Disclaimer: Rien à moi, sauf les personnages bizarroïdes tout droit sortis de mon imagination tout aussi bizarroïde. Tout le reste appartient à Jay Kay.

Notes de l'auteur: Presque six mois sans publier? Bon. Que dire là-dessus? Rien, je suppose, si ce n'est que je suis profondément désolée. Sinon, je peux vous assurer que les chapitres suivants arriveront plus vite. Et vous dire, par la même occasion, qu'il reste exactement trois chapitres (et un épilogues), dont deux sont déjà entièrement écrits. Donc, oui, vous aurez la fin le plus vite possible. D'ici la fin de l'été, avec un peu de chance.

Dédicace: D'abord,ce chapitre est pour tous les lecteurs qui sont assez fidèles (et cinglés) pour continuer à me lire, malgré la lenteur criminelle des mes update. Vous n'avez même pas idée d'à quel point vous êtes importants pour moi. Ensuite, ce chapitre est pour Tirelipimpon sur le Chihuahua, qui a gentiment corrigé ce chapitre. Merci beaucoup de ton efficacité! Et finalement, il est pour Jean-Baptiste Grenouille. Parce que, qu'il corrige ou pas, il reste un collaborateur irremplaçable, dont l'opinion compte énormément (plus qu'énormément, en fait) pour moi. Merci d'être là pour moi.

Petite voiture, coup de fil et boisson magique

Il est très facile de distinguer un cadeau fait à un enfant par quelqu'un qui a des enfants d'un cadeau fait à un enfant par quelqu'un qui n'en a pas : ces derniers offriront immanquablement quelque chose de bruyant, de salissant ou de compliqué à assembler.

C'est là un fait que Sirius avait eu l'occasion de constater deux jours plus tôt, lors de l'anniversaire d'Astyanax. Ce dernier avait reçu, entre autre, un modèle réduit de voiture à assembler soi-même qu'il tentait désespérément de monter depuis deux jours sans résultat concluant malgré les efforts combinés de tous les habitants de l'appartement (quoique, honnêtement, Padraig avait peut-être plus nui qu'autre chose).

Le petit garçon était d'ailleurs en train d'essayer de monter une quelconque pièce de son jouet sous le regard compatissant de Sirius et celui, plutôt indifférent, de Severus.

- Bordel de merde, soupira l'enfant en constatant qu'il avait échoué une fois de plus.

- Pardon? Rétorqua sa mère, occupée à peindre quelque chose dans l'entrée. Ton langage!

- Tu dis toujours des gros mots, toi, répliqua t-il.

- Moi, j'ai vingt-trois ans et je paie un loyer. Quant tu paieras un loyer, tu pourras dire des gros mots, et pas avant.

- C'est pas juste! Eux, ils paient pas de loyer et ils en disent, des gros mots! S'exclama-t-il en les pointant du doigt.

- Eux, ils sont trop grands pour que je leur lave la bouche avec du savon. Pas toi.

- Ok, ok, marmonna le gamin en se rendant aux arguments on ne peut plus logiques de sa mère. Ça va. Je…Bordel de merde, Andro est en train de manger une de mes roues!

- Je vais prendre une douche, soupira Severus pendant que Sirius retirait la roue de la bouche de la petite fille, la sauvant d'une mort certaine.

Lorsque le glougloutement des tuyaux leur indiqua que Severus prenait bel et bien sa douche, Sirius était toujours en train de méditer le fait que de un, il était un héros et qu'il aurait certes mérité une médaille et de deux, qu'il aurait dû aller chercher des serviettes en papier, histoire d'essuyer la salive qui maculait maintenant les morceaux de petite voiture. Il en était toujours à ce point dans ses réflexions lorsque le téléphone sonna.

- Je le prends! S'exclama Padraig en bondissant jusqu'au téléphone qu'il colla à son oreille. Salut.

Le téléphone était situé à près de trois mètres du sofa, et pourtant, Sirius entendit parfaitement la voix qui en sortit.

- BONJOUR! Hurla la voix, alors que Padraig éloignait précipitamment le combiné de son oreille. JE VOUDRAIS PARLER À SIRIUS BLACK, S'IL VOUS PLAÎT!

Le jeune moldu rapprocha prudemment le téléphone de sa tête pour demander à son interlocuteur de patienter une seconde et lui fit signe d'approcher.

- Tiens, c'est pour toi, déclara t-il en lui mettant l'appareil dans les mains. Prends ton appel pendant que je vais éponger le sang qui coule de mon oreille.

Et il s'éloigna. La seule prise téléphonique de l'appartement avait été installée dans un coin de la salle à manger que Natalie avait séparé du reste de la pièce à l'aide de deux bibliothèques, créant un petit cubicule tapissé de coussins.

Cela pouvait sembler un luxe extravagant pour un logement aussi petit, mais lorsque l'on prenait en considération le temps que passait Agatha et Padraig à jacasser au téléphone chaque jour et le manque total d'intimité qui régnait dans l'appart, l'installation prenait tout son sens.

- Salut, Remus, murmura t-il en s'asseyant au milieu des coussins.

- SIRIUS? C'EST BIEN TOI?

- Remus, arrête! Arrête de crier! Parle avec ta voix normale!

- AVEC MA….Avec ma voix normale? Comme ça, tu veux dire?

- Oui ! Exactement!

- Tu m'entends vraiment? Demanda Moony, perplexe.

- Oui, oui, je t'entends vraiment.

- Wow, commenta-t-il, visiblement impressionné. Je n'aurais jamais crû que ça fonctionnerait aussi bien…

- D'où tu appelles, au fait?

- D'Elmtown, expliqua Remus. Je suis allé acheter le cadeau d'anniversaire de Peter, et…

- Oh mon Dieu, c'est vrai, c'est l'anniversaire de Peter dans même pas une semaine!

- Oui. Enfin, j'ai acheté son cadeau, je me suis trouvé une cabine de téléphone moldue et je t'ai appelé.

Il y eut un court instant de silence. C'était la toute première fois qu'ils ne seraient pas réunis tous les quatre pour l'anniversaire d'un des Maraudeurs.

- Je vais envoyer quelque chose à Peter, dit finalement Sirius. Je dois bien être capable d'aller au Chemin de traverse avant que….Non, Andro, je n'ai pas le temps pour ça. Va voir quelqu'un d'autre.

- Sirius, à qui tu parles? Qu'est-ce qui se passe?

- Rien, rien. C'est Andromaque qui est venue me voir avec des nouilles instantanées, mais je n'ai pas le temps de les lui faire cuire, alors…

- Mais qui est Andromaque? Et pourquoi elle veut que tu lui fasses cuire des pâtes?

- Parce qu'elle est trop petite pour le faire elle-même, voyons! Et puis, Andro, c'est la fille de Natalie, une amie d'Agatha. C'est aussi la sœur d'Astyanax, bien sûr, mais…

- Astyanax? Agatha? Sirius, je ne comprends pas un mot à ce que tu me racontes! Tu m'envoies une lettre tellement vague qu'on pourrait nager dedans pour me dire que Severus Snape ne s'entend pas trop avec ses parents et que vous êtes allés vous installer chez des amis moldus mais qu'on ne doit surtout pas te réécrire et tu crois qu'on ne va pas s'inquiéter? On est tous morts d'inquiétude! Explique-moi ce qui se passe.

Sirius resta silencieux. Il n'avait absolument aucune idée de comment expliquer la vie qu'il menait depuis le début de l'été.

- Sirius? Commence par le début, ok? Explique-moi pourquoi vous êtes partis de chez ses parents.

Il hésita encore un instant, puis il commença à tout raconter. Il parla longtemps, à voix basse et en écoutant le bruit de la douche, bénissant pour une voix l'habitude qu'avait Severus d'utiliser toute l'eau chaude.

- Et c'est ça qui s'est passé, conclu Sirius.

- Oh, déclara Lupin.

Ce qui était sans doute le commentaire le plus pertinent à passer après avoir entendu ce genre de récit.

- Tout ce que je t'ai dit reste entre nous, hein Moony? Tu ne dis rien à personne, n'est-ce pas?

- Non, bien sûr, je ne vais rien dire.

- Parce que Severus me tuera s'il apprend que je t'ai parlé de ses parents…

- Severus, hein? Tu as l'air de vraiment bien t'entendre avec lui…

- Je t'ai dit qu'on avait une entente de non-agression! Tu m'écoutes pas!

- Oui, je t'écoute. Je t'écoute depuis exactement vingt-quatre minutes, et en vingt-quatre minutes, tu as dit le prénom Severus au moins vingt fois. Et le ton que tu avais pour le dire ne ressemblait pas du tout au ton que tu avais pour parler de ce bâtard graisseux de Snape, il n'y a même pas deux mois. C'est beaucoup plus que de la « non-agression » mutuelle. Tu en parles comme d'un ami…Non, même pas, en fais. Tu n'as jamais dit mon prénom ou celui de James comme ça.

- Tu délires complètement!

- Sirius, je suis debout dans une toute petite cabine téléphonique, à dépenser plus de monnaie moldue que jamais. Alors n'essaie pas de me raconter des histoires. Tu es incapable de me cacher quoi que ce soit, de toute façon. Qu'est-ce qui se passe avec Severus, exactement?

Il resta silencieux un moment, à enrouler le fil du téléphone autour de son doigt. Remus avait raison quand il disait qu'il était incapable de lui cacher quoi que ce soit. Et puis, il avait envie de tout raconter à Remus. Les choses devenaient souvent moins compliquées avec Moony.

- Padfoot? Tu es encore là?

- Ok, répondit-il, un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu. Ok. Tu as raison. Tu as toujours raison! Moi et Severus, on est…Plus que des amis.

- Tu veux dire que vous êtes….amoureux, c'est ça?

- Oui.

- Je vois, déclara Remus de ce ton sérieux, mature et compréhensif qui lui donnait l'air d'être encore plus vieux et plus sage que Dumbledore lui-même. Je dois avouer que c'est assez…Surprenant. Je veux dire, tu as toujours détesté Snape. Et puis, je ne savais même pas que tu étais homosexuel, alors…

- Non, mais attends! S'exclama t-il, beaucoup plus fort qu'il ne l'aurait voulu. Je ne suis pas…Je veux dire, j'aime les filles. Enfin, je...Je crois, mais…Je ne suis pas vraiment…

Il ne réussit pas à terminer sa phrase. Homosexuel. Le mot avait une consonance affreusement définitive, comme une condamnation à vie.

- Sirius, calme-toi! Dit Remus. Peut être que c'est juste une passade. À quel point c'est sérieux, entre vous?

- On a couché ensemble. C'est assez sérieux pour toi?

Remus s'étrangla à l'autre bout de la ligne. Il avait visiblement besoin d'une seconde pour digérer l'information. Dans la salle de bain, la douche s'était arrêtée, et Sirius remercia le ciel que Severus prenne autant de temps à se sécher les cheveux.

- Bon, reprit Moony. Ça me semble assez sérieux. Mais écoute, ce n'est pas si grave. Je veux dire, même si tu es...Même si tu préfères les garçons, ça ne change rien à ce que tu es. Ce n'est pas une maladie.

- La majorité des gens ne pensent pas comme toi. James ne pense pas comme toi.

- James n'est pas parfait, c'est vrai. Mais tu sais comment il a réagi quand il a appris que j'étais un loup-garou. Il m'a accepté comme j'étais. Pourquoi il ne pourrait pas faire la même chose pour toi?

- Parce que toi, tu ne couches pas avec le garçon qu'il déteste le plus au monde.

Remus ne répondit pas. Il disposait peut-être d'une infinie sagesse, mais il avait toujours été un piètre menteur.

- En tout cas, dit finalement Remus, je veux juste que tu saches que ça ne change rien pour moi. C'est sûr que c'est un peu bizarre de t'imaginer avec Severus…Bon, d'accord, c'est très bizarre, mais…Tu vas toujours être mon meilleur ami. D'accord?

- Hmm hmm. Merci. Remus…. Tu ne vas rien dire à personne, hein? Même pas à James?

- Tu vas devoir lui en parler un jour ou l'autre, Sirius. Mais ne t'inquiète pas, je ne vais rien lui dire.

- Merci.

- Écoute, je n'ai presque plus de monnaie moldue. Je vais devoir te laisser. Je te rappelle bientôt, d'accord?

- D'accord. Salut, Moony.

Il reposa lentement le téléphone sur son socle. Son oreille gauche était rouge et brûlante, mais il en avait à peine conscience. La seule chose à laquelle il réussissait à penser, c'était au fait qu'il avait demandé à Remus de ne rien dire à personne, même pas à James.

Il lui avait demandé de leur cacher la vérité, ce qui revenait à leur mentir. Il n'y avait jamais eu de mensonges entre eux, jamais eu de secrets. Qu'allait être sa vie, à partir de maintenant? Un mensonge qui durerait toute son existence?

- Eh, gamin! J'ai fait des pâtes. Tu en veux?

- Non merci Padraig.

- T'es sûr? Si c'est à cause de ce que dit Agatha, il faut que tu saches que je cuisine bien mieux que ce qu'elle prétend. Je veux dire, n'importe qui peut confondre le sucre en poudre avec la farine! Et puis, ça donnait un goût intéressant à mon osso bucco.

- Ça n'a rien à voir, répondit-il, un très mince sourire aux lèvres. Je n'ai pas vraiment faim, c'est tout.

- Hmm. Eh, changement total de sujet : le gars avec qui tu parlais, il s'appelait vraiment Remus?

- Oui, pourquoi?

- Ben…Remus, Sirius, Severus…Y'a comme une thématique, non?

- Et mon petit frère s'appelle Regulus.

- Regulus? Putain, y'a vraiment des mères qui ont des goûts étranges en matière de prénoms…Andromaque, Astyanax! Venez manger!

Sirius resta assis par terre quelques minutes, à essayer de se convaincre que les choses n'étaient pas si graves. Mais il n'y arriva pas réellement.

- Oh mon dieu! Est-ce que cette fille est vraiment en train de se…De se…Avec un putain de crucifix?

- Let Jesus fuck you!

- Ha ha ha!

Sirius, absolument dégoûté, détourna la tête de l'écran où une fillette avait trouvé un usage alternatif assez intéressant à sa croix pour fixer à la place un Severus à moitié mort de rire.

- Mais comment ça peut te faire rire? C'est absolument dégueulasse!

Severus mit un moment à lui répondre, trop occupé qu'il était à s'étrangler de rire.

- C'est…C'est absolument ridicule! Répondit-il finalement. C'est pas réaliste pour deux sous et…Oh, regarde! Regarde ce qu'elle fait avec sa tête!

- Oh mon dieu!

Sirius détourna brusquement la tête (bien que moins brusquement que la gamine de la télévision). Il n'écouterait plus jamais Severus lorsqu'il prétendrait qu'un film était amusant. Plus jamais.

Le fait que ce dernier fût capable de continuer à manger du popcorn pendant qu'il regardait une enfant s'infliger des dommages permanents aux vertèbres cervicales indiquait clairement que sa conception de ce qui était amusant était défaillante. Il était à deux doigts de se jeter sur la télévision pour l'éteindre et se soustraire enfin à ces images horribles lorsque la sonnette de la porte retentit.

- J'y vais ! cria Padraig en s'élançant vers la porte. Ça doit être cet enfoiré de Berkins.

Pendant un instant, le silence fut uniquement troublé par la voix découragée de la mère de la fillette possédée du démon (et Merlin sait qu'elle avait de quoi être découragée, celle-là.). Puis, la voix de Padraig s'éleva de nouveau :

- Les gars ! Venez ici!

Comme il n'y avait qu'eux et Agatha dans l'appartement, l'interjection « les gars » ne pouvait s'adresser qu'à eux. Ils abandonnèrent le sofa, Severus à regret et Sirius non sans un certain soulagement et se dirigèrent vers l'entrée.

Là, ils aperçurent tout de suite le visiteur que Paddy avait laissé entrer. Ce n'était pas cet enfoiré de Berkins. C'était Albus Dumbledore.

Severus mit un moment à assimiler le fait que le directeur de son école était debout dans le hall de la maison. Avec le temps, il en était venu à considérer le monde des moldus et le monde des sorciers comme deux dimensions diamétralement opposées, et voir soudainement un habitant de l'une d'elle se matérialiser dans l'autre avait quelque chose de traumatisant.

- Les rats vous ont bouffé la langue, ou quoi? S'exclama Padraig. Vous invitez pas votre ami à entrer? Au fait, c'est qui, ce type?

- Je suis Albus Dumbledore, se présenta le sorcier. Le directeur de l'école que fréquente Severus et Sirius. Je…

- Albus? Le coupa le jeune moldu, ébahi. Mais c'est une vraie épidémie! Il faut avoir un nom qui finit en « us » pour être accepté dans votre école, ou quoi?

- Oh, répondit Albus, un sourire amusé aux lèvres, nos critères de sélection sont assez particuliers, mais la dernière syllabe du prénom n'en fait pas partie. Heureusement, d'ailleurs, parce que l'école serait bien vide.

- Je connais un type qui s'appelle Seamus, répondit Padraig. Si tu manques d'élèves, un jour, t'as qu'à me passer un coup de téléphone, je te donnerai ses coordonnées. Bon, pourquoi on reste tous debout comme des sardines dans le métro? Entre.

Et ils se dirigèrent tous vers le salon, Padraig aussi à l'aise que si le professeur Dumbledore avait été un très ancien ami à lui, le genre avec lequel on avait visité une centaine de pubs et vécu autant de cuites.

Severus supposa qu'il devrait vite trouver un moyen d'éloigner le jeune moldu, mais il n'en avait pas envie. Nul besoin d'être un esprit supérieur pour comprendre la raison de la présence du directeur, et chaque seconde où Padraig serait là serait une minute à gagner avant que le lien qui l'unissait à Sirius ne soit dissout.

- Aggie! S'exclama joyeusement Padraig. Aggie, on a de la visite! Emmène-nous donc du thé!

De sa chambre, Agatha répondit d'une voix légèrement étouffée mais néanmoins acide qu'elle était occupée, qu'elle n'était pas sa putain de servante et que s'il voulait du thé, il allait lever son cul et s'en préparer. Severus sentit ses pommettes s'empourprer à l'idée que son directeur avait été confronté à un tel langage, même si ce dernier n'avait pas bronché.

- Mais Aggie, rétorqua plaintivement Padraig, ce n'est pas n'importe qui! C'est le directeur de l'école de Typhus et de Lexus!

Il y eu un bruit sourd en provenance de la chambre, comme si Agatha avait laissé tomber tout ce qu'elle avait eu en main, et un instant plus tard, la jeune femme était dans le salon à fixer Dumbledore d'un air fasciné.

- Vous êtes vraiment le directeur de Poudlard? Demanda-t-elle sans le quitter des yeux. Pour de vrai?

- Oui, pour de vrai, répondit-il gentiment en lui tendant la main. Et vous devez être miss Glaister, n'est-ce pas?

Elle acquiesça et lui serra poliment la main, sans toutefois parvenir à camoufler sa déception. Severus lui avait souvent parlé de Dumbledore, et en apprenant qu'il se trouvait dans son salon, elle s'était sans aucun doute attendue à voir un homme en robe de sorcier excessivement colorée, une baguette magique à la main.

Au lieu de quoi elle s'était retrouvée face à un homme habillé comme le plus conventionnel des moldus (en fait, il était si conventionnellement habillé qu'il détonnait franchement avec le reste du décor. Il aurait sans doute paru plus normal à Padraig s'il avait porté une robe de sorcier.). La déception fut sans doute cuisante.

Elle réussit néanmoins à discuter aimablement avec lui pendant quelques minutes, probablement pour faire oublier son horrible langage. Elle était polie, courtoise et agréable, ce qui n'empêcha pas Severus de se crisper, nerveux à l'idée de tout ce qu'Agatha pouvait dire.

Sirius lui attrapa discrètement la main et il se dégagea brusquement, alors qu'il aurait eu envie de le serrer dans ses bras.

- C'était super de vous rencontrer, déclara Agatha, qui avait sans doute compris que le vieux sorcier avait besoin de rester seul avec ses étudiants, mais…Mais il fait vraiment un temps superbe dehors. Je vais aller me promener, je crois. Viens avec moi, Padraig.

Padraig protesta un peu, évidemment, mais il finit par accepter et quelques minutes plus tard, ils avaient quitté le logement.

- Eh bien, commenta le directeur, ces gens m'ont l'air d'être extrêmement gentils.

- Oui, répondit Sirius. Ils sont vraiment…vraiment gentils.

Severus ne dit rien. Sa langue était collée à son palais, comme une blatte sur du papier tue-mouche.

- Vous allez être contents, continua Dumbledore. Le professeur Slughorn et moi, nous avons réussi à mettre un antidote au point. D'ici quelques minutes, tout va être fini.

Et il sourit, inconscient de la cruauté de ses derniers mots. Il verrouilla magiquement la porte de l'appartement et sortit deux petits flacons de l'attaché-case qu'il avait emmené avec lui. Les deux fioles étaient remplies d'un liquide d'un blanc bleuté qui pétillait légèrement.

- Vous devez boire la potion en même temps, expliqua le directeur en leur tendant les petites bouteilles. Vous allez ensuite ressentir une espèce de décharge électrique, il est possible que vous perdiez conscience pour un moment, et puis ce sera fini.

Severus réprima une grimace. Il avait compris la première fois, pas besoin de répéter!

- Vous ne devez pas vous inquiéter, tenta de les rassurer Dumbledore. Tout ira très bien.

Les deux garçons se regardèrent un instant. Sirius ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis abandonna cette idée. Ils débouchonnèrent leurs fioles respectives et, dans un geste d'un synchronisme impressionnant, en avalèrent le contenu.

Severus sentit l'air s'échapper de ses poumons, comme si on l'avait frappé à l'estomac. Des lumières colorées et aveuglantes se mirent à scintiller devant ses yeux, et, pendant un instant vraiment désagréable, il eut l'impression de flotter dans les airs, sans pouvoir distinguer le haut du bas. Puis, un épais brouillard descendit sur lui et le coupa du monde réel.

Lorsqu'il émergea, les aiguilles de l'horloge avaient avancé de près de vingt minutes. Sirius était toujours évanoui et geignait dans son sommeil, le visage couvert de sueur.

- J'ai soif, réussit-il à articuler.

Dumbledore fit aussitôt voler un verre rempli d'eau de la cuisine jusqu'à lui (ça aurait beaucoup plu à Agatha.).

- Encore, grinça t-il en finissant son verre.

- Fais attention, l'avertit son professeur en remplissant néanmoins son verre d'un geste de sa baguette magique. Ne bois pas trop vite, tu vas te rendre malade.

Il sentit en effet un début de nausée lui nouer l'estomac et il reposa son verre par terre, les mains légèrement tremblantes. Tous ses muscles tremblotaient, comme s'il avait fait un effort physique intense et sa gorge brûlait encore un peu, mais à part ça, il se sentait bien. Physiquement bien, évidemment. À côté de lui, Sirius s'agita, toussa et ouvrit les paupières.

- De l'eau, prononça t-il, la voix atrocement rauque.

Severus lui tendit son verre, qu'il vida d'un trait.

- Vous vous sentez bien? Demanda Dumbledore, en remplissant une fois de plus le récipient.

- Ouais, répondit Sirius en essuyant l'eau qui était restée sur ses lèvres. Enfin…Oui, je crois que je me sens bien.

- Très bien. Reposez-vous quelques minutes et ensuite nous allons vérifier que ce lien a bien disparu. Et s'il a bien disparu, ajouta le directeur en s'adressant à Sirius, tu pourras aller passer le reste de l'été chez Mr. Potter.

- Euh…Commença Sirius avant d'être interrompu par une quinte de toux, euh, en fait, je préférerai rester ici.

- Ah oui? Demanda Dumbledore sans paraître le moindrement surpris. Vraiment?

- Oui. Je…Eh bien, il ne reste pas très longtemps avant la rentrée. J'aime aussi bien rester ici.

- Très bien. Nous en reparlerons tout à l'heure, si tu veux bien. Pour le moment, nous allons vérifier que le lien à bien disparu.

La méthode relativement peu scientifique du leur professeur était toute simple : il sortit de l'appartement avec Sirius pendant que Severus attendait dans le salon. En cas de problème, Dumbledore pourrait transplaner et ramener Black en quelques secondes.

Severus resta assis, songeur, alors que les deux gryffondors quittaient le logement. Il était heureux, et même très heureux que Sirius ait choisi de rester avec lui. Il tentait de se convaincre que cela prouvait que leur relation pouvait marcher sans lien magique bizarre, mais il n'y arrivait pas tout à fait.

Il avait essayé de s'imaginer sa vie avec Sirius à Poudlard, et tout ce qu'il avait vu, c'était une série de rencontres rapides et sordides dans des classes vides, des secrets, des mensonges. Il secoua soudainement la tête. Il se trompait. Il fallait qu'il se trompe. Un instant après, les deux sorciers étaient de retour.

- Eh bien, déclara Dumbledore, il semblerait que la potion fonctionne.

- Ouais, répondit Sirius, sans enthousiasme. C'est super.

- Les garçons, demanda leur directeur en plongeant ses yeux dans ceux de Severus, est-ce que vous auriez envie de me parler de quelque chose?

Pendant un instant très court, à peine une fraction de seconde, il eut envie de tout lui raconter. Il lui semblait que la plupart de ses inquiétudes disparaîtraient s'il les confiait à quelqu'un. Mais au dernier moment, il se rappela de tous les coups pendables que lui avaient faits les maraudeurs et des punitions dérisoires qu'ils avaient reçues en contrepartie.

Il était évident que Dumbledore ne l'aimait pas beaucoup. S'il lui expliquait la situation, n'allait-il pas se dire que Sirius pouvait trouver bien mieux qu'un horrible garçon trop maigre, trop pâle et déjà aigri à quinze ans?

- Les garçons, redemanda doucement le vieil homme, est-ce que vous auriez quelque chose à me dire?

- Non, monsieur, répondit fermement Severus. Rien du tout.

Sirius acquiesça vigoureusement, lui aussi : ils n'avaient rien à dire, rien du tout.

- Très bien, abdiqua Dumbledore. Mais si vous avez besoin de me dire quelque chose, je…

Le sorcier fut interrompu par l'arrivée soudaine et bruyante des habitants permanents de la maison. Natalie et ses enfants étaient tombés (littéralement tombés, apparemment) sur Padraig et Agatha lors d'une promenade dans le parc, et avaient décidé de rentrer ensembles à la maison, malgré les protestations de cette dernière.

C'est elle qui lui raconta tout cela en cherchant peu subtilement des yeux les restes d'un quelconque acte magique (de préférence un acte de magie qui aurait inclus des crapauds, des chauves-souris et des chats noirs). Natalie déposa Andromaque sur le divan, à côté de Dumbledore et remarqua par le fait même sa présence.

- Bonjour, mademoiselle, la salua-t-il. Je…

- C'est Steve qui t'envoie? Le coupa-t-elle. C'est pas trop tôt. Tu diras à cette espèce de…

- Fous-lui la paix, Nath, intervint Padraig. C'est le directeur de l'école de Lupus et de Typhus.

- Oh, je suis désolée, s'exclama la jeune femme. Je vous ai pris pour quelqu'un d'autre.

- Ce n'est rien, mademoiselle, commença Dumbledore. Je ne…

- Tu ferais mieux de laisser tomber, l'interrompit Padraig. Il te remboursera jamais. Ce type est tout sauf fiable.

- Mais non, mais non, le contredit-elle vaguement. Il est écervelé, c'est tout.

- Ouais, ouais, c'est ça. Ce type est un raté qui va manquer d'argent toute sa vie. Dans quel groupe t'as dit qu'il jouait déjà? Les Sex Pistols? Pfff… Ça marchera jamais.

À ce moment, Dumbledore parut comprendre que plus personne n'aurait remarqué sa présence même s'il s'était mis à faire voler les meubles à travers la pièces et, après avoir rappelé une fois de plus à ses étudiants qu'ils pouvaient le contacter en tout temps s'ils avaient des problèmes, il sortit.

Beaucoup plus tard cette nuit-là, Severus fut réveillé par des bruits venant de l'appartement du haut (son locataire avait apparemment décidé qu'une heure du matin était le moment idéal pour changer ses meubles de places.). Encore à moitié endormi, il chercha Sirius sur leur matelas, mais ses bras ne rencontrèrent que le vide. Il ouvrit les yeux et réalisa qu'il était seul dans la chambre.

Tout à fait éveillé, cette fois, il tendit l'oreille et entendit un vague murmure provenant de la salle à manger. Pendant un instant, il envisagea de reposer sa tête sur son oreiller, de se rendormir et d'oublier tout ça. Mais il supposa qu'il était aussi bien de tout de suite comprendre ce qui se passait et sortit de la chambre.

Arrivé dans la cuisine, il resta un instant figé, le sang lui battant aux tempes. Sirius, assis par terre, parlait à voix basse au téléphone. Il lui tournait le dos, mais il dut le sentir arriver, car il reposa le combiné sur son socle sans une salutation et se retourna.

- Severus, je…

- À qui est-ce que tu parlais?

- Écoute, je…

- À qui est-ce que tu parlais?

Il avait parlé trop vite et trop fort, il en avait bien conscience, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Et, grâce au Ciel, personne ne se réveilla.

- À Remus.

- À Lupin. Je vois. Je suppose que tu lui as tout dit pour nous deux.

C'était une affirmation mal déguisée en question, et Sirius se contenta de baisser la tête.

- Tu m'avais dis que tu n'en parlerais à personne ! Tu me l'avais promis!

- Severus, calme-toi! Ça ne fait rien à Remus. Rien du tout. Et il n'en parlera à personne. Ce n'est pas grave.

- Ça l'est pour moi! Tu me l'avais promis! Tu me l'avais promis!

Sous les yeux ébahis de Sirius, sa bouche, devenue indépendante de son cerveau, se mit à déverser un flot de paroles accusatrices, agressives, démesurées. Sirius s'effondra sur une chaise et posa une main sur son front, incrédule, incapable de concevoir une colère pareille pour un prétexte aussi futile.

Severus, quant à lui, réalisait bien que sa rage était disproportionnée, mais il n'y pouvait rien. Il y avait une partie de lui qui était terrifié à l'idée qu'il allait bientôt perdre Black, et, comme toujours, il utilisa cette bonne vieille formule par laquelle la peur devient de la colère.

Sirius se leva soudainement de sa chaise, et Severus fut convaincu qu'il allait quitter l'appartement en courant. Cette idée l'horrifia, mais la partie de lui-même pour laquelle l'amour était une faiblesse et la tendresse une soumission en fut néanmoins immensément soulagée. Mais Black le prit plutôt dans ses bras et le serra contre lui.

- Pourquoi tu fais ça? Lui demanda-t-il. Tu ne sais pas que je t'aime très fort?

Il sentit quelque chose se briser en lui, comme un nerf trop tendu, et se sentit plus vulnérable que jamais auparavant, comme si on lui avait enlevé une couche de peau.

- Tout va bien aller, d'accord? Continua Sirius. Je te le jure. Fais-moi confiance. Je t'aime.

Severus eut envie de lui répondre qu'il l'aimait aussi, mais les mots, pourtant simples et courts, ne parvinrent pas à franchir ses lèvres.

- Je te jure que tout va bien aller pour nous deux, répéta le jeune gryffondor. Je te le jure.

Ces mots, qui auraient pourtant dû le réconforter, sonnèrent atrocement vides à ses oreilles. Mais, comme il en avait affreusement besoin, il décida d'y croire.

Alors…C'est de moins en moins joyeux, je sais (et ça va continuer dans cette veine), mais ça vous a plu quand même? Ou bien alors vous avez détesté? Dans tous les cas, si vous avez envie de partager vos avis avec moi, je suis toujours ravie d'avoir des reviews. Même si l'auteure lente et peu rapide que je suis n'en mérite pas vraiment…