Chapitre 9 Cassure

L'enchantement de protection du manoir ne devait plus être d'actualité car nous venions d'entendre la porte se refermer, je dirais même claquer. Je n'eus pas besoin de réfléchir pour savoir de qui il s'agissait et mon cœur se serra un peu plus dans ma poitrine, ma gorge se noua et une prise ? de panique m'habita. Il devait être plus qu'en colère et je ne savais pas du tout à quoi ressemblait la colère chez un jeune démon, chez Slevin, je le savais plus ou moins, mais les deux réunis, c'était un mystère. Peter dut voir mon angoisse car son regard changea, il n'était plus dur comme il y a quelques secondes, mais doux, chaleureux, le regard du Peter que je connaissais depuis le début.

- Amanda !

Cette fois plus de doute, il était vraiment en colère. Au son du timbre de sa voix, les fenêtres de la maison tremblèrent légèrement, ce qui ne me rassura pas le moindre du monde. Oui, j'ai peur, mais n'oubliez pas que je ne suis l'Elue que depuis trois mois à peine, que mes pouvoirs je ne les maîtrise pas totalement et que Slevin est le futur Roi des enfers, autrement dit ses pouvoirs sont plus impressionnants que les miens et quand il voudra les utiliser, ça fera très mal je pense, donc excusez-moi de ne pas être rassurée. Mon angoisse se calma légèrement, je ne sais comment mais j'en fus bien contente.

- On doit y aller Amanda.

- Je sais.

- Il n'est pas content du tout. Il faut que tu sois prête, ça va pas bien se passer vu la colère qui déborde en lui.

- Et vu la tienne aussi.

Son regard chercha le mien, puis nous nous regardâmes quelques secondes, son regard était redevenu dur et froid, distant même, je ne voulais pas comprendre pourquoi là, tout de suite, mais je savais que cela nous permettrait de mettre une distance entre nous et Slevin, du moins c'est ce que j'espérais.

- On y va.

Mais je ne pouvais pas supporter cette froideur, ça ne m'aiderait pas, pourtant, à voir son visage, je n'avais pas le choix. Il était clair qu'il m'en voulait.

Il avança et je n'eus d'autre choix que de le suivre, la peur au ventre. Arrivés en haut des escaliers, je le vis se tenir devant la porte refermée, sa jugulaire palpitait sous la tension de la colère, j'aurais été vampire je me serais jetée dessus pour la lui arracher et en boire tout le sang qui s'en découlerait. Il regarda d'abord Peter puis, il me toisa, il dut voir que je manquais grandement d'assurance par rapport à notre entretien de tout à l'heure car son visage se radoucit à peine quelques secondes avant de retrouver sa dureté.

- Seriez-vous trop lâches pour descendre ?

Alors, je pris mon courage à deux mains, pour prouver qu'il ne me faisait pas peur, même si, c'était le contraire mais, aussi, pour montrer à Peter que je pouvais lui tenir tête et que je n'étais pas intervenue dans son choix pour rien. Je me retrouvai en bas des escaliers en moins de deux, pourtant, j'étais persuadée d'être descendue assez lentement, sans doute l'adrénaline ; Peter se retrouva alors à mes côtés mais ne me prêta pas la moindre attention, trop concentré sur Slevin.

- Regardez-moi ça, comme c'est touchant, il a vu notre scène torride ce matin et, depuis, il est vexé, il t'en veut Amanda, je le sens au plus profond de son être. Tu n'imagines pas comme c'est jouissif.

Je sentis une larme couler sur ma joue mais je pus me contrôler. Je ne supportais pas que Peter m'en veuille, mais, surtout, je ne supportais pas ma lâcheté de ne pas avoir eu le cran de lui en parler directement quand nous nous étions vu ce matin, au lieu de cela, j'avais préféré le fuir. Slevin se rapprocha de moi et mon tatouage s'anima, je sentis alors cette électricité que j'avais ressentie la première fois où Peter avait essayé de m'entraîner et je compris aujourd'hui, que c'était le pouvoir qui émanait de lui, pourtant Slevin se mit devant moi et il ne bougea pas, peut-être parce qu'il ne ressentait aucunement besoin de le faire, qu'il pensait que je pouvais me débrouiller seule ou qu'il n'y avait pas besoin d'intervenir à ce moment précis.

- Aurais-je touché en plein dans le mille ma douce ? Ca fait mal hein, de savoir qu'on a déçu quelqu'un et que d'avoir son pardon sera une tâche difficile, d'autant plus que la confiance est trahie.

- N'essaie pas d'échanger les rôles Slevin, tu n'es capable d'aucune culpabilité, intervint Peter à ma grande surprise.

Je sentis son regard se poser sur moi mais je restais concentré sur Slevin qui n'apprécia pas du tout la remarque de mon protecteur.

- Je te rappelle Peter que je ne suis pas complètement transformé et que ma part d'humanité est toujours là. Amanda peut te le confirmer, elle l'a bien vu ce matin.

- J'en doute pas.

Ses paroles étaient glaciales, il y avait une telle rancœur en lui que j'en fus encore plus bouleversée.

- Cependant, elle a su voir ce qu'il y avait de mauvais en toi, étant donné que tu t'es fait recaler en beauté.

Un sourire devait se dessiner sur mes lèvres car le regard de Slevin changea complètement en quelqu'un que je ne connaissais pas.

- Je t'avais donné le choix Peter, le choix de la sauver en te rendant humain à cent pour cent, au lieu de cela tu as abandonné cette possibilité et tu es resté le même.

- Slevin, tu sais très bien que je l'ai empêché de le faire.

- Il avait le choix Amanda. Il avait le choix..., dit-il plus bas. Désormais, je ne peux plus te sauver, ni lui d'ailleurs. Nous ne pourrons ignorer l'inévitable. Tu as préféré le sauver lui plutôt que de te sauver toi, ce qui, je dois le dire est un geste noble et courageux mais tu t'es, par conséquent, dessiner la croix de mort sur ton corps.

- C'est mon choix. Et ce n'était pas équitable de ta part, tu le sais.

- Pas équitable ? J'ai fait ce qui me semblait juste pour te sauver, pour éviter d'avoir à te tuer prochainement. Peter était prêt, lui aussi, à faire se sacrifice parce que nous tenons tous les deux à toi. Qu'est-ce qui n'est pas équitable là-dedans, hein ?

- Ca n'aurait rien changé. Vous prétendez tous les deux que je me mens depuis le début mais regardez vous, tu étais prêt à le sacrifier pour soi-disant me sauver et toi à devenir humain pour me sauver, alors que vous savez mieux que quiconque que cela n'aurait rien changé, Oraïa aurait fait un coup de traître comme à son habitude et il aurait tout de même réussi à me tuer sans que tu puisses y faire quelque chose Slevin et Peter non plus car il serait devenu humain sans plus aucun pouvoir ni souvenir. Alors qui est le menteur de nous trois ? Il doit me protéger, nous, on doit s'entretuer. Les règles sont là, appliquons-les.

Les fenêtres se remirent à trembler, je venais de provoquer une colère terrible, ce qui réveilla le monstre qui vivait en lui, pourtant, son regard resta le même. Le pouvoir de Peter s'intensifia essayant de contrôler une force invisible mais qui était bien là. Je compris alors que c'était une infime partie du pouvoir de Slevin que j'étais en train d'apercevoir, et celle-ci me fit froid dans le dos. Pourtant, je vis au regard de Slevin qu'il luttait contre ce pouvoir, mais que pouvais-je faire ? Je suis censée le combattre, pas le sauver et, pourtant, dans mon fort intérieur, on me disait le contraire, cependant, je ne pouvais oublier qu'il avait tué mes parents, sous la contrainte certes, mais il l'avait fait. J'étais totalement perdue.

- Amanda, recule, me dit Peter.

- Pourquoi ?

- Parce que ce qui se passe, tu ne peux le contrôler, c'est pas Slevin qui réagit mais la bête de l'enfer qui est en lui.

- Peter, je peux le calmer. Je le sais.

- Tu ne pourras pas indéfiniment repousser l'inévitable Amanda ! Il est temps que tu ouvres les yeux et que tu comprennes que le conte de fée est terminé, elle ne demande qu'à prendre le dessus et il est incapable de la contrôler.

- Il le peut, je le sais Peter.

- Je ne prendrais pas ce risque, Amanda, il pourrait te blesser.

- Ce matin, dans la salle de bain, il aurait pu aussi, et je suis toujours là.

Nos regards se croisèrent et il dut y voir une détermination sans faille car il baissa l'intensité de son pouvoir, tout en restant méfiant. Il savait que je ferais tout pour sauver Slevin, cela avait été mes premières paroles lorsqu'il m'avait appris ce qu'il était, en réalité, même si je savais que c'était peine perdue, je voulais garder un espoir. Pourtant, ce matin même, dans ma salle de bain, je le détestais sans pour autant être capable de lui résister, mais là, maintenant, je me devais de faire quelque chose ou il nous tuerait tous les trois dans le manoir, il ne contrôlait pas son pouvoir mais il donnait la possibilité au démon de le faire. Sa colère était impressionnante peut-être même dangereuse mais je devais prendre le risque, je ne voulais pas qu'il blesse Peter. A mon tour de me sacrifier, si je peux dire.

J'avançai alors en direction de mon ex grand amour, gardant une distance toutefois convenable entre nos deux corps. Derrière son regard, ce regard que je connaissais si bien, je vis le démon qui essayait tant bien que mal de prendre le dessus, mais je compris, que Slevin se battait au fond de lui. Ses attitudes ne le discriminaient pas pour autant, sa colère faisait qu'il ne se contrôlait pas toujours mais, aujourd'hui, il essayait d'être le plus fort, il essayait de me sauver tout simplement.

- Slevin, je sais que tu es là, quelque part, bats-toi. Tu peux lutter contre ça.

- Amanda, ce n'est pas lui et tu le sais, tu ne peux rien faire.

- Peter, je veux essayer.

Alors un bras me saisit à la gorge me bloquant la respiration, ce n'était plus lui, son regard s'était effacé pour laisser place à quelque chose que je ne reconnus pas et face a laquelle j'allais devoir me défendre. Je sentis mon tatouage s'animer de plus en plus fort mais je n'arrivais pas à me dégager, alors, un effleurement sur mon bras droit me provoqua un léger petit frisson qui s'étendit sur tout mon corps, la main se desserra doucement, me permettant de respirer un peu plus. Puis, je vis dans le haut de la pièce la même lumière que j'avais vu au lycée, lorsque Peter se battait contre le métamorphe, je le vis apparaître sur ma droite avec les mêmes yeux que ce jour-là mais d'un bleu beaucoup plus foncé, je ne voyais plus sa pupille. Il prononça des mots que je ne compris pas, le timbre étant trop bas pour que je les entende correctement, mais cela suffit pour que Slevin me lâche la gorge, me faisant tomber à terre tout en essayant de retrouver mon souffle.

Il se retourna alors vers Peter, dégageant une aura différente de celle d'il y a quelques minutes. Je reprenais tant bien que mal mon souffle pour essayer d'aider Peter mais celui-ci me barrait le chemin par une force que je ne voyais pas, il essayait de me mettre à l'écart pour me protéger.

Comment veut-il que j'arrive à quoi que ce soit s'il essaye toujours de m'épargner ?

Je vis Slevin essayant d'attraper Peter mais celui-ci était en train de se déplacer à une vitesse phénoménale. Slevin, du moins ce qu'il en restait à ce moment-là, ferma les yeux comme s'il cherchait à comprendre les déplacements de Peter. Alors, sans prévenir, son bras dégaina comme un pistolet saisissant Peter à la gorge, le positionnant dans la même situation que moi quelques secondes auparavant. Peter était incapable de bouger, encerclé par des anneaux magiques comme si ils étaient censés contenir ses pouvoirs. C'était à la fois fascinant et effrayant car il n'avait plus aucun moyen de se défendre. Fascinant parce que dans les manuels je n'avais vu aucune mention de ce phénomène et, à en juger par la réaction de Peter, c'est un pouvoir dont il n'avait pas connaissance non plus.

La force avec laquelle Peter me tenait éloigné se dissipa et je pus alors me rapprocher d'eux sans que Slevin en s'en rende compte, trop concentré de maintenir Peter hors de la course.

- Slevin, je sais que tu m'entends quelque part, là-dedans ! Je sais qu'il reste en toi une part de cette humanité. Tu peux aller au-delà de ça.

Je posai alors ma main sur son bras gauche et plongeai mon regard dans le sien.

- Amanda, c'est trop tard, il se transforme, tu ne peux plus rien pour lui.

Peter avait eu beaucoup de mal à prononcer ces quelques mots mais cela suffit pour capter l'attention de Slevin.

- Lâche-le !

Il serra de plus en plus fort, Peter changea de couleur en moins de deux, passant du violet au rouge puis au blanc. Je sentis une colère profonde traverser mon corps, alors j'en profitai pour faire appel à certains de mes pouvoirs si bien que le feu vint à moi brûlant le bras de Slevin qui fut forcé de lâcher Peter. Il reprit alors quelques couleurs tout en retrouvant son souffle, je demandai au feu de partir, le bras de Slevin retrouva sa capacité physique normal mais sa colère fut plus grande.

Alors, d'un revers de la main, il envoya valser Peter contre la fenêtre qui se trouvait en haut des escaliers, cette dernière se brisa en plusieurs morceaux de verre retombant un peu partout autour de lui. Je courus jusqu'à lui pour voir comment il allait. Trop sonné pour bouger, il me regarda tout de même et prononça quelques mots.

- Je suis désolé.

- C'est mon combat Peter, pas le tien. Ne bouge pas.

Je sentis les fenêtres trembler de nouveau et je vis sur le visage de celui que j'avais aimé des larmes coulant sur ses joues, son regard redevenu celui que je connaissais si bien.

- Tu te soucies plus de lui que de moi.

- C'est lui qui vient de se faire jeter contre une fenêtre, pas toi.

- Même sans ça, tu t'inquiètes. Tu as accouru dès que je t'ai expliqué ce choix que je lui avais laissé. Tu as préféré le sauver que de te sauver toi. Amanda, tu ne comprends pas que, désormais, je dois te tuer.

- Oh, tu as commencé le boulot avec mes parents, il est sans doute logique que tu termine le chapitre avec moi.

Je vis son regard passer de la colère à la jalousie, puis de la jalousie à la tristesse. Il n'y avait absolument rien de démoniaque dans son regard et cela me fendit le cœur. J'aurais tellement aimé pouvoir contrôler ce que je ressentais à ce moment précis mais je ne le pouvais pas et personne ne pouvais comprendre, car j'étais la seule à vivre cela à ce moment précis. Cependant, je résistai à l'envie de m'avancer vers lui et restai sur place continuant de le fixer.

- Si seulement j'avais le choix...

- On a toujours le choix Slevin, tout est une question de volonté.

- Je peux te retourner cette phrase pleine de sagesse alors.

Ce fut à mon tour de baisser les yeux, tout en essayant de ne pas perdre le fil de mes idées. Mon tatouage me démangeait encore, ce qui était bon signe car j'étais toujours du bon côté, cependant, le regard lourd qui pesait dans mon dos m'inconfortait. Je savais que Peter observait cette scène, impuissant, trop affaibli par l'étranglement de Slevin mais, je savais surtout, qu'il me laissait le choix aussi douloureux que cela pouvait l'être pour lui de me voir résister ou pas à celui que j'avais toujours aimé et que je détestais en même temps.

Slevin tourna autour de moi comme un chasseur paralysant sa proie, je ne bougeais pas pour autant, je ne voulant pas le provoquer sans savoir ce qu'il avait en tête et, pour être honnête, j'étais incapable de faire le moindre mouvement. J'étais totalement paumée ; je voulais le sauver mais je ne savais pas comment. Et si le sauver était d'aller avec lui ? Je chassais cette idée de ma tête le plus vite possible pour retrouver ma concentration. Je fus décontenancée lorsque je ne sentis plus le tatouage s'animer, je me retournai alors et je vis que Peter était allongé les yeux fermés. Paniquée, je voulus courir vers lui mais Slevin m'en empêcha.

Il plongea ses yeux dans les miens, essayant de comprendre pourquoi je tenais tant à prendre soin de lui mais ne dut trouver aucune réponse car il relâcha légèrement son étreinte me soulageant le bras.

- Laisse-moi aller le voir Slevin. Je ne peux pas le laisser comme ça.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis humaine et que j'ai un cœur. Mais, surtout, parce que c'est mon ami et que je m'inquiète pour lui.

- Ton ami ?

- Oui, mon ami.

- Vraiment, tu en es sûre ?

- Oui, j'en suis sûre. Lâche-moi.

- A une condition !

- Laquelle.

- Nous devons finir notre conversation.

- Quelle conversation.

- Celle que nous avons débutée dans la salle de bain. Je ne baisserai pas les bras Amanda, je sais que tu m'aimes encore.

Immédiatement, je détournai mon regard du corps de Peter toujours allongé aux bords des escaliers pour regarder de nouveau Slevin.

- Laisse-moi aller le voir, et nous finirons cette conversation.

- Ici. Tu as cinq minutes.

Il déposa une douce caresse sur ma joue gauche avant de me lâcher le bras. Pour ne pas l'offenser, je ne courus pas de suite vers Peter, je pris un air détendu et avançai vers lui en essayant de paraître la plus tranquille possible, pourtant, mon cœur battait la chamade tant j'étais paniquée à l'idée qu'il ait perdu connaissance, me laissant seule avec ma faiblesse.

Je m'agenouillai à ses côtés, prenant son visage entre mes mains. Prononçant son prénom assez fort pour qu'il puisse l'entendre, j'eus une idée. Je me concentrai comme je pouvais et pensai à un souvenir autre que la première fois. A ce moment précis, j'avais besoin d'un motif de concentration pour réussir ce que je voulais entreprendre, surtout que mon tatouage s'était éteint, ce qui ne m'aidait pas.

Le soleil réchauffait la peau dénudée de mon cou ainsi que de mes bras pendant que nous mangions assis sur une couverture dans le parc municipal de la ville. Michael et Shannon se chamaillaient comme des enfants pendant que Maya et Emilie parlaient de la prochaine collection de chez Louboutin. Peter et moi, marchions le long de la longue fontaine qui habitait le centre du parc tout en parlant de mes derniers entraînements et du prochain devoir en géographie. Alors, des petites gouttes d'eau se levèrent du bassin de la fontaine se dirigeant vers le visage de Peter.

Je continuai de l'appeler tout en restant concentrée, sentant les petites gouttes se déposer sur son visage. Alors, je vis ses yeux clignoter légèrement, puis il les ouvrit doucement pour ne pas être ébloui par la lumière du jour et sourit en me voyant.

- Tu t'es servie de l'eau pour me réveiller ?

- Oui tu ne répondais pas.

- Merci.

- Amanda, oublie pas le pacte.

- Quel pacte ? Me demanda mon protecteur à voix basse manifestement inquiet.

- Il m'a laissé venir voir comment tu allais, si j'acceptais de terminer la conversation de ce matin dans la salle de bain, lui répondis-je en détournant les yeux.

- Vas-y.

Je le regardais, pas convaincue de pouvoir le laisser seul, à moitié comateux.

- Vas-y Amanda, je vais bien.

- Mais...

- C'est ton choix et je le respecte, me répondit-il avec un sourire rempli de gentillesse, alors que son regard me faisait l'effet d'un au revoir.

Mon cœur se serra, il a cru que j'avais choisi de partir avec Slevin mais ce n'était pas ça du tout, je devais finir cette fichue conversation parce que je le lui avais promis afin de pouvoir surveiller mon ami blessé. Je n'ai rien choisi du tout, comment pouvait-il le penser ?

Il prononça alors cette énième phrase qui me mit les larmes aux yeux.

- On ne peut lutter contre l'amour. Tu t'es battue comme tu pouvais mais, au fond...

- Peter, tu...

- Ne t'en fais pas. Je comprends pourquoi, ce matin, tu ne voulais pas me parler de ce moment dans ta salle de bain.

- Mais non, je...

J'essayais de lui expliquer qu'il se trompait mais, à chaque fois, il me sortait quelque chose à laquelle je ne pensais pas. Bon, je ne vais pas nier, revoir Slevin ces derniers mois ne m'avait pas facilité les choses, mes sentiments étaient toujours là certes, en même temps, on ne cesse pas d'aimer son unique amour du jour au lendemain, mort ou pas ; cependant, Peter réagissait comme quelqu'un de vaincu, qui baissait les bras. J'eus l'impression que mon choix n'était pas entre le bien ou le mal mais entre Slevin et lui, cette idée me fit ressentir une drôle de sensation dans mon corps, ce qui me mit à trembler sans que je ne m'en aperçoive tout de suite.

- Tu trembles ?

- Ca fait cinq minutes, le temps est écoulé.

Je ne quittais pas Peter du regard, l'intensité qui s'en dégageait fut plus forte que les fois précédentes.

- J'arrive Slevin.

- Ma bonté a ses limites Amanda, je n'ai jamais aimé te partager, tu le sais.

Peter se redressa pour s'asseoir, la couleur de ses yeux changea en un bleu gris que je n'avais jamais vu jusque là, cela me fit penser à la couleur du chagrin ou du ciel qui s'ombrageait avant une tempête. Décidément, tout était chamboulé dans ma tête, je ne comprenais plus rien.

Je me redressais pour descendre les escaliers, mon tatouage toujours là et j'en fus heureuse car c'était ma dernière dose d'espoir, celle qui me disait que Peter croyait encore un peu en moi, pourtant une part de moi me disait qu'il avait sans doute raison, on ne résiste pas quand il s'agit de l'être aimer.

- Je suis là, je t'écoute.

Il se rapprocha de moi, je ne reculai pas, quelque chose de différent par rapport à ce qui s'était produit le matin dans ma salle de bain se passait, une sensation qui ne m'était pas étrangère. Il prit ma main droite scellant mes doigts aux siens et plongea son regard noisette dans mes yeux bleu jean tout en souriant. Pas ce sourire démoniaque ou machiavélique prêt à tout pour me retenir, non, celui du garçon que j'ai toujours connu, depuis ma plus tendre enfance. Alors, je sentis les larmes couler sur mes joues, sans que je puisse les contrôler, une partie de moi était en train de se briser, je comprenais exactement ce qui se passait mais je me refusais de le croire.

- Je n'ai jamais cessé de t'aimer ma douce Amanda, et je ne cesserai jamais. Mon cœur sera toujours le tien, quoi qu'il puisse se passer, tu es mon âme.

- Alors résiste et reste avec moi. Sois fort, bats-toi.

- Je ne peux me battre contre ça. Ce lien entre vous, est beaucoup trop fort, plus que ce que je l'espérais. Tu m'aimes toujours et tu ne pourras au fond de toi cesser de m'aimer, cependant, cet amour est différent.

- Slevin...

- Chuuutttt..., souffla-t-il en posant un doigt sur mes lèvres. J'essaie à l'instant même de le contenir pour ne pas le laisser sortir et te blesser mais la bête est là, je n'y peux rien. Accorde-moi une faveur.

- Qu...

J'étais anéantie par ce qui se passait, incapable de parler. Ce n'était pas un chauffeur ivre qui créait la chose cette fois mais nous deux, enfin lui. Il abandonnait. Quelque part, depuis des mois, je dois le reconnaître au fond, j'étais heureuse qu'il se batte pour moi, me ramener à lui même si j'avais résisté comme je pouvais mais je n'aurais jamais pensé qu'on en arriverait là, sans que je puisse le sauver.

- Déteste le monstre mais pas l'homme. Jamais je ne t'aurais fais de mal, ni à tes parents. Si tu savais le nombre de fois où j'ai essayé de m'arracher le cœur, de me faire tuer pour apaiser cette culpabilité, ce mal que je t'ai fait mais il m'en a toujours empêché.

- Ce n'était pas toi, je le comprends aujourd'hui.

- Merci mais je ne pourrai jamais changer ce que j'ai fais.

Il approcha alors ses lèvres des miennes, je le laissais faire, ce serait notre dernier baiser, l'ultime de notre histoire. Ses lèvres, chaudes et douces, avaient le même goût qu'autrefois, la même délicatesse, il prit mon visage entre ses mains, doucement comme s'il avait peur de me briser. Mon tatouage s'anima légèrement mais je n'y prêtais nullement attention, une partie de mon cœur était en train de se briser en un million de petits morceaux pour la deuxième fois, bien que ce fut moins douloureux, j'avais tout de même l'impression de perdre une partie de moi.

Ses lèvres se détachèrent des miennes délicatement avec une certaine retenue comme si deux aimants les empêchaient de se séparer. Il me plongea son regard noisette dans le miens et je perçus des larmes couler sur ses joues, il était ce qu'il y avait de plus humain, on ne pouvait pas faire mieux.

- Je t'aime, je t'aimerai toujours.

Il disparut dans la seconde qui suivit ses paroles, me laissant aux pieds des escaliers, à moitié tremblante avec mon chagrin comme seul souvenir de ce moment.

Notre histoire venait officiellement de s'arrêter ici et le plus dur était d'admettre que c'était lui qui me quittait pour plus tard pouvoir me tuer, car je savais que, dorénavant, sa part d'humanité était perdue, voilà pourquoi il avait fait ce geste.

Je n'avais pas vu Peter se rapprocher de moi tant j'étais déboussolée, il me prit dans ses bras, je ne réagis pas, plus aucune larme ne sortit de mon corps. Je devais, à présent, juste m'habituer au fait que je n'avais pas choisi celui que j'avais toujours aimé et que mon devoir était désormais de le tuer. Honnêtement, je ne peux vous dire si j'en serais capable.

Les égratignures sur sa peau faites par les morceaux de verres de la fenêtre commençaient à cicatriser ainsi que la trace d'étranglement autour de son cou. Mais son regard gardait cette lueur de tristesse, j'eus cette étrange impression que j'avais brisé cette confiance qu'il avait, ma gorge se serra, les larmes vinrent de nouveau jusqu'à mes yeux, cependant, celles-ci je réussis à les contrôler.

- On devrait aller prendre l'air, cela nous fera du bien.

Il prononça cette phrase sur un ton neutre, comme si rien ne s'était passé, pourtant, je savais bien qu'au fond, il était blessé. Je le suivis en direction de l'arrière du manoir, nous menant dans cette partie du terrain qui donnait directement accès à la forêt. Un banc était disposé sur le côté gauche de la porte fenêtre où il s'assit avec une légère difficulté, son dos lui faisait encore mal, mais la cicatrisation était activée, alors je ne me faisais pas de soucis là-dessus. Je ne pus m'asseoir tant la vue était magnifique, le bruit des feuilles se frottant aux différentes branches de chaque arbre était tout simplement apaisant, il me sortit de ma rêverie en me demandant de m'asseoir à ses côtés.

Je n'aimais pas...

Le ton qu'il avait employé manquait de patience et de gentillesse mais il retrouva le timbre de voix que j'aimais lorsqu'il constata mon étonnement.

- Le soleil est juste à côté de toi, et te regarder en levant la tête me fait mal aux yeux, donc, si tu pouvais t'asseoir, cela serait plus facile et moins douloureux pour mes yeux.

Je m'exécutai sans broncher.

- Peter...

- Je sais Amanda.

- Tu sais quoi ?

Il me regarda me faisant comprendre qu'il ne voulait pas avoir cette conversation mais il fallait crever l'abcès, on ne pouvait pas rester sur ce pseudo mensonge de ce matin et de la scène à laquelle il venait d'assister. Ayant toujours été honnête avec moi, je lui devais au moins ça. C'était le moins que je pouvais faire pour me rattraper.

- Tu ne sais rien et tu vas m'écouter. Tu es en colère, triste et je dirais même furieux, ce que je comprends mais j'ai besoin de t'expliquer...

- Furieux ?

- Oui, pour l'évènement de ce matin.

- Je ne suis pas furieux Amanda, ou du moins, je ne le suis plus. Cela m'a beaucoup peiné que tu ne me fasses pas assez confiance pour me le dire mais je ne suis pas furieux.

- Je voulais te le dire mais comment t'expliquer que...

- Que fasse à celui que tu aimes, tu es vulnérable ?

- Prends-toi ça Amanda ! Me dis-je à voix basse mais il dut entendre.

- Amanda, depuis le début je te l'ai dit, ton amour est ta faiblesse mais tu ne peux contrôler tes sentiments.

- Pourtant, c'est ce que j'ai fait en le virant violemment ce matin, en venant te sauver et en m'inquiétant pour toi tout à l'heure.

Il sourit légèrement.

- Pourquoi d'ailleurs ? Devenir humain n'est pas si horrible.

- Ce n'est pas toi Peter. La personne que tu es, c'est celle-là, moitié magique moitié humain, je ne pouvais pas te laisser sacrifier tout ce que tu avais accompli par ma faute.

- Pas par faute, pour toi.

Alors, je le regardai, il retourna son visage vers moi et, encore une fois, cet échange fut intense. Cette phrase venait de me désarçonner, mon cœur commençait à battre un peu plus fort, dès lors je détournai mes yeux regardant en direction de la forêt.

- Amanda, mon but ultime est de te protéger et cela en faisait partie, j'étais prêt à le faire.

- Non ce n'était pas me protéger mais te sacrifier Peter, ce n'est pas mentionné dans le contrat.

- Je suis comme ça, tu ne me changeras pas et si Maya ne t'avait pas prévenue, aujourd'hui, tu serais sauvée et tu n'aurais pas eu à vivre cette... cassure.

- Inévitable et même si ça me fait encore mal, je me dois d'être honnête, en acceptant de tuer mes parents, il signait la fin de notre histoire, voilà pourquoi il m'a fuie quand ses souvenirs sont revenus, voilà pourquoi, aujourd'hui, il l'a fait. Certes, ça fait mal parce que c'est réel je dirai mais, de toute façon, il se transformera un jour et, là, je serai tout de même obligée de le tuer.

- Il y a quelques semaines, tu m'as dit que tu ne laisserais pas tomber Slevin et que tu ferais tout pour maintenir sa part d'humanité. Amanda, quand il sera transformé la seule part humaine qui lui restera, ce sera votre amour quel qu'il soit, même s'il t'a quitté, il t'aime encore et tu l'aimes également, différemment certes, mais tu l'aimes. Ce qu'il a fait t'as tout simplement...

- Libérée.

- Oui.

- Tu as raison, je l'aime toujours mais cet amour n'est plus celui qu'il fut.

Alors, je repensai à ce lien qu'il disait voir entre Peter et moi, cela m'intriguait surtout que le père de mon protecteur avait fait la même réflexion.

- Ce n'était peut-être plus aussi fort. Franchement, je ne sais pas comment l'expliquer mais, ce que je sais, c'est que je souhaite plus que tout que tu me pardonnes de ne pas avoir eu le courage de te parler de l'évènement de ce matin.

- Amanda...

- Non Peter, je pourrai pas supporter que tu m'en veuilles...

Je pleurais, je l'entendis à ma voix, et il s'en rendit compte car, de son index, il essuya la larme qui roulait sur ma joue gauche.

- Je t'ai déjà pardonné.

Je souris en voyant la sincérité dans son regard.

- Seulement, me rendre compte que je ne pourrai pas me battre contre ce lien m'a blessé je pense.

Il dut voir ma surprise.

- Slevin a dit la même chose ne parlant de nous.

- Mon père aussi.

- Est-ce la magie qui nous lie autant ? Je veux dire, je ne suis pas sûre de comprendre totalement ce qu'ils voulaient dire.

- Je pense surtout qu'ils voulaient parler de notre... amitié.

Il prononça ce mot différemment des autres mais je ne relevai pas. En fait, je ne voulais pas comprendre toutes ces insinuations, je ne peux pas le nier, quelque chose de fort se passe entre nous, mais je n'étais pas certaine de vouloir savoir quoi exactement, je ne pense pas être prête. Cependant, je ne devais pas me voiler la face, si j'ai pris ce risque de traverser la porte tout à l'heure et mettre en colère Slevin, ce n'est pas juste pour sauver un... ami.

Je retins mon souffle venant de comprendre ce qui paraissait une évidence aux yeux de mes amis, de son peuple, de l'ex-amour de ma vie. Nous étions liés par notre mission, par notre magie et par ce que je croyais de l'amitié mais, en réalité, c'était beaucoup plus fort que cela. D'un bond, je me levais du banc marchant en direction de la forêt puis, je m'arrêtai, restant planter là, scrutant les arbres. Je m'étais refusé de voir ce qui était pourtant évident, j'avais enfreint une règle crucial pour lui, risquant de me faire tuer sur le champs par celui que j'aimais et je venais de comprendre pourquoi, ma force, mon protecteur, mon ami, voilà certains des arguments que j'ai donnés aux membres du Conseil pour sauver Peter mais son père avait compris que c'était plus que tout cela, il avait vu ce que je me refusais d'avouer depuis ce moment, dans sa chambre, où je l'ai retrouvé assis par terre à pleurer l'anniversaire de la disparition de sa mère.

POV Peter

Elle se trouvait debout aux pieds des escaliers, face à celui qu'elle n'a jamais cessé d'aimer. Je n'avais jamais remis en question cet amour, mais la scène que j'ai vu ce matin, je ne sais pourquoi m'a mis dans une colère noire, le fait qu'elle n'ait pas eu l'honnêteté de m'en parler m'avait blessé et de la voir se laisser embrasser par celui qui est censé être son ennemi juré m'avait fait rentrer une rage folle, à la limite de la jalousie. Amanda m'avait sauvé alors que j'allais me sacrifier pour lui sauver la vie, elle a tenu tête à Slevin, enfreint une règle cruciale de mon peuple et avait dit toutes ces choses à mon sujet à de mon père qui, pendant un moment, m'avait fait oublier cette colère et cette tristesse. Certains adjectifs pour me qualifier m'avaient donné une pointe au cœur, que j'eus du mal à me contrôler. Je ne sais pourquoi, depuis ce moment dans ma chambre, où elle avait réussi à contrôler ma peine et mes larmes, j'éprouvais quelque chose de différent. Les paroles de mon père, ainsi que celles que Slevin venait de prononcer me faisaient m'interroger sur la nature de mes sentiments à son égard.

- Tu te soucies plus de lui que de moi.

- C'est lui qui vient de se faire jeter contre une fenêtre, pas toi.

- Même sans ça, tu t'inquiètes. Tu as accouru dès que je t'ai expliqué ce choix que je lui ai laissé. Tu as préféré le sauver que de te sauver toi. Amanda, tu ne comprends pas que, désormais, je dois te tuer.

- Oh, tu as commencé le boulot avec mes parents, il est sans doute logique que tu termine le chapitre avec moi.

Je vis le regard de Slevin passer de la colère à la jalousie, puis de la jalousie à la tristesse. Il n'y avait absolument rien de démoniaque dans son regard et cela me rassura quelque peu pour Amanda. Mais je ne supportais pas de rester là à rien faire, pourtant, je le devais, elle avait raison, c'était son combat pas le mien. Je n'avais aucunement le droit d'intervenir. Elle seule devait choisir, écouter son cœur même si ma hantise de la perdre me rongeais à chaque seconde.

- Si seulement j'avais le choix...

- On a toujours le choix Slevin, tout est une question de volonté.

- Je peux te retourner cette phrase pleine de sagesse alors.

Je vis alors dans le reflets de la fenêtre qui se trouvait en face des escaliers qu'Amanda baissait les yeux suite aux dernières paroles de Slevin. Mon tatouage me démangeait un peu, ce qui était bon signe car cela voulait dire qu'elle était encore du bon côté, le mien. Cependant, ma crainte ne s'envola pas, l'angoisse était toujours présente mais je ne pouvais rien faire. Avez-vous la moindre idée, de ce que l'on peut ressentir dans ce genre de situation : être témoin d'une scène que l'on n'aimerait pas voir et de devoir rester là, à regarder sans rien pouvoir faire ? Un sentiment, que je ne voulais plus jamais connaître, malheureusement, ce n'est pas la première fois ni la dernière à cause de ce stupide pouvoir de voir les rêves.

Slevin tourna autour d'elle comme un chasseur paralysant sa proie, Amanda ne bougea pas pour autant, sûrement pour ne pas le provoquer ou parce qu'elle ne savait pas vraiment comment réagir. Soudain, ma tête me parut lourde et ma vision se troubla. Je me sentis me renverser en direction du sol, ma tête cogna légèrement le plancher mais suffisamment fort pour me faire fermer les yeux.

- Laisse-moi aller le voir Slevin. Je ne peux pas le laisser comme ça.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis humaine et que j'ai un cœur. Mais surtout parce que c'est mon ami et que je m'inquiète pour lui.

- Ton ami ?

- Oui, mon ami.

- Vraiment, tu en es sûre ?

- Oui, j'en suis sûre. Lâche-moi.

- A une condition !

- Laquelle.

- Nous devons finir notre conversation.

- Quelle conversation.

- Celle que nous avons débutée dans la salle de bain. Je ne baisserai pas les bras Amanda, je sais que tu m'aimes encore.

- Laisse-moi aller le voir, et nous finirons cette conversation.

- Ici. Tu as cinq minutes.

Je sentis une présence près de moi mais je n'arrivais pas à ouvrir les yeux, pourtant, je sentais le contact de sa peau sur mon visage, je sentais l'odeur de son corps frôler mes narines mais je n'avais pas la force d'ouvrir mes paupières, elles étaient closes comme si des petites pierres y étaient déposées, afin de s'assurer qu'elles ne s'ouvriraient plus jamais.

Puis, j'entendis le son de sa voix prononçant mon prénom avec une inquiétude qui me réchauffa le cœur, malgré tout, je restais là, las de toute envie de me réveiller. Puis, je sentis quelque chose de frais se déposer sur mon visage, différent du contact de sa peau, c'était humide, léger puis de plus en plus lourd et régulier, ça tombait par petite quantité me rafraîchissant le visage, rendant mes paupières plus légères faisant disparaître la lourdeur que j'avais ressenti.

J'entendais toujours sa voix m'appeler et, cette fois, je n'eus aucun mal à résister au profond sommeil qui m'appelait. J'ouvris doucement les yeux afin de ne pas être trop ébloui par la lumière extérieure puis, je vis son magnifique visage penché au dessus de moi. Son regard montrait le soulagement qu'elle éprouvait.

- Tu t'es servie de l'eau pour me réveiller ?

- Oui, tu ne répondais pas.

- Merci.

- Amanda, n'oublie pas le pacte, la voix de Slevin arriva jusqu'à mes oreilles.

- Quel pacte ? Lui demandai-je à voix basse mais inquiet.

- Il m'a laissé venir voir comment tu allais si j'acceptais de terminer la conversation que nous avons débutée ce matin dans la salle de bain, me répondit-elle en détournant les yeux.

- Vas-y.

Elle me regarda soupçonneuse, mais je lui certifiai que ça allait et qu'il ne fallait pas le contrarier.

- Vas-y Amanda, je vais bien.

- Mais...

- C'est ton choix et je le respecte, lui répondis-je avec un sourire rempli de gentillesse alors que son regard me faisait l'effet d'un au revoir.

Alors elle se leva, pas rassurée pour autant de me laisser seul.

- On ne peut lutter contre l'amour. Tu t'es battue comme tu pouvais mais, au fond...

Des larmes vinrent se poser au bord de ses yeux et mon cœur se brisa en deux, je ne supportais pas de la voir pleurer mais je ne pouvais rien y faire.

- Peter, tu...

- Ne t'en fais pas. Je comprends pourquoi ce matin tu ne voulais pas me parler de ce moment dans ta salle de bain.

- Mais non, je...

Je ne la laissai pas terminer, la poussant dans ses retranchements, il ne fallait pas qu'elle se défile, elle devait faire ce que son cœur lui disait de faire en son âme et conscience, elle seule pouvait choisir.

- Tu trembles ?

- Ca fait cinq minutes, le temps est écoulé.

Elle ne me quitta pas du regard, l'intensité qui s'en dégageait fut plus forte que les fois précédentes.

- J'arrive Slevin.

- Ma bonté a ses limites Amanda, je n'ai jamais aimé te partager, tu le sais.

Je me redressai jusqu'à m'asseoir, attendant que la magie face son effet pour m'aider à cicatriser un minimum, le côté humain fera le reste ensuite. Je sentis mon regard changer, j'avais l'impression de lui dire adieu, de la perdre et je ne pouvais rien faire, mon statut mais, surtout, les règles engendrées par mon père me l'interdisaient.

Elle descendit les escaliers dans sa direction. Cette fois, elle ne me tournait pas le dos voulant me surveiller je suppose, s'assurant que je ne retombais pas dans les pommes.

- Je suis là, je t'écoute.

Il se rapprocha d'elle, elle ne recula pas. Quelque chose de différent de la scène que j'avais vue dans la salle de bain et d'il y a quelques minutes, se passait, c'était vraiment étrange. Il était différent dans sa façon de parler, comme s'il pleurait mais qu'aucune larme ne pouvait sortir de son corps.

- Je n'ai jamais cessé de t'aimer ma douce Amanda, et je ne cesserai jamais. Mon cœur sera toujours le tien quoi qu'il puisse se passer, tu es mon âme.

- Alors résiste et reste avec moi. Sois fort, bats-toi.

- Je ne peux me battre contre ça. Ce lien entre vous, est beaucoup trop fort, plus que ce que je l'espérais. Tu m'aimes toujours et tu ne pourras au fond de toi cesser de m'aimer, cependant, cet amour est différent.

- Slevin...

- Chuuutttt..., souffla-t-il en posant un doigt sur ses lèvres. J'essaie, à l'instant même, de le contenir pour ne pas le sortir et te blesser mais la bête est là, je n'y peux rien. Accorde-moi une faveur.

- Qu...

Il abandonnait.

- Déteste le monstre mais pas l'homme. Jamais je ne t'aurais fait de mal, ni à tes parents. Si tu savais le nombre de fois où j'ai essayé de m'arracher le cœur, de me faire tuer pour apaiser cette culpabilité, ce mal que je t'ai fait mais il m'en a toujours empêché.

- Ce n'était pas toi, je le comprends aujourd'hui.

- Merci.

La scène que je voyais m'était insupportable, je ressentais cette douleur qu'elle éprouvait, je voyais sur son visage le chagrin que cela lui provoquait car, au fond d'elle, son amour était toujours là mais elle ne voulait pas se l'avouer, à présent, elle comprenait que la rupture était effective dès le moment où ses souvenirs lui étaient revenus, sauf qu'il n'avait pas eu le courage de le faire. Aujourd'hui, par amour, il la libérait de ce fardeau, je supprimerais la « , » pour, peut-être, lui faciliter la tâche lorsque leur véritable combat aurait lieu.

Il approcha ses lèvres des siennes, elle le laissa faire, car elle savait que ce serait l'ultime baiser de leur histoire. Ce fut un baiser passionné, doux de ce que je voyais mais également triste, je ne sais comment je pouvais ressentir leur chagrin à tous les deux, pourtant, à ce moment précis ,aucune magie opérait : aucune fenêtre ne tremblait, aucun élément n'était appelé, mon tatouage lui-même était en mode pause.

Ses lèvres se détachèrent de celles d'Amanda avec une certaine retenue comme si deux aimants les empêchaient de se séparer.

- Je t'aime, je t'aimerai toujours.

Il disparut dans la seconde qui suivit ses paroles, la laissant aux pieds des escaliers, à moitié tremblante avec son chagrin comme seul souvenir de ce moment.

Leur histoire venait officiellement de s'arrêter ici.

Alors, je me levai doucement, de façon à ne pas me faire plus mal et ne pas ressentir un nouveau vertige puis, je me rapprochai d'elle moins facilement que je ne l'aurais souhaité. Je la pris dans mes bras, elle ne réagit pas, pourtant, plus aucune larme ne sortait de son corps, elle devait être en état de choc.

Les égratignures sur ma peau faites par les morceaux de verre de la fenêtre commençaient à cicatriser ainsi que la trace d'étranglement autour de mon cou. Mon regard ne devait pas avoir changé depuis notre dernier échange car des larmes vinrent de nouveau jusqu'à ses yeux cependant, elle réussit à les contrôler.

- On devrait aller prendre l'air, cela nous fera du bien.

Je prononçai cette phrase sur un ton neutre, du moins, j'avais essayé, elle en avait assez pris pour son grade ses dernières minutes. Un banc était disposé sur le côté gauche de la porte fenêtre, je m'y assis avec une légère difficulté, mon dos me faisait encore mal, mais la cicatrisation magique était activée.

Elle ne s'assit pas immédiatement à mes côtés, je pense que la vue que donnait ce côté-ci du jardin lui plaisait car elle resta un petit moment à regarder en direction de la forêt et à écouter le chant des feuilles se frottant sur les branches des arbres. Cependant, il fallait mettre à plat certaines choses alors, je lui demandai de s'asseoir, d'un ton plus pressant que je ne l'aurais voulu en lui précisant que le soleil qui se trouvait dans mon champ de vision me faisait mal aux yeux. Elle n'eut pas l'air d'apprécier car les plis de son front se dessinèrent de suite.

- Le soleil est juste à côté de toi, et te regarder en levant la tête me fait mal aux yeux donc, si tu pouvais t'asseoir, cela serait plus facile et moins douloureux pour mes yeux.

Elle s'exécuta sans broncher.

- Peter...

- Je sais Amanda.

- Tu sais quoi ?

Je la regardai, lui faisant comprendre que je ne voulais pas avoir cette conversation, même s'il fallait crever l'abcès. Cependant, je redoutais certains mots, certaines vérités et, pour la première fois depuis des mois, mon cœur se serra, à l'idée qu'elle m'avoue vouloir le rejoindre, qu'elle ne supporterait pas de devoir le tuer. Le ton de sa voix me surprit au plus au point.

- Tu ne sais rien et tu vas m'écouter. Tu es en colère, triste et je dirais même furieux, ce que je comprends mais j'ai besoin de t'expliquer...

- Furieux ?

- Oui, à cause l'évènement de ce matin.

- Je ne suis pas furieux Amanda, du moins je ne le suis plus. Cela m'a beaucoup peiné que tu ne me fasses pas assez confiance pour me le dire mais je ne suis pas furieux.

- Je voulais te le dire mais comment t'expliquer que...

- Que fasse à celui que tu aimes, tu es vulnérable ?

- Prends-toi ça Amanda ! murmura-t-elle mais je l'entendis.

- Amanda depuis le début, je te l'ai dit, ton amour pour lui est ta faiblesse mais tu ne peux contrôler tes sentiments.

- Pourtant, c'est ce que j'ai fait en le virant violemment ce matin, en venant te sauver et en m'inquiétant pour toi tout à l'heure.

Je souris légèrement.

- Pourquoi d'ailleurs ? Devenir humain n'est pas si horrible.

- Ce n'est pas toi Peter. La personne que tu es n'est celle là, moitié magique moitié humain, je ne pouvais pas te laisser sacrifier tout ce que tu avais accompli par ma faute.

- Pas par faute, pour toi.

Alors, je la regardais, retournant mon visage vers elle et, encore une fois, cet échange fut intense. Je savais fort bien que ma phrase l'avait surprise, et j'en fus ravie, je ne voulais plus me mentir ni lui mentir. Au bout d'un moment, elle détourna ses yeux regardant en direction de la forêt.

- Amanda, mon but ultime est de te protéger et cela en faisait partie, j'étais prêt à le faire.

- Non, ce n'était pas me protéger mais te sacrifier Peter, ce n'est pas mentionné dans le contrat.

- Je suis comme ça tu ne me changeras pas et si Maya ne t'avais pas prévenue, aujourd'hui, tu serais sauvée et tu n'aurais pas eu à vivre cette... cassure.

- Inévitable et, même si ça me fait encore mal, je me dois d'être honnête, en tuant mes parents il a signé la fin de notre histoire, voilà pourquoi il m'a fuie quand ses souvenirs sont revenus, voilà pourquoi aujourd'hui il l'a fait. Certes, ça fait mal parce que c'est réel je dirais mais, de toute façon, il se transformera un jour et, là, je serai tout de même obligée de le tuer.

- Il y a quelques semaines, tu m'as dit que tu ne laisserais pas tomber Slevin et que tu ferais tout pour maintenir sa part d'humanité. Amanda, quand il sera transformé la seule part humaine qui lui restera, ce sera votre amour quel qu'il soit, même s'il t'a quitté, il t'aime encore et tu l'aimes également, différemment certes, mais tu l'aimes.

- Libérée.

- Oui.

- Tu as raison, je l'aime toujours mais cet amour n'est plus celui qu'il fut.

- Ce n'était peut-être plus aussi fort. Franchement, je ne sais pas comment l'expliquer mais, ce que je sais, c'est que je souhaite plus que tout que tu me pardonnes de ne pas avoir eu le courage de te parler de l'évènement de ce matin.

- Amanda...

- Non Peter, je pourrai pas supporter que tu m'en veuilles...

Je réalisai alors qu'elle était en train de pleurer mais elle ne s'en rendit pas compte. Alors, je levai ma main en direction de son visage et, de mon index, je vins lui essuyer la larme qui coulait sur sa joue gauche.

- Je t'ai déjà pardonnée.

Elle sourit à ma réponse et son regard croisa alors le mien brièvement.

- Seulement, me rendre compte que je ne pourrais pas me battre contre ce lien m'a blessé, je pense.

Je vis alors de la surprise sur son visage. Je ne savais pas si c'était réciproque, j'en doutais fortement, quoique, mon père avait raison sur l'intensité de notre lien, il était temps d'en avoir le cœur net, même si il était trop tôt après tout ça, il le fallait.

- Slevin a dit la même chose en parlant de nous.

- Mon père aussi.

- Est-ce la magie qui nous lie autant ? Je veux dire, je ne suis pas sûre de comprendre totalement ce qu'ils voulaient dire.

- Je pense surtout qu'ils voulaient parler de notre... amitié.

J'eus l'impression qu'elle comprit où je voulais en venir car, après quelques petites secondes, elle se leva d'un bond du banc, marchant en direction de la forêt puis, elle s'arrêta, scrutant les arbres.

Dès le premier jour où je l'avais vue, j'avais senti ce frisson me parcourir et mon cœur faire un bond dans ma poitrine même si, aux premiers abords, j'avais pensé que c'était dû au fait que c'était l'Elue et que, par conséquent, il s'agissait de notre lien qui venait de se former, seulement, lorsqu'elle est venue en grimpant le mur du manoir pour me retrouver dans ma chambre en larmes, faisant tout pour me consoler, je compris, à cette minute, que quelque chose en moi avait changer dans ma façon de la regarder et de penser à elle. Seulement, jusqu'à ce matin, je n'ai pas voulu y croire ; en réalité, je me refusais de me laisser aller à ce genre de sentiment puis, Slevin m'avait proposé ce pacte et là, je ne pouvais plus me mentir à moi-même et, par conséquent à mon peuple qui, au vu, de mon choix avait compris bien avant moi de quoi il en retournait. Voilà pourquoi mon père fut prêt à me sacrifier, car cela risquait d'affecter notre collaboration et, surtout, je n'étais pas sûr de ses sentiments.

Bien entendu, lorsqu'elle a tout fait pour me sauver et que j'ai entendu ses paroles, il me fallut un self contrôle immense pour ne pas aller à l'encontre de ma décision puis, il venait d'y avoir cette rupture, je ne savais plus quoi décider mais lui faire comprendre ce que ce lien représente pour moi était important. Slevin s'était battu pour elle, pourquoi ne pourrais-je pas faire de même ? Certes, il était trop tôt et je n'attendais rien en échange mais j'avais besoin qu'elle comprenne d'où venait ma colère ainsi

que ma tristesse.

J'étais éperdument tombé amoureux d'Amanda.