Chapitre 10 : Identités levés
— Ryô, tu devrais éviter… Je crains fort que le port de charge lourde ne lui soit né… commença Reïka qui s'interrompit aussitôt lorsque la massue tomba à terre en un vacarme assourdissant. Faste, compléta-t-elle alors tandis que Miki se dépêcha de sauter par-dessus le comptoir.
— Kaori ! S'exclama-t-elle en rattrapant son amie de justesse.
Cette dernière s'était soudain nauséeuse en éprouvant une vive douleur à l'estomac. Elle avait senti ses jambes la lâcher. Elle sentie soudain deux bras la saisir tandis qu'elle tombait en arrière.
— Merci, murmura-t-elle difficilement.
Les mots du professeur revinrent à l'esprit de Ryô tandis qu'il pesta contre lui-même. Il relâcha aussitôt Reïka et se rapprocha de sa partenaire dont le front était recouvert de sueurs, preuve de sa souffrance silencieuse.
— Je suis désolé, lui chuchota-t-il en l'aidant à s'asseoir sur un fauteuil après l'avoir récupéré des bras de Miki.
— Tout va bien ? Demanda cette dernière inquiète.
Avant que Ryô ou Reïka n'aient pu expliquer le pourquoi du comment, Kaori fit un signe de main pour signifier que tout allait bien, même si sa grimace prouvait le contraire.
— C'est ma faute, dit finalement Reïka en culpabilisant.
— Non, affirma Kaori en lui souriant malgré tout.
— Nous allons rentrer. Kaori a besoin de se reposer, dit ensuite Ryô faisant un discret signe à Umibozû et Miki.
D'une manière ou d'une autre il allait les tenir au courant.
Avant qu'elle ne se relève, Ryô prit Kaori dans ses bras.
— Je peux marcher, murmura-t-elle rougissante.
— Non, répondit-il de la même façon avant de poursuivre d'une voix plus forte et sévère. Dis-moi, Kaori, tu n'aurais pas grossi dernièrement ?
— Ryô ! Protesta Miki tandis qu'elle vit son amie détourner le regard et croiser ses bras, boudeuse.
— Si je suis si lourde tu n'as qu'à me reposer à terre, grommela-t-elle comme elle le pu.
Elle avait très bien compris pourquoi Ryô avait dit cela. D'ailleurs ce dernier en eut un très bref et discret sourire. Il se sentait fier de la réaction adéquat de sa partenaire.
— Reïka, tu viens avec nous, rappela ensuite le nettoyeur.
— J'arrive, dit-elle avant de les dépasser pour aller leur ouvrir la porte.
— Merci, murmura Kaori rouge de confusion.
…
Lorsqu'ils arrivèrent au pied de l'immeuble, ce fut le même cinéma mais le regard grave de Ryô empêcha Reïka de plaisanter et une fois à l'appartement Ryô alla déposer Kaori dans sa chambre.
— Où vais-je dormir ? Questionna Reïka.
Kaori se raidit à la question, curieuse et anxieuse d'en connaître la réponse.
— Heu… Je m'installerai au salon, tu n'auras qu'à utiliser ma chambre, sourit béatement Ryô.
Kaori remercia son for-intérieur d'avoir pensé à installer des pièges automatisés. Elle appuya sur un interrupteur près de son lit et un énorme kompeto s'abattit sur lui.
'Réfléchit avant de parler', pouvait-on lire sur celui-ci.
'Ah ! Ah ! Ah ! Je vais mourir.' Songea le nettoyeur à terre.
— Si Kaori n'y voit pas d'inconvénient, je m'installerai dans sa chambre avec elle.
Des images plus que coquines entre les deux femmes envahirent l'esprit du nettoyeur qui se mit à rire de manière très suspicieuse. Kaori appuya alors sur un autre bouton et un seau d'eau bien froide se déversa sur la tête de Ryô.
'Une bonne douche froide calmera ton imagination débordante de créativité !' Songea Kaori en rougissant se doutant à moitié de ce qu'il pouvait imaginer.
— C'est glacé ! Hurla-t-il. C'est malin, je suis trempé, dit-il ensuite avant d'éternuer.
Avant qu'il n'ait eut le temps de rajouter autre chose son regard croisa celui de sa partenaire qui lui fit signe de se taire et de sortir. Penaud, il obéit sous le regard amusé de Reïka.
…
L'après-midi était déjà bien entamé lorsque le téléphone retentit.
— Ryô Saeba, s'annonça-t-il gravement en décrochant.
— Quelle rudesse, fit remarquer son interlocutrice.
— Ma Saeko d'amour, dit-il d'une voix enjouée. Du nouveau ?
— Tu es direct.
— Tu me connais, ironisa-t-il sans compléter sa phrase, sentant à distance l'aura meurtrière de sa partenaire qui l'avait sans doute entendu crier un peu auparavant.
— Grâce à la vidéosurveillance de Reïka et à tes indications, nous avons pu avoir une identité plus poussée de la fratrie. Il s'agit des enfants Seguchi. Le frère, Heiji, s'est déjà fait sa place dans le milieu. Il est expert en pyrotechnique et hypnose. Il est l'auteur de nombreux attentats qui ont pour la plupart eut lieu dans des pays en proie à la guerre civile. Sa sœur, Anko, a rejoint le monde de la guérilla après le décès de son premier mentor qui était aussi son fiancé. Il s'agissait d'un tueur à gages répondant au nom de Ryûjin Hashimoto. Il est décédé il y a une dizaine d'années alors qu'il s'en était pris à des policiers.
— Ryûjin Hashimoto dis-tu ?
— Oui. Anko s'est mariée à lui de façon post-mortem et n'a eut de cesse qu'à chercher à se perfectionner pour pouvoir prendre sa revanche.
— C'est donc la vengeance qui la pousse.
— Tu me sembles en savoir davantage que moi… Je me trompe ?
— Ce tueur à gages… Ryûjin Hashimoto. Il y a dix ans j'ai abattu cet homme. Il s'en était pris aux mauvaises personnes et n'avait pas su tirer partie de mon premier tir d'avertissement.
… Flashback narratif de Ryô…
— Je m'étais mis à l'affût dans un arbre, non loin du chalet de mes amies. Je savais que quelque chose allait arriver lorsque j'en suis parti, je le pressentais. J'ai vu un homme s'en prendre à une femme portant des lunettes. J'ai attendu le moment propice pour intervenir sans blesser l'inspectrice. J'ai su qu'elle était inspectrice en écoutant la discussion. Lorsque le tireur a tiré vers son collègue, il m'a offert une ouverture d'attaque. J'ai tiré sans sommation sur son index droit. Tordu de douleur, Hashimoto est tombé à genou après avoir lâché l'inspectrice.
« — D'où provient le tir ? Demanda-t-elle en regardant alentour.
— Asatani ! S'époumona son collègue.
— Je vais bien, inspecteur Utsumi. Monsieur Hashimoto, vous êtes en état d'arrestation, déclara-t-elle ensuite en sortant sa paire de menottes. »
— J'ai vu son visage de colère, d'interrogations. Il se demandait sans doute qui avait pu lui tirer dessus sans se faire découvrir. Fou de rage Hashimoto se releva bousculant l'inspectrice qui en tomba lourdement sur le sol neigeux. Puis il courut récupérer son arme de sa main gauche et regarda autour de lui cherchant à me découvrir. Remarquant le policier qui approchait, il tira vers lui… sans succès. Il était fait comme un rat. Plein de hargne et de rage, il nota que l'inspectrice peinait à se relever et se frottait le dos. Il a ensuite levé son arme vers elle et prit son temps pour la viser convenablement. Mais jamais il ne parvint à appuyer sur la gâchette… Cette fois mon tir l'atteignit entre les deux yeux tandis que cet Utsumi criait une mise en garde pour sa collègue. J'ai vu l'inspecteur regardait autour de lui avant d'aller aider sa collègue à se relever.
« — Est-ce-que tout va bien ? Lui demanda-t-il.
— Oui, merci… Pourquoi l'avoir abattu ? Cela ne vous ressemble pas, affirma-t-elle le prenant pour le tireur qu'il n'était pas
— Si seulement… Je n'ai pas ouvert le feu, soupira-t-il en rangeant finalement son arme de service.
— Alors qui ? S'étonna-t-elle.
— Qui que ce soit nous lui devons la vie. Je sais ce que vous allez me dire. Le criminel avait sans doute des choses à nous apprendre et il aurait été préférable qu'il fût encore en vie. »
L'inspectrice soupira, son collègue avait vu juste.
— Ils ont encore discuté un instant avant de retourner au chalet. Ma mission étant terminée, je suis descendu de mon perchoir et j'ai reprit mon chemin.
… Fin du flashback…
— Oh ! C'est donc toi ce mystérieux tireur qui a sauvé la vie de mon amie et de son collègue ! S'étonna Saeko.
— Bref… Je suppose que Madame Hashimoto ne se sent pas à la hauteur de m'affronter personnellement et a demandé de l'aide à son frère, suggéra Ryô.
— Mais pourquoi Kaori ? Demanda Saeko.
— Simplement parce qu'elle est ma partenaire, répondit Ryô.
—Et qu'elle pense qu'il y a plus entre vous, rajouta Saeko espiègle.
— Ce qui n'est pas le cas, râla Ryô.
— Puisque tu le dis… Par ailleurs, il apparait que la fratrie s'est rapprochée d'un certain Honda Misushi. Celui-ci nous l'avons à l'œil depuis quelques mois. D'après nos quelques hommes infiltrés il prépare un très gros coup de force mais reste évasif sur les modalités. Pour le moment il prépare le terrain dira-t-on. Et par rapport à notre fratrie, je me demande pourquoi ils ont utilisés Reïka ?
— Je suppose qu'ils se sont vite aperçus que nous n'étions pas approchables sans danger pour eux. Ils ne voulaient pas se mouiller.
— Comment va-t-elle ?
— Miki semble avoir cassé la clef de son hypnose et cela n'a pas été sans mal.
— Il y a bien un moyen de vérifier, mais cela pourrait être dangereux.
— C'est-à-dire ? Questionna Ryô.
— Son bipeur était resté dans mon véhicule. Je l'ai entendu sonner en arrivant à ma place de parking ce matin. Le message à l'écran était très explicite.
— Si je te suis bien, tu penses que si nous lui rendions son bipeur elle risquerait de replonger ?
— Sauf si Miki a fait du très bon travail.
— Le mieux serait de voir directement avec elle, tu n'as qu'à passer ce soir, sourit-il.
— Et comment va Kaori ? Interrogea Saeko.
— Elle a besoin de repos. Les poings de Reïka sont très dangereux, expliqua-t-il.
— Je finis le dossier en cours et j'arrive.
— À tout à l'heure, sourit-il béatement avant d'entendre un coup de sifflet provenant de la chambre de sa partenaire.
En moins de temps qu'il ne faut pour dire ouf il avait raccroché et ouvert la porte de sa chambre.
— Tout va bien ? S'enquit-il avec une pointe d'inquiétude que seule Kaori décela.
Cette dernière lui sourit en retour.
— Tu vois, cela fonctionne à merveille. Désolée pour le dérangement, Ryô. Kaori cherchait un moyen pour pouvoir t'appeler en cas de besoin. Je lui ai suggéré d'utiliser un sifflet. C'est plutôt efficace, expliqua Reïka.
— En effet, soupira-t-il en se frottant la tête. Je viens d'avoir quelques informations grâce à Saeko, continua-t-il ensuite.
— Nous t'écoutons, dit Reïka.
— Assieds-toi, cela risque de prendre un peu de temps, expliqua-t-il intriguant sa moitié.
Il débuta alors sa narration sur l'identité du frère et de la sœur avant d'enchaîner sur la mission de protection qui lui avait été confié 10 ans auparavant, sans préciser les circonstances exactes de celle-ci ni qui en était à l'origine.
— Je sais que la vengeance est un plat qui se mange froid, mais 10 ans après c'est abusé, grommela Reïka.
Kaori soupira simplement avant de sourire, donnant l'impression de prendre cela à la légère même si ce n'était pas réellement le cas. Elle encaissait de nouveau le choc sans broncher.
— Reïka… Tu veux bien nous laisser cinq minutes ? Fit Ryô si soudainement que Kaori en rougit et le regarda en écarquillant les yeux.
— Si vous avez besoin de plus de temps les amoureux, faites moi signe. Cinq minutes c'est bien trop court, taquina-t-elle en sortant de la chambre.
— Ah, mais non ! Arrête de te faire des films, fulmina Ryô tandis que la détective fermait la porte derrière elle.
Seuls, Ryô se tourna vers sa partenaire encore plus écarlate et il reprit son sérieux.
