Chapitre 10

Les jours et les semaines qui suivirent cette soirée, Wilson vit House se concentrer de plus en plus sur son mystérieux cas. Il arriva un moment où il restait enfermé dans son bureau presque toute la journée. La plupart du temps Foreman travaillait avec lui, mais même lorsqu'il s'en allait, House restait au bureau tard dans la nuit. Wilson fut obligé de garder Tom certains soirs. Parfois House n'apparaissait pas de la journée à l'hôpital, et personne ne savait où il se rendait. L'idée qu'il reprenne goût pour son travail aurait du enchanter tout le monde, l'obsession que House manifestait à vouloir traiter ce patient (que personne n'avait jamais vu) rappelait à Wilson la saveur du passé. Pourtant tout ceci sonnait faux aux oreilles de l'oncologue, il était persuadé que cette mascarade cachait quelque chose.

Au bout de deux mois, l'oncologue avait maintes fois fouillé le bureau de son ami pour tenter de percer son secret, mais il n'avait rien découvert. Il semblait que House ne laissait aucun document sur ce sujet à l'hôpital. Ca prenait une dimension considérable. Quand Wilson l'interrogeait sur l'avancée de ses recherches, il refusait toujours d'en parler. Un soir, alors qu'il rentrait chez lui après un nouvel échec auprès de House, l'oncologue se jeta dans son canapé et alluma la télé. Il regarda avec un air blasé une émission de télé réalité. Lorsqu'elle s'acheva, il sortit de ses pensées et entreprit de se changer. Il troqua sa chemise et son pantalon pour un jogging et un large Tee-shirt. Il repassa devant la télé, une bonne femme annonçait des orages sur tout le New Jersey pour le lendemain. Il préféra l'ignorer et passa dans la cuisine pour se concocter quelque chose à grignoter. Il n'avait pas très faim à vrai dire. Tandis qu'il coupait quelques tomates en rondelles, il entendit les infos commencer. Il s'activa pour pouvoir manger en écoutant les actualités. Lorsqu'il s'assit à table avec son assiette, il avait loupé le principal titre. Le journaliste enchaîna sur un nouveau sujet. Wilson faillit s'étrangler lorsqu'il entendit un nom familier sortir des enceintes du poste de télévision. Il lâcha ses couverts et resta bouche bée.

« Près de dix ans et demi après l'incarcération de Fernando Hollinger, l'homme responsable du cruel assassinat d'une jeune mère à Princeton, dans le New Jersey, Lisa Cuddy, l'affaire revient sur le devant de la scène. En effet, le célèbre Dr. House, collègue et employé de la victime au Princeton Plainsboro Teaching Hospital au moment des faits, remet aujourd'hui en doute la responsabilité du meurtrier vis-à-vis de ses actes. Des actes pourtant décrits comme relevant d'une cruauté et d'une violence à la limite du genre humain. Le très renommé diagnosticien avancerait que le criminel serait atteint d'un trouble névrotique aigu, autrement dit ce serait un malade mental. Si ces hypothèses s'avéraient exactes, la sentence prononcée à l'encontre de Fernando Hollinger se verrait logiquement annulée par la Cour suprême. L'homme, reconnu dangereux mais irresponsable de ses actes, finirait alors ses jours interné dans un hôpital psychiatrique spécialisé. Le Dr. House lui-même donnera une conférence médicale le 14 Août prochain pour exposer les arguments qui l'ont amené à ces conclusions. Des médecins, des psychiatres et des journalistes du monde entier sont attendus. La révision du procès a d'ores et déjà été demandée, mais aucune date n'a encore été fixée, ou transmise. Etant donnée la complexité de l'affaire, il se peut que la nouvelle sentence ne soit prononcée que dans plusieurs années. »

Derrière le journaliste défilaient des photos de l'assassin, de Cuddy, de House, et des photos aériennes de l'hôpital. Wilson resta médusé quelques instants, sa fourchette pendant toujours de sa main. Il changea de chaîne pour tomber sur un autre journal télévisé qui traitait du même sujet. Il écouta de nouveau, pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Il finit par sortir de sa torpeur et attrapa son téléphone. Il composa le numéro de House et laissa sonner… Répondeur. Il retenta sa chance. Répondeur encore. De toute évidence, l'autre tête de mule ne décrocherait pas. Il eut une troisième fois le répondeur.

« Allô House ? C'est moi. Je viens de voir les infos. J'aimerais savoir pourquoi j'apprends ça par la télévision alors que je te vois tous les jours à l'hôpital. J'attends tes explications.

Il marqua une pause. Il laissa un peu de sa colère s'échapper.

- Oh et puis merde ! Tu me fais chier House ! C'est quand même pas compliqué de venir m'en parler, tu sais très bien que tu peux tout me dire ! Et puis ça me concerne aussi, c'est Cuddy après tout !

Wilson entendit que quelqu'un décrocha le téléphone à l'autre bout du fil.

- Allô, Jimmy ?

- Ben c'est pas trop tôt… Cinq minutes que je parle tout seul à ton répondeur.

- ...

- J'attends.

- … Ben… J'ai remarqué ça quand je suis allé le voir le 28 Octobre dernier.

- T'es allé voir Hollinger ?

- Oui.

- Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

- Pourquoi faire ?

- ...

- Il était calme. Moi aussi. Et là j'ai vu qu'il était bizarre. Avec son sourire à la con, on aurait dit que c'était un tic. A sa manière de parler, j'ai compris qu'il y avait un truc qui ne tournait pas rond.

- Vous avez parlé de quoi ?

- ...

- Laisse tomber… Et après ? C'était lui ton fameux patient névrosé ?

- Dans le mil, Sherlock Holmes…

- T'es vraiment qu'un pauvre con.

- Si c'est maintenant qu'on en vient aux insultes, je préfère raccrocher tout de suite.

- T'as peut-être pas tort. Je viendrai à la conférence. Bye. »

Et Wilson raccrocha net. Il se sentait bouillir de l'intérieur. S'il avait été en face de lui, il l'aurait certainement giflé. Il n'avait jamais été aussi exaspérant. Wilson avait enfin découvert qui était le patient mystère, mais pourtant il sentait qu'une pièce manquait au puzzle. L'incompréhension régnait toujours en lui.

TBC