Salut tout le monde ! J'espère que vous avez passé un bon week-end. Pour bien démarrer la semaine, voici un petit chapitre ! Bonne lecture et à vos commentaires !
Chapitre 10
Nous interrompons la séance d'essayage le temps du déjeuner où je retrouve Prim et Peeta dans le réfectoire bruyant et surpeuplé. J'embrasse ma petite sœur sur le front :
— Salut, Petit Canard ! Comment s'est passé ta matinée ?
— Bien, mais j'ai perdu plus d'une heure à chercher Buttercup qui s'était échappé de notre studio ! Le coquin était allé se cacher dans une réserve, sur des sacs d'avoine !
Je ne peux m'empêcher de rire en imaginant notre gros chat jaune vautré sur son coussin de fortune tandis que Prim courait partout à sa recherche.
— Et toi ? me demande-t-elle.
— Je sors de chez Cinna. A propos, Peeta, tu pourrais venir avec moi pour tes essayages tout à l'heure ?
— Mes essayages ?
— Oui, pour demain soir. Cinna nous prépare une tenue pour la cérémonie.
— Ah ! D'accord ! C'est sympa de sa part !
— Au fait, et ta demande, elle a reçu bon accueil ?
— Oui, je commence demain ! Ils manquent de boulanger ici, et apparemment, je reste le seul du District 12 à savoir faire du pain …
A ces mots, sa voix se brise.
Je me lève précipitamment, faisant tomber ma chaise arrière et me précipite à ses côtés pour le prendre dans mes bras.
Son père, sa mère, ses frères… Peeta a tout perdu lorsque les bombes sont tombées sur nos maisons. Je revois le fantôme de la boulangerie familiale, avec son enseigne grinçant sous le vent de cendres… Je frissonne. Debout face à lui, je serre mon garçon des pains contre moi et il appuie doucement son visage contre mon ventre. Son bras valide enlace ma taille.
Prim ramasse doucement ma chaise et la redresse en silence, puis elle s'approche de nous et lui pose une main compatissante sur l'épaule.
Je réalise que Prim a changé elle aussi. Elle a grandi tellement vite depuis les Jeux. Trop vite ! C'est injuste cette vie qui oblige les enfants à devenir adultes trop tôt en tuant leur innocence et leurs rêves !
Peeta tourne la tête vers elle et s'efforce de lui sourire :
— Merci… ça fait du bien de vous avoir toutes les deux…
J'envie Peeta qui n'est resté qu'un quart d'heure sur le tabouret où je viens de passer deux longues heures, debout, immobile, enroulée dans toutes sortes de tissus. Finalement, Cinna me libère des épingles et m'annonce que je peux disposer.
Enfin !
En contemplant l'amas d'étoffes à mes pieds, je ne parviens pas à me faire une idée de la robe qui pourra en sortir. Mais, Cinna est déjà affairé entre sa table de travail, couverte de notes et de morceaux de patrons, et des montagnes de rouleaux de cotonnades et de soieries.
Je l'embrasse et le quitte, le laissant œuvrer à ses créations.
Il est déjà seize heures. Je décide d'aller m'aérer un peu. Je passe à l'appartement, récupère mon arc et une gourde d'eau fraîche et prend le chemin de la sortie. Au poste de garde, je tombe sur mon jeune complice, le garde qui nous a laissés partir sans donner l'alerte.
Je le salue et profite qu'il est seul pour le remercier.
— Oh, il n'y a pas de quoi ! J'étais certain que vous parviendriez à les sauver ! s'exclame-t-il, enthousiaste. Au fait, je m'appelle Tommy !
Je lui serre la main et réponds machinalement :
— Katniss.
— Oui, je sais…
— J'oublie toujours… dis-je en souriant.
— Tu vas chasser ?
— Oui, j'ai besoin de me changer les idées.
— Tu rencontreras peut-être Gale, il est sorti il y a une bonne heure.
Gale !
Voilà peut-être l'occasion rêvée pour lui parler.
Tommy m'ouvre la porte et me souhaite une bonne balade.
— N'oublie pas d'être rentrée pour 18 heures. Après, c'est le couvre-feu.
— Compris ! Merci ! A tout à l'heure.
Je descends tranquillement la butte et pénètre dans le sous-bois, cherchant des marques du passage de Gale. Je ne tarde pas à repérer ses traces et les suis, en m'enfonçant dans la végétation. J'abats quand même un faisan sauvage qui détale devant moi avant de trouver mon véritable gibier. Mon ami est en train de replacer un collet. Un lièvre de belle taille gît à ses pieds.
— La chasse a été bonne !
Il sursaute et me fait face, surpris de me trouver là.
— Katniss ! Que fais-tu ici ? Ils t'ont envoyé me chercher ? me demande-t-il froidement.
— Non, je suis juste venue chasser un peu moi aussi.
Je lui montre mon volatile que je tiens par les pattes.
— Jolie prise, commente-t-il simplement avant de s'en retourner à son collet.
« Brrr ! Plutôt glacial comme accueil ! »
Je ne comprends pas.
Il s'éloigne déjà sans ajouter un mot, pour relever son piège suivant. Je le rattrape en courant et le saisis par le bras.
— Gale ! Mais qu'est-ce tu as ?
Il me jette un regard distant. J'insiste :
— J'ai fait quelque chose de mal ?
Cette fois, il baisse les yeux. Je sens qu'il lutte contre lui-même.
— Katniss… Ne m'oblige pas…
Sa voix s'éraille et n'est plus que souffrance tout à coup.
Je l'oblige à me regarder en face :
— Que je t'oblige à quoi, Gale ?
— C'est déjà assez difficile comme ça ! Ne m'oblige pas à faire semblant que tout va bien ! Explose-t-il tout à coup.
Je sens un mélange de colère et de chagrin sourdre dans sa voix.
— Mais, je ne te demande rien, Gale… Je ne comprends pas…
— Non, tu ne comprends pas ! Et c'est bien le problème ! Tu crois que ça me fait quoi de te voir lui prendre la main et l'embrasser ? De savoir que tu passes tes nuits avec lui alors que ça fait des années que j'attends que tu sois prête à franchir ce cap ?
Son visage est comme transfiguré. Le barrage de ses sentiments a cédé et les mots coulent enfin librement après avoir été trop longtemps tenus au silence. Il me saisit un peu rudement par les bras.
— Je t'aime, Katniss ! Je t'aime depuis toujours ! Avant les jeux, tu m'as demandé de m'enfuir avec toi… Et j'ai cru que c'était parce que tu avais des sentiments pour moi… Mais, là, je ne sais plus quoi penser…
Devant cet aveu déchirant, je détourne les yeux. Je ne sais pas quoi lui répondre. Comment lui expliquer ce que je ressens quand j'ai moi-même du mal à mettre des mots dessus.
— Mais, je t'aime, Gale… Tu es mon meilleur ami !
— Mais moi je veux plus !
Gale se rapproche de moi et m'embrasse presque violemment. Je suis surprise et j'ai un mouvement de recul instinctif mais, il me tient si serrée contre lui, que je ne peux échapper à son baiser. Ses lèvres se font plus douces, plus tendres et l'espace d'un instant, je réalise l'intensité de son amour pour moi.
Mon cœur se serre et se remplit de tristesse parce que même là, alors que je suis dans ses bras, l'image de Peeta occupe tout mon esprit. Et je comprends que je vais faire souffrir Gale, que je risque de le perdre pour toujours…
Je détourne doucement la tête, pour ne pas le blesser. Il comprend et relâche à regret son étreinte.
Je croise son regard. Il semble à la fois triste et résigné alors je murmure :
— Je ne veux pas te perdre, Gale … J'ai déjà perdu trop de gens auxquels je tenais dans cette guerre.
Il joue quelques secondes encore avec ma main avant de la laisser retomber et réplique sur le même ton feutré:
— Un jour prochain, tu devras choisir pour de bon, Katniss. Mais sache que si tu le choisis lui, je partirai.
— Je ne me ferai probablement jamais à cette idée mais, je peux comprendre… J'ai besoin que tu me laisses un peu de temps pour faire le point.
— Fais-moi signe si tu te décides mais, en attendant, je crois qu'il vaut mieux que je prenne mes distances…
Sans un mot de plus, il m'abandonne là et s'en va, me laissant seule avec mes tourments.
Voilà, je sais à présent pourquoi il a mis cette distance glacée entre nous depuis que nous avons ramené Peeta. Il se protège et je ne peux l'en blâmer.
Mon choix est déjà fait. Mon cœur bat pour Peeta.
Mais, égoïstement, j'ai envie de garder Gale près de moi, de préserver notre amitié quelques jours encore. Ça ne pourra pas durer éternellement. Je le sais. Je ne veux pas lui laisser croire trop longtemps que je vais changer d'avis et revenir vers lui.
J'ai juste besoin d'un peu de temps pour me préparer à cette idée et pour faire le deuil de notre complicité passée.
Un écureuil me passe entre les pieds sans que je réagisse. Je n'ai tout à coup plus le goût à chasser. Je décide donc de retourner au Bunker, l'âme triste et vagabonde.
Je suis déjà dans la prairie, à mi-chemin entre le couvert de la forêt et l'entrée du bâtiment lorsqu'un ronronnement étrangement familier s'élève au-dessus de moi. Un frisson désagréable picote ma nuque et court sur ma peau m'avertissant d'un danger. Mon instinct me fait lever la tête.
La silhouette d'un hovercraft se dessine dans le ciel, encore trop loin pour qu'il m'ait vue mais, à l'insigne de Panem sur sa carlingue, je sais que ce n'est pas l'un des nôtres. Snow nous envoie sa garde rapprochée, sans doute pour nous espionner. Si par malheur il me repère, je ne donne pas cher de ma peau !
Je m'accroupis dans les hautes herbes, espérant que l'appareil va passer, très haut au-dessus de moi, et repartir en nous laissant en paix. Mais ce n'est pas le cas. L'appareil change brusquement de trajectoire et descend. Il m'a vu.
Sans réfléchir, je me redresse et me mets à courir en direction du Bunker. Une rafale de mitrailleuse me coupe la route, créant une ligne de poussière à dix mètres de moi. Affolée, je m'immobilise et hésite sur la conduite à tenir. Passer en force au risque de me prendre une balle ou me replier vers la forêt sans certitude de sécurité ?
Une chose est sûre, je ne dois pas les laisser me capturer ! Plutôt mourir !
Le secours surgit devant moi avant que j'ai pu prendre ma décision. Le sommet de la butte se soulève brusquement et des tourelles armées de mitrailleuses et de lance-missiles émergent de la terre. Les tirs fusent immédiatement, obligeant l'hovercraft à exécuter un virage brutal pour éviter les balles. Les canons du Bunker crachent des flammes et de la fumée mais l'hovercraft riposte et je me retrouve au milieu des tirs croisés. Les balles sifflent à quelques mètres de moi tandis que je me remets à courir, aveuglée par la poussière.
J'aperçois enfin l'entrée du Bunker lorsque les impacts changent d'intensité. A présent, ce sont des missiles qui explosent autour de moi, en creusant des cratères béants dans la colline.
Je cours encore lorsque le souffle d'une explosion bien trop proche me projette en avant. Mon menton heurte violemment le sol. La déflagration a été si puissante que je n'entends plus rien qu'un intense bourdonnement. Je n'arrive pas à me relever. C'est comme si mon corps ne m'obéissait plus. Ça me rappelle notre première arène, lorsque j'ai fait sauter les provisions des Tributs de Carrières avec l'aide de Rue…
Mes mains sont en sang. Un liquide chaud s'écoule le long de mon visage, de mes oreilles, dans mon cou. Au prix d'un effort surhumain, je parviens à me traîner sur quelques centimètres mais, mon corps refuse de se remettre debout. J'aperçois à travers une brume floue l'éclat flamboyant des bombes qui continuent à éclater autour de moi. Le combat fait rage dans le ciel. L'hovercraft, touché, semble avoir perdu un moteur. Il lâche une traînée de fumée noire mais il n'a pas cessé la lutte pour autant.
Je ne suis qu'un dommage collatéral. Ils ont sûrement oublié que j'étais là, au milieu de leur guerre. Je vais sûrement mourir ici, à quelques mètres de la sécurité, la joue sur l'herbe tendre de la colline, pulvérisée par un de leurs engins. Je ferme doucement les yeux. Tout le chaos autour de moi me parvint feutré et lointain, assourdi par les acouphènes de mes oreilles.
Tout à coup, je sens des bras me soulever et je découvre le visage de Tommy, noir de poussière, qui me parle. Impossible d'entendre ce qu'il me dit dans le tumulte. Je secoue la tête et lui fais signe que je ne comprends pas. Il passe résolument mon bras par-dessus ses épaules, m'attrape par la taille de l'autre main et me soulève pour m'aider à marcher. Nous faisons quelques pas au milieu des explosions et des tirs de mitrailleuses. Je protège mes yeux des éclats et de la poussière avec ma main libre lorsque deux autres soldats nous rejoignent en courant. L'un d'eux déploient une sorte de bouclier métallique pour nous protéger, tandis que l'autre me soutient de l'autre côté.
Brusquement, mes pieds touchent à peine le sol. Épuisée, je me laisse emporter. Ma tête est lourde. Mes oreilles douloureuses. Et je perds connaissance en entrant dans l'ascenseur.
Je me réveille dans une chambre de l'infirmerie, contusionnée autant que déboussolée. Prim est assise à mes côtés. Elle est jolie ma petite infirmière dans sa blouse rose. Je lui souris.
— Comment te sens-tu ? me dit-elle, ravie de me voir ouvrir les yeux.
J'entends sa voix à travers un bourdonnement diffus. C'est toujours mieux que tout à l'heure. On dirait que je récupère l'ouïe progressivement. J'essaie de me relever mais, Prim m'en empêche.
— Non, tu dois te reposer un peu. Tu as reçu un choc important à la tête.
Les images de l'attaque mes reviennent en mémoire, les explosions, Tommy. Soudain inquiète, je demande :
— Les autres ? Ceux qui sont venus m'aider, ils vont bien ?
— Oui. Et Gale aussi. Il est rentré une fois que l'hovercraft a été abattu. Il a participé à la capture des occupants qui ont survécu au crash.
— Ils ont fait des prisonniers ?
— Oui, me réplique Prim avec fierté. Ils vont les interroger, je crois.
Je soupire en repensant à Peeta, à Johanna et à Cinna… J'espère que nous ne traitons pas nos prisonniers de la même manière.
Mais, au fond de moi, je sais que si. Nous sommes en guerre.
— J'ai entendu dire que la Présidente Coin allait décerner une médaille au soldat qui t'a secouru pour sa bravoure lorsqu'il s'est jeté sous le feu ennemi pour te ramener ! Tu te rends compte ! s'exclame encore ma sœur.
Je souris. Voilà au moins une nouvelle qui me fait plaisir :
— Tommy, il s'appelle Tommy. Il est très gentil. Je suis heureuse qu'il ne soit pas blessé.
Maman passe la tête à la porte et constate avec soulagement que je suis réveillée.
Elle s'approche pour m'embrasser :
— Tu nous as encore fait peur, me gronde-t-elle tendrement.
— Là, je n'y suis vraiment pour rien…
— Je sais bien, ma chérie… Prim, il est temps d'y aller. Il se fait tard. Nous repasserons te voir demain, Katniss. Le médecin voulait te garder une nuit sous surveillance, tu devrais pouvoir quitter l'infirmerie demain matin.
Je suis sur le point de protester mais, je sais que c'est inutile. J'ai la tête dans un étau et les oreilles encore bourdonnantes. Pour une fois, je vais peut-être obéir.
— Avale ça si tu souffres trop, me précise-t-elle encore, en déposant un comprimé sur ma table de nuit.
Prim m'embrasse à son tour et toutes les deux me quittent avec un petit signe de la main.
Epuisée, je sommeille un moment, perdant vite la notion du temps.
On gratte soudain à ma porte. Le petit bruit me réveille doucement et je demande :
— Il y a quelqu'un ?
La porte s'entrebâille et le visage de Peeta apparaît.
Mon cœur fait un bon dans ma poitrine. Il bat soudain si fort que j'ai peur que Peeta ne l'entende.
— Peeta !
— Chuuut ! Je n'ai pas le droit d'être là normalement…
Il referme doucement la porte et s'avance jusqu'à moi. Il me prend la main. Il effleure le pansement qui recouvre une partie de mon avant-bras et ma main gauche.
— Eh bien, tu es dans un drôle d'état…
— A part un fichu mal de tête et mes oreilles qui bourdonnent, je n'ai pas trop mal.
Je désigne le bandage et ajoute :
— C'est sûrement superficiel. Il y avait beaucoup d'éclats qui volaient partout, tu aurais vu ça, un vrai champ de bataille !
Sa main caresse tendrement ma joue et il chuchote :
— Je ne peux vraiment pas te quitter des yeux cinq minutes, on dirait…
— Oui, on dirait bien…
Un silence gêné passe entre nous avant qu'il demande :
— Ça t'ennuie si je reste avec toi. De toutes manières, si je me couche, je vais réveiller ta mère et ta sœur avec mes hurlements…
— Viens près de moi…
Il grimpe sur mon lit d'hôpital et s'allonge en chien de fusil contre moi, son bras blessé posé sur mon ventre. Je ris en nous contemplant :
— On fait un beau couple d'éclopés tous les deux !
Il lève les yeux vers moi avec un sourire rayonnant :
— Un couple ? Voilà une définition de nous que j'aime beaucoup !
Je rougis violemment.
Il pouffe encore de rire, le visage contre mon épaule et je sens ses lèvres effleurer ma peau d'un baiser.
Son souffle régulier court dans mon cou comme une caresse de vent d'été, chaude et agréable. Bercée par le rythme de sa respiration, je cède à la fatigue et m'endors contre lui, sereine, comme si rien de mal ne pouvait plus m'arriver tant que je reste près de lui.
A suivre
