Les notes de musiques s'éclipsèrent une à une. L'agitation provenant des couloirs semblait ne pas déranger le garçon. Un bras sur le visage, Killer fredonnait en boucle l'air de la chanson de la « simple altercation », celle où la chanteuse avait tué un homme. Sans s'arrêter, il releva son bras, et jeta un coup d'œil au calendrier mural ; un court instant de silence suivit, pour ensuite se fondre à nouveau dans la mélodie. Cela faisait maintenant trois semaines, deux jours, et six heures et-demi que l'affaire des images avait eu lieu. Enfin, ça, c'était l'information sommaire, car au-delà de cette minimisation, cela faisait trois semaines, deux jours, six heures et dix minutes que Kidd et Killer ne s'étaient plus adressé la parole.
[…]
Après l'incident de ce fameux lundi matin, l'étudiant était parti manger avec sa bande. Inutile de préciser combien l'ambiance était lourde et brisée à table. Les trois garçons avaient commencé à réellement s'inquiéter quand ils eurent constaté que Bonney ne s'était resservi que deux fois. Drake avait gardé la tête baissé sur son assiette tout le long du repas, les yeux dans le vague, semblant faire marcher ses neurones à deux mille à l'heure. Et Kidd… Kidd. Il n'avait presque pas touché à son petit-déjeuner. Apoo avait tout de suite remarqué que ça n'allait pas de son côté lorsqu'ils s'étaient retrouvés devant le self, mais après que Urouge ait démenti en disant que ça irait certainement mieux une fois à table, il estima qu'il avait sans doute raison. Inutile de vous dire combien ils étaient loin de la vérité. Malgré les sommations de ses camarades, Kidd avait assuré qu'il n'avait pas faim, et que tout allait bien, mais son air défait l'avait déjà trahi depuis longtemps. Bonney mangeait silencieusement ; Urouge prenait de ses nouvelles toutes les cinq minutes, lui proposant même de lui donner son pain au chocolat, mais elle l'avait décliné. Lui, Apoo et Crocodile avaient bien compris qu'il s'était passé quelque chose avant qu'ils se rejoignent, mais ignoraient totalement de quoi il s'agissait. Bonney avait simplement demandé s'ils n'avaient pas entendu des gens parler d'eux, d'affiches ou de quelque chose dans le genre, et une fois cela déni, elle s'était muée dans le silence, au même titre que ses deux meilleurs amis. Apoo avait eu le malheur de s'énerver.
« -Ah bah didon, c'est joyeux, ce matin. Merci pour l'ambiance pourrie ! Déjà qu'on est lundi, c'est cool d'en rajouter ! »
Trois paires d'yeux braquées sur lui en un instant et le fusillant, voilà ce que ça lui avait valu. Drake n'avait même pas eu le temps de le faire taire pour anticiper son chef, que déjà, celui-ci lui sautait dessus.
« -Tu veux vraiment que je te le pourrisse davantage, ton lundi ? Tu sais même pas de quoi tu parles, alors tu ferais mieux de la fermer avant que je t'encastre dans un mur ! »
Urouge et Crocodile s'étaient figés de stupeur. Ignorant complètement la cause de cette situation, ils n'en demandèrent pas plus, faisant signe à Apoo de se taire, et de laisser couler. Ce dernier avait reniflé, puis était retourné à son plateau, le finissant en quelques secondes pour ensuite se lever, disant qu'il allait en cours.
« -Ch'te retiens pas ! Avait soufflé Kidd »
Bonney avait serré les dents, Drake n'avait pas réagi, n'en pensant pas moins. Le roux avait secoué la tête, puis l'avait reposé sur sa main, perdant à nouveau son regard dans le vague. Il n'avait même pas envie de se poser dans sa chambre, risquant de croiser Killer dans les couloirs. Il avait bien compris qu'il était de leur devoir de s'éloigner l'un de l'autre pour un jour ou deux.
« La seule chose à faire, avait dit Drake, c'est de vous détourner l'un de l'autre pour un petit moment. C'est ce que Killer a voulu dire, tu sais. »
Bon Dieu, tu parles d'une idée ! Tout, absolument tout était source de refuge mémoriel envers le blond, et ça, Kidd n'y pouvait rien. C'était comme ça depuis qu'ils s'étaient vus dans le gymnase, puis dans la forêt. Alors il attendait la sonnerie, avec impatience pour une fois, car au-delà de son aversion pour les études, c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour échapper au visage du lycéen, et même s'il imprégnait son esprit, Kidd pensa que peut-être, les cours lui feraient momentanément oublier l'objet de son désir. Après tout, ça n'allait pas durer éternellement, cette histoire ; juste le temps de voir s'il y avait des vagues ou pas, mais le roux était persuadé que ça ne prendrait pas plus de cinq jours. Dieu sait combien il se trompait.
[…]
Le blond se redressa péniblement, et s'assit sur son lit. Enfin, l'heure du repas de midi avait passé. Cela faisait déjà quelques jours qu'il ne mangeait plus le midi. Depuis les affiches, il évitait catégoriquement les endroits peuplés. Pour ce qui était des repas, il se rendait le soir aux selfs lorsque tout le monde était parti, ou une heure avant les premiers groupes le matin ; il arrivait tôt en salle de classe, et ne disant plus un mot une fois installé. Les premiers jours, les profs avaient insisté pour qu'il prenne la parole, ou aille au tableau, et le lycéen avait même reçu quelques menaces de colle, mais il restait silencieux, fixant son enseignant dans les yeux jusqu'à ce qu'il se décide à interroger un autre élève. Les professeurs étaient habitués à ce genre de méthode de la part de Killer, mais l'expression sèche qu'il avait auparavant ne ressemblait en rien à celle qu'il arborait maintenant. Son regard était voilé, humide quelque fois ; il n'avait plus rien d'insolent, ni même de terrifiant. Il était simplement une porte sur les ténèbres, un vide profond et incertain qui le rongeait de l'intérieur, et épargnait toute autre personne.
Au bout d'une semaine, les adultes lâchèrent l'affaire. Killer était toujours aussi bon dans son travail, son niveau ne baissant qu'à l'oral. Ce qu'on ne savait pas, c'est que le blond faisait tout pour oublier. N'ayant jamais apprécié l'alcool, et voyant ce que ça avait fait à sa mère, il n'avait pas sombré dans cette abyme, fort heureusement, mais l'avait réorienté dans l'activité scolaire, se donnant maintenant corps et âme dans son travail. Ses notes, déjà magnifiquement hautes, avaient atteint leur paroxysme dans quasiment toutes les matières. Killer ne voulait plus que son esprit soit continuellement débordé par un certain étudiant, et il était prêt pour cela à faire dévier sa passion. Et si cela passait par ne s'adonner qu'au labeur « éducatif », il se fichait bien des conséquences.
Au début, il avait pensé qu'au maximum, les répercussions de cette tentative d'intimidation (foutrement bien réussite, il le reconnaissait) n'allaient pas excéder une semaine quant au doute raisonnable. Il avait laissé couler, restreignant tant bien que mal ses heures en salles de sports, n'y allant qu'en des heures creuses en population, et n'excédant jamais une certaine durée, ne sortant quasiment pas de son appartement, et par-dessus tout, évitant catégoriquement les jardins, et encore plus le Nihon Teien. Son petit manège avait duré une douzaine de jours, le jeune homme puisant plus dans ses ressources psychologiques que physiques.
Mais après que deux semaines aient passé, Killer avait atteint sa limite. Il pensait qu'il était assez fort pour dominer son esprit, qu'il restait seul maître de son corps, mais c'était faux. Il n'était qu'un humain, un pauvre humain incapable d'oublier ou de faire abstraction de ses désirs et ses besoins. Le problème, c'est que son désir était un besoin. Il en était au stade de la dépendance. Non, il l'avait même largement dépassé. Si son bulletin ne cessait de se noircir de notes prodigieuses, c'était bien parce que son âme ne cessait de se noircir de son mal refoulé. Les premiers jours, Bonney était venue discrètement dans les couloirs des salles lycéennes. Elle se pensait incognito, mais l'œil aiguisé de Killer l'avait repéré dès le premier jour. Il n'avait même pas pensé à l'arrêter ; ça lui faisait encore un lien, même plus qu'indirect, avec son amant. Drake passait aussi de temps à autre vers les salles, mais ne jetait qu'un rapide coup d'œil, se tenant ainsi informé de l'état du garçon. Malheureusement, cela faisait plusieurs jours qu'il s'était fortement aggravé. Le brun aurait pu intervenir, faire quelque chose pour permettre au lycéen de se tranquilliser, au moins quelques heures, en discutant par exemple. Mais il ne l'avait pas fait. Pour cause, il savait que si Killer ne le tuait pas, Kidd s'en chargerai. Et le pire, c'est que c'aurait été indéniablement juste.
[…]
Le jeudi qui avait suivi la rupture momentanée des deux jeunes hommes, Kidd avait voulu décrocher un peu. Ça faisait trois jours qu'il passait ses cours à prendre des notes, à écouter, et à prendre la parole, tout ceci au plus grand étonnement, voire de l'inquiétude, de ses professeurs et camarades de classe ; ses habitudes bousculées, et son psychisme déjà profondément secoué, il avait entrepris, mains dans les poches, et regard terne, de sécher la matinée de cours. C'était un risque à prendre, car non seulement il risquait de croiser Killer, et dans ce cas, il n'arriverait certainement pas à se contrôler, mais en plus, ses pensées n'étaient plus entravées par l'occupation scolaire, et ici, c'était ses fantasmes qu'il n'arriverait pas à refouler. Pour l'heure, seule cette option entrait en vigueur. A l'instant même où il avait foulé le sol caillouteux des jardins, n'importe quelle odeur ou pourtour lui rappelait Killer. Par chance, le blond n'était pas apparu dans son champ de vision, mais il avait passé la plus mauvaise après-midi de sa vie, devant à nouveau refréner ses pulsions et autres envies, tout en se concentrant sur les cours. Il attendait le week-end avec bien plus d'impatience qu'auparavant, mais quand celui-ci fut enfin arrivé, son excitation se mua en supplice. Killer ne donnait aucun signe de vie. Le roux était persuadé qu'il aurait pensé la même chose que lui, et qu'au bout de quatre-cinq jours, ils auraient pu recommencer à se voir. Il avait passé le vendredi à trépider nerveusement du pied, se rongeant les ongles dans l'impatience du soir. Une fois les cours finis, il s'était rué au 3ème étage, et avait attendu presque une heure, assis sur les escaliers de marbre, observant chaque sortie de classe. Killer finissait tard le vendredi, et de ce fait, sa classe était une des dernières à sortir. Mais une fin de semaine, et encore en plus la dernière heure, chacun sait à quel point la traversée d'un flux étudiant dans le-désir-de-rentrer-chez-soi-pour-se-poser-deux-jours-durant est difficile, voire impossible à braver, surtout lorsqu'il s'agit de lycéens, et le 3ème étage en était uniquement composé.
Peut-être que si Kidd n'avait pas vu Killer, il n'aurait été que désappointé. Seulement, lorsque la tête blonde, au regard sombre et baissé, était apparue à sa vue, la souffrance n'en avait pu être que décuplée. Kidd s'était relevé d'un seul coup, son cœur buttant contre sa poitrine, et le souffle immédiatement court. S'il l'avait pu, il aurait crié son nom, mais aucun son n'avait voulu franchir ses lèvres, le choc émotif trop soudain. Le garçon commençait à disparaître, aspiré par les vagues scolaires.
« K… Killer ! KILLER ! »
De simples pensées. Aucun son. Seulement les brouhahas insupportables. Mais Killer avait relevé la tête, et son regard gelé avait croisé les braises, maintenant incandescentes. Les saphirs s'étaient agrandis. Inconsciemment, le blond s'était décalé sur le côté, se serrant contre le mur pour éviter d'être à nouveau entraîné, et cela marcha quelques instants, assez, en tout cas, pour que son métabolisme se voie submerger par les fièvres du désir. Les deux garçons déglutirent. Que fallait-il faire, maintenant ? Kidd commençait à regretter amèrement d'être venu à cette heure-là. C'est comme si une rivière les séparaient ; d'à peine quelques mètres, mais pourtant infranchissable. Lorsque l'étudiant descendit une marche, Killer sentit un frisson le parcourir. Encore maintenant, il ignorait pourquoi il avait secoué la tête, faisant se stopper le roux, et s'était laissé reprendre dans les flux scolaires. Kidd l'avait regardé s'éloigner, impuissant. Avant que le 1ère ne disparaisse totalement de sa vue, il s'était détourné, et partait rejoindre ses amis. Pour la première fois, il se sentait totalement désarmé. Bonney avait assisté à cette scène, impuissante et horriblement mal à l'aise, et l'avait ensuite rapporté à Drake, faisant tout pour restreindre son envie de pleurer. Après ce vendredi, les deux compères ne revinrent plus dans les couloirs du 3ème étage.
Les deux semaines suivantes avaient passé, sans que rien ne se passe. Kidd retournait tous les soirs dans le couloir lycéen, attendant, caché contre les escaliers ; les quelques secondes où il apercevait Killer, il s'en délectait, prenant le temps de mémoriser tout ce qu'il pouvait pour les prochaines 24h. Autant auparavant, il détestait la semaine, autant présentement, il aspirait à la fin du week-end avec impatience. Le blond souffrait énormément de ses rencontres rapides. Ça ne lui apportait aucune satisfaction, ce fait d'être dans l'incapacité de toucher, ne serait-ce que du bout des doigts son observateur. Mais le pire, c'est qu'il aurait pu, à chaque fois, attendre la fin des ondes scolaires, faire en sorte d'éviter le flux pour le voir, lui parler, le toucher ; et en semaine, il y avait bien moins de gens, mais il s'y astreignait, sachant que quelqu'un pouvait les voir. Alors il passait sans s'arrêter, s'accrochant au regard quelques instants, pour ensuite partir, son être brisé sous le poids du contrôle. Et ça recommençait de la même façon le lendemain. Ainsi de suite pendant deux semaines et-demi.
[…]
Killer se passa les mains sur le visage. Sa tête tournait, et il avait de nombreuses heures de sommeil en retard. Cette histoire commençait à le rendre fou. Il ne mettait plus les pieds dehors, étant également à la diète de ses promenades nocturnes. Il avait développé le côté paranoïaque de sa personnalité plus que de raison, et chaque pensée qu'il pouvait avoir s'obscurcissait en un instant. C'était insupportable. C'est alors qu'une force naquit en lui. Ou plutôt, une pulsion, quelque chose d'irrépressible. Le besoin de sortir, de quitter l'odeur de sa chambre, de ses murs astreignant, de partir, de...
Mais à quoi est-ce que je pense ?!
Le garçon se sermonna mentalement. Il ne pouvait pas sortir. Il ne DEVAIT pas sortir. Et pourtant… La frénésie d'antan eut le dessus. Après un regard hésitant vers la fenêtre, Killer déglutit. Ses muscles se voyaient de moins en moins lâches, se contractant sous le besoin. Après tout, il était déjà presque 13h30. Certains cours avaient repris depuis une demi-heure, le reste suivrait dans quelques instants. Ça lui laissait le temps de se dégourdir l'esprit. Depuis ces trois semaines, il n'avait quasiment pas remis le nez dehors. Le jeune homme misa tout sur un coup de chance, et s'agrippa à la poignée de fer froid, comme si sa vie en dépendait. Pour la première fois, son mouvement fut incertain ; il trembla légèrement en franchissant l'encadrement, et son esprit ne se stabilisa qu'une fois au sol. Prenant une large inspiration, Killer s'avança doucement, puis commença à courir, suivant ses pieds sans savoir où ils l'emmèneraient. C'était frénétique, nécessaire, incontrôlable. Les jardins complètement vides, le blond accéléra son pas.
Il allait de plus en plus vite, lorsqu'un obstacle obstrua soudainement sa vue. Il s'en fallut d'un demi-centimètre : plus haut, c'aurait été l'étranglement. Killer s'était laissé tomber pour glisser sous l'obstacle, qu'il aurait premièrement interprété comme une branche. Mais son apparition avait été bien trop soudaine. Le jeune homme fit volte-face, un genou et une main à terre pour seuls appuis. Encore une fois, il n'eut pas le temps de discerner son barrage, et quand bien même, celui-ci avait disparu. A peine avait-il eut le temps de froncer les sourcils qu'un bras puissant le ceintura à la gorge. Son instinct sur la défensive, il tenta un coup de coude dans les côtes de l'adversaire, puisqu'apparemment, c'était bien une personne, mais celle-ci esquiva habillement, et emprisonna ses bras dans son dos. Immobilisé, Killer voulut tenter les ripostes au pied, mais l'agresseur commença à le traîner, gênant ses mouvements. Le tirant de force, et l'étranglant à moitié, le lycéen n'avait que peu de moyen de raisonner clairement à la suite, ou à la potentielle réplique. L'attaquant était plus fort que lui, et marchait rapidement. Ce n'est que lorsque Killer n'eut plus assez de confort pour se débattre qu'il relâcha un peu ses bras. Il sentit alors une ombre sur son visage, et s'aperçut qu'il traversait un des porches de Mori menant aux accès extérieurs, et étant bien entendu interdit aux élèves. En redressant la tête, il lui sembla que le ciel était rouge. Pourtant, il n'était que la mi-journée, et c'est soudainement qu'il se sentit foudroyé. Il ne l'avait pas tout de suite remarqué, mais le parfum de l'imposante stature lui était horriblement familier. Killer ferma les yeux, et agrippa le bras de ses mains tremblantes, heureux que ces trois semaines ne lui aient pas tout fait perdre de Kidd.
[…]
Kidd avait encore une fois quitté le self tôt. Rien mangé, ou très peu. C'était plus par imposition personnelle que par envie de faire plaisir à ses amis qu'il restait avec eux. Ça l'empêchait juste de voir Killer, et c'était ce qu'il redoutait et espérait le plus. Tous les jours, à toutes les heures, une unique obsession. Se savoir dépendant lui faisait serrer les dents, mais il n'était pas bête au point de se voiler la face. Franchement, qu'est-ce qu'il pouvait être sinon amou…
« -Killer ? »
Les cours étant quasiment vides, la crinière dorée du garçon ne passait pas du tout inaperçu. D'autant plus qu'il courait, et son expression semblait aussi dure que d'habitude. Sans trop savoir pourquoi, Kidd se mit également à accélérer. Le lycéen ne semblait pas courir à sa vitesse maximale. Kidd avait pu être témoin en de maintes occasions et situations de son agilité et de sa rapidité ; aussi, ces deux éléments semblant n'être que peu exploités, la thèse s'en vit certifiée. En quelques enjambées, il avait pu le rattraper, et tout ce qu'il trouva à faire alors fut de lui barrer la route de son bras, toutes ses pensées s'étant alors focalisées sur la seule et unique envie qui le rongeait ces derniers temps. Il ne pensait même pas à faire en sorte d'éviter Killer au dernier moment. Il voulait l'arrêter, et la possibilité de le blesser ne l'avait ni effleuré, ni préoccupé. Quoiqu'il en fût, le lycéen ne s'arrêta pas, mais eut un rapide recul, de manière à glisser et ainsi passer sous l'obstacle. Kidd savait que ses réflexes défensifs le reprendraient rapidement. Aussi n'attendit-il pas de croiser son regard, ou même de l'informer de sa présence. Puisque le garçon semblait ne pas avoir compris de qui il s'agissait, il passa immédiatement derrière lui, et lui enserra le cou. Au contact de sa peau, le roux sentit la tête lui tourner. Il avait du mal à contenir sa force, dépassé par ses sensations, et ce besoin presque vital de faire ce que l'instant immédiat juge indispensable. Killer se débattit presqu'aussitôt. Kidd n'eut aucun mal à le parer, ceci en cherchant des yeux un endroit où aller. Son regard tomba sur l'énorme enceinte. Il s'étonna d'en être aussi près, mais sa réflexion se centrant sur son lycéen, il n'attendit pas plus, et avança rapidement vers le mur. Fort heureusement, ils étaient proches d'un des porches. Le franchissant, l'étudiant fit en sorte de rapidement repérer s'il y avait de potentiels gêneurs, avant de se mettre en quête d'une haie assez éloignée, et pouvant les dissimuler complètement. Il sentit alors que la résistance du blond se relâcha brusquement. Kidd lui jeta un très bref coup d'œil, mais le maintint suffisamment longtemps pour voir ses paupières se clore. Sur le coup, le roux n'eut qu'une envie : celle de l'embrasser, encore et encore. Trois semaines, c'était déjà plus qu'il ne pouvait en supporter, tant il avait été conquis par le corps de Killer, mais prenant sur lui, il fit l'effort considérable de se convaincre d'attendre encore quelques mètres, de quoi ne plus courir le risque d'être vu par les voyeurs pervers de l'autre fois. Il relâcha alors simplement les bras de Killer, qui vinrent presqu'instantanément se cramponner à lui. Kidd en était fiévreux. Il accéléra son pas, sentant ses muscles se tendre, et sa mâchoire se contracter. Lorsqu'enfin il repéra une sorte de clairière, isolée et à l'abri des éventuels regards, il s'y rua.
Le blond sentant l'étudiant ralentir, et apercevant son objectif, il se mit à marcher plus vite. Kidd relâcha son deuxième bras ; Killer étant maintenant dans son champ de vision, ça devenait difficile de se contenir. Ils arrivèrent enfin dans la clairière cerclée de buissons, et le lycéen se retourna brusquement, rencontrant enfin ce regard de braises qui lui avait tant manqué. Mais au-delà de ses yeux, se passer du goût de ses lèvres avait été une bien plus dure épreuve. Aussi, en synchronisation parfaite avec son vis-à-vis, il fondit sur sa bouche, la dévorant passionnément. Kidd, l'ayant vu se retourner, avait instantanément tendu les bras pour le plaquer contre lui, retrouver la chaleur de son corps, son parfum, ses cheveux, tout. Répondant au baiser avec la même ivresse, il faisait courir ses mains sous le haut du lycéen, râpant sa peau mate. Killer agrippa la nuque pâle, et tira l'étudiant vers le sol. Sans hésiter, voire même avec empressement, le jeune homme s'allongea sur le blond, sans arrêter de l'embrasser et de le caresser, le faisant rougir et soupirer de plaisir. La mousse chaude s'effritait sous eux, mais aucun des deux ne s'en préoccupaient. Killer passa sa jambe par-dessus son amant, et le fit basculer, inversant ainsi les positions. Il commençait à vraiment perdre son sang-froid ; quant à Kidd, c'était fait depuis longtemps. Maintenant à califourchon sur le corps de son amant, le blond embrassait avidement les lèvres fines, les mordant quelques fois, pendant que les mains de l'étudiant descendaient vers le bas de son dos. Killer eut alors un éclair de lucidité, et se redressa pour planter son regard dans celui de son prochain. Celui-ci le regarda étonné, le souffle court. Le blond dit entre deux expirations.
« -Est-ce que… c'est bien prudent ? »
Kidd se souvint des trois semaines horribles qui venaient de passer ; elles étaient dut à leur imprudence. Mais d'un autre côté, ils étaient hors de la frontière des regards, et il n'avait absolument pas envie de laisser Killer s'en aller comme ça. C'était même au-dessus de ses forces.
« -Je crois pas… qu'on a de quoi s'inquiéter. Et puis… -Il se redressa- Pas question que je te laisse m'échapper... J'ai déjà donné ! »
Le lycéen esquissa un sourire. Il avait espéré cette réponse de tout son cœur, pensant la même chose. Kidd approcha sa tête, et saisit les lèvres de garçon. Sachant qu'il fallait tout de même rester prudent, le blond lui glissa à l'oreille :
« - Il faudra aller en cours, après. On a une demi-heure.
-Alors on va pas la passer à appréhender, d'accord ? »
Killer rigola, Kidd aussi. Puis, il captura la bouche de son homologue, celui-ci commençant à lui retirer sa veste. Après ce cauchemar de 22 jours, les deux adolescents reprenaient vie au contact de l'autre, s'enivrant des sensations perdues, et tant convoitées. Oui, c'était une véritable addiction.
[…]
« -Il vient de partir à la suite de Killer. Il va aller lui parler.
-Tu en es bien certaine ? »
Le jeune homme jeta un coup d'œil à sa montre. En temps normal, Kidd se rendait à sa chambre pour prendre ses affaires, puis allait se poser en cours tout de suite après, mais là, selon son informatrice, il semblait que le leader charismatique ait croisé son… « ami ». La jeune fille chuchota dans son mini Den Den Mushi.
« -Oh oui. Je doute qu'il soit en mesure de refréner ça. Après tout ce temps… »
Elle rigola, puis reprit.
« -Vous voulez que je les suive ? »
Son interlocuteur marqua une pause.
« -Non, pas la peine. Laissons-les croire qu'il n'y a aucun danger. Et toi, ne prend pas le risque de te faire voir. Ils vont peut-être s'étourdir, mais ils n'en restent pas moins méfiant, surtout après ce qui s'est passé il y a trois semaines. »
Honnêtement, le garçon avait été pris au dépourvu. Il ne s'attendait pas à ce que Killer et Kidd se revoit avant un moment, mais dans un autre sens, ça ne faisait qu'ajourner son plan. Bien qu'il eût préféré orchestrer lui-même les événements, ça lui était bénéfique dans tous les cas. Balayant le couloir du regard pour vérifier si personne ne venait, il demanda.
« -Quelqu'un les a vu, tu penses ?
-Je ne crois pas. Les cours sont pratiquement vides, ou tout du moins, celle où ils se trouvaient. C'est rare que Killer sorte ces temps-ci. C'était un pur hasard si je l'ai croisé ; j'ai eu de la chance, et Kidd aussi : ça n'avait rien de planifié.
-Bon, très bien. »
Le jeune homme réfléchit un instant, puis reprit, un sourire en coin.
« -Laisses couler pour aujourd'hui. De toutes manières, maintenant que l'on sait qu'ils se sont vus, on n'a pas besoin de creuser davantage, c'est suffisant. »
La jeune fille hocha la tête en silence, attendant la suite.
« - Tu as bien fait de me prévenir aussi vite. Il faut que je te laisse. Je retourne avec les autres, il ne faut pas que mon absence se fasse trop remarquer. Je te tiens au courant, le temps d'élaborer un plan.
-Compris. »
Les deux compères raccrochèrent leur Den Den Mushi en même temps, et chacun retourna vaquer à ses occupations.
[…]
Bonney éjecta un de ses ongles. C'était le septième, et elle n'avait plus beaucoup de marge. Ça faisait un bout de temps que Kidd partait immédiatement après manger, mais il avait tendance à revenir un quart d'heure avant la sonnerie de reprise. Il était moins cinq, et son chef n'était toujours pas là. Assise en tailleur sur sa table, au fond de la classe, elle jetait des coups d'œil nerveux à l'horloge, priant pour que le prof ait du retard. Drake arriva justement dans la salle, sac sur l'épaule, et aperçu Bonney au milieu des autres élèves. Il soupira, déposa ses affaires à sa place, et s'approcha de son amie. Celle-ci lança :
« -Il est pas là !
-Bonney…
-Mais regarde l'heure ! Il est toujours pas là, c'est-pas-normal ! »
Le brun leva les yeux au ciel.
« -Ce n'est pas la fin du monde, il ne va pas tarder.
-N'empêche que c'est inhabituel. »
Elle commença à faire les cent pas autour de son bureau, rongeant ses ongles avec ferveur.
« -Arrête un peu, tu veux ? Tu me donnes le tournis !
-Beuh, tu permets que je me fasse du souci ? A force de ne plus voir l'autre blondinet, il pourrait bien faire une connerie. Au fait, elle a du nouveau, la brune ? »
Drake fit comme s'il n'avait rien entendu quant à l'hypothèse du suicide, et grinça.
« -Si c'est à Robin que tu fais référence, non, elle n'a rien. Et je ne vois pas pourquoi elle en aurait. Il ne s'est rien passé depuis trois semaines, et ce n'est pas parce que Kidd est légèrement en retard que ça impliquerait qu'il y ait du nouveau. »
Il avait baissé la voix.
« -De toutes façons, la sonnerie ne retentira pas avant cinq bonnes minutes, alors calmes toi un peu, d'accord ? Il n'est pas en retard ! »
La rose soupira bruyamment, sautant sur sa table pour river à nouveau ses yeux sur l'horloge. Drake hocha la tête, et se dirigea vers son pupitre. Au même instant, Apoo et Urouge entrèrent dans la salle en rigolant. Bonney et Drake les regardèrent du coin de l'œil.
« -Croco' n'est pas avec vous ? Demanda le brun »
Apoo se retourna, lui adressant un sourire, et secoua la tête.
« -Non, il a dit qu'il devait passer à son appart', il arrive dans deux minutes. »
Drake hocha la tête, chacun s'assit à sa place. Puis il fronça les sourcils : ces derniers temps, leur ami s'absentait beaucoup. Il secoua la tête, chassant ses interrogations infondées. Mais pour un futur officier de la Marine, tout était sujet à interrogation, et encore en plus pour le jeune homme. Il soupira, attendant la sonnerie. Au même instant, son camarade apparut dans la salle. Bonney était déjà retournée à son stress, mais Drake remarqua parfaitement le mouvement discret que Crocodile fit contre la poche de son pantalon. Le genre de toc nerveux que l'on fait lorsqu'on a peur d'avoir perdu quelque chose. Ou quand on a peur que l'objet en question soit trop voyant.
[…]
Luffy salua ses amis, et entra dans sa classe, lançant un joyeux « Re-bonjour ! » général. Commençant à étaler ses crayons et ses cahiers sur son bureau, il s'aperçut que la place contre le mur, deux rangs plus loin que lui, était vide. Intrigué, il pencha la tête sur le côté, et interpella une de ses camarades.
« -Eh, Kaya ! Il est pas là, Killer ? »
La jeune fille leva la tête, et s'approcha en souriant.
« -Eh bien, non. Peut-être ne se sentait-il pas bien. Il n'avait pas l'air dans son assiette, ces jours-ci. »
Luffy se gratta la nuque, puis haussa les épaules.
« -Ouais, t'as raison ! Lança-t-il en soupirant »
Retournant à ses déballages/étalages, le brun tourna le dos à son amie, mais celle-ci ne bougea pas.
« -Euh… Luffy-kun ? »
L'interpellé se retourna ; son amie avait le rouge aux joues, et semblait un peu crispée. Les yeux baissés au sol, mais un fin sourire sur les lèvres, elle demanda d'une voix embarrassée :
« -Est-ce que… tu as parlé à Usopp de ce que je t'avais demandé la dernière fois ?
-Hmm ? Votre truc de rendez-vous, là ?
-Ahum, oui ! Alors ? »
Le garçon sourit de toutes ses dents, bien que ne comprenant pas très bien en quoi ça avait autant d'importance pour ses deux amis.
« -Il a dit que c'était tout bon. Il a insisté pour venir te chercher devant chez toi, vu que t'habites pas dans l'école. »
Les joues de la jeune fille se rosirent davantage, elle sourit à son vis-à-vis.
« -Oh, merci beaucoup Luffy-kun, c'est très gentil.
-Boah, c'est normal, shishishi ! »
Kaya retourna à sa place, le sourire encore pendu aux lèvres, et le rouge au visage. Luffy s'assit en jetant un coup d'œil à l'horloge.
« -Tout de même, il est vachement en retard par rapport à d'habitude ! J'espère qu'il est pas malade ! Se dit-il »
Puis, haussant les épaules, le jeune homme se dit qu'après tout, il lui prendrait ses devoirs, et qu'il serait forcément de retour avant demain.
[…]
Killer pressa ses paupières, sentant sa jouissance atteindre son paroxysme. Ses ongles se contractèrent sur le dos de Kidd, qui serra les dents en se sentant venir.
« -H… Hmm, Kidd... Souffla le blond »
Le susurrement provoqua des frissons au visé, ne faisant que le presser dans son extase. Le roux donna un coup de rein plus puissant que les autres, se contractant de plaisir. Son amant ferma les yeux, appréciant mieux les sensations vertigineuses de l'embrasement des deux corps en fusion. Kidd serra les dents, étouffant mal son râle. Killer s'essouffla un peu, et rouvrit lentement ses yeux humides. L'étudiant se retira, regrettant déjà que le lien soit rompu. Encore haletant, il posa sa tête sur le torse du blond, que ce dernier entoura de ses bras, caressant les mèches ardentes. Ils se sentaient tout deux apaisés, au moins pour le moment. Kidd dit doucement.
« -Pourquoi tu venais pas le soir ? »
Killer respira longuement. Le roux connaissait la raison nécessaire, celle qui leur était évidente, qui avait été silencieusement décrétée le fameux lundi, mais ce n'était pas ce qu'il voulait entendre ; il désirait une autre raison, une vraie, ne pouvant pas se résoudre à croire que Killer ne venait pas par obligation. Ce n'était pas son style, jusqu'à preuve du contraire.
« -Je crois que je ne voulais pas empirer les choses. Souffla le lycéen. Mais au-delà de ça… »
L'étudiant se redressa, appuyant son menton sur la poitrine nue, attendant la suite. Le blond pencha la tête pour le regarder, plongeant son regard dans le sien.
« -Je… Je suis amoureux de toi, Kidd. »
Le susnommé sentit son cœur et celui de Killer accélérer, mais ne dit rien, laissant son vis-à-vis parler.
« -Enfin, je ne sais même pas ce que ça veut dire, mais la seule fois où j'ai ressenti quelque chose d'aussi fort, la personne en question est morte, tuée à cause de l'amour que j'avais pour elle. Alors… Je ne voulais pas te mettre en danger de la même manière. »
Marquant une pause, il en profita pour se redresser, s'appuyant sur ses coudes. Kidd se recula, sans quitter les yeux d'acier bleus.
« -Les événements d'il y a trois semaines m'ont fait comprendre qu'on s'engageait sur le même terrain miné qui a tué ma mère, reprit-il d'une voix légèrement tremblante. Si tu disparaissais, je me sentirai coupable toute ma v… »
Les lèvres de Kidd coupèrent net le discours du lycéen. Les yeux agrandis par la surprise, Killer regarda les paupières closes ; le baiser était suave, ni langoureux ou carnassier, comme les autres fois. Un simple baiser, seulement doux. Cela dura plusieurs secondes, jusqu'à ce que le roux le rompe. Lorsqu'il prit la tête du lycéen entre ses mains, celui-ci était encore un peu hébété. Après avoir harponné son regard, il lui lança :
« -Tu vas la fermer un peu, oui ? En fait, ce que tu veux dire, c'est qu'en restant vers moi, tu me mettrais en danger ? Et tu dis ça juste parce qu'un abruti s'est amusé avec un visio-dial et de la colle ?! Y en faut plus pour me tuer, tu sais. C'est limite insultant, là ! »
Killer serra les dents, ses yeux se noircissant imperceptiblement. Kidd lâcha ses joues, et se recula un peu, mais ne rompit pas le lien visuel.
« -Il ne m'arrivera rien, et tu sais pourquoi ? Parce que je n'ai pas l'intention de m'éloigner de toi. Tu crois quoi ? Que c'est en m'écartant de toi que je vais mieux le vivre ? Arrête un peu tes conneries, c'est totalement l'inverse. Tu te figures que depuis trois semaines, c'est la joie de vivre ? Mais je me suis jamais senti aussi mal ! »
L'étudiant avait du mal à se contenir. En temps normal, ces mots n'auraient même pas franchi la barrière de son conscient. Killer le voyait bien, mais sur l'instant, il se sentait paralysé par les paroles de son vis-à-vis. Les joues pâles s'empourprèrent très légèrement.
« -Ce que t'appelles un terrain miné, en quoi ce serait mortel de s'y engager ? Tu as plutôt l'air de celui qui aime le danger, pourtant. Arrêtes de croire que t'éloigner de moi pourrait me sauver la vie, parce que et d'une, je risque strictement rien, et de deux… »
Il déglutit, baissant les yeux et se grattant la nuque.
« -Ce serait le fait d'être sans toi qui me tuerai. »
Un frisson parcouru Killer. Ses poings se contractèrent, sa mâchoire également. Kidd poursuivit en marmonnant, visiblement gêné.
« -Je préfère encore que ma réputation soit bousillée et rester avec toi, que d'être en sécurité mais qu'on se voit plus, comme t'as l'air de dire. S'il y a un choix à faire, c'est vite vu ! »
Il marqua à nouveau un temps d'arrêt. Le lycéen l'observa, détaillant ses traits comme s'il le rencontrait pour la première fois. Kidd s'assit à côté de lui, joignant ses mains sur ses genoux pliés. Il regarda devant lui, cherchant un point lointain pour éviter le regard perçant de son prochain. Il semblait chercher ses mots, et c'était assez nouveau pour lui. La plupart de ses problèmes, il les réglait traditionnellement : un poing dans la figure, et on n'en parle plus. Aussi, ce qui se passait à présent n'avait rien de belliqueux, dans un certain sens. Ça ne le concernait que lui, et il devait se débrouiller avec, seul. Alors pour une fois, il réfléchit à ce qu'il allait dire, dérivant doucement vers la trame de l'histoire.
« -Au fond, quand on ne fait confiance à personne, on n'est jamais déçu, pas vrai ? Enfin, c'est ce que je me dis, qu'il faut se méfier de ce qu'on désire, et tout ça. Ouais en fait, la vie, ça se résume à un choix : dépêche-toi de vivre, ou dépêche-toi de mourir. Ça inclue pas les autres, que je sache. Bah tu vois, tant qu'à faire, autant jouer comme on veut ; c'est pas la société qui va me dicter ma conduite, quand même. Et si j'ai envie de t'aimer, bah c'est pas des connards de pervers et des scolaires en mal de rumeurs qui vont m'en empêcher !
-Qu'est-ce que tu as dit ? »
Jusqu'à présent, Killer s'était contenté d'écouter, retenant sa respiration qui se voulait malheureusement trop rapide, et savourant chaque propos. Il ne l'avait jamais soupçonné, mais Kidd avait un véritable potentiel philosophique ; à présent ça lui crevait les yeux. Mais s'il n'avait pas énoncé sa dernière phrase, le lycéen aurait simplement sourit et approuvé, lui donnant un baiser, et serait retourné en cours, l'esprit embrumé par ce si beau discours. A la place, le roux avait laissé parler son cœur, et là, ça avait pris, pour l'un comme pour l'autre, une tournure brûlante. Kidd sortit de son engouement ; il baissa les yeux, et reprit ses mots un à un dans sa tête, butant même de temps à autre, essayant de comprendre si c'était bien lui qui venait de dire ça. Puis, il arriva à la fin, et après quelques secondes de suspens, il sourit.
« -Bon bah, ça y est ! Je l'ai dit, hein ? »
Il se tourna vers Killer. Celui-ci tentait de ravaler ses larmes, mais ses yeux brillaient déjà. Kidd rigola doucement, passant sa main dans les fils d'or, puis dit :
« -Bah oui, quoi : je t'aime, moi aussi ! »
Chacun des mots résonna dans la tête du lycéen. Il était figé, seule sa poitrine se soulevant doucement en un rythme métré.
Tu sais que je t'aime, mon chéri ! Ne l'oublie jamais, d'accord ? Maman t'aime, et t'aimera toujours !
Il baissa les yeux, et rigola doucement, essuyant d'un revers du bras la larme qui coulait sur sa joue. Kidd rigola avec lui, poussant un soupir de soulagement.
« -Woh, en fait, c'est moins dur à dire que ce que je croyais. Mwahahahumpf ! »
Les lèvres du blond s'écrasèrent sur celles de Kidd, les yeux arrondis par la surprise. Killer pressaient ses paupières de toutes ses forces, se voulant aveugle dans son contact. L'étudiant fut d'abord étonné, puis répondit au baiser avec passion. Au loin, le gong des 14h sonna, mais les deux jeunes ne réagirent pas tout de suite. Killer passa sa langue contre les lèvres fines, caressant sa jumelle, ses expirations s'accélérant au même titre que celles de son vis-à-vis. Puis, quelques secondes après, le lycéen se recula, rouvrant lentement les yeux. Kidd le regarda, hébété.
« -Waouh ! C'était… Euh… »
Il se passa deux doigts sur les lèvres, encore chaudes, grisé par les sensations. Le blond avait la tête baissé, il ne disait rien, puis chuchota :
« -Moi aussi… Je t'aime !
-Haha, j'avais compris, tu sais ! Lança le roux en rigolant »
Killer rigola à son tour. Il se détourna, attrapant son T-shirt, puis marqua un temps d'arrêt, et se retourna vers Kidd, qui avait les sourcils froncés, semblant également se demander quelque chose.
« -C'est moi, ou…
-Ça a sonné ? »
Il y eu une seconde de flottement, puis le lycéen se mordit les lèvres.
« -Meeerde ! Traduisit l'étudiant. On va être en retard ! »
Attrapant ses vêtements, il lança les siens à Killer, qui rigola en le voyant s'activer.
« -Qu'est-ce qu'il peut y avoir d'aussi stimulant à aller en cours, je te le demande ?
-Ah, le ferme, hein ! Et dépêches toi un peu. »
Le blond lâcha à nouveau un rire, enfilant tant bien que mal son sous-vêtement. Une fois prêt, Kidd lui tendit la main, dans laquelle Killer donna un coup en lui adressant un clin d'œil accompagné d'un soupire.
« -Tss, décidément, je crois que j'ai compris le message, hein !
-Bien ! »
Le L2 leva les yeux au ciel, et s'avança vers son lycéen, entourant sa nuque de ses mains, et déposa un baiser sur ses lèvres. Killer sourit, son cœur faisant un bond dans sa poitrine, puis dit en haussant les sourcils :
« -Les cours ?
-Yep ! »
Les deux jeunes hommes se mirent à courir en direction de l'enceinte. Y arrivant, le blond jeta un coup d'œil aux alentours, confirmant l'horaire et la voie libre.
« -Courir pour aller en cours, je le crois pas ! Ça doit être la première fois que ça m'arrive !
-Ce ne sera pas la dernière, j'espère, lança Killer un sourire en coin »
Kidd se mordit la lèvre, puis le 1ère lui fit signe qu'ils pouvaient y aller. Arrivés vers le bâtiment, les deux scolaires se dirigèrent vers l'escalier de marbre.
« -3ème, je suppose ? »
Killer acquiesça. Lorsqu'ils parvinrent à l'étage, le blond marqua un temps d'arrêt, se retournant vers son prochain, qui monta encore quelques marches en direction du 4ème. Le lycéen le voyant regarder aux alentours, il comprit, et s'avança à son tour. L'étudiant saisit le col de son vis-à-vis, et l'attira vers lui. Ce dernier ne sourcilla pas, et approcha ses lèvres, que l'autre s'empressa de saisir. Malgré tout sur leurs gardes, les deux amants se séparèrent rapidement, se lançant un dernier regard avant de rejoindre leur classe respective en pressant le pas, tous deux encore sous l'emprise de l'autre.
[…]
Bonney n'arrêtait pas de regarder l'heure ; Drake en soupirait d'agacement, sachant pertinemment que Kidd n'allait pas tarder. Certes, il avait pris l'habitude de ne plus venir en cours avec 20 minutes de retard ces dernières semaines, mais de là à paniquer parce qu'il était justement en retard, c'était franchement ridicule. Il détourna son regard de son amie pour le reporter sur le tableau de statistiques, lorsqu'un grand bruit le fit sursauter, comme le reste de sa classe. Tout le monde se retourna vers la porte, Drake y comprit, et découvrit un Kidd essoufflé, son air maladroitement insolent de d'habitude.
« -S'CUSEZ MOI POUR LE RETARD ! Lança-t-il »
Le professeur de gestion grimaça, puis lui fit signe de s'asseoir, passant pour cette fois, les notes du jeune homme s'étant nettement améliorées ces derniers temps. Kidd rentra en remerciant d'un signe de tête son prof. Les yeux de Bonney s'arrondir, au même titre que ceux de Crocodile, Urouge et Drake, Apoo ayant été désigné pour les TPE dans la classe d'à côté. Les élèves le suivirent du regard, baissant les yeux en rencontrant son air plein de sous-entendus. En passant à côté de la table de la rose, il lui adressa un sourire. La jeune fille fronça les sourcils, l'interrogeant silencieusement. Drake suivait également le dialogue muet. Kidd s'assit, et ferma lentement les yeux en hochant la tête ; les deux compères comprirent tout de suite, et lui sourirent en retour.
« -Monsieur Eustass, si en plus de perturber le cours en arrivant en retard, vous distrayez vos camarades, ne vous donnez pas la peine de venir la prochaine fois.
-C'est noté, M'sieur ! Répondit le visé, faisant pouffer la classe »
Ses deux meilleurs amis avaient parfaitement comprit la situation, ou tout du moins l'envisageaient sans être très loin de la réalité, et le sourire pendu aux lèvres de leur chef, ne se relâchant pas depuis qu'il était entré dans la salle, les confortait dans leur thèse. Drake se retourna, baissant les yeux sur sa feuille ; souriant inconsciemment, il était content que son ami et chef ait retrouvé le sourire, et il ne doutait pas que pour cette fois, le duo ne risquait rien. Il prendrait des nouvelles vers Robin le soir, mais d'ici là, il se réjouissait à l'avance de retrouver la bonne humeur de son camarade, heureux et soulagé. Le studieux retomba sur la classe des 2ème année ; Kidd se vautra sur son bureau, tentant de comprendre le charabia au tableau, sans se douter qu'un regard l'observait en coin depuis son entrée dans la salle.
[…]
Luffy mâchouillait son stylo en décryptant le problème de maths au tableau, lorsqu'un toc-toc discret brisa le silence de la classe. Ce genre de distraction, les élèves en raffolaient pendant les cours, surtout en mathématiques pour la grande majorité. Le garçon détourna le regard vers la porte, la professeure donnant la permission à l'arrivant d'entrer. Un sourire apparu sur le visage enfantin, reconnaissant son « ami ». De sa politesse distante et froide, Killer hésita à entrer, jusqu'à accord de son enseignante.
« -Pardon pour le retard, madame. Dois-je aller me signaler à la vie scolaire ? »
La jeune femme rougit, puis secoua la tête en replaçant ses lunettes.
« -Non. Ce n'est pas grave, mais que ça ne se reproduise plus. Va t'asseoir ! »
Le garçon s'exécuta, hochant la tête en remerciement. Luffy croisa les bras ; lorsque le jeune homme passa à côté de sa table, il lui souffla :
« -T'as pas séché ? »
Killer le regarda par-dessus son épaule, puis s'asseyant, il attendit que la prof tourne le dos, et chuchota :
« -Non, je me suis endormi.
-Ça te ressemble pas, m'enfin bon, héhé ! »
Le blond sourit ; il s'habituait à la personne de Luffy, et même s'ils ne se parlaient jamais, le brun faisait des efforts pour l'approcher, être gentil avec lui. C'était une des rares personnes qui ne s'étaient pas découragées, et pour une fois, Killer trouvait cela appréciable. Sortant son cahier et son manuel, il s'adossa lentement à sa chaise, laissant ses yeux partir dans le vague, retraçant la silhouette de Kidd, la chaleur qui se dégageait de ses mains sur sa peau, sa voix, son odeur, les mots qu'il avait prononcé. Le fin sourire qu'il arborait ne voulant pas s'effacer, le jeune homme ne le refoula plus, laissant à son expression libre-court au fil de ses sentiments.
[…]
La sonnerie des 17h résonna, faisant vibrer les tympans et les murs de Mori. Les classes de Licence 2ème année sortirent presque toutes en même temps. Bonney s'étira, baillant bruyamment. Les cinq garçons apparurent derrière elle, discutant entre eux. Apoo s'approcha de son chef.
« -Ça a l'air d'aller mieux, aujourd'hui. Les autres m'ont raconté que t'es même arrivé en retard à 14h. Wooouh, le vilaaain ! »
Le ton comique que prit le jeune homme fit rire le leader, qui lança en croisant ses mains derrière sa tête.
« -Disons qu'aujourd'hui est une bonne journée, ça te va comme réponse ?
-Bah écoute, c'est pas moi que ça regarde, m'enfin bon, ça nous changera. Tu fais la gueule depuis presqu'un mois, ça devenait lassant de te voir avec une tronche d'enterrement.
-La finesse même, rigola Bonney. Mais je dois dire qu'il n'a pas tort. Pourvu que ça dure, hein ! »
Kidd leur donna un double coup de coude dans les côtes, les faisant se plier en toussant. Le groupe rigola, et se dirigea vers les dortoirs. L'après-midi avait rapidement passé ; le prof de maths étant en déplacement sur l'archipel, les deux heures avaient sauté, pour le plus grand soulagement des étudiants, et la journée s'en était vue considérablement allégée. L'humeur de Kidd allait croissant. « Pas discret du tout ! », lui avait soufflé Bonney en sortant de gestion, faisant sourire le visé, qui rétorqua d'un clin d'œil. Drake restait silencieux, mais l'avait néanmoins interrogé d'un regard, et il avait répondu qu'il en parlerait plus tard. En arrivant à l'aile 1, l'ambiance était donc suffisamment haute, tout semblait aller pour le mieux. Bonney suggéra une partie de Play-Dial-Station avant de partir au self. Les garçons acceptèrent avec joie.
[…]
Du côté de Killer, les cours s'étaient fini à 18h pour la classe. En sortant, Luffy l'avait rejoint, et lui avait gentiment demandé s'il voulait se joindre à lui et sa bande pour manger. Le plus étrange restait bien sûr le fait que le blond avait accepté. Même le 1ère au sourire enfantin s'en était étonné, mais bien sûr, ce n'était pas pour lui déplaire, et il lui avait donné rendez-vous dans une demi-heure dans le hall du bâtiment 1, le temps de retrouver ses amis, éparpillés dans les étages de l'aile 2, et ils se rejoindraient pour ensuite retrouver Robin devant l'aile 3. En se séparant, Killer avait soupiré, se disant qu'il avait fini par accepter une perche tendue par Luffy, mais après tout, il ne le regrettait en rien. Bien entendu, ça allait jaser : avis à la population, Le Killer de la 1ère6 s'est fait des amis, tempête en approche, etc. En un mot : puéril, mais ce genre de proclamations ne dérangeaient pas le lycéen. Bref, ils se retrouveraient dans vingt minutes. Gravissant les marches de l'aile 1 deux à deux, Killer avait presque oublié l'épisode sombre d'il y a trois semaines, et pour couronner le tout, et par le plus grand des hasards (bien sûr), il aperçut au bout du couloir le groupe des six étudiants, sortant tout juste d'une des chambres étudiantes.
« -Nyahahaha, trop forts ! Comment on vous a massacré ! Ricana Bonney en sautillant autour de Drake, Kidd, Apoo et Urouge.
-Pff, si le combat n'avait pas été virtuel, tu serais déjà en enfer, ma pauvre, rétorqua ce dernier. Je t'aurai écrasé sans difficulté !
-Kuhaha, oui mais le fait est que c'était virtuel, et que Jewelry et moi nous avons démoli. Cette défaite restera gravée dans les mémoires, lança Crocodile en rigolant, claquant la main de Bonney. On est invincibles à ce jeu, faites-vous à l'idée !
-Ce n'est qu'une histoire de statistiques et de stratégie, lança Drake en se voulant le plus indifférent possible. Vous aviez une chance sur trois de réussite, voilà tout.
-Tu veux régler ça aux poings, gamine ? S'énerva Kidd »
La jeune fille éclata de rire, tirant la langue à son vis-à-vis. Apoo lui sauta dessus en criant qu'il allait la faire taire, attaque que la vainqueur esquiva sans grande difficulté ; ricanant de plus belle, elle se mit à courir en disant :
« - Fais-moi taire un peu ? Je serai curieuse de voir ça, mwahaha ! »
Et le « débat » allait bon train lorsque Bonney vit Killer apparaître dans son champ de vision. Courant toujours, elle n'eut pas le temps de s'interroger que ses réflexes furent plus rapides, et esquivant le garçon, elle se prit le porche en pleine tête, et se retrouva au sol, trop surprise pour se plaindre. Le blond la regarda comme si elle venait d'une autre planète. Derrière eux, les garçons étaient morts de rire ; Crocodile en pleurait, Apoo manqua de tomber par terre tant il rigolait, même Drake se tenait les côtes, et Kidd aussi était plié en deux. Lorsqu'il aperçut la tête blonde, il s'arrêta de rire, ne perdant pas son sourire pour autant. Killer le remarqua à son tour, il sentit son cœur bondir. Ils se sourirent quelques dixièmes de secondes, les bruits extérieurs ne leur parvenant plus. Puis Kidd disparut de la vue du lycéen ; ce dernier fronça les sourcils, et remarqua alors qu'il était au sol, Bonney au-dessus de lui, lui hurlant toutes les insultes de son répertoire.
« -ESPECE DE PAUVRE CRETIN D'ABRUTI DE SALE PETIT MERDEUX DE LYCEEN ! T'AURAIS PUT M'ARRETER, NON ?! T'ES DEBILE, OU QUOI ? TU VEUX QU'ON SE BATTE ? JE VAIS TE DEFIGURER TA SALE TETE D'ANGE, MOI, PAUV' TYPE ! »
Killer la regarda, hébété, puis sentit son ventre se contracter, et ne pouvant plus se retenir, éclata de rire à son tour. Les garçons le voyant, redoublèrent d'éclats de voix. La pauvre jeune fille s'énerva de plus belle, mais sa grosse bosse au front ne la rendait pas crédible du tout. Il fallut attendre l'arrivée d'un surveillant de l'étage supérieur, alerté par le bruit, pour faire se calmer la bande. Drake s'approcha de Killer, et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Le jeune homme le regarda un instant, puis agrippa son bras. Secouant un peu ses vêtements, il remercia Drake, et dit à l'intention de Bonney, qui boudait dans un coin :
« -Désolé, je ne pensais pas que tu m'éviterais. »
Les garçons réprimèrent leur rire avec grand mal, puis passèrent à côté du lycéen, le saluant d'un hochement de tête, et commencèrent à descendre. Kidd arriva le dernier. Drake le regarda, puis salua Killer, un sourire en coin que le blond déchiffra tout de suite. En passant vers Bonney, le brun enlaça ses épaules affectueusement, lui expliquant que ce n'était pas méchant, et qu'elle avait encore pas mal à apprendre concernant le contrôle de soi. Kidd sourit en les regardant, puis s'avança vers Killer. Ils n'avaient pas beaucoup de temps, surtout dans un coin où les passages étaient assez fréquents et imprévisibles.
« -Je parie que tu l'as fait exprès. Bonney qui te montes dessus, Drake dont tu acceptes le bras... Tu veux que je les trucide, ou quoi ? »
Le lycéen rigola tout bas, haussant les épaules. L'étudiant secoua la tête, et marcha en direction des escaliers ; en passant à côté de Killer, il lui vola un baiser dans le cou, et disparut. Le blond ferma les yeux un court instant, prit une large inspiration, puis partit à son appartement. Ainsi s'était déroulée la journée.
[…]
Robin referma son ouvrage, en soupirant comme à chaque fois qu'elle finissait un livre ; elle déplorait de devoir sortir de son univers. Bien entendu, cette nostalgie ne durait pas plus d'une minute, et elle passait immédiatement au suivant. En voyant ses amis arriver, elle sourit légèrement, puis remarqua qu'un visage moins familier, bien que connu, se dessinait au-devant du groupe. Son sourire s'étira davantage en constatant que c'était Killer ; avant que le groupe n'arrive, elle souffla à l'intention des deux jeunes hommes derrière elle :
« -Zoro, lâche Sanji, et venez tous les deux : nous avons un invité, ce soir. Et puis, faire attendre Luffy pour le dîner n'est pas franchement une bonne idée. »
Le jeune homme aux cheveux vert retira ses mains des poches arrière du pantalon de son blond, et soupira bruyamment. Sanji embrassa le coin de ses lèvres, et s'avança vers la jeune femme.
« -A tes ordres, Robin d'amour, comme toujours ! »
La jeune femme s'accouda à la table, posant sa tête sur sa main, et souffla un discret « Bonsoir ! » aux arrivants. Nami trottina à ses côtés, se plaignant de Luffy qui avait oublié ses affaires en Histoire, et qu'il avait fallu se retaper tous les étages, parce que Môssieur s'en était souvenu pile dans le hall de l'aile 1. Killer passa derrière le groupe, et jeta un coup d'œil à la brune. Elle avait vraiment une aura spéciale, que le jeune homme avait affectionné dès leur première rencontre, et qu'il ne se lassait pas de redécouvrir. Robin hocha la tête, fermant lentement les yeux. En plus d'un salut, Killer comprit qu'il n'y avait strictement rien à signaler de « l'autre côté ». Le blond lui sourit discrètement en guise de remerciement, puis aperçut les deux jeunes hommes de la dernière fois, les amis de Luffy. Le gars aux cheveux verts, et l'autre avec son air sérieux. Ils avaient toujours l'air aussi méfiant à son égard, mais ne se lâchèrent pas la main pour autant. Zoro, puisque c'était son nom (Luffy avait fait un rapide rappel), passa même ses bras autour des épaules de Sanji, lançant un sourire provoquant à Killer, l'air de demander s'il y avait un problème. Le blond surenchérit en détournant la tête, et en embrassant les lèvres étirées de son amant. Sur le coup, le vert ne fit plus du tout attention au lycéen, qui ressentit comme un pincement au cœur, une sorte de jalousie de ne pas pouvoir faire pareil avec Kidd sans se faire mitrailler par un pervers, mais se sentit tout de même satisfait, sachant maintenant qu'il n'était pas seul.
En voyant son air se durcir, Luffy s'approcha de Killer, et lui donna une tape sur l'épaule.
« -Bon, on va manger ? J'ai la dalle, moi ! »
Oui, c'est ce genre de chose que Monkey D. Luffy utilise pour remonter le moral aux gens. Étrangement, cela marcha, arrachant un sourire au blond. Robin se leva, suivit de Nami, puis des deux « gardes du corps ». Un petit renne marchant sur ses deux pattes arrière suivait Luffy, s'accrochant à son bermuda, un peu impressionné par Killer. Usopp était bien sûr mal à l'aise avec le nouveau venu, et ne s'éloignait pas trop de Zoro, juste au cas où. La brune se glissa vers le lycéen, et lui souffla :
« -Ça n'a pas dut être facile, ces derniers jours. »
Killer fronça les sourcils, la regardant du coin de l'œil.
« -Ne t'en fais pas, renchérit-elle, je ne suis pas une ennemie, tu n'as pas à te méfier de moi, mais je ne t'en voudrais pas si tu le faisais. »
Elle lâcha un de ses éternels sourires, mystérieux et indéchiffrables, et se contenta de le garder jusqu'à l'arrivée aux selfs. Le repas se déroula à merveille, le groupe faisant preuve d'une chaleur inattendue envers l'invité. Ce dernier ne s'ennuya pas du tout, plaisantant avec Zoro (avec qui il était effectivement sur la même longueur d'onde), laissant passer les avances de Nami sans se plaindre, tout en sachant que Kidd présent, elle serait déjà à l'infirmerie, si ce n'est à la morgue, écoutant les plaintes de Sanji quant à la nourriture du self, et gardant tout de même un air « taquin » à l'intention de Usopp et Chopper qui faisaient tout pour éviter de le regarder, terrorisés par sa présence. Quant à Luffy, Killer n'avait jamais vu quelqu'un manger en si grande quantité et aussi vite, et surtout, s'agiter et rigoler autant. Le garçon était l'allégorie même de la joie de vivre, ce qui déconcertait un peu le blond. Le soir, en regagnant son appartement, il ne put s'empêcher de penser qu'il avait adoré sa soirée, et qu'il avait une furieuse envie de la renouveler. Le groupe le lui avait d'ailleurs joyeusement proposé (à deux exceptions près), Luffy disant qu'il était le bienvenu quand il voulait, et qu'il pouvait même faire partie de sa bande. Il avait beau ne pas être tard, le blond était épuisé. En arrivant au 8216, il soupira en cherchant ses clefs. Puis, jetant un regard en direction du 9327, il sourit, et disparut dans sa chambre d'étudiant. Après une douche salvatrice, Killer s'affala sur son matelas. Se retournant, il fixa une énième fois le plafond, et plongea dans son sommeil, sachant déjà de ce à quoi il allait rêver.
[…]
La bande du leader aux yeux de feu avait veillé tard ; envahissant les salons, la soirée avait passé lentement et agréablement. Tout le monde avait pris le temps de s'en étonner, mais ils n'allaient tout de même pas s'en plaindre ; après trois semaines de morosité et de tension, un peu de détente n'était pas de trop. Se séparant vers 1h du matin, le groupe fixa le rendez-vous matinal, se souhaitant « bonne nuit et à tout-à l'heure ». Drake et Bonney avaient rejoint leur meilleur ami dans sa chambre un peu après, le temps de se doucher et de se vêtir. L'étudiant les avait accueilli, et ils avaient parlé presque toute la nuit, non pas seulement de la rencontre improvisée des deux amants, ou du changement d'attitude un peu trop voyant de Kidd, mais aussi de tout et de rien, et bien sûr, des innombrables recommandations et diverses mises en garde de la rose à l'attention des deux tourtereaux. Drake avait fait un effort les premières minutes, mais il ne cessait de repenser à ses hypothèses, en cours de gestion. Les conclusions hâtives induisent en erreur, il en était plus que conscient, mais lorsque Kidd lança qu'ils avaient été prudents, et que de toutes manières, il n'y avait qu'eux deux qui étaient au courant, que ça ne risquait rien, le brun hésita fortement. Puis devant le sourire resplendissant qu'affichait son meilleur ami, il se ravisa. Avec mal, mais juste à temps.
« -Ça va pas, Drake ? Demanda la rose
-Si, si, ça va. Je réfléchissais à quelque chose. Dit-il en relevant la tête »
Bonney fronça les sourcils, puis vint s'asseoir à côté de lui, enlaçant ses épaules. Elle avait déjà plusieurs coups dans le nez, Kidd ayant sorti les packs de bière. Son visage était rougi, et elle était un peu dans les vapes, lorsqu'elle dit d'un ton embrumé.
« -Oooh alleeez, fais pas la gueule ! Je t'en veux pas d'avoir perdu tout-à l'heure à la PDS, tu restes un homme. Je t'aime bien, tu sais. En fait je suis amoureuse de toi depuis la 6ème. Hahaha, tu le savais pas, heeein ? »
Drake se sentit rougir, regardant Bonney avec gêne. Kidd ne dit rien, faisant tout pour ne pas éclater de rire.
« -Ah, euh... Hum, je crois que… Tu devrais te coucher, tu as déjà un peu trop abusé de l'alcool.
-Mais nooon, je vais très bien : regarde, je pète la forme, mwahaha ! »
Le brun lui prit sa bouteille, et l'amena sur le lit de Kidd après accord de ce dernier. L'allongeant, il la regarda un instant.
« -Hmm, Drake, tu vas me border ? »
Le susnommé serra les dents, et lui déposa un baiser sur le front.
« -Dors, chuchota-t-il simplement »
La jeune fille gémit, et s'exécuta presqu'immédiatement. Drake ferma la porte derrière lui, et se frotta la nuque. Puis, relevant les yeux, il aperçut Kidd. Il avait les yeux écarquillés, et se mordait les joues pour ne pas exploser de rire. Le brun le regarda un instant, les joues encore toutes rouges, et soupira. Lorsqu'il passa dans la lumière, le leader put apercevoir sa mine gênée et défaite, et se fut la goutte d'eau.
« -EH BAH MERDE, HAHAHAHAHA !
-Oh Kidd, ça va, hein !
-HAHAHA, JE L'AVAIS PAS VU VENIR CELLE-LA, BWAHAHAHA ! »
Drake s'agenouilla à côté de son ami, qui était plié en deux. Ce dernier lui tapota l'épaule, rigolant toujours.
« -'Fais pas cette tête, va ! T'attends que ça depuis le CM1. Tu vas tirer la gueule en prime ? Enfin, c'est juste con qu'elle ait été bourrée pour te le dire. Elle s'en souviendra même pas tout-à l'heure. BWAHAHAHA ! »
Drake rougit de plus belle, frappant son ami écroulé de rire. Puis, après qu'une bonne demi-heure soit passée, le temps que Kidd se soit calmé, les deux garçons discutèrent jusqu'à 4h, parlant Davy Back Fight, Nouveau Monde, et projets d'avenir, puis s'étaient tous deux endormis, à moitié vautrés par terre.
[…]
La jeune fille se redressa en entendant les rideaux s'ouvrirent. Son acolyte apparu derrière la vitre, et la salua silencieusement en ouvrant la fenêtre. Il vint s'appuyer à la rambarde de fer, soupirant en perdant son regard dans l'obscurité, attendant le rapport.
« -Drake a des doutes. Dit-elle simplement »
Le jeune homme s'approcha.
« -Oui, je pensais bien que ce serait lui qui comprendrait le premier.
-Il n'a pas encore compris, n'exagérez pas. Mais je pense qu'il se pose des questions.
-Ce n'est pas comme si nous avions fait en sorte d'être d'une discrétion absolue. Ce n'est pas très grave pour la suite du plan, mais je ne voudrais pas qu'il perde confiance avant demain. »
La jeune fille poussa un soupire, puis croisa les bras, s'approchant de son vis-à-vis, et dit doucement.
« -Vous voulez que je m'en charge ? »
L'interpellé la regarda, puis reporta son regard vers l'horizon invisible.
« -Ce n'est pas ton rôle. Je me débrouillerai avec. Pour l'instant, il est avec Kidd et Bonney dans la chambre de Kidd. Contente-toi d'aller écouter s'ils parlent de ça ou non.
-Bien, je leur laisse une heure. Si le sujet n'est pas abordé d'ici là, on pourra considérer qu'il n'y a rien de sérieux, et je ne reviens pas vous voir ce soir.
-Très bien, ça me va. »
Le garçon retourna donc vaquer à la réflexion de son plan. Puis, au bout de trois quarts d'heure, un petit bruit vers sa fenêtre l'interpella. La jeune fille était de retour. Il lui ouvrit la fenêtre, les sourcils froncés. Sautant habilement par-dessus la rambarde de fer, elle sourit.
« - Jewerly Bonney est allée se coucher. Rien à craindre de ce côté, Drake n'en parlera pas à Kidd ce soir.
-Bon, très bien. Je ferais en sorte de dissiper ses soupçons.
-Il y autre chose. »
Le jeune homme lança un regard interrogatif à sa vis-à-vis, qui souriait mielleusement.
« -Du nouveau ?
-Pas du côté de Kidd ou Killer, en tout cas. Mais comme quoi, le silence est d'or. »
L'étudiant sourit vicieusement, et invita sa complice à s'asseoir. La discussion ne dura que quelques minutes ; à la fin, le sourire du garçon s'était allongé. Les deux acolytes fixèrent le prochain rendez-vous, et se séparèrent. Le silence retomba dans la chambre étudiante. Déjà, le jeune homme préparait la suite de son plan, y ajoutant les informations que sa complice lui avait gracieusement offert. Il en frémissait d'excitation.
« -Tu verra, Kidd ! Je te montrerai qu'on ne joue pas dans la même ligue. »
Les papiers s'amoncelèrent sur le bureau étudiant. Un léger rire entrava brièvement le calme, puis le silence de la nuit reprit ses droits.
[…]
Vers 6h15, Drake se réveilla, réglé comme une pendule, un léger mal de tête altérant néanmoins ses sens. Il se redressa, se frottant les yeux, et balaya la salle du regard. Kidd était étendu au sol, la tête contre la moquette, le filet de bave en prime. Drake soupira, un sourire aux lèvres. Il se leva avec un peu de difficulté, et se dirigea vers la chambre de Kidd, où dormait Bonney. Elle n'était pas encore éveillée ; les mouvements dans son sommeil avaient repoussé la couette, et son débardeur était relevé jusqu'au-dessous de ses seins, découvrant une partie de son soutien-gorge. Drake s'y attarda un peu, puis ferma la porte, secouant la tête, les joues rougies.
« Bon sang, je dois me reprendre. Qu'est-ce qui me prend de réagir comme ça ? »
Il se passa une main dans les cheveux, et se dirigea vers la salle de bain pour se faire un brin de toilette. Arrangeant sa chemise, et resserrant le nœud de sa cravate, il se passa de l'eau sur le visage. Le contact froid le dégrisa un peu. Il sortit sans faire de bruit, enjambant son meilleur ami, et jetant un dernier coup d'œil au porche de la chambre, il referma la porte de l'appartement, et se retourna. Un contact soudain et frais avec son visage le fit sursauter ; une photo pendait au linteau de la porte. Il plissa légèrement les yeux, et tentant de se reprendre, il saisit l'image. Sa mâchoire se contracta en découvrant son contenu. Un bruit de pas lui fit relever la tête. L'arrivant lui sourit ; Drake soupira, son sang se glaçant dans ses veines.
« -Toi ? »
L'interpellé croisa les mains dans son dos, et sourit.
« -Surpris de me voir, Drake ? Ça m'étonne venant de toi. »
Le susnommé tenta un sourire se voulant assuré, et grinça.
« -A vrai dire, pas tant que ça, « Boss » Crocodile ! »
Détail : Je sais que pour certains d'entre vous, Kidd ne déballerai JAMAIS ses sentiments aussi simplement, mais j'en avais assez de ce cliché ; alors tout en gardant à l'esprit qu'il n'était pas un grand romantique, j'ai donné un coup de fluffy à tout ça, nan mais wesh [Hum, pardon] ! De mon point de vue, Killer rééquilibre bien le couple ; déjà dans le manga, il apporte un certain côté « posé et humain » à Kidd, donc voilà. Après, ce n'est que mon point de vue, mais j'espère néanmoins que ça n'a pas gêné votre lecture !
Je dois bien admettre qu'il y a eu très peu du temps écrit où Kidd et Killer sont séparés, mais je redoutais qu'en m'y attardant, vous vous ennuieriez. J'y ai donc consacré ce qu'il faut, en passant sous silence la majeure partie de ces trois semaines. J'imagine que décrire chaque jour sur trois semaines dans deux registres différents m'aurait non seulement pris trop de temps, mais aussi votre attention, et si je n'avais pas révélé le nom du coupable dans ce chapitre, j'aurais certainement eut la tête au carré. J'avoue que ça a été assez périlleux avec tout ce que je voulais introduire. ENFIN BREF !
Ah oui, je me suis rendu compte d'une incohérence-de-la-mort-qui-tue. Alors avant que quelqu'un ne me fasse la remarque, je m'excuse humblement d'avoir dit que les membres du groupe se connaissaient depuis qu'ils ont 7 ans dans le chapitre 3, pour ensuite affirmer, dans le chapitre 5, que les rencontres se sont faites progressivement. Il n'y a donc que Kidd et Bonney qui se connaissent depuis 12 ans. La deuxième version est la bonne. Gomennasai minna !
Eh bien voilà, chapitre VIII en ligne ! Je voulais, depuis le début, introduire les slashs de [Zoro x Sanji] et [Drake x Bonney] ; je suis contente d'en avoir eu l'occasion. Le premier réapparaîtra sans doute rapidement, je ne m'y attarderai pas ; mais le deuxième aura son importance, peut-être l'aviez-vous compris. Il y aura certainement un plus long temps d'attente pour le chapitre IX, j'aime autant vous le dire tout de suite.
J'espère que Le silence est d'or vous a plu, merci de l'avoir lu ! On se dit au prochain chapitre !
黒檀シェード
