Ma main a trouvé refuge derrière sa tête et une fois de plus, je me suis laissé emporter par l'envie inconsumable de porter mes lèvres sur les siennes. J'aurais bien le temps de me réprimander cet excès de faiblesse mais là, je dois trouver le moyen de répondre de mes actes. Elle me regarde de ses yeux mouillés et une étrange sensation m'emprisonne le bas-ventre. Devrais-je me sentir coupable de profiter d'elle alors qu'elle a failli passer la nuit avachie dans une rue morbide, recouverte d'ecchymoses et privée de sa fierté ?
- Pourquoi t'as fait ça ?
- Si madame avait une autre idée pour qu'ils arrêtent de nous regarder si suspicieusement.
Je me retourne et m'éloigne d'elle… aucune trace de ces hommes. A vrai dire, je les ai vu transplaner lorsque nous nous sommes éloignés. Sans doute n'ont-ils pas trouvé utile d'attendre que « ma femme » me raconte l'incident.
Je tends l'oreille et entends derrière moi les pas d'Hermione se presser de plus en plus pour me rejoindre. Que j'aime cette situation. Trop apeurée pour jouer la fière et m'ignorer plus longtemps. Je m'arrête soudainement, un rictus ridicule déforme mon sourire moqueur et son corps vient frapper le mien de plein fouet.
- Drôle de manière d'aborder les gens…
Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi apeurée… elle est devenue plus blanche que les fantômes de Poudlard, ses mains tremblent comme si l'hiver avait remplacé l'été et ses yeux pleurent…
- Je te ramène chez toi ?
Pourquoi est-ce que j'ai dit ça moi ? Je ne vais pas remettre les pieds chez elle… ça ne va pas, non ?
- S'il te plaît.
Bon bah on croirait bien que si… je me décale un peu et la laisse passer devant moi… A défaut d'avoir eu une matinée tranquille, j'ai un retour des plus prometteurs. Quelle déception que sa jupe ne soit pas plus courte…
Elle ne cesse de se retourner vers moi pour être certaine que je suis toujours là. En d'autres circonstances et rien que pour m'amuser un peu plus, j'aurais saisi cette aubaine pour me cacher dans un coin sombre et la regarder paniquer. Mais aujourd'hui… je relis en elle cette même frayeur que le jour où sa main a rencontré violemment ma lèvre (en d'autres termes, quand elle m'a mis KO sur un trottoir pour une simple main sur son épaule). Par Salazar, quel est son problème ? Ceci n'est pas la Hermione Granger téméraire de Poudlard. Ceci est une poufsouffle apeurée…
Je la laisse pénétrer dans sa maison et en profite pour faire un tour d'horizon des lieux. Elle a vraiment des goûts bizarres… Des choses que je n'ai jamais vues auparavant et qui doivent être des objets d'art contemporain. La plupart ont des formes cubiques et un fil qui les relie au mur. Sans doute une sorte d'antivol pour éviter qu'on les dérobe. Ou la preuve que cette fille est vraiment disjonctée.
- Les… les filles.
- Quoi les filles ? Je t'embrasse et tu me fais une crise de jalousie ?
- Non… je te parle de nos filles !
Vite mon vieux, détourne la tête avant qu'elle ne puisse voir que tu te sens couillon d'avoir dit une telle chose.
- Je vais les chercher.
- Je…
Je ne la laisse pas finir et transplane jusqu'aux bureaux. La secrétaire me regarde de travers et une nouvelle fois, les images de notre première rencontre me reviennent une par une. Je hais cette vieille bonne femme… et pourtant si je ne fais rien, elle serait bien capable de ne pas me laisser rentrer. Bien capable d'appeler les agents de sécurité et bien capable de me lancer la première pierre.
- Je viens rechercher ma fille et celle de… Hermione Granger.
Par Salazar, comment va-t-elle pouvoir manger de cette potion ? Pourquoi est-ce qu'un piètre inconnu viendrait chercher la fille de sa patronne ? Et là je suis certain d'avoir signé mon arrêt de mort. Et pourtant :
- Je sais…
Je reste comme un idiot à la regarder redescendre les yeux vers ses papiers et attends que son soupir me pousse à rejoindre cette salle où les enfants hurlent à m'en faire perdre la tête.
Eavan est là, assise dans un coin, caressant une poupée et discutant avec… je lui avais dit de ne plus parler à cette fille.
J'ouvre la porte, salue rapidement la nurse et referme ma main sur les bras de ma blondinette. Elle me regarde avec de grands yeux et soupire en souriant à cette… amie.
- Tu viens avec nous aussi toi…
Et c'est un cri de joie qui explose mon tympan et me fais regretter cette phrase. Ma fille a lâché ma main pour prendre celle de sa nouvelle amie. Par Salazar, elle délaisse son propre père pour une Weasley… une Weasley… Sa main s'attachant à mon pantalon me fait sortir de cette torpeur qui aurait eu ma peau. Une Weasley…
Nous rejoignons la rue pour trouver la première cheminée publique. Elle jubile… je déteste la voir me narguer comme ça. Comment peut-elle croire que ceci arrive de mon plein gré ? J'en profite pour la calmer un peu.
- Eavan, je ne t'avais pas dit quelque chose ?
- Si mais ça va être dur de m'y tenir si elle doit venir à la maison.
Elle a réellement réponse à tout, hein ? Je la laisse s'engouffrer dans l'antre de la cheminée avec sa nouvelle amie et leur demande de rejoindre la maison des Granger. Je les regarde disparaître le sourire aux lèvres et je transplane pour retrouver à mon tour cette maison si…
- Elle est où maman ?
Tiens c'est bien la première fois que je l'entends parler elle. J'en aurais presque oublié qu'on lui avait donné cette faculté… et qu'elle saurait en user. Des fois les gènes… mais bon si la mienne y arrive…
- Hein ?
Mais c'est qu'elle insiste en plus ? Elle ne voit vraiment pas que je ne l'aime pas ? C'est comme ça j'y peux rien.
- Ahhhhhhhh ! C'est pour moi, hein ? Dis ! Dis !
Et bien voilà, ma fille a mis la main sur son balai et je tente de m'éloigner, mes mains sur mes oreilles. Mes pas me rapprochent du salon et je reste debout comme un ahuri en voyant Granger recroquevillée dans un coin de la pièce. Les idées se bousculent dans ma tête et mon seul réflexe est de rejoindre les filles dans le Hall.
- Eavan… ça te dit d'essayer ton balai avec Julie dehors ?
- Jude… je m'appelle Jude.
- Et bien c'est dommage pour toi.
- Ma mère ne veut pas que je monte sur un balai.
- Ta mère est pas là et je ne te conseille pas de rester dans mes pattes.
Par Salazar c'est bien une langue qui vient de sortir de son visage soudainement très rouge ? Pas le temps de répliquer que ma fille a su lire que la surprise avait fait place à l'envie d'étriper cette gamine. Je la vois sortir en courant, en tenant d'une main son balai, de l'autre cette harpie.
