d'où je viens ne possède pas de magie, dit-elle en enfonçant l'aiguille dans le cou de Midas qui émit un grognement sonore. Mais vois-tu, ils ont bien été obligés d'inventer des substitus pour palier ce manque évident. Et c'est ainsi qu'apparurent les médicaments et autres drogues... Je peux te dire qu'ils sont assez spécialistes dans ce domaine. Elle poussa le piston, retira la seringue et la fit disparaître en vérifiant l'heure à sa montre tout en continuant. Par exemple, il existe ce qui s'appelle le sérum de vérité... Elle tira sur un fauteuil – toujours en or massif – en jurant, insultant le poids de celui-ci, rayant magnifiquement le parquet pour finalement abandonner et matérialiser deux fauteuils confortables en cuir épais. Elle s'assit dans l'un, invitant Gretel à faire de même, tout en reprenant son petit discours. Où en étais-je ? Ah oui, le sérum de vérité... En gros, ce cher Midas va nous dire tout ce que nous voulons dans moins de cinq minutes avec ce que je lui ai injecté.

Pleine d'enthousiasme, elle croisa le regard de Gretel en s'exclamant :

– N'est-ce pas merveilleux ? Pourquoi s'embêter à le torturer pour le faire crier tant et plus alors qu'une simple injection suffit ? Elle vérifia à nouveau l'heure à sa montre et remarqua. J'ai même le temps de m'en griller une ! Le petit paquet de cigarettes apparut dans ses mains et la sorcière en porta une à ses lèvres, l'allumant avec la flamme d'une bougie à portée de mains.

Elle inspira la première bouffée et la recracha en soupirant d'aise.

– Je ne pensais pas que ça me manquerait à ce point-là...

Gretel fascinée, tendit la main en demandant :

– Je peux essayer ?

Les yeux de Drizella pétillèrent, mais elle secoua négativement la tête :

– Non, Sucre d'orge, la première cigarette est sacrée. C'est celle dont tu te souviendra toute ta vie et crois-moi, tu ne veux pas que Lingot d'or, ici présent, assiste à la toux que tu ne manqueras pas d'avoir. Tu vas recracher tes poumons et il faudra quelqu'un pour te faire du bouche à bouche après ça, et je préfère que nous soyons seules à ce moment-là...

– …

Drizella, le visage appuyé dans sa main, le coude sur un des bras du fauteuil, lui sourit sensuellement.

– Ne fais pas la tête, je saurai me faire pardonner...

Gretel ne put s'empêcher de sourire et accepta de ne pas bouder. Drizella finit sa cigarette, la jeta dans le feu et reporta son attention sur le monarque.

– Bien, il est temps.

L'homme leva la tête vers elle, parfaitement calme et pourvu d'un regard sans expression.

– Majesté... Je vais vous poser quelques questions et j'apprécierais que vous répondiez avec sincérité... D'accord ?

Il hocha la tête. Drizella retira le mouchoir de sa bouche et demanda :

– Comment vous appelez-vous ?

– Midas...

– Avez-vous une quelconque relation avec les garagistes du même nom ?

Le Roi chercha dans sa mémoire et répondit.

– Je ne crois pas, je ne sais pas ce qu'est un « garagiste ».

– Bien sûr, répondit Drizella avec sérieux, il est normal que même un Roi ne sache pas tout... Elle réfléchit un instant et reprit. Pourquoi faites-vous chambre à part avec votre femme ?

– Parce que je la dégoûte, avoua-t-il d'une voix monocorde, plus rien ne m'excite à par l'or... J'ai bien essayé quelques expériences avec des servantes que j'ai touché, mais elles se sont transformées en statut d'or et je ne pouvais plus...

– Je vois, le coupa Drizella en lui lançant un regard plein de haine et de dégoût. Il ne mentait pas, elle en était certaine. Parlons d'autre chose. Que comptez-vous faire avec The Evil Queen maintenant qu'elle est revenue ?

– Prendre ses terres...

– Oui, mais encore ? Vous voulez attaquer son armée ?

– Non...

– Non ?

– Non, juste elle...

– Comment ça ? S'inquiéta Drizella.

Le Roi Midas fixa un point devant lui et précisa :

– D'après mes espions, la Reine porte un bracelet qui la rend inoffensive. Pourquoi se lancer dans une guerre, alors qu'il suffit de l'enlever et de l'obliger à me donner ses terres ?

Drizella fronça les sourcils.

– Expliquez-vous...

– Il existe parmi mes hommes, un, en qui j'ai une confiance très importante. Lui en est capable, il est mon meilleur homme de main. Combien de fois a-t-il déjà tué pour moi ? Je ne saurais le dire...

– Son nom.

– Hansel...

– Non, souffla Gretel à quelques mètres en se levant.

Drizella l'arrêta d'un geste et continua toujours focalisée sur Midas.

– Où est-il ?

– En train de remplir sa mission...

– Le Dark One ne le laissera pas faire, elle le verra venir, répondit Drizella pour elle-même.

– Hansel est patient et intelligent, il a lui-même proposée l'idée...

– Quelle idée ?

–Celle d'intégrer la garde personnelle de la Reine, ceux qui portent un masque en permanence et qui sont donc non reconnaissable, répondit sincèrement Midas.

– Non, murmura Drizzela en comprenant que la Regina d'ici se fierait à sa garde et que même le Dark One ne l'en empêcherait pas.

Elle se tourna vers Gretel et ordonna :

– Il faut prévenir Emma !

.

Château de la Méchante Reine, deux heures plus tôt...

Il n'aimait pas cette armure. Le cuir frottait sur ses brûlures et ravivait une douleur qu'il avait mis tant de temps à oublier. Il supportait mal aussi d'avoir un masque sur le visage, mais il l'acceptait, cela faisait partie de la mission. Se faire engager par le bras droit de la Reine, un certain Kurt Parker n'avait pas été si difficile. L'homme à la carrure épaisse l'avait vite jugé, Hansel se déplaçait avec aisance et grâce, se battait bien et faire croire qu'il était un chasseur d'un autre royaume sans intérêt voulant se « caser » et avoir une paie régulière en tant que soldat avait convaincu le balourd. Il travaillait pour la Reine depuis maintenant deux jours. Il avait su gagner du galon auprès de Kurt lors de l'excursion à cette auberge où la Reine avait été attaquée. Un brillante mise en scène orchestrée par ses soins où il devait passer pour un héros et mieux endormir ses adversaires.

Il avait étudié les alentours et savait qu'il devait attendre encore un peu, mais la rumeur de personnes envoyées auprès de son maître le Roi Midas l'obligeait à agir plus rapidement que prévu.

Il attendit que la nuit tombe, se cacha dans la chambre de la souveraine et patienta jusqu'à ce qu'elle regagne son lit après un temps fou passé auprès du Dark One. Il la regarda se déshabiller d'un œil amusé, la suivit des yeux pendant qu'elle se glissait sous les draps et s'assura qu'elle dormait avant de s'approcher. Il fallait être rapide. Il la réveilla en sursaut et profita de son trouble pour l'assommer sans somation. Il badigeonna son corps de la pommade qui la rendrait invisible à la magie du Dark One.

Hansel était un professionnel, il gagna la forêt avec sa proie sans se faire remarquer et commença le long voyage qui le ramènerait chez lui auprès de son maître.

.

Château de la Méchante Reine, deux heures plus tard...

Emma manqua de la carboniser. Drizella aurait dû se douter que la réveiller de la sorte n'était pas intelligent !

– Arrête de crier ! Ordonna Emma.

– Où est Regina ?

– Dans sa chambre. Où veux-tu qu'elle soit ?!

– Elle est en danger, il ne faut pas la quitter des yeux !

Emma s'inquiéta du ton de sa sœur et se leva pour gagner les appartements de la Reine en écoutant les derniers faits, sentant une sueur froide la parcourir. Elle ne percevait plus la présence de Regina dans le château, ni sa magie comme cela avait toujours était le cas. Elles pénétrèrent dans la chambre et appelèrent Regina à plusieurs reprises.

Aucune réponse.

Emma courut dans tout le château s'époumona dans chaque pièce sans plus de succès. Elle gagna les baraquements de l'armée et demanda à voir Kurt. Les hommes furent réveillés et comptés. Un des nouveaux, un certain Nick manquait à l'appel. Celui qui avait sauvé Regina l'après-midi même pendant qu'elle s'entretenait avec Kurt sur le territoire.

Regina avait disparu, s'était fait enlevée et elle n'arrivait pas à la localiser. Elle sentait la fureur monter en elle. Drizella s'en aperçut et proposa son aide.

– Emma, ce Nick, l'as-tu déjà vu ?

– Oui.

– As-tu senti de la magie en lui ?

Emma regarda sa sœur et comprit où elle voulait en venir.

– Non, c'est juste un homme.

– Alors il n'a pas pu aller bien loin. Il essaie de rejoindre le roi Midas, il a un itinéraire et...

La forêt, les coupa Kurt. Il est obligé de passer par la forêt et...

Il ne finit pas sa phrase, les deux femmes venaient de disparaître. À l'orée des bois. Emma s'agenouilla et invoqua un sort d'apparition. Parmi les différents empreintes des sabots qui avaient marqués la route, plusieurs se mirent à briller, ceux utilisés par Hansel. Elle leva la tête suivant des yeux les pas qui s'enfonçaient entre les arbres, puis se redressa et fit apparaître trois chevaux. Elles seraient obligées de suivre la trace ainsi, elle avait peur de les perdre en utilisant plus avant sa magie. Elle monta en selle et ordonna à Drizella de faire venir Gretel.

– Pourquoi ? Demanda sa sœur.

– Parce que j'espère que sa présence suffira...

– Suffira à quoi ?

– À m'empêcher d'assassiner son frère, répondit-elle d'une voix pleine de rage.