Coucou me revoilà :)

J'ai passé tous les derniers mois à travailler sur mon roman et voilà, le deuxième jet est terminé, je n'ai pas écrit depuis au moins 18 heures et je suis affreusement en manque. C'est donc le bon moment pour reprendre cette fic !

Merci pour toutes vos très gentilles (et/ou instructives ^^) reviews :)

Petit résumé des épisodes précédents :

Helga est une sorcière hautaine et solitaire, Rowena une charmante baronne maladroite, Salazar le charismatique Enchanteur de la Cour, et Godric un chevalier aussi redoutable face à un dragon qu'empoté face à une jolie fille. Son fidèle destrier est un hippogriffe nommé Gerald.

Etant devenus amis, ils décident de fonder une école pour jeunes sorciers. Ils s'installent en Ecosse, fondent une petite bicoque du nom de Poudlard et y accueillent leurs premiers élèves.

Mais avec la mort soudaine du roi Constant, l'atmosphère se trouble pour les 4 sorciers. Ils recueillent Orphéon, fils de Lucida la Noire qui fuit la jalousie de la reine. Un soir, Salazar déclare sa flamme à la belle Rowena mais se fait repousser.

Uther

Salazar demeura toute la nuit penché sur son chaudron pour achever la préparation de la potion. Les heures s'égrenèrent sans autre bruit que le bouillonnement léger de la mixture et les craquements du bois qui flambait. Lorsque l'aube apparut, il put enfin verser la préparation dans des fioles, les sceller avec soin et les ranger dans un placard. Ses gestes paraissaient calmes, mais son esprit brûlait toujours sous l'effet de la colère et de la déception. Il faillit mettre le feu au placard. Par dépit. Au lieu de ça il soupira, remonta dans sa chambre et dormit jusqu'au milieu du jour.

Helga vint frapper à son huis à la fin de l'après-midi. En entrant, elle trouva Salazar toujours en chemise dans ses draps défaits, occupé à relire de vieilles lettres avec un air morose. Helga embrassa la scène d'un œil sévère et referma la porte derrière elle.

─ Que s'est-il passé hier soir, entre Rowena et vous ? Elle paraissait tout à fait décomposée ce matin, comme si elle n'avait pas dormi de la nuit. Et vous ne valez pas mieux.

─ La baronne dort mal, et alors ? rétorqua Salazar en haussant les épaules. En quoi cela doit-il me concerner ?

─ Ne me faites pas perdre mon temps, Salazar. Tout allait bien quand nous sommes partis hier avec Godric, et aujourd'hui voilà que vous boudez et refusez d'assurer vos classes.

─ J'ai travaillé tard, voilà tout.

─ Salazar ...

─ Ce ne sont pas vos affaires, Helga ! s'emporta enfin l'Enchanteur. Cessez de vouloir vous mêler de tout !

Les bras croisés, Helga soutint le regard de l'autre sorcier.

─ Avant de me faire des reproches, vous serez peut-être intéressé d'apprendre que je venais pour vous écouter, non pour vous juger. J'ai la prétention d'être votre amie, Salazar. Mais faites à votre guise. En attendant, le petit Orphéon vous réclame.

Elle sortit sur ses mots, laissant Salazar furieux contre beaucoup de monde et contre lui-même en particulier. Ravalant son orgueil, il se leva avec un soupir et enfila une robe de chambre. Il descendit à l'étage inférieur et, guidé par les cris, trouva Orphéon qui s'égosillait dans les bras du pauvre Godric.

─ Ah, Salazar ! s'exclama le chevalier du Griffon avec soulagement. Vous voilà enfin ! Tenez, je ne sais pas ce qu'il lui arrive aujourd'hui mais il est impossible.

Salazar tendit les bras pour prendre le bambin pleurnichard et se pencha vers sa petite figure avec dévotion.

─ Alors, Orphéon, on fait des misères à son oncle Godric ?

Rassuré que l'enfant soit pris en charge, Godric quitta les lieux pour retrouver la compagnie plus sensée de Gerald. Tout en berçant le petit garçon brun et en lui murmurant des paroles apaisantes, Salazar arpenta la cuisine de long en large. Il jetait des regards nerveux à travers les portes de la pièce et les fenêtres. Rowena n'était nulle part, ce qui le rasséréna. Il ne se sentait pas encore le courage d'affronter son regard. Au lieu de la baronne de Serre d'Aigle, ce fut Helga qu'il aperçut occupée à ranger des piles d'assiettes en grès dans le buffet du réfectoire. La vieille sorcière s'aidait de sa baguette pour faire voler les assiettes dans les airs avec tant d'habileté qu'elles ne s'entrechoquèrent pas une seule fois.

─ Veuillez pardonner ma conduite, Helga, lui dit Salazar en s'avançant vers elle.

─ Je ne sais si vous le méritez.

─ Peut-être pas, mais vous avez assez bon cœur pour ne pas m'en vouloir.

─ Bon cœur, moi ? répliqua la sorcière en haussant les sourcils.

─ Je vous ai percée à jour.

Tenant Orphéon d'un bras, Salazar s'appuya de l'autre au cadre de la porte et retrouva un peu de son irrésistible charme. Mais Helga, le menton relevé dans une attitude hautaine, continua à lui tourner le dos et se mit à plier des nappes.

─ Inutile d'essayer vos séductions sur moi, Salazar. J'attends de mes amis franchise et honnêteté. Si vous n'êtes pas capable de cela, vous feriez mieux de me laisser tranquille.

─ Ah, chère Helga ... Je vois qu'on ne peut pas vous résister longtemps.

D'un geste de la main, Salazar fit reculer une chaise et s'y assit, prenant le petit Orphéon sur ses genoux. D'un autre, il ferma les portes de la pièce et d'un claquement de doigt en boucha tous les interstices. Son visage était redevenu sombre.

─ Soit, je vous parlerai. Mais ne répétez rien à Godric. Je ne veux pas qu'il me méprise.

Helga se radoucit et vint s'asseoir aux côtés de l'Enchanteur. D'une voix froide, il lui narra la scène de la veille. La potion, leurs paroles, le baiser qu'ils avaient échangé avec Rowena, ce moment délicieux ... et sa propre folie, sa hâte, la gifle et les reproches.

─ L'aimez-vous ? demanda Helga.

Salazar se mit à gratter avec insistance une tâche sur la table.

─ Je le crois ... Je ne peux cesser de penser à elle. C'est heureux que Richard soit absent pour longtemps, sans quoi je l'aurais défié en duel. Rowena verrait bien, alors, lequel de nous deux est le plus puissant.

─ Salazar ... dit doucement Helga en tâchant de le raisonner. Ce n'est pas une question de puissance, ni de force. Rowena aime son époux et veut lui être fidèle. En recourant à la violence, vous ne feriez que l'effrayer davantage.

─ Pensez-vous qu'il y ait le moindre espoir ?

Dans les yeux de l'Enchanteur, la tristesse avait brusquement remplacé la fureur.

─ Je ne sais pas comment je pourrais tolérer de la côtoyer tous les jours si ... être si proches, et en même temps ...

─ Je l'ignore. Rowena ne m'en a jamais parlé. Mais, mon cher, je vois comment elle vous regarde. Elle vous est très attachée. Et vous savez que vous êtes un homme séduisant. Ne forcez pas la nature, prenez patience. Peut-être que le temps changera les choses.

Salazar considéra sa vieille amie avec un air de surprise amusée.

─ Eh bien, ma chère, je n'aurais pas pensé que vous auriez si peu de reproches à me faire pour avoir tenté de briser un mariage.

─ Ce qui m'importe, Salazar, c'est cette école et ceux qui la construisent, répondit la sorcière avec un haussement d'épaules. Nous ne sommes que quatre, nos relations doivent rester cordiales et harmonieuses. Et puis ... Le mariage est une institution qui a ses mérites, mais je fais peu de cas des contraintes qu'il impose. S'il avait fallu que je sois fidèle à mes époux, je me serais prodigieusement ennuyée.

Et laissant Salazar aussi étonné qu'ébaudi par cette déclaration, elle quitta le réfectoire pour appeler leurs jeunes élèves à leur leçon de botanique.


Au cours des jours qui suivirent, Salazar soupçonna Helga d'avoir eu avec sa filleule une conversation du même acabit, ne serait-ce que pour l'encourager à cesser de fuir la présence de l'Enchanteur. Tous deux tâchèrent par la suite de se comporter dignement pour épargner Godric et les enfants. Ils évitaient de se retrouver à nouveau seuls ensembles, et devant les autres affectaient de se parler avec une parfaite politesse. Si le chevalier du Griffon s'étonna ne se plus les voir aussi familiers et taquins qu'auparavant, il n'en laissa rien paraître. Et l'incident fut peu à peu oublié.

Un soir, Salazar transplana vers le village voisin : il avait coutume d'en visiter les tavernes de temps en temps pour se tenir informé des rumeurs et des affaires du royaume, et peut-être pour y trouver un signe ou un message de Lucida la Noire. Pendant ce temps à Poudlard, Godric et Rowena emmenèrent leurs élèves dans les bois pour y étudier les oiseaux nocturnes. Gerald, malgré sa taille, n'avait pas son pareil pour fondre sur les chouettes et les hiboux et les déposer aux pieds de son maître.

─ C'est très bien, Gerald, le félicita Godric quand l'hippogriffe rapporta fièrement une petite chevêche.

Gerald hulula de plaisir sous les caresses de son maître, puis repartit bientôt à la recherche d'une nouvelle proie. La chevêche, que Rowena avait aussitôt ramassée, était indemne si l'on exceptait son air vexé. Tout en effleurant d'un doigt léger les plumes de sa petite tête, Rowena présenta l'oiseau à ses élèves et demanda :

─ Qui parmi vous peut me décrire les caractéristiques de la chevêche ? Sally ?

─ Euh ... Elle a des tâches ?

─ Oui, tout à fait, acquiesça Rowena en déployant l'une des ailes pour en montrer les tâches claires sur son plumage brun.

─ Elle est petite, remarqua le jeune Tristan.

─ Et elle a pas l'air contente, fit son frère jumeau.

─ En effet, la chevêche a des sourcils naturellement froncés, expliqua leur professeure. Sachez qu'elle se nourrit d'insectes ou de vers de terre, parfois de petits rongeurs. Ou même de grenouilles.

La petite Sally Dorris, qui aimait tant jouer dans la boue, eut l'air très impressionnée par ce régime.

─ Vous en savez, des choses !

Rowena sourit, puis éleva le bras pour relâcher la chevêche qui s'envola aussitôt. Elle envoya ensuite les enfants à travers les arbres en leur promettant une récompense au premier qui réussirait à trouver un harfang au plumage blanc. Tandis que les petits s'égaillaient en piaillant, Godric vint marcher aux côtés de la baronne.

─ C'est vrai, vous avez un don avec les oiseaux.

─ Ne sont-ils pas fascinants ? répondit Rowena en levant vers les frondaisons des yeux émerveillés. J'aime tant leur liberté, la façon dont ils peuvent parcourir des distances immenses en quelques battements d'ailes ... Si j'étais un oiseau, je pourrais retrouver Richard en un rien de temps.

Avec un soupir, la jeune sorcière ramena son regard vers la triste terre à laquelle elle était enchaînée et donna du pied dans un tas de feuilles mortes amoncelées. Godric respectait sa tristesse et se tenait silencieux.

─ Si seulement ... poursuivit Rowena. Si seulement je pouvais ne serait-ce que demander à l'un de ces oiseaux de trouver Richard et de me ramener quelque chose de lui, pour que je sache qu'il aille bien. Un ruban, ou ... ou un message, peut-être.

─ Un message ? C'est que ce ne serait pas une mauvaise idée, ça, remarqua Godric.

Rowena s'arrêta soudain. Elle tourna vers son compagnon un visage aux yeux grands ouverts.

─ Mais ... mais oui ! Vous avez raison, Godric ! Ça serait même une très bonne idée ! Imaginez un peu si ... Si la reine, par exemple, avait pu nous envoyer un oiseau, plutôt que ce pauvre homme à cheval ! Peut-être ... peut-être que nous aurions été avertis à temps. Peut-être que nous aurions pu transplaner auprès du roi et le sauver.

─ Je ne sais pas s'il aurait été possible de faire quelque chose pour lui, Rowena. De toute façon ...

─ Non, vous avez raison, c'est inutile de revenir là-dessus, mais ... Mais imaginez, Godric !

L'air exalté, la baronne triturait ses tresses blondes et balbutiait comme si son esprit était assailli de trop d'idées à la fois pour qu'elle puisse les exprimer.

─ Imaginez ce que l'on pourrait faire ... Dès que nous aurons fini avec les enfants, pourrez-vous demander à Gerald de m'attraper une autre chouette ? Je voudrais faire des essais dès ce soir.

─ Oh, bien sûr ! l'assura le chevalier. Et si vous le voulez bien, cela me plairait beaucoup de vous assister.

L'espace d'un instant, Rowena faillit refuser. Le souvenir d'une frayeur et d'une honte la glaça tout à coup. Mais le regard ingénu du chevalier du Griffon n'était pas celui de l'Enchanteur : Rowena n'avait rien à craindre de Godric.

─ Bien sûr, mon cher. Très volontiers.

La leçon terminée, Gerald leur fournit un jeune hibou grand-duc auquel Rowena se mit aussitôt à adresser des paroles câlines et des caresses réconfortantes. Avec l'aide de Godric, et sous l'œil intrigué de Gerald, ils ramenèrent l'oiseau dans la maison et firent sur lui quelques petites expériences pour trouver le meilleur moyen de le plier à leurs besoins. Fallait-il lui apprendre à parler ? Pouvait-on faire sortir des lettres d'or de son bec ? Comment trouverait-il son destinataire ? Saurait-il voler assez vite, assez loin, ou fallait-il lui donner un petit encouragement magique ? Godric et Rowena travaillèrent jusqu'à une heure avancée de la nuit. Puis, la fatigue les rattrapant, la baronne conjura une grande cage tandis que Godric allait attraper quelques campagnols pour récompenser le docile grand-duc. Ils déposèrent la cage à l'écurie pour pouvoir poursuivre leurs expériences le jour suivant, jetèrent dessus une couverture afin que l'oiseau ait de l'obscurité, et partirent se coucher.

Salazar ne revint que le lendemain, en milieu de journée. Pour ne pas manquer davantage à ses devoirs, il commença par faire travailler aux enfants quelques additions et soustractions – mystères dont le maniement était essentiel pour composer correctement certaines potions. Ses amis remarquèrent son air préoccupé mais ne l'interrogèrent pas avant le soir, lorsqu'ils se retrouvèrent tous quatre pour partager une tasse de thé au coin du feu.

─ Alors, mon cher, dites-nous un peu les nouvelles, dit Helga en lui tendant une chope fumante.

─ Elles sont mauvaises, hélas, répondit Salazar avec une grimace. Je suis resté passer la nuit là-bas pour écouter un colporteur qui n'avait pas sa langue dans sa poche.

─ La reine poursuit donc encore Lucida ? demanda Rowena.

─ C'est pire que cela. Le royaume est en ébullition depuis la mort du roi et à présent ...

─ En ébullition ? répéta Godric en fronçant les sourcils. Pourquoi cela ?

─ Parce que l'héritier du roi est un garçon malingre, revêche et inexpérimenté, expliqua Salazar avec mépris – il n'avait jamais eu beaucoup d'affection pour ce gamin aussi pâle et morose que sa mère. Le prince Uther est à peine plus qu'un enfant. Par conséquent, la noblesse s'échauffe, réclame un régent, et certains barons montrent des velléités d'indépendance. La reine a déjà dû aller mater une révolte dans le Sussex. Elle-même, à ce qu'on dit, est à bout de nerfs. Elle fait des erreurs, et on les lui reproche.

─ Je suppose qu'elle cherche donc d'autres coupables sur qui en faire porter le poids, analysa Helga.

─ Et ces coupables ... comprit Rowena en réfléchissant tout haut. Ce seraient nous ?

─ Précisément, confirma Salazar, l'air sombre. La reine et son fils veulent nous accuser de toutes les catastrophes qui ont assailli le royaume ces derniers temps : les inondations, les récoltes perdues ...

─ Je ne comprends pas. Cela n'a aucun sens. Pourquoi nous ?

─ La reine nous blâme encore de n'avoir pas pu sauver son époux, mon cher Godric, et sa rancune est contagieuse. Uther, comme sa mère, n'a aucun goût pour la magie. Je crois même qu'il a peur de nos pouvoirs. Il veut nous empêcher de lui nuire.

─ Son père avait mieux fait de s'attirer notre affection et notre loyauté, soupira Helga.

Ils gardèrent le silence. La mort du roi Constant les poignait encore.

─ Mais que comptent-ils faire contre nous ? Que peuvent-ils faire, au juste ? s'inquiéta Rowena.

─ Le souci, ma chère, est qu'il n'est pas question que de nous, répondit l'Enchanteur. Ce sont tous les sorciers du pays qui sont menacés. Je ne sais pas ce qu'Uther a en tête, mais cela peut être redoutable.

Les quatre sorciers échangèrent des regards graves et soucieux. La situation était très sérieuse et rien ne les y avait préparés.

─ Nous sommes les sorciers les plus puissants de ce pays, déclara enfin Helga. Cela nous donne une responsabilité. Nous devons agir avant que les choses ne dégénèrent.

─ Je suis d'accord, marraine.

─ Que proposez-vous, demanda Godric ?

─ Nous devrions nous rendre auprès de la reine pour la raisonner, dit Rowena. Après tout, nous avons tous nos entrées à la cour et ...

─ Pas moi, l'arrêta Salazar. N'oubliez pas que l'on m'a chassé des lieux après la mort du roi et je crains que le même sort n'attende chacun de vous. Rowena, vous avez bon cœur et cela vous mène à croire que la reine pourra s'apaiser, mais je crains qu'elle ne soit au-delà du bon sens.

─ Tout le monde ne peut pas avoir votre cynisme, Enchanteur, rétorqua froidement Rowena.

Sa brusque remarque surprit Salazar et, voyant son air blessé, Helga se hâta d'intervenir :

─ Je pense que vous avez raison, mon enfant. Nous devons au moins essayer. Si vous le souhaitez, nous irons ensemble trouver la reine dès demain.

Il se faisait tard, et la conversation s'acheva sur cette décision. Salazar, cependant, attendit que les deux femmes montent se coucher pour prendre Godric à partie.

─ Chevalier, un instant je vous prie, murmura-t-il en posant une main sur son bras.

─ Qu'y a-t-il ?

─ Je ne voulais pas froisser Rowena davantage mais ce projet m'inquiète. Je crois que la reine est hors de toute raison. L'idée que nos deux amies se présentent seules à la cour ...

─ Oui, je partage votre sentiment, l'assura Godric en hochant la tête. Si vous ne pouvez pas y aller vous-même, je les suivrai et je veillerai sur elles.


Le lendemain matin, Helga et Rowena troquèrent les tuniques simples et pratiques qu'elles portaient habituellement à Poudlard pour d'élégantes robes de cour. Elles se couvrirent de grandes capes et, se prenant par la main, transplanèrent ensemble vers le château royal. Elles apparurent à quelques rues de distance de l'entrée, préférant ne pas provoquer la reine et son fils – qu'elles peinaient encore à appeler « roi » - par une démonstration de leurs pouvoirs.

Les gardes qui étaient à la porte étaient déjà en fonction au temps du roi Constant et reconnurent aussitôt les deux dames. Ils les saluèrent et les laissèrent passer sans faire de difficultés.

─ Espérons que ce soit un bon signe, souffla Helga à l'oreille de Rowena.

La vieille sorcière s'appuyait au bras de sa filleule, et elles marchèrent ensemble vers la grande salle du château. Elles n'aperçurent pas la silhouette puissante qui se détacha discrètement de l'ombre des remparts pour les suivre à distance.

─ Voyez-vous comme l'endroit est devenu lugubre ? fit remarquer Rowena à voix basse.

Helga hocha la tête. La cour du château n'avait plus rien de cette animation insouciante qui y régnait la dernière fois qu'elles étaient venues. Quand Constant était roi, il y avait toujours eu des banquets, des fêtes, des réjouissances – toutes sortes d'horreurs mondaines qu'Helga s'était efforcée d'éviter. Mais l'atmosphère qui régnait désormais n'évoquait plus la moindre joie. Quelques personnes se tenaient en petits groupes, discutant entre eux à voix basse, et leur adressaient des regards méfiants. Si certains reconnurent la charmante baronne de Serre d'Aigle, il n'y eut personne pour la saluer ou venir s'enquérir de sa santé. Helga, cependant, ne s'était pas attendue à un accueil chaleureux. Il en fallait davantage pour lui faire peur.

Elles entrèrent dans la grande salle et leurs noms furent proclamés à haute voix. On avait ôté les grandes tablées, faisant paraître les lieux étrangement vides malgré l'assemblée qui y était présente. À l'extrémité de la salle, la reine chuchota quelque chose à l'oreille de son jeune fils. Helga nota comment sa main, à la peau déjà vieillie, se crispait sur l'accoudoir du trône. Elle remarqua également que le siège de la reine-mère était tout aussi large et aussi haut que le trône en question, et mesura la profondeur de sa révérence à la hauteur de cette prétention. La silhouette qui les avait suivies se fondit parmi la foule présente dans la salle.

─ Que faites-vous là ? commença la reine d'un ton sec. Il ne me semble pas vous avoir conviées à vous présenter ici.

Le petit roi ne dit rien. Il n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'Helga l'avait vu : trop pâle, avec une petite bouche serrée et un air de méfiance. Pour son malheur, le garçon tenait de sa mère et ne s'en remettait qu'à elle. Comment un homme aussi chaleureux et jovial que le roi Constant avait-il pu avoir un pareil rejeton ?

─ Je prie humblement Vos Majestés d'excuser notre arrivée soudaine, répondit Rowena avec une sincérité désarmante. Ma marraine et moi-même sommes venues en hâte lorsque nous avons entendu certains bruits courir. La rumeur veut que Vos Majestés aient des ... des reproches à faire aux sorciers de ce pays. Mais nous ne sommes pas coupables des malheurs qui accablent le royaume, et nous savons que Vos Majestés sont trop sages pour accuser des innocents. C'est pourquoi nous avons désiré venir à vous librement : pour que tout le royaume le sache, et que ces rumeurs insensées cessent. Nous souhaitons simplement nous présenter comme vos humbles sujettes, prêtes à faire tout ce qu'il faudra pour prouver notre loyauté à Vos Majestés et dissiper entre nous tout malentendu.

Charmante, naïve Rowena. La reine la regardait en pinçant les lèvres, et les paroles de la baronne n'avait pas fait varier son air de mépris d'un seul degré. Rowena aurait aussi bien pu être un oisillon : la reine n'aurait pas prêté davantage d'attention à ses pépiements.

─ Que vous êtes sotte ! finit-elle par siffler.

Rowena ouvrit de grands yeux ébahis devant cette approche, mais Helga et elle n'étaient qu'au début de leurs désillusions.

─ Pensez-vous que vous pouvez venir devant mes yeux et me berner ? poursuivit la reine. Je sais ce que vous êtes ! Et à présent, le roi le sait aussi ! Vous tous n'êtes que des monstres, des créatures dénaturées. Vos pouvoirs vous viennent de forces obscures et je devine bien comment vous les payez ! Mais nous ne vous laisserons plus nous approcher si facilement, nous ne permettrons plus que vous corrompiez notre peuple. Partez ! Déguerpissez d'ici avant que je n'envoie mes gardes vous chasser !

─ Mais enfin, Madame ... tenta de plaider Rowena, peinant à croire en une telle intransigeance et une telle folie.

─ Silence ! s'écria la reine en se levant brusquement. Ne dites plus un mot et ne faites plus un geste, damnée sorcière ! Je sais bien comment vous vous y prenez. J'ai vu comment vous aviez empoisonné l'esprit de mon époux, comment vous l'aviez manipulé et poussé à vous faire confiance tout en trahissant ceux à qui il aurait dû être fidèle. Je ne le tolèrerai plus ! Eloignez-vous de mon fils, maudite !

Effarée par tant de fureur et offensée par ces affreuses insultes, Rowena ne savait plus comment lutter. Salazar avait eu raison : on ne pouvait plus raisonner la reine. Il ne leur restait qu'à partir et ...

─ Madame, avez-vous perdu le sens ? intervint soudain Helga.

La tête haute, le regard déterminé, l'altière sorcière ne comptait pas se laisser renvoyer si facilement. Elle n'était pas une paysanne que l'on chasse d'un revers de la main. Jugeant la reine trop emportée pour entendre ses arguments, elle prit le parti de s'adresser directement au jeune roi en espérant qu'un peu du bon sens de son père coulait dans ses veines.

─ Sire, je vous prie de croire que nous ne vous voulons aucun mal, bien au contraire. Nous avons des pouvoirs, cela est vrai, mais jamais il ne nous viendrait à l'idée de les utiliser contre le royaume. Nous aussi, nous sommes de ce pays. Nous l'aimons et nous faisons partie de son peuple. Nous pouvons utiliser nos pouvoirs pour vous aider : ranimer les récoltes, réparer les maisons détruites par les tempêtes, soigner des blessures et des maladies ... Je vous en conjure, Sire, permettez-nous d'œuvrer pour le bien du royaume. Vous n'aurez pas à le regretter.

Le petit roi Uther sembla l'écouter avec plus d'attention que sa mère, qui fulminait à ses côtés. Il s'était penché en avant, la tête levée pour envisager Helga. Son visage était encore imberbe, mais ses yeux noirs paraissaient intelligents et de multiples pensées semblaient s'agiter sous son front. Puis il fit un geste.

Instantanément, une dizaine de gardes se ruèrent sur les deux sorcières. Trois se chargèrent de bloquer les mains de Rowena pendant que les autres fondaient sur Helga et la jetaient à genoux, tiraient sur ses cheveux et sur sa robe.

─ Marraine ! s'époumona Rowena d'une voix terrifiée.

Paniquée par cette soudaine attaque, Helga ne parvint pas à réagir. Elle fut heurtée par un coup de poing au visage, un coup de pied dans les jambes. Que faire ? Comment se protéger ? L'horreur de l'affront la prenait à la gorge et la paralysait. Tous ses réflexes de sorcière semblaient l'abandonner tout à coup. Elle n'était qu'une vieille femme, faible et démunie. Un nouveau coup lui coupa le souffle. La douleur lui faisait venir des larmes aux yeux. Elle avait oublié que l'on pouvait avoir aussi mal. Autour d'elle elle entendait des rires, des insultes. Les cris de Rowena. Et la honte, pire encore que la douleur, lui étouffait le cœur.

Soudain, il y eut un grand grondement et un violent éclair illumina la grande salle, d'une lumière si intense qu'Helga ferma les yeux. Les cris d'effroi succédèrent brusquement aux moqueries. Rouvrant craintivement les paupières, Helga vit qu'une épaisse fumée blanche emplissait les lieux, avec toujours ce grondement qui donnait l'impression qu'un orage avait éclaté à l'intérieur du château. Une silhouette se détacha sur le brouillard, grande et large comme un tronc d'arbre, les poings serrées sur deux lourds bâtons. L'homme s'approcha, et Helga distingua sa tignasse de cheveux clairs et ses yeux furibonds. Il éleva ses gourdins, abaissa la main gauche d'un mouvement aussi direct que brutal tout en faisant tourner la droite au-dessus de sa tête. Le choc du bois contre les crânes fit un bruit sourd. Les gardes qui avaient agressé Helga s'effondrèrent dans des giclements de sang et de dents déchaussées.

Ce sauvetage inespéré ranima Rowena et éveilla en elle une rage furieuse. Entre ses mains que les soldats maintenaient toujours fermement, elle fit apparaître une nuée de guêpes. Un murmure s'échappa de ses lèvres en une langue qu'elle ignorait connaître, une langue de colère et de vengeance, vrombissante et hargneuse. Les guêpes obéirent à sa voix. En un clin d'œil, elles assaillirent les visages des gardes qui la tenaient captives et les firent détaler avec des hurlements de douleur. Puis elles se retournèrent contre tous les hypocrites cruels qui se trouvaient là, tous ceux qui avaient ri de leur malheur, et les pourchassèrent à leur tour.

─ Venez, dit la voix ferme de Godric à l'oreille d'Helga. Partons d'ici.

La vieille sorcière se releva avec peine. S'appuyant lourdement sur le bras de Godric, elle serra la main de Rowena qui avait accouru vers eux. Dans le chaos, les cris et la fumée, ils tournoyèrent ensemble et disparurent.


─ Ils ne tarderont pas à nous trouver. Même s'il leur faudra plusieurs jours pour nous atteindre, ils savent où nous sommes.

─ Voulez-vous dire que nous devons partir, Godric ? Mais pour aller où ?

─ Nous pourrions nous cacher, murmura Salazar.

─ Comment cela ?

─ Ce n'est pas la première fois que j'y réfléchis. Nous pourrions rendre Poudlard invisible. Faire en sorte que quiconque s'en approche ressente l'envie d'aller voir ailleurs.

L'Enchanteur parlait à voix basse, comme ses deux compagnons. Ils se tenaient tous trois penchés ensemble, l'air grave et inquiet, mais autrement indemnes. Helga, en revanche, ne s'était pas remise. Assise dans un fauteuil à l'autre bout de la pièce, les bras posés sur les accoudoirs, elle n'avait pas bougé depuis deux jours. Ses yeux fixaient le vide avec une expression d'angoisse, comme si son esprit revivait en continu les terribles instants où elle s'était vue abaissée, humiliée, privée de forces. Jusqu'à présent, aucune des tentatives de ses trois amis pour la faire parler ou manger quelque chose n'avait eu de succès. Tout juste Helga consentait-elle à boire quelques gorgées d'eau. Quelque chose en elle semblait brisé. Elle paraissait avoir vieilli de vingt ans.

─ J'aimerais mieux cette idée, approuva Rowena. Je ne veux pas abandonner notre école.

─ Peut-être, concéda Godric. Mais il faudra nous rendre absolument indétectables. Je ne veux pas faire courir le moindre risque aux enfants.

─ Pensez-vous qu'il soit sage de les garder avec nous ? Si la reine nous poursuit ...

─ La reine va poursuivre tous les sorciers de ce pays, rappela Salazar. Si nous nous dispersons, nous serons faibles. Je pense au contraire que nous devrions alerter tous les autres et leur dire de dissimuler leurs pouvoirs, voire de quitter leur village s'ils sont trop connus. Rowena, comment avancez-vous avec vos hiboux ?

─ Plutôt bien. Je pense que les plus intelligents d'entre eux pourraient porter un message à qui que ce soit en Calédonie.

─ Parfait. Nous essaierons.

─ Commençons tout de suite à essayer des sortilèges d'invisibilité, proposa Godric. Helga, désirez-vous venir nous aider ?

Helga resta silencieuse et contempla le vide. Bien qu'il n'ait eu que peu d'espoir, Godric soupira en secouant la tête.

─ Je regrette tant de n'être pas intervenu plus tôt ... murmura-t-il.

─ Vous avez fait de notre mieux et vous nous avez sauvées, lui dit doucement Rowena. Je le sais, et ma marraine le sait aussi. Ne vous accusez pas, Godric.

─ Helga est forte, affirma Salazar à voix basse. Elle s'en remettra.

Ils échangèrent un regard qui se voulait confiant. Puis Rowena quitta la pièce pour aller s'occuper des enfants, pendant que Godric et Salazar sortaient pour commencer à dissimuler leur grande demeure aux yeux malveillants.

Ils œuvrèrent du matin au soir pendant plusieurs jours, profitant de l'occasion pour enseigner de nouveaux sortilèges à leurs élèves. Marigold Dorris se révéla très apte aux sorts d'invisibilité, et l'un des garçons suggéra d'ajouter des enchantements de Confusion pour que les intrus se perdent en essayant de les trouver.

─ N'oubliez pas : la difficulté dans tous ces sortilèges est qu'ils ne doivent s'appliquer qu'aux gens dépourvus de pouvoirs magiques, rappela Salazar. Nous voulons continuer à accueillir des élèves, et aussi que les sorciers du pays qui se sentent menacés chez eux puissent nous rejoindre. Ce sont les soldats de la reine qu'il faut éloigner de nous.

─ Mais alors, messire Salazar, est-ce que cela veut dire que je ne pourrais pas revoir mes parents ? s'inquiéta le jeune William.

Fils du baron de Brodick, le garçon était le premier sorcier dans sa famille. Salazar n'avait pas réfléchi au problème et considéra William avec embarras.

─ Eh bien ... Peut-être qu'il vaut mieux qu'ils ne viennent pas pour le moment. Cela risquerait de les mettre en danger. Mais tu pourras retourner leur rendre visite dans quelques temps, quand les choses se seront calmées.

William hocha la tête avec un air triste, mais résigné. Le garçon était un de leurs élèves les plus prometteurs, aussi discipliné qu'assidu dans son apprentissage de la magie. Salazar alla poser une main sur son épaule pour le réconforter.

─ Rowena fait chaque jour des progrès avec ses hiboux, mon garçon. Tu pourras sans doute bientôt écrire à tes parents, à défaut de les voir.

William hocha la tête, puis s'empressa de retourner à ses sortilèges. Salazar prit quelques pas de recul pour admirer le résultat de leurs efforts. À présent, l'air qui entourait la demeure scintillait de magie. Il faudrait qu'ils pensent à amener des gens du village voisin pour éprouver la force de leurs sorts de protection. Tout en considérant Godric, Rowena et tous les élèves à l'ouvrage, Salazar fit mentalement le compte des jours qu'il faudrait encore à une petite armée pour les atteindre depuis le château royal. Ils devraient très bientôt se mettre à l'abri, barricader les portes et espérer que leur plan fonctionnerait.

Un mouvement attira soudain son œil quand Helga apparut à la porte de la maison. Elle tenait Orphéon par la main et portait la petite Helena sur l'autre bras. La vieille sorcière n'avait toujours pas prononcé un mot depuis son retour du château, mais elle s'activait à nouveau. Salazar avait remarqué qu'elle consacrait désormais l'essentiel de son temps à se dévouer aux soins des deux petits, ou bien à s'occuper des fleurs et des plantes qu'elle faisait pousser tout autour de la maison. En silence. Sans questions ni regards de pitié.

Salazar soupira pour lui-même. Un jour, il retrouverait cette reine indigne et son monstre de fils. Il les ferait payer.