Bien le bonjour tout le monde !
Non non non pas taper! Oui je sais être en retard mais j'avais des examens à mener, des vacances à apprécier et des milliers de projets à mettre en place.
L'aventure qui au départ ne devait pas compter plus de cinq chapitres s'est poursuivie. Devant la petite avarie dont mon pauvre ordinateur fut la victime l'année passée, je n'ai pu terminer à temps le concours et ai donc décidé de prolonger quelque peu cette histoire afin de travailler un peu plus sur l'ambiance. Après ce chapitre-ci, il n'en restera plus que deux, l'aventure touche enfin au but!
Sur ce, fini le blabla, j'espère que vous apprécierez cette suite.
Je mets l'ambiance...
Jour 17 :
Robin avait pris une décision. Ce n'était pas son genre de se montrer aussi précipitée. D'habitude, elle prenait le temps de tout évaluer, de tout penser, de tout envisager. Mais elle était fatiguée, si fatiguée ! Et elle avait peur aussi, tellement peur ! D'ordinaire elle était maîtresse de ses émotions, d'ordinaire elle savait garder son sang froid, d'ordinaire...
Cependant ils n'étaient pas dans une situation ordinaire. Jamais, même quand elle était poursuivie, elle n'avait eu autant l'impression d'être espionnée, acculée, en un mot : prise au piège. L'archéologue savait pertinemment que dans cette guerre psychologique, seule la patience vaincrait. De la patience, elle en avait lui pas. Ou plutôt si, il possédait une espèce de patience inhumaine et morbide qui lui permettait de se fondre parmi eux et de perpétrer ses crimes sans commettre la moindre erreur. Et il continuerait, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle ait vu tous ses compagnons mourir. Il le lui avait dit, le lui avait promis...
Alors elle devait agir. Sans considérations pour les risques encourus.
Agir vite, et seule.
xXxXxXx
Je m'agace.
La petite proie n'a pas avancé d'un pas, a reculé même ! J'ai bien essayé de la motiver un peu, de lui donner l'envie de se battre pour sa survie, mais depuis 2 jours, toujours rien ! Tu veux quitter le jeu ? Tu crois vraiment que cette décision t'appartient ? Non non non non non ! Tu n'as pas compris ce que je t'ai dit l'autre soir ? Il n'y a pas d'échappatoire possible, pas de joker, ni de tour de passe-passe. Je suis le maître du jeu et vous n'êtes que des pantins dansant au rythme de ma volonté. La seule issue à tout ceci est la mort.
Et pourtant, pourtant je t'ai offert une chance inespérée de prolonger un tant soit peu ta misérable et insignifiante existence. Peut-être même que je t'offrirai un dernier baroud d'honneur ? Tes compagnons ne peuvent pas en dire autant... Ils comptent tous sur toi tu sais ? Même mon hôte qui bataille encore du fin fond de sa conscience éteinte, espérant vainement que tu finisses par t'apercevoir que je ne suis pas lui. Tu as toujours été la plus maline après tout, comment pourrais-tu échouer ? Tu es leur sauveuse Nico Robin !
Ah ah ah ah ah ah !
Les naïfs.
Mais le plus drôle dans tout ça, c'est que plus tu attends, plus mon hôte faibli, blessé que tu n'arrives pas à nous distinguer. Bientôt il rendra les armes, lorsque j'aurais brisé l'ultime personne en qui il croit, lorsqu'il le regardera impuissant s'étouffer dans son propre sang.
Bientôt...
Pourquoi pas ce soir ?
xXxXxXx
Zoro se glissa dans l'eau chaude et étendit ses bras de part et d'autre de la baignoire. Rejetant la tête en arrière, il laissa l'arrière de son crâne peser contre le rebord froid et se laissa aller en soupirant de bien-être. Rapidement, la salle de bain se transforma en bain de vapeur qui humidifia sa peau tandis que la chaleur pénétrait ses muscles qu'elle décrispa et détendit, pour finalement apporter cette léthargique quiétude dont il raffolait tant après une rude séance d'entraînement. Une petite bouteille n'aurait d'ailleurs pas été de refus pour parfaire l'instant !
Comme s'il avait lu dans ses pensée, le cuistot entra une bouteille à la main. Surpris, le bretteur se redressa vivement et le fixa comme s'il était affublé d'un troisième sourcil enroulé sur lui-même. Sanji resta immobile, ne cilla même pas sous le regard pourtant inquisiteur de son compagnon qui commençait à trouver la température un poil trop élevée.
« Qu'est-ce que tu fous là cuistot de merde ? aboya-t-il cependant pour se donner une contenance. Surveiller une porte est même trop compliqué pour toi ?
- On ne sait pas quand je peux perdre le contrôle, alors j'me suis dit qu'il valait mieux entrer. répliqua le blondinet sans relever. Au cas où tu pourrais t'avérer utile pour une fois, sabreur du dimanche.
- Et l'intimité tu connais, sourcil en vrille ?!
- La tienne oui. ricana-t-il.
- Mouais, ça, ça reste à voir... Et c'est quoi ça ? demanda le sabreur en lorgnant sur l'objet de toutes ses convoitises.
- Ton cerveau aurait-il totalement fini de pourrir pour que tu ne reconnaisses même pas une bouteille, tronche de cactus ?
- J'l'aurais reconnu s'il ne s'agissait pas d'un picrate de bordel, tête d'endive.
- C'est pourtant le seul que ton palais atrophié est en mesure de reconnaître, laitue avariée !
- Ouais ouais. Et personne t'a interrogé en te voyant te trimballer tout seul ?
- Personne n'a même su que j'étais là. répondit Sanji avec un sourire énigmatique. »
Il était assez étrange, et un brin effrayant, de l'entendre ainsi admettre combien la chose qui était en lui influait sur ses actes, jusque dans sa manière de se mouvoir au quotidien. Elle l'avait transformé en un chasseur implacable, capable de se tenir juste derrière vous sans que vous ne soupçonniez un seul instant de sa présence. Un prédateur rapide, silencieux, mortel.
Et incroyablement sexy !
Alors que le love-cook avait toujours manifesté une sainte horreur pour toute chose sortant de la gente féminine, le voilà qui avait témoigné de l'intérêt pour un homme, et pas des moindres ! Lui, Zoro, son éternel rival qui plus est ! Le bretteur ne pouvait s'empêcher de trouver cela bizarre, voire carrément improbable et pourtant ! Pourtant il n'avait pu résister.
Une fois de plus, comme s'il connaissait tout de la moindre de ses pensées, Sanji lui jeta un regard mutin tandis qu'il tournait le verrou d'un coup sec. Clac ! Le blondinet resta ensuite quelques minutes immobile, appuyé contre la porte, sans lâcher des yeux le bretteur, conscient que cette pose le mettait à son avantage. Ce dernier le fixait également, d'un regard plein de non-dits qui prenaient alors sens dans le silence de la pièce. Toujours sans mot dire, Sanji commença à se déshabiller d'une main et le vert commença sérieusement à s'interroger sur sa capacité à anticiper ses désirs. Le blondinet, contrairement à son habitude, laissa ses vêtements tomber un à un au sol, dévoilant petit à petit dans une langueur insupportable son corps athlétique.
Et Zoro le regardait il ne pouvait que le regarder se déhancher lentement pour faire glisser sa veste, sa chemise, son pantalon... Ses yeux bleus brillaient de malice au milieu de cette auréole dorée qui lui collait un peu au visage sous l'effet de l'humidité régnante et sa peau laiteuse se paraît d'une fine pellicule irisée.
Il était magnifique.
Et il le savait. En jouait même ! Car en cet instant où prédateur et humain se mêlaient étroitement pour donner naissance à un être de tentation et de luxure, la gêne ou la honte n'avait plus lieu d'être.
Le sabreur esquissa un sourire carnassier bien qu'un peu maladroit à son rival qui vint s'accroupir à côté de la baignoire. La bête l'avait séduit et il n'avait aucune intention de la laisser partir. Il allait lui montrer qui était le fauve dominant sur ce navire...
« Alors, commença-t-il en reprenant sa position initiale, parfaitement décontracté. Tu comptes faire quoi avec cette bouteille ?
- Je mets l'ambiance. chuchota le cook. Je mets l'ambiance... »
Il passa lentement ses doigts sur le goulot de verre, dans un mouvement ascendant qui tenait davantage de l'effleurement que de la réelle caresse, puis fit sauter le bouchon d'un agile mouvement du poignet qui n'allait pas sans rappeler à Zoro une certaine scène où ce mouvement avait fait des siennes. Puis Sanji but une gorgée de saké avant de l'embrasser goulûment. D'instinct, le sabreur ouvrit la bouche pour accueillir le précieux liquide ainsi que la langue chaude et habile de son ''bourreau''. Ses bras se refermèrent sur lui en le sentant reculer et le tirèrent dans la baignoire histoire de profiter au mieux de l'ambiance.
Après tout, il n'avait jamais goûté de saké ainsi, mais il pourrait peut-être s'y faire. Surtout si la suite s'avérait aussi prometteuse que cette bouteille...
xXxXxXx
Mais qu'est-ce qu'il faisait ? Il n'en savait rien. Cette question tournait et retournait dans sa tête, comme un vieux disque rayé qui ne parvenait pas à s'arracher à cette boucle mélodique qu'il était condamné à jouer encore et encore.
Contre lui se trouvait un homme, taillé comme un roc, aux courbes musculeuses dénouées de toute volupté. Contre lui se trouvait un compagnon qui lui avait juré aide et assistance, une épaule sur qui s'appuyer pour sortir de ce cauchemar. Contre lui se tenait un amant qu'il venait de faire jouir de ses propres mains.
Sanji contempla ses doigts comme si l'eau n'avait pas encore lavé la semence qui les maculait un peu plus tôt, balançant entre écœurement et... et quoi au juste ? Il l'ignorait. Et ne voulait pas pousser plus avant ses investigations. De toute façon, à quoi bon chercher une réponse alors que tout cela disparaîtrait une fois le problème réglé ? Il était tellement plus rassurant de se cacher derrière ce vain espoir que d'affronter cette horrible vérité qu'il connaissait sans vraiment la comprendre.
*Mais qu'est-ce que je fais ? songea-t-il en continuant à fixer ses mains qui s'étaient mises à trembler. Qu'est-ce que je fous ici ?*
« Tu comptes rester longtemps à poireauter dans la flotte ? l'interrompit Zoro en se séchant. Parce qu'il y en a qui ont faim. »
Le jeune homme ne répondit pas, toujours absorbé dans la contemplation de ses mains.
« Tu m'écoutes ? »
*Qu'est-ce qu'il m'arrive ?*
« Oï... »
La voix du bretteur n'était plus qu'un lointain murmure, couverte qu'elle était par le tambourinement montant de son sang à ses oreilles.
*Qu'est-ce que je fais?*
« ...va ? »
La boucle s'était emballée, occultant tout le reste.
*Qu'est-ce que je fais? Qu'est-ce que je fais? Qu'est-ce que je fais? Qu'est-ce que JE FAIS ?!*
Il perdait pied. Le monstre en lui avait donc finalement fini par le ronger de l'intérieur ?
*Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ?!*
« SANJI ! »
Le blondinet sursauta à l'entente de ce rugissement dans lequel il avait reconnu son prénom et tourna lentement la tête vers Zoro.
« Mais qu'est-ce qu'il t'arrive bordel ?! le secoua le vert.
- R-rien. chevrota le cuistot en se dégageant.
- Arrête avec tes conneries ! s'énerva-t-il, pas dupe. J'ai bien vu que tu étais ailleurs et ne prétend pas le contraire !
- C'est rien. tenta de le rassurer Sanji, mais sa voix hésitante le trahissait.
- Tu ne dois pas le laisser prendre le dessus, cook. Tu es plus fort que lui.
- Je sais...
- Alors montre-le ! On est tous dans cette galère, alors pas question que tu règles le problème tout seul ok ? répondit Zoro en lui tendant la main. »
Ses yeux s'écarquillèrent tandis que sa pupille se dilatait et qu'il esquissait un mouvement de recul instinctif, comme s'il venait de tomber nez à nez avec son pire cauchemar. L'homme qui était en face de lui n'était pas le Marimo. Il le voyait dans ses yeux, le devinait à son attitude, à cette main tendue vers lui. La même main qui lui avait prodigué un plaisir inavouable un instant plus tôt. Cet homme était un prédateur un prédateur en chasse d'un partenaire.
« Va-t-en... chuchota le cuistot.
- Hein ?
- Dégage ! hurla-t-il en giflant sa main d'un revers de la sienne. J'ai pas besoin de ton aide ! À quoi m'a-t-elle servi jusque-là ta précieuse aide, tu peux me le dire ?! »
Sanji regretta ses paroles au moment même où elles franchissaient le seuil de sa bouche, cependant il était trop tard pour les retirer et il était absolument hors de question de s'excuser. Pendant un court moment, au cours duquel le sabreur plissa les yeux, pinça les lèvres et serra les poings à s'en faire blanchir les phalanges, le jeune coq vit une sombre colère émaner de lui et crut bien qu'il allait lui en coller une. Jamais il n'avait connu le Marimo dans un tel état de rage, un peu comme si elle ne lui appartenait pas...
Finalement, rien ne se produisit, Zoro se contentant de se détourner et de claquer la porte sans mot dire. Le message était clair, ils n'avaient plus rien à faire ensemble. Sanji baissa la tête et regarda une nouvelle fois ses mains, dénuées de toutes traces. Peut-être allait-il le dénoncer ? Non. Même au sommet de sa colère, l'algue marine n'était pas comme ça. Et c'était pourquoi il s'en voulait tant d'avoir confondu la main tendue d'un compagnon avec celle d'un amant.
Mais à ce stade, où était la différence ?
xXxXxXx
Nuit 17 :
Ce fut au dîner que Robin lâcha la bombe. Elle avait tout prévu et pour une fois n'usa pas de phrases mystérieuses à double sens, se cantonnant à des mots simples et percutants.
« Je sais qui est notre homme. »
Comme on pouvait s'y attendre, les réactions fusèrent de toute part.
« Qui est cet enfoiré ?! rugit Luffy en bondissant sur ses pieds, prêt à en découdre.
- Tu as reconnu sa petite culotte ?
- Tu es trop forte Robin ! s'émerveilla Chopper. »
Seules deux personnes se cantonnèrent à un calme des plus silencieux : Sanji parce qu'il menaçait de lâcher la marmite qu'il tenait dans les mains s'il ouvrait la bouche, et Zoro car les effusions de sang n'étaient pas dans son caractère (hormis celles réservées au cook). L'annonce de sa mellorine avait eu l'effet d'un boulet de canon dans l'estomac du dandy. Ainsi elle savait ! Que pensait-elle de lui à présent, lui qui avait juré de les protéger elle et Nami contre tout danger ? Rien à ses yeux ne rachèterait les crimes qu'il avait commis contre l'équipage et il ne pouvait pas lui donner tort.
C'était curieux de voir combien une simple petite phrase pouvait faire basculer votre vie entière dans un futur de noirceur où « solitude » serait le maître mot qui guiderait le reste de votre existence. Sanji se voyait déjà quitter sa cuisine, sa chambre, sa maison sous les regards accusateurs, jugeurs et haineux de ceux qui autrefois avaient été ses compagnons. Que ferait-il alors ?
La panique s'empara de lui, mortelle ennemie qui enfonçait ses crocs dans votre cœur et fouraillait dans vos entrailles à l'aide de ses griffes acérées pour en extirper jusqu'à la moindre étincelle d'espoir. Tout était fini.
« Donc tu sais tout ? »
Tous les regards se tournèrent vers cette voix calme qui avait couvert sans mal le tohu-bohu de questions déferlantes que subissait l'archéologue. Tous sauf celui du cuistot qui se figea encore plus.
« Tu sais comment ce monstre est arrivé sur notre bateau, comment il s'y est pris pour nous échapper et comment il a pu blessé nos nakamas sans attirer l'attention ?
- Oui. assura Robin.
- Alors pourquoi ne pas nous le dire ?
- Car il me reste un dernier détail à éclaircir, bretteur-san.
- Lequel ?
- Vous le saurez demain.
- Voyez-vous ça ? ricana-t-il. Moi, je crois plutôt que tu ne sais rien. »
Zoro n'avait jamais beaucoup apprécié l'archéologue, et ne s'en était jamais caché, mais c'était bien la première fois depuis Enies Lobby qu'il lui parlait avec cette défiance dans le ton. Cela laissait entendre qu'il en savait plus qu'elle or il ne fallait pas que les autres commencent à le soupçonner où il tomberait avec lui !
« Comment oses-tu mettre en doute les brillantes déductions de Robin-chwan, misérable cervelle de mollusque ! intervint Sanji en posant brutalement la marmite sur la table. À moins que tu ne nous caches quelque chose ? »
Les deux adversaires s'affrontèrent du regard, tels deux fauves ennemis prêts à se jeter à la gorge jusqu'à ce que mort s'en suive. Toutefois, contrairement à son habitude, le sabreur ne laissa pas sa colère le dominer et fit montre d'un sang froid qu'on ne lui connaissait pas.
« Non rien, sourcil raté. Rien... répondit-il avec un large sourire. »
xXxXxXx
Scritch-scratch ! Scritch-scratch ! CRRRRRRRR ! Crrrrrrr !
« Huuuuuuuuu ! inspira profondément Robin en se redressant dans son lit. »
Une fois de plus, c'était ce bruit qui avait réveillé la jeune femme en sursaut. Elle resta un moment figée, osant à peine respirer de peur de se trahir encore un peu plus.
CrrrrrrrRRRRRRR ! CRRRRRRRRrrrrrrrr ! CrrrrrrrRRRRRRR ! CRRRRRRRRrrrrrrrr !
Le son s'approchait puis s'éloignait, l'atteignait pour reculer de nouveau. Avec un soupir de soulagement, l'archéologue constata que ça venait de l'extérieur, comme en attestait d'ailleurs, la porte grande ouverte.
CrrrrrrrRRRRRRR ! CRRRRRRRRrrrrrrrr ! CrrrrrrrRRRRRRR ! CRRRRRRRRrrrrrrrr !
Plus par réflexe que par réel espoir de le surprendre, elle ouvrit un œil au-dessus de la porte. Elle sursauta lorsqu'elle aperçut une silhouette se jeter dans l'ombre, avant de bondir sur le pont inférieur, disparaissant dans l'obscurité.
Robin se passa une main tremblante sur le front en reprenant son souffle. Elle ne se souvenait pas d'une seule nuit passée ces derniers jours sans être réveillée par le bruit de griffes contre le bois. Elles grattaient, s'aiguisaient, s'impatientaient d'arracher autre chose que des échardes. Cependant, la pirate ne les ferait pas attendre plus longtemps.
Rejetant le drap au loin, l'archéologue s'arma de tout son courage et de quelque chose qu'elle avait habilement subtilisé au dîner pendant que cook-san et kenshin-san s'affrontaient du regard. Ces deux-là en savaient plus que ce qu'ils voulaient bien laisser croire... Alors juste au cas où, elle préférait garder un atout dans la manche.
Elle sortit à pas de loup de leur dortoir improvisé. Cette nuit était différente des précédentes : le vent était tombé, la pluie avait cessé, même l'orage ne grondait plus. Pourtant, tout cela était beaucoup trop silencieux, comme le calme avant la tempête. Le clapotis des vagues venait à peine briser cette chape de silence. Les ténèbres avaient envahi le Sunny, se répandant telle une marée noire dans tous les coins et recoins pouvant offrir un abri au prédateur, et même la pâle clarté de la lune s'était retrouvée piégée dans un dernier bastion de lumière près du bastingage. Robin s'y réfugia prestement, son cœur tambourinant si fort à ses oreilles qu'elle avait l'impression qu'il résonnait.
Soudain un bruit de pas déchira le silence. Étouffé par l'herbe, il n'en restait pas moins puissant et terrifiant. Elle se prépara à l'assaut en le cherchant des yeux. L'obscurité était partout. La nuit semblait retenir son souffle.
Et puis il fut là. Debout à la lisière entre lumière et ténèbres, parfait illustration de la dualité de sa personne. Cependant, Robin ne s'y trompa pas : ce n'était pas son camarade qu'elle avait devant elle, seulement un masque de chairs destiné à tromper, à cacher la noirceur d'une âme dévoyée.
« Ainsi, c'était donc toi. déclara-t-elle froidement.
- Eh oui ! Mais je croyais que tu savais déjà tout ? se moqua-t-il.
- J'avais seulement des soupçons, des petits détails qui pouvaient laisser deviner ta réelle identité. Mais j'avoue que je ne pensais pas que ce serait toi qui viendrait à ma rencontre.
- Toute cette mystérieuse mise en scène au repas n'était donc qu'un monumental coup de bluff ?! »
L'archéologue opina de la tête. Il éclata d'un rire guttural, indifférent au fait de réveiller les autres tellement il était convaincu de sa toute puissance.
« Ah ah ah ah ah ah ! Je dois avouer que tu m'as bien eu Nico Robin. En quelques 90 ans d'existence, peu de personnes sont parvenues à m'amuser autant que toi.
- Mais qui es-tu ?
- Je suis l'Ombre, celle qui plane avant tout crime, celle qui instaure angoisse et terreur, celle qui apporte la mort et la souffrance. répondit-il en esquissant une petite courbette. Et pour reprendre la phrase d'un ami qui m'est cher, je mets l'ambiance.
- Tu es ce zombie dont parlaient les prisonniers de l'île ! Celui qui parasite les corps !
- Je ne suis pas un zombie mais une entité indépendante. s'offusqua le monstre.
- Un parasite reste un parasite.
- Tu deviens insultante ma chère. Quoiqu'il en soit, votre victoire sur Moria m'a libéré de son emprise et votre ami était un ticket de sortie inespérée. J'aime bien ce corps, c'est le plus beau que j'ai jamais occupé.
- Plus pour longtemps ! »
Robin passa rapidement à l'attaque et, malgré la rapidité de son adversaire, parvint à l'immobiliser. Tout puissant qu'il était, son corps d'emprunt n'était pas assez fort pour résister à son pouvoir.
« Je te tiens ! Luffy ! Luffy ! appela-t-elle.
- Ah ah ah ah ah ah ! Qui appelles-tu donc ? ricana l'ombre avec un rictus mauvais.
- Que leur as-tu fait ?! Luffy ! Brook ! Chopper ! cria-t-elle en resserrant sa prise.
- Aucune pièce ne m'est inaccessible sur ce navire, la cuisine encore moins que toute autre ! Mais tu devrais plutôt t'inquiéter de ton sort ! »
Sur cet avertissement, il commença à changer. Avec horreur, Robin regarda son nakama devenir une créature de cauchemar, aussi hideusement terrifiante qu'elle était magnifiquement envoûtante.
« Mon dieu... souffla-t-elle en portant une main à sa bouche. »
Dans un cris bestial, le monstre se libéra de ses entraves et se jeta sur elle. La jeune femme roula, esquiva, tenta une riposte qui se solda par un nouvel échec et sentit les bras musculeux se refermer sur elle. Jeu, set et match.
« Que... que leur as-t-tu...f-fait ? haleta l'archéologue qui avait peine à respirer.
- Des questions, encore des questions, toujours ces questions dont les réponses te seront à l'avenir inutiles ! soupira l'autre. Sache seulement qu'ils ne sont pas morts... pas encore du moins. Ah ah ah ah ah ah !
- Je... je sais que... tu-tu es encore... là... Écou-coute... ma voix...
- Épargne-toi cette peine mon cœur, ton ami est presque mort. Vois-tu, tes nombreuses hésitations l'ont blessé plus qu'il ne veut bien l'admettre et l'ont affaibli. Tu m'as inconsciemment été d'une grand aide. Sa conscience est mourante et bientôt elle disparaîtra quand j'aurais éliminé l'ultime personne en qui il croit.
- N-non... pas...ça...
- Bonne nuit, Robin-chwan ! »
Une horrible douleur déchira la gorge de l'archéologue. Elle ouvrit la bouche pour hurler mais seul son souffle en jaillit. Des étincelles noires crépitèrent devant ses yeux, ses forces la quittèrent et elle s'abandonna à cette étreinte d'acier qui la pressa un peu plus contre son corps musclé.
Une unique larme s'échappa de ses paupières closes.
Une unique larme destinée à son nakama.
« Cook-san. »
Et Sanji se réveilla en sursaut.
